{"id":36,"date":"2020-02-23T17:40:11","date_gmt":"2020-02-23T16:40:11","guid":{"rendered":"http:\/\/vieilleshistoires.fr\/?p=36"},"modified":"2020-04-18T16:32:05","modified_gmt":"2020-04-18T14:32:05","slug":"jacques-goffinet-1730-1813-commis-des-affaires-etrangeres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/vieilleshistoires.fr\/?p=36","title":{"rendered":"Jacques GOFFINET (1730-1813), commis des affaires \u00e9trang\u00e8res"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-large-font-size\">par R. P\u00e9terlongo<\/p>\n\n\n<h1 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<a href=\"http:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/04\/Goffinet.pdf\">T\u00e9l\u00e9charger l&#8217;article en pdf<\/a><\/h1>\n<h1>De Gy \u00e0 Vienne<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jacques Goffinet est n\u00e9 \u00e0 Gy, o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 baptis\u00e9 le 10 juillet 1730. Actuellement en Haute-Sa\u00f4ne, Gy est un village situ\u00e9 \u00e0 un peu plus d\u2019une trentaine de kilom\u00e8tres de Besan\u00e7on. Goffinet est issu d\u2019une famille de juristes, notaires, procureur fiscaux ou avocats. Son p\u00e8re est qualifi\u00e9 dans les actes paroissiaux de docteur en droit ou d\u2019avocat en Parlement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s la conqu\u00eate fran\u00e7aise de la r\u00e9gion en 1674, Louis XIV fit de Besan\u00e7on le si\u00e8ge du Parlement et de l\u2019universit\u00e9 (au d\u00e9triment de D\u00f4le). C\u2019est la grande ville la plus proche de Gy. Le ch\u00e2teau de Gy \u00e9tait d\u2019ailleurs une r\u00e9sidence de l&#8217;archev\u00eaque. C\u2019est peut-\u00eatre \u00e0 Besan\u00e7on que Jacques Goffinet a fait ses \u00e9tudes. Il est \u00e9galement possible qu\u2019il les ait faites \u00e0 Dijon ou \u00e0 Strasbourg dont la facult\u00e9 de droit est r\u00e9put\u00e9e et attire des \u00e9tudiants fran\u00e7ais ou allemands<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-1\" href=\"#post-36-footnote-1\">[1]<\/a><\/sup><\/sup>. L\u2019hypoth\u00e8se d\u2019\u00e9tudes faites \u00e0 Strasbourg permettrait d\u2019expliquer une partie de son parcours post\u00e9rieur. Il aurait pu y apprendre l\u2019allemand et surtout rencontrer des personnalit\u00e9s lui permettant d\u2019\u00eatre embauch\u00e9 \u00e0 l\u2019ambassade de Vienne, d\u00e8s 1752, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 22 ans. En effet une partie du personnel des ambassades et du secr\u00e9tariat des affaires \u00e9trang\u00e8res est pass\u00e9 par cette facult\u00e9 de droit de Strasbourg.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce que l\u2019on peut raconter de Jacques Goffinet ne peut r\u00e9ellement commencer qu\u2019en Autriche. En effet, hormis son bapt\u00eame, on ne trouve pas d\u2019informations sur lui avant de le trouver \u00e0 Vienne, en 1752, aupr\u00e8s du marquis de Hautefort, ambassadeur du roi de France aupr\u00e8s de l&#8217;imp\u00e9ratrice Marie-Th\u00e9r\u00e8se. Il y exerce des fonctions de commis. Les d\u00e9p\u00eaches de l\u2019ambassade, cod\u00e9es, sont \u00e9crites de sa main.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n\u2019est pas certain qu\u2019il ait eu besoin de ma\u00eetriser parfaitement l\u2019allemand. Vienne \u00e9tait moins grande que Paris (175 000 habitants au recensement de 1754 contre probablement plus de 500 000 \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque), mais au moins aussi cosmopolite<sup><a id=\"post-36-footnote-ref-2\" href=\"#post-36-footnote-2\">[2]<\/a><\/sup>. A la cour on parle le dialecte viennois, mais aussi italien et fran\u00e7ais. Le fran\u00e7ais est la langue maternelle du duc de Lorraine Fran\u00e7ois-Etienne, \u00e9poux de l\u2019imp\u00e9ratrice Marie Th\u00e9r\u00e8se, venu \u00e0 la cour avec une communaut\u00e9 de Lorrains. C\u2019est \u00e9galement la langue de correspondance de l\u2019imp\u00e9ratrice. Des troupes de th\u00e9\u00e2tre trouvent un public suffisant pour se produire en fran\u00e7ais \u00e0 la cour<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-3\" href=\"#post-36-footnote-3\">[3]<\/a><\/sup><\/sup>. Le fran\u00e7ais est une marque de distinction sociale \u00e0 Vienne. Le th\u00e9\u00e2tre populaire est tr\u00e8s r\u00e9v\u00e9lateur. On se moque de celui qui ma\u00eetrise mal le fran\u00e7ais, comme on se moque aussi des Fran\u00e7ais r\u00e9put\u00e9s d\u2019un raffinement exag\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La p\u00e9riode qui s\u2019\u00e9tend du XVIIe si\u00e8cle jusqu\u2019au milieu du XIXe est un \u00e2ge d\u2019or pour les ambassadeurs. C\u2019est une p\u00e9riode au cours de laquelle les souverains ne se rencontrent pas. Pendant son long r\u00e8gne, Louis XIV ne rencontra qu\u2019une fois son beau-p\u00e8re roi d\u2019Espagne lors des pr\u00e9paratifs de son mariage sur la fameuse \u00eele des faisans au milieu de la Bidassoa, la rivi\u00e8re qui s\u00e9pare les deux royaumes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les ambassadeurs jouent des r\u00f4les politiques majeurs. La majorit\u00e9 des ambassadeurs ne deviennent pas ministres, mais il est fr\u00e9quent de voir des ministres commencer leur carri\u00e8re comme ambassadeurs. On peut citer Choiseul, Talleyrand, Chateaubriand pour les plus connus. Il en est de m\u00eame \u00e0 l\u2019\u00e9tranger\u00a0: Kaunitz fut ambassadeur \u00e0 Versailles avant d\u2019\u00eatre le principal ministre de Marie-Th\u00e9r\u00e8se puis de Joseph II d\u2019Autriche. Des personnages aussi consid\u00e9rables que Franklin, les pr\u00e9sidents Jefferson et Monroe furent ambassadeur des \u00c9tats-Unis en France.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&#8217;essentiel du grand renversement d\u2019alliance de 1756 ne fut pas n\u00e9goci\u00e9 \u00e0 Vienne, mais \u00e0 Versailles, ce n\u2019est donc pas \u00e0 l\u2019ambassade que s\u2019est principalement nou\u00e9e la nouvelle alliance entre l\u2019Autriche et la France, qui mit fin \u00e0 une tr\u00e8s longue lutte entre les Habsbourg et les Bourbon et qui mit en place un syst\u00e8me m\u00e9ridional (France-Autriche-Espagne) face \u00e0 un syst\u00e8me septentrional (Angleterre-Prusse) selon les termes de l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On ne sait pas exactement quand Jacques Goffinet est revenu de Vienne, mais il para\u00eet probable qu\u2019il y soit rest\u00e9 pendant toute la dur\u00e9e de la guerre de sept ans (1756-1763). Il devait donc y \u00eatre, par exemple, lors de la bataille de Prague en mai 1757, lorsque la victoire temporaire de la Prusse fit tr\u00e8s peur \u00e0 la cour autrichienne. On sait qu\u2019il y \u00e9tait encore lors de l\u2019ambassade des Choiseul. Le duc de Choiseul fut en effet ambassadeur \u00e0 Vienne de 1757 \u00e0 1758, avant d\u2019\u00eatre nomm\u00e9 ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res notamment gr\u00e2ce au soutien de Mme de Pompadour. Puis il fit nommer son cousin le duc de Choiseul-Praslin pour lui succ\u00e9der comme ambassadeur aupr\u00e8s de l&#8217;imp\u00e9ratrice Marie-Th\u00e9r\u00e8se de 1758 \u00e0 1761.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jacques Goffinet serait donc rest\u00e9 une dizaine d\u2019ann\u00e9es \u00e0 Vienne. Les ambassadeurs logeaient dans le somptueux palais Questenberg, grand b\u00e2timent baroque qu\u2019ils louaient<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-4\" href=\"#post-36-footnote-4\">[4]<\/a><\/sup><\/sup> et qui sera encore la r\u00e9sidence de Talleyrand lors du congr\u00e8s de Vienne de 1815. Ce palais accueille actuellement le minist\u00e8re des finances d\u2019Autriche.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&#8217;ambassadeur devait par le luxe de sa table, par le charme de ses mani\u00e8res, par la somptuosit\u00e9 de ses \u00e9quipages, par l\u2019\u00e9clat de ses f\u00eates, \u00e9blouir le pays o\u00f9 il repr\u00e9sentait son ma\u00eetre<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-5\" href=\"#post-36-footnote-5\">[5]<\/a><\/sup><\/sup>. Les Choiseul ne sont pas en reste, m\u00eame en pleine p\u00e9riode de guerre. Les domestiques des ambassadeurs \u00e9taient nombreux, mais le personnel administratif en nombre assez faible. En \u00e9tant aupr\u00e8s de Choiseul et Praslin, Goffinet a donc la chance de c\u00f4toyer les futurs hommes forts des ann\u00e9es 1760.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce personnel administratif se chargeait notamment de r\u00e9pondre aux nombreuses enqu\u00eates ordonn\u00e9es par le Minist\u00e8re. Par exemple, en 1759, le contr\u00f4leur g\u00e9n\u00e9ral Bertin lan\u00e7a \u00e0 travers toute l\u2019Europe une enqu\u00eate sur les syst\u00e8mes fiscaux<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-6\" href=\"#post-36-footnote-6\">[6]<\/a><\/sup><\/sup>. L\u2019ambassade avait bien s\u00fbr un r\u00f4le de repr\u00e9sentation, mais elle devait aussi fournir au minist\u00e8re de nombreuses informations sur l&#8217;\u00e9tat du pays, ses m\u0153urs, les d\u00e9couvertes scientifiques, etc&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Praslin suit le m\u00eame chemin que son cousin: rentr\u00e9 \u00e0 Paris, il re\u00e7oit le minist\u00e8re des affaires \u00e9trang\u00e8res en octobre 1761, alors que Choiseul est devenu le principal ministre du royaume. Jacques Goffinet rentre au service du secr\u00e9tariat des affaires \u00e9trang\u00e8res le 22 mars 1763, donc sous le minist\u00e8re Praslin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le trait\u00e9 de Paris mettant fin \u00e0 la guerre de sept ans a \u00e9t\u00e9 sign\u00e9 le 1er f\u00e9vrier 1763. Il est probable que l\u2019activit\u00e9 diplomatique est intense et la correspondance volumineuse. Les Choiseul recrutent et choisissent des proches: des Lorrains comme eux, et des gens qu\u2019ils ont connu lors de leurs s\u00e9jours \u00e0 Vienne. Goffinet rentre au minist\u00e8re \u00e0 la m\u00eame p\u00e9riode que d\u2019autres commis venant de Vienne, notamment son coll\u00e8gue Michel Gouget, qui \u00e9tait secr\u00e9taire du duc de Choiseul, et Conrad G\u00e9rard qui fut nomm\u00e9 premier commis en juillet 1766.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 8 avril 1766, Praslin rend \u00e0 son cousin le minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res, et re\u00e7oit celui de la marine. Les Choiseul rest\u00e8rent au pouvoir jusqu\u2019\u00e0 leur disgr\u00e2ce en d\u00e9cembre 1770, Louis XV pr\u00e9tendant ne pas vouloir la guerre de revanche contre l\u2019Angleterre qu\u2019ils avaient pr\u00e9par\u00e9e en renfor\u00e7ant consid\u00e9rablement la marine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\">Organisation du d\u00e9partement des affaires \u00e9trang\u00e8res<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si l\u2019organisation et les d\u00e9nominations ont pu varier, on peut tout de m\u00eame dessiner un paysage th\u00e9orique du minist\u00e8re des affaires \u00e9trang\u00e8res \u00e0 la fin de l\u2019ancien r\u00e9gime.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La politique \u00e9trang\u00e8re est d\u00e9cid\u00e9e au Conseil d\u2019en haut (qui se tient, \u00e0 l\u2019\u00e9tage, pr\u00e8s de la chambre du roi), appel\u00e9 aussi Conseil d&#8217;\u00c9tat qui se charge aussi des affaires navales et militaires. Le ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res y si\u00e8ge et il est un des principaux ministres, voire le principal (Choiseul, Vergennes).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il dirige un certain nombre de bureaux, \u00e0 la t\u00eate desquels on trouve des \u00ab premiers commis \u00bb, pour certains nomm\u00e9s \u00ab\u00a0secr\u00e9taires du Conseil d\u2019Etat\u00a0\u00bb sous Louis XVI. Il y a deux bureaux d\u2019exp\u00e9dition politique (trois \u00e0 certaines p\u00e9riodes), chacun charg\u00e9 de la correspondance avec un certain nombre de pays. La r\u00e9partition est \u00e0 peu pr\u00e8s celle-ci: un bureau se charge des pays du nord et un autre se charge des pays du sud. Il y a \u00e9galement un bureau des archives et un bureau des fonds charg\u00e9 des finances du minist\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On aurait tort d\u2019y voir un \u00e2ge d\u2019or de la rationalit\u00e9 administrative. C\u2019est le bureau des fonds qui s\u2019occupe de d\u00e9livrer les passeports. Les consulats ne d\u00e9pendent pas du minist\u00e8re des affaires \u00e9trang\u00e8res, mais de celui de la guerre. Enfin, sous l\u2019ancien r\u00e9gime il n\u2019y a pas de minist\u00e8re de l\u2019int\u00e9rieur; les ministres se partagent donc les provinces, et celui des affaires \u00e9trang\u00e8res peut \u00eatre amen\u00e9 \u00e0 les administrer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans chaque bureau on compte un nombre variable de commis. Quatorze commis dans trois bureaux politiques en 1758, dix-neuf dans deux bureaux en 1766, seize en 1773, dix-huit en 1789. La taille du minist\u00e8re est celle qu\u2019a de nos jours l\u2019administration d\u2019une petite collectivit\u00e9 locale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a une hi\u00e9rarchie parmi les commis. Certains sont nomm\u00e9s commis principaux. D\u2019autres ont des statuts particuliers comme jurisconsulte, ou secr\u00e9taire du ministre. Des cartographes et des interpr\u00e8tes, parfois assez nombreux pour constituer un bureau, compl\u00e8tent le minist\u00e8re. Il y a un doyen des commis, et m\u00eame un vice-doyen. Tous ces titres et ces particularit\u00e9s donnent droit \u00e0 un traitement plus important ou des gratifications suppl\u00e9mentaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour \u00eatre exhaustif\u00a0: il y a aussi des \u00ab\u00a0gar\u00e7ons de bureau \u00bb charg\u00e9s notamment d&#8217;allumer lumi\u00e8res et feux lorsque les commis arrivent, des ing\u00e9nieurs g\u00e9ographes, un chirurgien, des gardes suisses et des \u00ab\u00a0gar\u00e7ons frotteurs\u00a0\u00bb qui d\u00e9pendent du minist\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces employ\u00e9s n\u2019ont pas achet\u00e9 de charges. Ils ont certains des caract\u00e8res de la fonction publique moderne. Les employ\u00e9s de m\u00eame grade sont class\u00e9s par anciennet\u00e9, et leur r\u00e9mun\u00e9ration augmente r\u00e9guli\u00e8rement. Elle est \u00e0 peu pr\u00e8s assur\u00e9e m\u00eame en cas de d\u00e9part. Ils font g\u00e9n\u00e9ralement toute leur carri\u00e8re au sein du minist\u00e8re, puis touchent une pension.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n\u2019y avait pas de r\u00e8gles \u00e9crites pour l\u2019avancement ni pour les pensions de retraite: N\u00e9anmoins les commis \u00e9taient \u00e0 peu pr\u00e8s assur\u00e9s d\u2019avoir une progression de leur traitement et une pension \u00e0 peu pr\u00e8s proportionn\u00e9e \u00e0 celui-ci quand ils partent. Cette pension est une faveur du roi, qui est le plus souvent r\u00e9versible \u00e0 l\u2019\u00e9pouse survivante, voire aux enfants. Elle d\u00e9pend des services rendus et de la situation de famille. Le nombre des pensions du minist\u00e8re des affaires \u00e9trang\u00e8res est \u00e0 proportion du nombre des employ\u00e9s. Un tr\u00e8s faible nombre de pensions en sont issus par rapport au nombre de militaires: en 1789 il y a 18000 b\u00e9n\u00e9ficiaires invalides pour la seule marine<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-7\" href=\"#post-36-footnote-7\">[7]<\/a><\/sup><\/sup>. Les d\u00e9nominations ne sont pas rigoureuses: certains employ\u00e9s continuent \u00e0 toucher un traitement \u00ab\u00a0maintenu\u00a0\u00bb qui n\u2019est pas mentionn\u00e9 comme pension dans les \u00e9tats de d\u00e9pense.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En cas de maladie, leur traitement est maintenu, avec m\u00eame parfois des gratifications. Le ministre pouvait faire preuve de munificence. Vergennes \u00e9crivit \u00e0 un commis malade en 1783: \u00ab\u00a0<em>le temps des maladies \u00e9tant le plus on\u00e9reux, ce ne sera jamais celui que je choisirai pour diminuer les appointements.<\/em>\u00a0\u00bb<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-8\" href=\"#post-36-footnote-8\">[8]<\/a><\/sup> <\/sup>L\u2019ambiance de travail devait \u00eatre assez bonne puisque ce commis voulait partager sa gratification avec ses coll\u00e8gues.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voici ce qu\u2019\u00e9crit Hennin qui fut premier commis de 1779 \u00e0 1792 sur le recrutement des commis: Les secr\u00e9taires du Conseil d&#8217;\u00c9tat (c\u2019est \u00e0 dire les premiers commis des bureaux politiques) et les deux autres chefs de bureau ont le choix de leurs commis, parce qu&#8217;ils en r\u00e9pondent. \u00ab\u00a0<em>Ils doivent choisir des personnes ayant de l&#8217;\u00e9ducation et des m\u0153urs, Gentilshommes ou fils de gens d&#8217;un \u00e9tat honn\u00eate.<\/em>\u00a0\u00bb<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-9\" href=\"#post-36-footnote-9\">[9]<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ils ne rentrent donc pas par concours mais, comme presque tout avancement sous l\u2019ancien r\u00e9gime, gr\u00e2ce \u00e0 la protection d\u2019une personnalit\u00e9 haut plac\u00e9e. Malgr\u00e9 ce qu\u2019en dit Hennin, le premier commis ne semble pas totalement libre du choix de ses commis. Certains lui sont recommand\u00e9s plus ou moins fortement. Les r\u00e9seaux de client\u00e8le sont souvent difficiles \u00e0 reconstituer, les recommandations pouvaient \u00eatre orales, et en tout cas ont laiss\u00e9 peu de traces. Mais elles existaient: lorsque Choiseul d\u00e9cide du renvoi de plusieurs commis en 1768, leur chef de bureau les pousse \u00e0 \u00ab\u00a0<em>employer leurs protections pour t\u00e2cher de rentrer en gr\u00e2ce\u00a0<\/em>\u00bb. Certains commis sont des enfants d\u2019anciens employ\u00e9s des affaires \u00e9trang\u00e8res ou d\u2019autres bureaux, mais c\u2019est assez rare: il y a beaucoup de client\u00e9lisme et assez peu d\u2019h\u00e9r\u00e9dit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Goffinet rentre donc le 22 mars 1763 dans le premier bureau d\u2019exp\u00e9dition politique, dit \u00ab\u00a0Bureau du Nord\u00a0\u00bb, dirig\u00e9 par le premier commis Fran\u00e7ois de Bussy. Rien ne prouve qu\u2019il soit connu de son sup\u00e9rieur direct, et de toute \u00e9vidence c\u2019est le duc de Choiseul-Praslin qu\u2019il a connu \u00e0 Vienne qui le nomme \u00e0 cette place.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les premiers commis, rarement nobles \u00e0 leur entr\u00e9e en fonction, \u00e9taient la plupart du temps anoblis. A partir du r\u00e8gne de Louis XV, un \u00e9cart semble se creuser entre commis et premier commis. Aucun commis ne devient premier commis apr\u00e8s 1724. Les montants des traitements du premier commis sont quatre \u00e0 six fois sup\u00e9rieurs au commis le mieux r\u00e9mun\u00e9r\u00e9. Les actes paroissiaux ou notariaux tendent \u00e0 montrer qu\u2019ils n\u2019avaient pas les m\u00eames fr\u00e9quentations, les premiers commis fr\u00e9quentent la haute noblesse, tandis que les commis fr\u00e9quentent des commer\u00e7ants de Versailles ou d\u2019autres employ\u00e9s de la cour<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-10\" href=\"#post-36-footnote-10\">[10]<\/a><\/sup><\/sup>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les commis travaillent d\u2019abord au ch\u00e2teau, dans une des ailes des ministres, qui donnent sur la cour d\u2019honneur. Puis en 1761, Choiseul d\u00e9cide de l\u2019\u00e9dification d\u2019un h\u00f4tel des Affaires \u00e9trang\u00e8res et de la Marine, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019h\u00f4tel de la Guerre achev\u00e9 deux ans auparavant, qui lui-m\u00eame avait \u00e9t\u00e9 b\u00e2ti \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du Grand Commun qui abritait les services de bouche, c\u2019est \u00e0 dire les cuisines et les tables des officiers qui servaient la cour. Tous ces b\u00e2timents sont situ\u00e9s pr\u00e8s de la cour d\u2019honneur. Les expropriations et la construction sont promptement men\u00e9es et l\u2019h\u00f4tel est achev\u00e9 d\u00e8s avril 1763, \u00e0 l\u2019\u00e9poque de l\u2019embauche de Goffinet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Choiseul est sans doute le dernier des grands ministres de l\u2019ancien r\u00e9gime. Il dispose d\u2019un tr\u00e8s grand pouvoir que le roi lui laisse et il est d\u2019une haute et ancienne noblesse. Or l&#8217;h\u00f4tel des affaires \u00e9trang\u00e8res est destin\u00e9 au travail administratif mais a aussi un usage d\u2019apparat. Il est tr\u00e8s richement d\u00e9cor\u00e9 et Choiseul qui d\u00e9cide de la d\u00e9coration, se met en valeur, notamment avec un tableau c\u00e9l\u00e9brant le succ\u00e8s de son ambassade \u00e0 Rome. Le d\u00e9partement des affaires \u00e9trang\u00e8res dans lequel travaille Goffinet se situe au premier \u00e9tage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La cour a \u00e9t\u00e9 choqu\u00e9e par l&#8217;incendie de la Grande \u00c9curie de Versailles provoqu\u00e9 par le feu d&#8217;artifice tir\u00e9 le 13 septembre 1751 \u00e0 la naissance du duc de Bourgogne. Aussi pour parer les risques d&#8217;incendie, on emploie pour la \u00e9dification de l&#8217;h\u00f4tel une technique de construction dite \u00e0 vo\u00fbtes plates (dites aujourd&#8217;hui vo\u00fbtes sarrasines), sans bois de charpente, sans planchers \u00e0 solives. Les vo\u00fbtes de briques sont li\u00e9es par du pl\u00e2tre, et s&#8217;appuient sur des murs \u00e9pais, joints par des tirants de fer. Cette innovation fait d\u2019autant plus parler d\u2019elle que d\u00e8s le mois d\u2019ach\u00e8vement de l&#8217;h\u00f4tel, un incendie d\u00e9truit \u00e0 Paris le th\u00e9\u00e2tre du Palais royal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsque la cour se d\u00e9place \u00e0 Compi\u00e8gne, les bureaux disposent \u00e9galement d\u2019un h\u00f4tel des affaires \u00e9trang\u00e8res. \u00c0 Fontainebleau, les bureaux s&#8217;installent dans un appartement du ch\u00e2teau. Des chambres sont lou\u00e9es dans la ville pour les commis<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-11\" href=\"#post-36-footnote-11\">[11]<\/a><\/sup><\/sup>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En quoi consistait le travail des commis ? Il consistait essentiellement en un travail de r\u00e9daction de correspondance, de documentation, et de cryptographie \u00e0 l&#8217;aide de ce qu\u2019on appelle \u00e0 l\u2019\u00e9poque \u00ab\u00a0le chiffre\u00a0\u00bb. Hennin, ancien premier commis, d\u00e9crit dans un style laborieux un travail qui pouvait l\u2019\u00eatre aussi:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<em>Les chefs de bureau, comme les commis, sont oblig\u00e9s d&#8217;\u00eatre au bureau depuis neuf heures du matin jusqu&#8217;\u00e0 deux heures apr\u00e8s midi. Le soir il n&#8217;y vient que deux commis par bureau \u00e0 moins d&#8217;un travail extraordinaire. Chaque jour, vers midi, un des courriers du ministre part pour porter les lettres du d\u00e9partement \u00e0 Paris; \u00e0 deux heures celui qui \u00e9tait parti la veille rapporte celles qui sont arriv\u00e9es \u00e0 la poste de Paris. Apr\u00e8s d\u00eener<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-12\" href=\"#post-36-footnote-12\">[12]<\/a><\/sup><\/sup>, les secr\u00e9taires du ministre ouvrent ses lettres, except\u00e9 celles timbr\u00e9es pour vous seul. S&#8217;il y a du chiffre, ils le portent au bureau. Ils mettent au-dessous de la date de chaque lettre le jour de son arriv\u00e9e et si c&#8217;est par courrier ils en font mention au haut de la premi\u00e8re page de chaque lettre ou m\u00e9moire; ils inscrivent le nom du secr\u00e9taire du Conseil d&#8217;\u00c9tat auquel elle doit \u00eatre renvoy\u00e9e<\/em>.<em>\u00a0<\/em>\u00bb<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-13\" href=\"#post-36-footnote-13\">[13]<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<em>Vers les cinq heures le ministre entre dans son cabinet, lit les lettres, et ordonne le renvoy \u00e0 chaque bureau. Le matin vers neuf heures, les deux secr\u00e9taires du Conseil sont appel\u00e9s chez le ministre. Ils lui rapportent tous les papiers qu&#8217;il leur a renvoy\u00e9s la veille et les lettres chiffr\u00e9es. Ils prennent ses ordres pour les r\u00e9ponses aux affaires courantes.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les commis classaient les papiers:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<em>Les papiers sont divis\u00e9s entre les commis de chaque bureau. Ils sont charg\u00e9s chacun de garder et tenir en ordre ceux relatifs \u00e0 trois ou quatre cours pour l&#8217;ann\u00e9e courante et pr\u00e9c\u00e9dente. Tant qu&#8217;une affaire n&#8217;est pas termin\u00e9e, ils tiennent dans des enveloppes s\u00e9par\u00e9es tous les papiers qui y ont rapport, rangent ces enveloppes par ordre alphab\u00e9tique, de fa\u00e7on que lorsque le chef a \u00e0 travailler sur un objet il trouve sur-le-champ tout ce qui y a rapport. Au bout de deux ans les papiers de chaque bureau sont remis par ordre de dates dans des cartons ferm\u00e9s, \u00e9tiquet\u00e9s du pays et de l&#8217;ann\u00e9e, et de tems en tems on envoye au d\u00e9p\u00f4t des affaires \u00e9trang\u00e8res ces cartons de fa\u00e7on qu&#8217;il n&#8217;y a jamais dans les bureaux que les dix ou douze derni\u00e8res ann\u00e9es des correspondances sur chaque pays. Lorsque les commis ne sont pas occup\u00e9s des exp\u00e9ditions, ils font des tables des correspondances. C&#8217;est la partie la plus p\u00e9nible de leur travail mais aussi la plus utile.\u00a0<\/em>\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il \u00e9tait d\u2019une grande importance strat\u00e9gique d\u2019avoir une documentation facile \u00e0 retrouver sur les pays \u00e9trangers. Voici ce qu\u2019\u00e9taient ces tables de correspondances:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<em>\u00c0 mesure que les d\u00e9p\u00eaches ou autres papiers sont remis \u00e0 chaque commis, il fait \u00e0 la marge un pr\u00e9cis de chaque article. Lorsqu&#8217;il n&#8217;a point d&#8217;exposition \u00e0 faire, il porte chacun de ces pr\u00e9cis dans un livre blanc divis\u00e9 par les vingt-quatre lettres de l&#8217;alphabet, en ayant soin de bien placer ces nottes au mot principal auquel elles ont rapport. Par exemple, un Ministre en Russie a parl\u00e9 dans sa d\u00e9p\u00eache des travaux du port de Kerson; on placera au mot Kerson: Kerson travaux du port, v. d\u00e9p\u00eaches de M. ?. et la datte. Dans une autre d\u00e9p\u00eache, il parlera du nombre des habitants; on mettra Kerson habitants, leur nombre, v.. d\u00e9p\u00eaches de M. N* et les dattes, et aussi des d\u00e9p\u00eaches du ministre, des m\u00e9moires et nottes, en sorte que sur ce premier livre se trouve le d\u00e9pouillement de tous les papiers, \u00e0 mesure qu&#8217;ils arrivent, dans un ordre alphab\u00e9tique imparfait. Quand l&#8217;ann\u00e9e est r\u00e9volue, le commis revoit toutes ses nottes, les v\u00e9rifie, ajoute celles des pi\u00e8ces venues post\u00e9rieurement, et transporte le tout dans un ordre alphab\u00e9tique exact sur un grand livre. En sorte qu&#8217;il n&#8217;y a rien dans une correspondance qu&#8217;on ne retrouve facilement au mot principal, et que soit sur les affaires, soit sur les personnes, on a dans le moment un abr\u00e9g\u00e9 de tout ce qui a \u00e9t\u00e9 dit et l&#8217;indication de la d\u00e9p\u00eache o\u00f9 est le passage qui en traite.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la population ce sont les travaux physiques qui dominent, mais l\u2019administration n\u2019a pas invent\u00e9 les travaux de plume ennuyeux: que l\u2019on pense aux copistes d\u2019avant l\u2019imprimerie. L\u2019ennui est cependant \u00e0 relativiser: un esprit curieux pouvait tr\u00e8s certainement trouver int\u00e9r\u00eat \u00e0 collecter une masse d\u2019informations diverses sur les pays \u00e9trangers: g\u00e9ographie physique et humaine, usages et m\u0153urs, \u00e9tiquette et politique des cours, etc. Et ainsi comme le conseilla Montaigne sur la d\u00e9couverte de l\u2019\u00e9tranger\u00a0: \u00ab\u00a0<em>rapporter principalement les humeurs de ces nations et leurs fa\u00e7ons, et frotter et limer notre cervelle contre celle d\u2019autrui.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><a id=\"post-36-_jidr7trfo2cn\"><\/a> Le chiffre<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais une partie essentielle du travail est ailleurs\u00a0: le chiffre. Cela consiste \u00e0 crypter la correspondance exp\u00e9di\u00e9e, en rempla\u00e7ant chaque mot et ponctuation par un nombre ou un signe, et en faisant l\u2019inverse pour d\u00e9crypter. Sous Louis XIV, il \u00e9tait demand\u00e9 aux ambassadeurs de chiffrer eux m\u00eame leurs d\u00e9p\u00eaches, puis l\u2019augmentation du volume des correspondances leur fit adjoindre des commis. Au XVIIIe si\u00e8cle, les ambassadeurs partent avec quatre chiffres. Le premier est r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 la correspondance avec le d\u00e9partement des affaires \u00e9trang\u00e8res. Le deuxi\u00e8me sert en secours si l\u2019on soup\u00e7onne que le premier a \u00e9t\u00e9 intercept\u00e9. Un troisi\u00e8me sert \u00e0 la correspondance avec les autres ambassadeurs, et un quatri\u00e8me sert aux pi\u00e8ces jointes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voici par exemple les consignes transmises au marquis d\u2019Hautefort, ambassadeur \u00e0 Vienne\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Le marquis d&#8217;Hautefort entretiendra une correspondance suivie, mais sage et discr\u00e8te, avec ceux des autres ministres du Roi en pays \u00e9trangers dont les avis pourront lui \u00eatre utiles ou n\u00e9cessaires, et il les informera de son c\u00f4t\u00e9 de tout ce qu&#8217;il croira pouvoir contribuer \u00e0 leur direction dans l&#8217;ex\u00e9cution des ordres du Roi. Il sera surtout important qu&#8217;il soit dans un commerce r\u00e9gulier de lettres avec le comte Desalleurs, ambassadeur du Roi \u00e0 Constantinople, mais il faudra que dans les occasions o\u00f9 le marquis d&#8217;Hautefort aura des avis importants \u00e0 lui faire passer il prenne les plus grandes pr\u00e9cautions dans l&#8217;usage qu&#8217;il fera de son chiffre pour mettre ses lettres \u00e0 l&#8217;abri du danger d&#8217;\u00eatre intercept\u00e9es.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>On lui remet pour cet effet des tables de chiffres dont il ne fera usage que pour cette correspondance, le chiffre intitul\u00e9 : Pour la d\u00e9p\u00eache ne devant jamais servir que pour les lettres de l&#8217;ambassadeur au Roi ou au ministre ayant le d\u00e9partement des affaires \u00e9trang\u00e8res. <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>On y joint un autre chiffre de r\u00e9serve pour les cas o\u00f9 celui de la d\u00e9p\u00eache pourroit \u00eatre soup\u00e7onn\u00e9 d&#8217;interception, ou pour les occasions qui demanderoient un surcro\u00eet de pr\u00e9caution pour la s\u00fbret\u00e9 du secret. Enfin on ajoute un quatri\u00e8me chiffre pour les pi\u00e8ces communiqu\u00e9es, et comme rien n&#8217;est plus essentiel que d&#8217;employer les chiffres avec la plus scrupuleuse exactitude et de mani\u00e8re \u00e0 en pr\u00e9venir l\u2019interception, on y joint un m\u00e9moire instructif sur la mani\u00e8re de chiffrer. Le marquis d&#8217;Hautefort ordonnera au secr\u00e9taire auquel il accordera sa principale confiance, de se conformer litt\u00e9ralement et constamment aux r\u00e8gles prescrites par le m\u00e9moire.<\/em>\u00a0\u00bb<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-14\" href=\"#post-36-footnote-14\">[14]<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourquoi un chiffre particulier pour les pi\u00e8ces jointes\u00a0? Parce que si jamais l\u2019intercepteur avait un exemplaire en clair de la pi\u00e8ce jointe, il a alors une version crypt\u00e9e et une version non crypt\u00e9e du m\u00eame texte, et il lui est donc facile de reconstituer le chiffre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cela se produisit par exemple en 1753 lorsqu\u2019un r\u00e9sident de France en Pologne, La Fayardie, fit savoir \u00e0 Versailles la mort de son secr\u00e9taire Thomelin, myst\u00e9rieusement d\u00e9c\u00e9d\u00e9 \u00e0 Varsovie. Il pr\u00e9vint dans une d\u00e9p\u00eache non crypt\u00e9e que la prochaine contiendrait des \u00e9l\u00e9ments d\u2019explication de ce d\u00e9c\u00e8s. C\u2019est ce qu\u2019il fit\u00a0: il joignit le rapport d\u2019autopsie crypt\u00e9 dans sa d\u00e9p\u00eache. Or, si les casseurs de code prussiens ou anglais avaient pu se procurer l\u2019original de ce rapport, ils auraient pu reconstituer le code et ainsi d\u00e9chiffrer la d\u00e9p\u00eache et toutes celles qui par le pass\u00e9 avaient \u00e9t\u00e9 chiffr\u00e9es avec ce m\u00eame code et dont ils avaient gard\u00e9 copie. Le chef du bureau du chiffre \u00e0 Versailles le comprit bien\u00a0: il ordonna \u00e0 La Fayardie de br\u00fbler son code et d\u2019en utiliser un autre<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-15\" href=\"#post-36-footnote-15\">[15]<\/a><\/sup><\/sup>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" width=\"1373\" height=\"1893\" class=\"wp-image-37\" src=\"http:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-8.jpeg\" srcset=\"https:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-8.jpeg 1373w, https:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-8-218x300.jpeg 218w, https:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-8-768x1059.jpeg 768w, https:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-8-743x1024.jpeg 743w\" sizes=\"(max-width: 1373px) 100vw, 1373px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lettre du marquis d\u2019Aubeterre, ambassadeur \u00e0 Vienne en 1754<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Autre exemple d\u2019erreur: un jour, une d\u00e9p\u00eache, \u00e9galement issue de Pologne, n\u2019arriva pas \u00e0 destination. Charles de Broglie, l\u2019ambassadeur, en renvoya une copie en n\u00e9gligeant de chiffrer un post-scriptum qu\u2019il jugeait sans int\u00e9r\u00eat. Funeste erreur\u00a0! Si la d\u00e9p\u00eache qui n\u2019\u00e9tait pas arriv\u00e9e \u00e0 destination avait \u00e9t\u00e9 gard\u00e9e par des d\u00e9crypteurs, il leur \u00e9tait alors possible de conna\u00eetre le code gr\u00e2ce \u00e0 la partie non chiffr\u00e9e<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-16\" href=\"#post-36-footnote-16\">[16]<\/a><\/sup><\/sup>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les n\u00e9gligences humaines posaient donc probl\u00e8mes. Le code devait fr\u00e9quemment \u00eatre chang\u00e9, par pr\u00e9caution. Entre deux chiffrages et d\u00e9chiffrages, les commis devaient fr\u00e9quemment composer de nouvelles tables. Un r\u00e8glement de Choiseul de septembre 1767 \u00e9tait destin\u00e9 \u00e0 \u00e9viter les fuites: <em>\u00ab\u00a0La garde des chiffres sera confi\u00e9e \u00e0 un seul commis. Il les tiendra sous clef et en sera responsable. Il ne les donnera aux autres commis que pour le moment du travail\u2026<\/em>\u00a0\u00bb<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-17\" href=\"#post-36-footnote-17\">[17]<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On se m\u00e9fiait m\u00eame de l\u2019\u00e9criture des commis pour certaines combines secr\u00e8tes. Voici ce que Vergennes, ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res de 1774 \u00e0 1787, \u00e9crivit \u00e0 Louis XVI au sujet de l\u2019aide \u00e0 envoyer aux colonies am\u00e9ricaines par l\u2019interm\u00e9diaire de Beaumarchais, en mai 1776:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>Sire, j&#8217;ai l&#8217;honneur de mettre aux pieds de Votre majest\u00e9 la feuille qui doit m&#8217;autoriser \u00e0 fournir un million de livres pour le service des colonies anglaises, si elle daigne la rev\u00eatir de son approuv\u00e9. Je joins pareillement, sire, le projet de la r\u00e9ponse que je me propose de faire au sieur de Beaumarchais, si votre majest\u00e9 l&#8217;approuve; je la supplie de vouloir bien me la renvoyer tout de suite. Elle ne partira pas \u00e9crire de ma main, ni m\u00eame de celle d&#8217;aucun de mes commis ou secr\u00e9taires. J&#8217;y emplo\u00eerai celle de mon fils, qui ne peut \u00eatre connue; et quoiqu&#8217;il ne soit que dans sa quinzi\u00e8me ann\u00e9e, je puis r\u00e9pondre affirmativement de sa discr\u00e9tion. Comme il importe que cette op\u00e9ration ne puisse \u00eatre p\u00e9n\u00e9tr\u00e9e, ou du moins imput\u00e9e au gouvernement&#8230;<\/em>\u00a0\u00bb<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-18\" href=\"#post-36-footnote-18\">[18]<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si Hennin qualifiait la r\u00e9daction des tables de correspondance de partie la plus p\u00e9nible du travail, le travail du chiffre ne devait pas \u00eatre beaucoup plus exaltant. On peut imaginer que le caract\u00e8re ludique de l\u2019activit\u00e9 s\u2019estompait avec la longueur de la correspondance. Les uns \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des autres, les commis chiffrent et d\u00e9chiffrent. Chacun s\u2019aide en nommant le chiffre \u00e0 voix haute et g\u00eane son voisin charg\u00e9 d\u2019une r\u00e9daction<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-19\" href=\"#post-36-footnote-19\">[19]<\/a><\/sup><\/sup>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le baron Honor\u00e9 Duveyrier (1753-1839), neveu de Joseph Nivelet qui fut le doyen des commis, est l\u2019auteur d\u2019une autobiographie dans laquelle il raconte les choix qu\u2019il a eu \u00e0 faire dans sa jeunesse. Il raconte qu\u2019un jour un de ses oncles lui tint ce discours:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<em>Mon enfant, me dit-il, \u00e9coute-moi bien, ton p\u00e8re, ton oncle Nivelet et ton oncle Bouchard veulent disposer de toi \u00e0 leur gr\u00e9, et chacun d&#8217;eux veut te faire ce qu&#8217;il est. Ton p\u00e8re, qui n&#8217;a sur le dos que sa casaque militaire, entend se d\u00e9barrasser de toi avec une lieutenance d&#8217;infanterie; ton oncle Nivelet, qui ne voit rien au del\u00e0 d&#8217;un bureau diplomatique, esp\u00e8re que tu chiffreras toute ta vie \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui ou \u00e0 sa place\u2026\u00a0<\/em>\u00bb<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-20\" href=\"#post-36-footnote-20\">[20]<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour cet autre oncle, avocat libertin, il faut vivre et donc refuser la carri\u00e8re militaire trop risqu\u00e9e du p\u00e8re. Mais il faut une vie plus aventureuse que celle de l\u2019oncle commis. C\u2019est l\u2019exemple de l\u2019oncle libertin que le jeune Honor\u00e9 choisira, il devint un des avocats les plus en vue de son temps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De 1749 \u00e0 1755 on exp\u00e9rimenta la cr\u00e9ation d\u2019un bureau sp\u00e9cialis\u00e9 du chiffre. Avant sa cr\u00e9ation, on comptait douze commis au total, six dans chaque division politique. On en prit huit, quatre dans chaque bureau, pour constituer le bureau du chiffre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le premier commis Bussy se plaignit que les deux commis qui lui restaient avaient trop de travail, et que le bureau du chiffre \u00ab\u00a0<em>ne fonctionnait que par accoup<\/em>\u00a0\u00bb. Si l\u2019on tient compte de cette plainte, on peut d\u00e9duire de la r\u00e9partition des commis que le travail du chiffre devait repr\u00e9senter environ la moiti\u00e9 du temps de travail des commis des bureaux politiques quand ceux-ci furent charg\u00e9s de nouveau du chiffre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Travaillait-on vraiment beaucoup ? Il y eut plusieurs r\u00e8glements fixant les horaires de travail; ce rappel peut laisser penser que les horaires n\u2019\u00e9taient pas toujours scrupuleusement respect\u00e9s. G\u00e9n\u00e9ralement on ne r\u00e9glemente que ce qui a besoin de l\u2019\u00eatre, mais ce n\u2019est pas toujours le cas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On trouve ces paragraphes \u00e9crits en 1751 dans le journal du marquis d\u2019Argenson, qui fut ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res de 1744 \u00e0 1747:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<em>On ne fait absolument rien aux affaires \u00e9trang\u00e8res; M de Puisieux ne songe qu&#8217;\u00e0 sa sant\u00e9 et \u00e0 faire sa cour, il est d\u00e8s le matin \u00e0 cheval dans la for\u00eat et de toutes les chasses du Roi ainsi que de ses soupers. L&#8217;abb\u00e9 de La Ville court matin et soir chez les grands et se montre partout \u00e0 la Cour, le soir chez des femmes o\u00f9 il joue et soupe. Le sieur de Bussy, autre premier commis, donne des soupers fins jusqu&#8217;\u00e0 cinq heures du matin; et les deux fr\u00e8res Le Dran qui ont la charge du d\u00e9p\u00f4t des papiers, sont \u00e0 la campagne des mois de suite, n&#8217;ayant rien \u00e0 faire au monde car on ne leur demande rien. Les autres commis ne travaillent pas d&#8217;avantage, \u00e0 peine r\u00e9pond-on trois lignes \u00e0 chaque d\u00e9p\u00eache d\u2019ambassadeur. M. de Puisieux est all\u00e9 \u00e0 Sillery passer trois jours allant \u00e0 Compi\u00e8gne. Ainsi l&#8217;on dit qu&#8217;il n&#8217;y a plus d&#8217;affaires \u00e9trang\u00e8res, tant on y travaille peu.<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-21\" href=\"#post-36-footnote-21\">[21]<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il rapporte que les commis lui chantaient a contrario les louanges de l\u2019\u00e9poque de son minist\u00e8re:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<em>Nous formions des lettres longues, raisonn\u00e9es et instructives qui dirigeaient la conduite de nos ministres aux cours \u00e9trang\u00e8res. L\u2019on peut dire que pendant vos deux ann\u00e9es de minist\u00e8re, il est sorti plus d\u2019\u00e9critures que pendant six ann\u00e9es de vos pr\u00e9d\u00e9cesseurs ou successeurs et que les commis ont \u00e9t\u00e9 moins fatigu\u00e9s de ce travail sous vous que d\u2019une oisivet\u00e9 inqui\u00e8te et troubl\u00e9e sous les autres<\/em>\u00a0\u00bb<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-22\" href=\"#post-36-footnote-22\">[22]<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans ses \u00e9crits politiques, le marquis d\u2019Argenson se montre singuli\u00e8rement partisan de l\u2019abolition des privil\u00e8ges et d\u2019une sorte de d\u00e9mocratie municipale au sein de la monarchie. Ses ouvrages furent particuli\u00e8rement appr\u00e9ci\u00e9s par Rousseau. Mais, plus amateur d\u2019utopie politique que fin dirigeant des hommes, il est assez m\u00e9disant envers ses contemporains tout le long de son journal, et en 1751 il est surtout extr\u00eamement m\u00e9content d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 \u00e9cart\u00e9 du minist\u00e8re. A d\u00e9faut d\u2019\u00eatre absolument fiable quant \u00e0 l&#8217;assiduit\u00e9 \u00e0 leur travail, son propos illustre ce qu\u2019on pouvait dire ou m\u00e9dire de ces commis.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant les commis, moins nombreux, sont aussi moins diffam\u00e9s que certains officiers, propri\u00e9taires de leur office, ou que les mal-aim\u00e9s collecteurs d&#8217;imp\u00f4ts de la Ferme g\u00e9n\u00e9rale. En r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, les commis ne se font pas remarquer. \u00c0 l&#8217;\u00e9poque on rit plut\u00f4t avec Chamfort de cette anecdote sur le Parlement de Paris. Un jour que quelques conseillers parlaient un peu trop haut \u00e0 l\u2019audience, le Premier Pr\u00e9sident M. de Harlay aurait eu ce bon mot : \u00ab\u00a0<em>Si ces Messieurs qui causent ne faisaient pas plus de bruit que ces Messieurs qui dorment, cela accommoderait fort ces Messieurs qui \u00e9coutent<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On l\u2019a vu, lorsque Goffinet est recrut\u00e9 en 1763, son chef est le premier commis Fran\u00e7ois de Bussy. On doit dire un mot sur ce Bussy<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-23\" href=\"#post-36-footnote-23\">[23]<\/a><\/sup><\/sup>. D\u2019abord secr\u00e9taire dans diff\u00e9rentes ambassades, il fut ministre pl\u00e9nipotentiaire \u00e0 Londres de 1740 \u00e0 1744. Il a \u00e9t\u00e9 prouv\u00e9 (au XXe si\u00e8cle) qu\u2019il avait touch\u00e9 d\u2019importantes sommes d\u2019argent de la part de l\u2019Angleterre, et livr\u00e9 des informations \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1730. On ne sait pas si ces versements ont continu\u00e9, mais il est assez troublant de noter que c\u2019est lui qui en 1745 fut charg\u00e9 de pr\u00e9parer des projets de d\u00e9barquement en Angleterre ! Il fut premier commis de 1749 \u00e0 1766 (donc pendant toute la dur\u00e9e de la guerre de sept ans). Il mourut en 1780 apr\u00e8s avoir b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019une g\u00e9n\u00e9reuse pension de retraite. Tel \u00e9tait le premier chef de Goffinet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il fut remplac\u00e9 comme premier commis par Conrad G\u00e9rard, qu\u2019on a vu ancien secr\u00e9taire \u00e0 Vienne de 1761 \u00e0 1766. Puis il fut lui-m\u00eame remplac\u00e9 en 1779 par son fr\u00e8re Joseph G\u00e9rard de Rayneval, qui resta premier commis jusqu\u2019en 1792.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jacques Goffinet a donc servi Louis XV puis Louis XVI, dans le 1er bureau charg\u00e9 de \u00ab\u00a0<em>l&#8217;Espagne, le Portugal, l&#8217;Angleterre, les Provinces-Unies des Pays-Bas, &amp; les Etats unis de l&#8217;Am\u00e9rique Septentrionale: les cours de Vienne, de Berlin, de Mayence, Coblentz, Bonn, Dresde, la Bavi\u00e8re, le Palatinat, Deux-Ponts, Stutgard, Cassel, Darmstadt, l&#8217;\u00e9v\u00eaque de Basle, la Di\u00e8te g\u00e9n\u00e9rale de l&#8217;Empire d&#8217;Allemagne; les cercles, Li\u00e8ge, Hambourg, Francfort-sur-le-Mein, &amp; g\u00e9n\u00e9ralement tout l&#8217;Empire d&#8217;Allemagne, ainsi que les affaires de limites.\u00a0\u00bb<\/em><sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-24\" href=\"#post-36-footnote-24\">[24]<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce service ne connut que deux petites interruptions. D\u2019abord par une mission en Pologne au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 1764, puis pendant un an et trois mois, \u00e0 la suite d\u2019une r\u00e9forme le 5 octobre 1767. A cette date, Choiseul, qui a remplac\u00e9 son cousin, souhaite all\u00e9ger le d\u00e9partement dans lequel il y a eu un certain nombre de recrues. Il semble que l\u2019on garde les plus anciens et que ce soient les nouveaux qui partent: Goffinet, son nouveau beau-p\u00e8re Joubain, et son coll\u00e8gue Gouget qui suit une carri\u00e8re presque semblable \u00e0 la sienne. Il n\u2019est pas s\u00fbr que la motivation soit financi\u00e8re, puisque les commis semblent garder leur pension, et que le premier commis G\u00e9rard est augment\u00e9 \u00e0 cette occasion. Peut-\u00eatre \u00e9tait-ce dans un but de plus grand secret de la correspondance. On a vu que le r\u00e8glement de Choiseul sur le secret des chiffres datait de septembre 1767.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si telle \u00e9tait la motivation, ce ne fut pas un succ\u00e8s. En effet \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 1768, un soup\u00e7on nait \u00e0 propos de l\u2019interception du chiffre. Le consul de France \u00e0 P\u00e9tersbourg pr\u00e9tend qu\u2019il a appris l\u2019interception des chiffres de la correspondance avec la Russie, et qu\u2019un membre du personnel des affaires \u00e9trang\u00e8res les a vendus au repr\u00e9sentant russe en France.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">G\u00e9rard, r\u00e9put\u00e9 autoritaire, fait des reproches \u00e0 ses commis au nom du ministre. Le ton monte et les commis se sentent atteints dans leur honneur. Six d\u2019entre eux \u00e9crivent un m\u00e9moire et se plaignent directement \u00e0 Choiseul:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<em>Si la m\u00eame attention, les m\u00eames pr\u00e9cautions, et la m\u00eame exactitude qu&#8217;on observe dans les bureaux \u00e9taient \u00e9galement observ\u00e9es par les Ambassadeurs et Ministres du roi dans les pays \u00e9trangers et dans leurs secr\u00e9taireries, on ose avancer qu&#8217;il serait de toute impossibilit\u00e9 d&#8217;intercepter leurs correspondances.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>On peut dire que la plupart des Ministres du Roi dans les pays \u00e9trangers ne se sont jamais beaucoup occup\u00e9s de l&#8217;importance des chiffres qu&#8217;ils regardent comme un m\u00e9canisme dont ils abandonnent la direction \u00e0 leurs secr\u00e9taires qui n&#8217;en connaissent pas les cons\u00e9quences, et qui partent ordinairement avec les Ministres qui les ont choisis, sans avoir pris aucune notion sur l&#8217;usage des chiffres.\u00a0<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Mais ce qui les affecte infiniment, ce sont les marques de d\u00e9fiance que Monseigneur leur a fait manifester d&#8217;une mani\u00e8re aussi affligeante pour eux. La r\u00e9putation de leur probit\u00e9 et de leur discr\u00e9tion s&#8217;est toujours soutenue, et leur a acquis en tout temps une consid\u00e9ration bien m\u00e9rit\u00e9e. En effet o\u00f9 trouvera-t-on en Europe une chancellerie des Affaires \u00e9trang\u00e8res inaccessible \u00e0 la corruption ? On ose avancer, sans crainte d&#8217;\u00eatre d\u00e9menti, que celle de France est la seule intacte.\u00a0<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Si les commis des affaires \u00e9trang\u00e8res \u00e9taient susceptibles de corruption, ils seraient plus \u00e0 leur aise qu&#8217;ils ne le sont, mais l&#8217;honneur tient lieu de tout aux Fran\u00e7ais; ce n&#8217;est point l&#8217;aspect de la Bastille ni la crainte du ch\u00e2timent qui les retiennent dans leur devoir; les sentiments seuls que cet honneur inspire \u00e0 chacun des membres des Affaires \u00e9trang\u00e8res sont la boussole de toutes leurs actions.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Sign\u00e9: Nivelet, Sablon, Lesseps, Lancel, Moreau, Le Duc<\/em>\u00a0\u00bb<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-25\" href=\"#post-36-footnote-25\">[25]<\/a><\/sup><\/sup> (tous commis du 1er bureau)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Choiseul ne tol\u00e8re pas \u00e7a. Le lendemain, il les re\u00e7oit et leur dit: \u00ab\u00a0<em>J\u2019ai lu vos deux m\u00e9moires, vous pouvez avoir raison mais comme il ne vous convient pas de me donner des le\u00e7ons, je vous renvoie tous six et si vous paraissez dans les bureaux, je vous ferai mettre aux cachots; vous \u00eates des insolents.<\/em>\u00a0\u00bb<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-26\" href=\"#post-36-footnote-26\">[26]<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019interdiction de repara\u00eetre ne doit pas surprendre, c\u2019est l\u00e0 la mani\u00e8re de disgracier au XVIIIe si\u00e8cle. Choiseul lui-m\u00eame sera exil\u00e9 deux ans plus tard par une lettre de cachet du roi r\u00e9dig\u00e9e en ces termes: \u00ab <em>Mon cousin, le m\u00e9contentement que me causent vos services me force \u00e0 vous exiler \u00e0 Chanteloup, o\u00f9 vous vous rendrez dans vingt-quatre heures.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Gerard doit reconstituer son bureau; c\u2019est une aubaine pour Jacques Goffinet. En janvier 1769, il est rappel\u00e9 en compagnie de Michel Gouget, et on recrute de nouveaux commis. Deux des commis renvoy\u00e9s, Nivelet et Lesseps (de la famille de diplomates Lesseps dont le plus connu est Ferdinand) arriveront \u00e0 faire jouer leurs protections pour revenir. Il semble que la volont\u00e9 de Choiseul de ne pas confier la charge du chiffre \u00e0 plusieurs commis ait perdur\u00e9\u00a0: Goffinet pr\u00e9tendra dans une lettre \u00e9crite pendant la R\u00e9volution que \u00ab\u00a0<em>pendant quarante-quatre ans de services sans interruptions dans le d\u00e9partement, le citoyen Goffinet \u00e9tait seul charg\u00e9 du chiffrement des d\u00e9p\u00eaches de son d\u00e9partement ind\u00e9pendamment des autres fonctions communes \u00e0 tous les employ\u00e9s <\/em>\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y n\u2019eut plus de bouleversements semblables dans les bureaux jusqu\u2019\u00e0 la fin de la monarchie. Les premiers commis restent \u00e0 leur place de 1779 \u00e0 1792. Gerard de Rayneval dirige le premier bureau o\u00f9 travaille Goffinet, charg\u00e9 de la correspondance avec l\u2019Espagne, l\u2019Angleterre, les Pays Bas, les \u00c9tats-Unis, l\u2019Autriche et l\u2019Allemagne\u00a0; Henin est dans le second bureau. Vergennes est ministre jusqu\u2019\u00e0 sa mort en 1787\u00a0puis il est remplac\u00e9 par Montmorin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Goffinet est recrut\u00e9 avec un traitement de 2000 livres. C\u2019est une honn\u00eate r\u00e9mun\u00e9ration sachant qu\u2019un travailleur non qualifi\u00e9 gagne de 300 \u00e0 400 livres par an. Il gagne 2400 livres en 1771, 3000 en 1773, et son traitement montera jusqu\u2019\u00e0 5900 en 1789.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 cela s\u2019ajoute des gratifications annuelles, des indemnit\u00e9s de voyage lorsque la cour est \u00e0 Compi\u00e8gne ou Fontainebleau (600 livres par voyage). Ces indemnit\u00e9s devaient \u00eatre largement distribu\u00e9es: en 1775, un commis parvint \u00e0 percevoir cette gratification sans avoir \u00e9t\u00e9 du voyage, ce qui provoqua la fureur de Vergennes<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-27\" href=\"#post-36-footnote-27\">[27]<\/a><\/sup><\/sup>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On aidait \u00e9galement les commis lors d\u2019\u00e9v\u00e8nements particuliers: Goffinet re\u00e7oit 1500 livres en 1764 (peut-\u00eatre pour sa mission en Pologne), et 1000 livres en 1765 pour son installation \u00e0 Versailles. Il re\u00e7oit \u00e9galement 1320 livres pour son mariage en 1767. Il faut noter que lors de l\u2019interruption de son service en 1768, son traitement est conserv\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On peut comparer ce traitement avec celui des autres employ\u00e9s: \u00e0 partir de 1768 le premier commis G\u00e9rard gagnait 24.000 livres de traitement<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-28\" href=\"#post-36-footnote-28\">[28]<\/a><\/sup><\/sup>, et Nivelet le doyen du bureau en gagnait 4000. Les fr\u00e8res G\u00e9rard re\u00e7urent une gratification de 15.000 lors de leurs mariages en 1768 et 1776. En 1789, Goffinet est vice-doyen (le terme existait) de son bureau, et gagne 5.900 livres<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-29\" href=\"#post-36-footnote-29\">[29]<\/a><\/sup><\/sup>. Le doyen Montcarel en gagne 8.300 et G\u00e9rard de Rayneval en gagne 32.000 (mais il a d\u2019autres appointements). On voit encore dans les chiffres la distinction entre commis et premier commis.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On l\u2019a dit, il n\u2019y avait pas de r\u00e8gles \u00e9crites pour l\u2019avancement ni pour les pensions de retraite. N\u00e9anmoins les commis \u00e9taient \u00e0 peu pr\u00e8s assur\u00e9s d\u2019avoir une progression de leur traitement et une pension \u00e0 peu pr\u00e8s proportionn\u00e9e \u00e0 celui-ci quand ils partent. Cette pension est une faveur du roi, qui est le plus souvent r\u00e9versible \u00e0 l\u2019\u00e9pouse survivante, voire aux enfants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On aurait tort de trop imaginer Goffinet au sein d\u2019une organisation qui serait une version monarchique de la fonction publique contemporaine. On a vu que le minist\u00e8re \u00e9tait minuscule compar\u00e9 \u00e0 l&#8217;administration foisonnante de la fin du XXe si\u00e8cle. Apr\u00e8s tout, les \u00ab\u00a0<em>bullshit jobs<\/em>\u00a0\u00bb dont parle l&#8217;anthropologue David Graeber<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-30\" href=\"#post-36-footnote-30\">[30]<\/a><\/sup><\/sup>, ces emplois de \u00ab\u00a0<em>cocheurs de cases\u00a0<\/em>\u00bb ou de \u00ab\u00a0<em>larbins<\/em>\u00a0\u00bb qui de l&#8217;aveu m\u00eame de ceux qui les occupent ne servent pas \u00e0 grand-chose et que l\u2019on trouve aujourd&#8217;hui au sein de l\u2019administration et de tout le secteur tertiaire, ressemblent davantage au XVIIIe si\u00e8cle aux offices v\u00e9naux. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019on trouverait un foisonnement. L\u2019imagination pour cr\u00e9er des offices eut peu de limites: dame d\u2019atour, grand \u00e9chanson ou p\u00e2tissier des chiens du roi\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce sont quoiqu\u2019il en soit de tr\u00e8s bonnes ann\u00e9es pour le jeune comtois.<a id=\"post-36-_zcgw9ch6zgyn\"><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le voyage en Pologne et le Secret<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le voyage que Jacques Goffinet fait en Pologne au cours de l\u2019ann\u00e9e 1764 m\u00e9rite que l\u2019on s\u2019y attarde. Il est rare que des commis partent \u00e0 l\u2019\u00e9tranger\u00a0: la carri\u00e8re des ambassades et celle du minist\u00e8re sont deux carri\u00e8res diff\u00e9rentes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le contexte est celui-ci\u00a0: la Pologne et la Lituanie forment la R\u00e9publique des deux nations (<em>Rzeczpospolita Obojga Narod\u00f3w<\/em>), avec un syst\u00e8me institutionnel original. C\u2019est une r\u00e9publique sous la pr\u00e9sidence d\u2019un roi, m\u00e9lange de monarchie \u00e9lective, de r\u00e9publique aristocratique et d\u2019institutions inspir\u00e9es de la Rome antique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le roi \u00e9tait \u00e9lu par la Di\u00e8te, l\u2019assembl\u00e9e des aristocrates du pays. La Di\u00e8te choisissait souvent des monarques \u00e9trangers pour \u00e9viter que le roi ne fonde une dynastie (le roi de France Henri III fut le premier \u00e9lu). Le roi \u00e9lu ne disposait que peu de pouvoirs, car il devait respecter la constitution et le droit de veto dont disposait chaque membre de la Di\u00e8te. Ce <em>liberum veto<\/em> permettait en effet n&#8217;importe \u00e0 quel d\u00e9put\u00e9 de provoquer un arr\u00eat imm\u00e9diat de la session en cours et de reporter toutes les mesures pr\u00e9c\u00e9demment abord\u00e9es jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;\u00e9lection d&#8217;une nouvelle di\u00e8te. Cette constitution rendait le pays difficilement gouvernable et tr\u00e8s vuln\u00e9rable aux immixtions \u00e9trang\u00e8res. Toutes les puissances intervenaient: la Su\u00e8de, l\u2019Autriche, la France et dans la seconde moiti\u00e9 du XVIIIe surtout la Russie et la Prusse. Des factions \u00e9taient soutenues par telle ou telle puissance europ\u00e9enne ou en cherchaient le soutien militaire et financier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est en vue de l\u2019\u00e9lection du roi de Pologne qu\u2019avait \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 le fameux Secret du roi, un service diplomatique et de renseignement qui entretenait une correspondance parall\u00e8le \u00e0 la correspondance officielle. Il permettait \u00e0 Louis XV de communiquer avec certains de ses agents (ambassadeurs ou autres repr\u00e9sentants \u00e0 l\u2019\u00e9tranger) \u00e0 l\u2019insu de ses ministres. Le but initial \u00e9tait de pr\u00e9parer l\u2019\u00e9lection du prince de Conti (prince du Sang, cousin du roi), mais il s\u2019agissait aussi de contr\u00f4ler la politique minist\u00e9rielle, voire parfois d&#8217;engager une politique diff\u00e9rente.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, en 1752, lorsque le comte de Broglie est nomm\u00e9 ambassadeur en Pologne, il re\u00e7oit un billet du roi: \u00ab <em>Le comte de Broglie adjoutera foy \u00e0 ce que lui dira M. le prince de Conty et n\u2019en parlera \u00e0 \u00e2me qui vive.<\/em> \u00bb Le Secret sera ensuite dirig\u00e9 par le comte de Broglie lui-m\u00eame et par Tercier (premier commis de 1749 \u00e0 1759, qui dirigera le Secret m\u00eame apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 disgraci\u00e9).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s l\u2019annonce de la mort du roi Auguste III le 5 octobre 1763, les diff\u00e9rents camps s\u2019organisent autour de leur candidat. Le candidat de la <em>famillia<\/em>, le clan de la puissante famille Czartoryski, est soutenu par la Russie et la Prusse. Il s\u2019agit de Stanislas Poniatowski, qui est l\u2019ancien amant de la tsarine Catherine II. L\u2019autre puissante faction polonaise, le camp dit \u00ab\u00a0r\u00e9publicain\u00a0\u00bb ou des \u00ab\u00a0patriotes\u00a0\u00bb soutient Jan Klemens Branicki, grand <em>hetman<\/em> (qu\u2019on peut traduire par grand-g\u00e9n\u00e9ral) de la Couronne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au minist\u00e8re des affaires \u00e9trang\u00e8res, on pense au fr\u00e8re de la Dauphine, Xavier de Saxe, fils et petit-fils des rois pr\u00e9c\u00e9dents Auguste II et Auguste III. Au sein du Secret, on pense au prince de Conti mais plus s\u00e9rieusement au m\u00eame Xavier de Saxe. Louis XV \u00e9crit ainsi \u00e0 Tercier: \u00ab\u00a0<em>Ce que je d\u00e9sire premi\u00e8rement pour l\u2019\u00e9lection prochaine en Pologne, c\u2019est la libert\u00e9 des Polonois dans leur choix; ensuite un des fr\u00e8res de Madame la Dauphine, Xavier, pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 aux autres, l&#8217;a\u00een\u00e9 exclu de lui-m\u00eame sans que nous y paraissions. S\u2019ils prennent le prince de Conti, je ne m\u2019y opposerai pas.\u00a0<\/em>\u00bb<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-31\" href=\"#post-36-footnote-31\">[31]<\/a><\/sup> <\/sup><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les Russes pr\u00e9f\u00e9raient un roi polonais car ils craignaient qu\u2019un troisi\u00e8me roi de la dynastie de Saxe ne donne un caract\u00e8re h\u00e9r\u00e9ditaire \u00e0 la monarchie polonaise (comme au Saint empire germanique devenu <em>de facto<\/em> h\u00e9r\u00e9ditaire). Ils voulaient probablement l\u2019\u00e9viter pour conserver les institutions de leur voisin qui rendaient le pays ingouvernable et faible<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-32\" href=\"#post-36-footnote-32\">[32]<\/a><\/sup><\/sup>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La France avait d\u00e9j\u00e0 deux repr\u00e9sentants \u00e0 Varsovie: l\u2019ambassadeur est le marquis de Paulmy d\u2019Argenson, fils de l\u2019ancien ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res, et Pierre-Michel Hennin est \u00ab r\u00e9sident \u00bb. Hennin \u00e9tait affili\u00e9 au Secret. Les consignes qu\u2019il re\u00e7oit vont jusqu\u2019\u00e0 prescrire ce qu\u2019il doit dire au ministre par la voie officielle: \u00ab\u00a0<em>Vous devez continuer \u00e0 vous occuper des diff\u00e9rents objets qui vous ont \u00e9t\u00e9 prescrits par la voie secr\u00e8te, observer et mander ce qui se passe, int\u00e9resser le ministre du roi pour les affaires de la Pologne, sans les lui pr\u00e9senter sous un point de vue trop dangereux, ni trop rassurant.\u00a0<\/em>\u00bb<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-33\" href=\"#post-36-footnote-33\">[33]<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Peu avant la mort d\u2019Auguste III, Stanislas Poniatowski \u00e9tait venu voir Hennin pour tenter d\u2019obtenir le soutien de la France. Influenc\u00e9 par les Lumi\u00e8res, il se serait sans doute bien vu en monarque \u00e9clair\u00e9. Il souhaitait faire part des ambitions r\u00e9formatrices qu\u2019il avait pour son pays. Sans doute cherchait-il \u00e0 s\u2019\u00e9manciper de la Russie, il pressentait qu\u2019il ne serait qu\u2019une marionnette aux mains de Catherine II, ce qui fut le cas. Hennin pr\u00e9vint d\u2019abord le roi, via la correspondance secr\u00e8te, puis il pr\u00e9vint \u00e9galement le ministre. Il n\u2019eut pas pour instruction de prendre parti: il dut t\u00e2cher de \u00ab\u00a0<em>susciter avec adresse parti contre parti, pour en emp\u00eacher un de prendre la pr\u00e9pond\u00e9rance, et afin que sa Majest\u00e9&#8230; puisse se d\u00e9clarer pour celui qui conviendra le plus \u00e0 ses int\u00e9r\u00eats.<\/em>\u00a0\u00bb<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-34\" href=\"#post-36-footnote-34\">[34]<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aux deux repr\u00e9sentants d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent \u00e0 Varsovie, le duc de Praslin en rajoute un troisi\u00e8me: le g\u00e9n\u00e9ral Jean-Antoine Monet, qui a longtemps v\u00e9cu en Pologne o\u00f9 il \u00e9tait proche du parti des Czartoryski. Monet est nomm\u00e9 Consul g\u00e9n\u00e9ral en Pologne, a priori un poste non strictement politique. Il doit officiellement aller \u00e0 Dandzig, pour s&#8217;occuper des affaires commerciales \u00e0 l\u2019embouchure de la Vistule. Ce n\u2019est qu\u2019un pr\u00e9texte, il a pour mission d\u2019aller \u00e0 Varsovie pour s\u2019aboucher au nom du roi avec ses connaissances. Tercier, chef du Secret, avertit le roi: \u00ab\u00a0<em>Il est certain que si on ne parle pas de l\u2019affaire secr\u00e8te au g\u00e9n\u00e9ral Monet, Sa majest\u00e9 aura en Pologne trois agents qui prendront tous les trois une route diff\u00e9rente et par cons\u00e9quent ne se rencontreront pas.<\/em>\u00a0\u00bb<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-35\" href=\"#post-36-footnote-35\">[35]<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le roi comprend: \u00ab\u00a0<em>Le sieur Tercier pourra s&#8217;ouvrir au g\u00e9n\u00e9ral Monet sur mes vues secr\u00e8tes regardant la Pologne, sans lui communiquer ce qui s&#8217;est pass\u00e9 anciennement, et lui indiquant le sieur Henin, \u00e0 qui seul j&#8217;ay donn\u00e9 la correspondance de mon secret. Louis. <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>A Versailles, ce 19 novembre 1763.<\/em>\u00a0\u00bb<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-36\" href=\"#post-36-footnote-36\">[36]<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une fois Monet initi\u00e9 au Secret, Tercier lui fait r\u00e9p\u00e9ter les consignes que lui a donn\u00e9 le ministre Choiseul-Praslin: le g\u00e9n\u00e9ral doit \u00ab\u00a0<em>aller trouver les Czartoryski, leur dire que dans la circonstance o\u00f9 S.M. se trouve, elle ne peut se dispenser de faire en apparence, des d\u00e9marches pour l\u2019Electeur de Saxe, mais qu\u2019ils ne doivent en concevoir aucune inqui\u00e9tude puisque ce n\u2019est pas ce prince que S.M. d\u00e9sire voir sur le tr\u00f4ne de Pologne, mais un piaste <\/em>[un noble polonais]<em>, et que, si le choix tombe sur un prince de leur maison, on en sera charm\u00e9 ici et qu\u2019il sera d\u2019abord reconnu, pourvu qu\u2019il conserve le royaume de Pologne dans toutes ses libert\u00e9s et dans l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de ses possessions\u2026 En un mot, sa v\u00e9ritable mission est de persuader au futur Roi, quel qu\u2019il puisse \u00eatre, que nous avons contribu\u00e9 \u00e0 son \u00e9lection et qu\u2019il devra nous en marquer sa reconnaissance.<\/em>\u00a0\u00bb<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-37\" href=\"#post-36-footnote-37\">[37]<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On peut le constater, la diplomatie fran\u00e7aise \u00e9tait complexe, voire confuse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" width=\"1196\" height=\"1923\" class=\"wp-image-38\" src=\"http:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-9.jpeg\" srcset=\"https:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-9.jpeg 1196w, https:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-9-187x300.jpeg 187w, https:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-9-768x1235.jpeg 768w, https:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-9-637x1024.jpeg 637w\" sizes=\"(max-width: 1196px) 100vw, 1196px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lettre du g\u00e9n\u00e9ral Monet, envoy\u00e9 en Pologne en 1764<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est probablement avec le g\u00e9n\u00e9ral Monet que Jacques Goffinet est parti en Pologne, car les dates et la dur\u00e9e du s\u00e9jour (9 mois) correspondent. On sait qu\u2019il a log\u00e9 dans la maison du r\u00e9sident Henin \u00e0 Varsovie<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-38\" href=\"#post-36-footnote-38\">[38]<\/a><\/sup><\/sup>. On a dit qu\u2019il \u00e9tait rare qu\u2019un commis des affaires \u00e9trang\u00e8res accompagne une mission \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Or, il n\u2019est pas improbable que les Choiseul aient eu connaissance de l\u2019existence du Secret. D\u00e8s 1759, le renvoi de Tercier de son poste de premier commis l\u2019avait fait soup\u00e7onner. Les Choiseul auraient-ils voulu espionner le Secret ? On ne peut que conjecturer sur l\u2019envoi de Jacques Goffinet -commis des affaires \u00e9trang\u00e8res et cr\u00e9ature des Choiseul- aupr\u00e8s de Henin et Monet, tous deux initi\u00e9s \u00e0 la double diplomatie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les alli\u00e9s de la France ne se montr\u00e8rent pas d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 intervenir. Le syst\u00e8me m\u00e9ridional comme on l\u2019appelait \u00e0 l&#8217;\u00e9poque (l\u2019alliance France-Autriche-Espagne) n\u2019enverra ni troupe ni argent. Louis XV \u00e9crit \u00e0 Tercier le 22 mars 1764: <em>\u00ab L\u2019Espagne se refuse \u00e0 tout secours, Vienne aussi; par cons\u00e9quent, nous ne pouvons rien donner au prince de Saxe que, comme eux, des recommandations.<\/em>\u00a0\u00bb<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-39\" href=\"#post-36-footnote-39\">[39]<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est donc un polonais qui doit \u00eatre choisi, et le candidat du Secret est le grand-g\u00e9n\u00e9ral Branicki. Mais \u00e0 l\u2019approche de la convocation de la di\u00e8te, la Prusse et la Russie s\u2019unissent pour soutenir Stanislas Poniatowski. L\u2019arm\u00e9e russe s\u2019installe sur le territoire polonais. La pr\u00e9sence des arm\u00e9es, tant russe que polonaise, lors des assembl\u00e9es, instaure un climat de guerre civile dans le pays. En mai 1764, les membres du parti des patriotes autour de Branicki refusent d\u2019ouvrir la s\u00e9ance de la di\u00e8te et quittent Varsovie. Le minist\u00e8re d\u00e9cide alors de retirer l\u2019ambassadeur d\u2019Argenson de cette nasse: \u00ab\u00a0<em>Sa majest\u00e9 ne voyant plus dans la R\u00e9publique de Pologne qu\u2019un corps d\u00e9chir\u00e9 et insubstant, et pr\u00e9voyant d\u2019ailleurs que son ambassadeur pourrait \u00eatre expos\u00e9 \u00e0 quelques insultes au milieu de la soldatesque \u00e9trang\u00e8re a jug\u00e9 plus convenable de le retirer d\u2019un s\u00e9jour o\u00f9 les voies de la violence vont sans doute \u00eatre substitu\u00e9es aux voies de la n\u00e9gociation.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais Monet et Hennin doivent rester: \u00ab\u00a0<em>vous resterez, Monsieur, puisque le caract\u00e8re dont vous \u00eates rev\u00eatu est moins d\u00e9licat \u00e0 m\u00e9nager que celui d\u2019un ambassadeur et n\u2019expose pas aussi essentiellement la dignit\u00e9 du Souverain.<\/em> \u00bb<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-40\" href=\"#post-36-footnote-40\">[40]<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019insulte \u00e0 l&#8217;ambassadeur du roi avait \u00e9t\u00e9 anticip\u00e9e. Ce n\u2019est pas d\u2019un soudard russe qu\u2019elle viendra, mais du primat de Pologne lui-m\u00eame. Avant l\u2019\u00e9lection, l&#8217;archev\u00eaque de Gniezno \u00e9tait l\u2019interroi (titre inspir\u00e9 de la Rome antique; sous la R\u00e9publique romaine l\u2019interroi \u00e9tait nomm\u00e9 apr\u00e8s la mort des consuls).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 7 juin 1764, le marquis d\u2019Argenson vient lui annoncer qu\u2019il rentrait en France, car il y avait une scission en Pologne et qu\u2019il ne pouvait rester dans une partie de celle-ci. Le primat lui aurait r\u00e9pondu\u00a0: \u00ab\u00a0<em>puisque vous ne reconnaissez pas la R\u00e9publique, allez la chercher o\u00f9 il vous plaira<\/em>\u00a0\u00bb, et \u00ab\u00a0<em>Si nous ne sommes pas la R\u00e9publique, allez la chercher: nous ne reconnaissons plus d\u2019ambassadeur. Je salue M. le marquis. \u00bb <\/em>Celui-ci aurait r\u00e9pliqu\u00e9 \u00e0 l\u2019interroi\u00a0:<em> \u00ab Salut \u00e0 l&#8217;archev\u00eaque de Gniezno.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La France est officiellement offens\u00e9e. Le 16 juillet 1764, elle retire tout son personnel diplomatique (Hennin et Monet avec Goffinet). Elle est suivie par ses alli\u00e9s autrichiens et espagnols. Stanislas Poniatowski est \u00e9lu comme pr\u00e9vu le 7 septembre 1764, mais la France ne le reconna\u00eetra comme roi qu\u2019en 1766. L\u2019influence de la France en Pologne a beaucoup d\u00e9clin\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malgr\u00e9 cet \u00e9chec, le Secret continue, et avec lui l\u2019espionnage par le roi de ses propres ministres. Apr\u00e8s le retour de Monet, Louis XV \u00e9crit au duc de Broglie, chef du Secret, le 29 ao\u00fbt 1764\u00a0: <em>\u00ab\u00a0La situation actuelle de la Pologne me faisant d\u00e9sirer d&#8217;\u00eatre instruit pr\u00e9cis\u00e9ment de tout ce qui s&#8217;y est pass\u00e9 depuis l&#8217;interr\u00e8gne, vous direz de ma part au g\u00e9n\u00e9ral Monet, qu&#8217;il vous communique les instructions et les lettres qu&#8217;il a re\u00e7ues du duc de Praslin, ainsi que ses r\u00e9ponses, de m\u00eame que ses lettres au comte Poniatowski et les r\u00e9ponses qu&#8217;il en re\u00e7oit, pour que du tout vous en composiez un extrait exact que vous m&#8217;envoierez. <\/em>\u00bb<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-41\" href=\"#post-36-footnote-41\">[41]<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Secret continuera jusqu\u2019\u00e0 la mort de Louis XV. M\u00eame s\u2019il a \u00e9chou\u00e9 dans ses principaux objectifs (couronne polonaise ou d\u00e9barquement en Angleterre), beaucoup des hommes qui le constituaient resteront en place sous Louis XVI: Vergennes, ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res et principal ministre, sera avec Beaumarchais un acteur important de la guerre d\u2019ind\u00e9pendance am\u00e9ricaine. Hennin sera premier commis, et Dumouriez sera m\u00eame ministre sous la R\u00e9publique. Le membre du Secret le plus c\u00e9l\u00e8bre, le fameux Chevalier d&#8217;\u00c9on, apr\u00e8s avoir jou\u00e9 un r\u00f4le important lors des n\u00e9gociations du trait\u00e9 de Paris en interceptant des documents confidentiels \u00e0 Londres, finira sa vie en Angleterre en se faisant passer pour une femme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\">FAMILLE<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 15 janvier 1767, Jacques Goffinet \u00e9pouse Marie Th\u00e9r\u00e8se Joubain de Doisu dans l\u2019\u00e9glise Saint-Louis de Versailles. Elle est la fille de Fran\u00e7ois Joubain de Doisu, avocat et jurisconsulte des affaires \u00e9trang\u00e8res dans le m\u00eame bureau que Jacques Goffinet. Le contrat signale d\u2019ailleurs que le mariage est \u00ab\u00a0<em>de l\u2019agr\u00e9ment de Monseigneur le duc de Choiseul, ministre de la guerre et Monseigneur le duc de Praslin, ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res<\/em> \u00bb<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-42\" href=\"#post-36-footnote-42\">[42]<\/a><\/sup><\/sup>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La famille Joubain est une famille de marchands install\u00e9s \u00e0 Versailles d\u00e8s la fin du XVIIe si\u00e8cle. Fran\u00e7ois Joubain, le beau-p\u00e8re de Jacques Goffinet, mena avec succ\u00e8s une carri\u00e8re de juriste et d\u2019avocat. Son nom est fr\u00e9quemment cit\u00e9 dans les actes notari\u00e9s et paroissiaux de Versailles. Avait-il une sp\u00e9cialit\u00e9 en droit international\u00a0? En tout cas le minist\u00e8re des affaires \u00e9trang\u00e8res fit appel \u00e0 lui. \u00c0 plusieurs reprises, il \u00e9crivit des avis et des m\u00e9moires sous les minist\u00e8res Rouill\u00e9 (1754 \u00e0 1757) et Bernis (1757 \u00e0 1758). D\u00e8s son arriv\u00e9e, Choiseul l\u2019embauche pour de bon comme \u00ab\u00a0<em>jurisconsulte et homme de lettres<\/em>\u00a0\u00bb du minist\u00e8re<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-43\" href=\"#post-36-footnote-43\">[43]<\/a><\/sup><\/sup>. Il rompt \u00ab\u00a0<em>tous ses liens suivant les ordres de monseigneur pour s\u2019attacher \u00e0 cet unique objet\u00a0<\/em>\u00bb. Il obtient un bureau particulier \u00e0 Versailles, mais aussi \u00e0 Compi\u00e8gne et \u00e0 Fontainebleau (lieux o\u00f9 se d\u00e9place parfois la cour). D\u2019apr\u00e8s son dossier, sa mission fut de \u00ab\u00a0<em>r\u00e9pondre \u00e0 des questions de droit public et des gens, de droit civil, criminel et b\u00e9n\u00e9ficial, \u00e0 expliquer les formes judiciaires en vigueur au Conseil ou dans les autres tribunaux du royaume, \u00e0 donner des interpr\u00e9tations de trait\u00e9s, des traductions en langue fran\u00e7aise et latine et m\u00eame pour remplir les vides, \u00e0 faire des extraits de plus de quarante ann\u00e9es de diverses correspondances.\u00a0<\/em>\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&#8217;\u00e9largissement du royaume \u00e0 l\u2019est (Alsace et Lorraine) posait des probl\u00e8mes juridiques complexes dans le rapport avec le Saint-Empire, notamment avec les princes possessionn\u00e9s (princes allemands qui avaient conserv\u00e9 des fiefs enclav\u00e9s dans le royaume de France)<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-44\" href=\"#post-36-footnote-44\">[44]<\/a><\/sup><\/sup>, mais il y avait un autre jurisconsulte qui semblait sp\u00e9cialis\u00e9 sur ces questions. Il semble plut\u00f4t que le recrutement de Joubain soit li\u00e9 \u00e0 la guerre. Sa place fut int\u00e9gr\u00e9e au premier d\u00e9partement, le m\u00eame que celui de Goffinet. Il fut r\u00e9form\u00e9 en m\u00eame temps que lui, en janvier 1767 (Choiseul \u00ab\u00a0<em>profitant des circonstances de la paix <\/em>\u00bb) et ne revint pas au minist\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il se faisait appeler Joubain de Doisu, car il avait h\u00e9rit\u00e9 de son \u00e9pouse d\u2019une seigneurie \u00e0 Doisu, qui est aujourd\u2019hui un quartier de la commune de Chaville, entre Versailles et Paris. Fief tr\u00e8s modeste<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-45\" href=\"#post-36-footnote-45\">[45]<\/a><\/sup><\/sup>, il est d\u00e9crit ainsi dans un document de 1741:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<em>Une maison seigneuriale, b\u00e2timents, cour, jardin, pr\u00e9s, avenue, etc..; le tout contenant vingt arpents neuf perches<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Cinquante-deux perches de pr\u00e8s<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>28 sols 6 deniers de cens \u00e0 prendre sur deux arpents trente-sept perches et demie de terre en deux pi\u00e8ces<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>16 livres de rente fonci\u00e8re \u00e0 prendre sur soixante-dix-neuf perches et demis d\u2019h\u00e9ritage en deux pi\u00e8ces<\/em> \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vingt arpents ne font que sept hectares et les sommes indiqu\u00e9es pour le cens sont insignifiantes. Rappelons que 12 derniers font un sou, et 20 sous font une livre, salaire journalier moyen d\u2019un travailleur non qualifi\u00e9. Le cens, imp\u00f4t local d\u00fb au seigneur, pouvait donc \u00eatre d\u2019un tel montant \u00e0 la fin de l\u2019ancien r\u00e9gime. Il s\u2019agissait d&#8217;un droit dit r\u00e9el et non personnel, c\u2019est \u00e0 dire attach\u00e9 \u00e0 un bien et non \u00e0 une personne (les imp\u00f4ts tels que la corv\u00e9e ou la taille ne pesaient que sur les roturiers).<sup><a id=\"post-36-footnote-ref-46\" href=\"#post-36-footnote-46\">[46]<\/a><\/sup><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette seigneurie de Doisu fut transmise sur deux g\u00e9n\u00e9rations \u00e0 des gendres qui purent ajouter ce nom \u00e0 leur patronyme. Elle provenait de Magdeleine Demarins (ou Demarius?), dame de Doisu, belle-m\u00e8re de Fran\u00e7ois Joubain. Elle fut transmise apr\u00e8s la mort de Fran\u00e7ois Joubain \u00e0 son fils Pierre-Fran\u00e7ois, puis \u00e0 la mort de celui-ci sans descendance en 1785, \u00e0 son gendre Philippe Coqueret (beau-fr\u00e8re de Jacques Goffinet) qui se fit alors appeler Coqueret du Doisu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Fran\u00e7ois Joubain eut trois enfants. Son fils Pierre-Fran\u00e7ois fut avocat au Parlement comme son p\u00e8re, mais n\u2019eut pas le m\u00eame succ\u00e8s. D\u00e9crit comme \u00e9tant de sant\u00e9 fragile, il b\u00e9n\u00e9ficia de l&#8217;entregent de son p\u00e8re et de son beau-fr\u00e8re pour obtenir du ministre Vergennes qu\u2019il le recommande pour un poste \u00e0 la Ferme G\u00e9n\u00e9rale (plus exactement \u00e0 la \u00ab <em>formule<\/em> \u00bb, la vente des timbres fiscaux et papiers \u00e0 ent\u00eate). Le billet de Vergennes ne mentionne d\u2019ailleurs que le nom de \u00ab <em>sr de Doizu<\/em> \u00bb, ce qui causera un imbroglio car les services de la Ferme G\u00e9n\u00e9rale ne reconna\u00eetront pas Pierre Fran\u00e7ois Joubain sous ce seul nom, et cela ralentira l\u2019avancement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bien que renvoy\u00e9, Joubain continua \u00e0 recevoir une pension. Apr\u00e8s sa mort en 1783, ses trois enfants, dont l\u2019\u00e9pouse de Jacques Goffinet, toucheront \u00e9galement une pension de 600 livres chacun<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-47\" href=\"#post-36-footnote-47\">[47]<\/a><\/sup><\/sup>, \u00ab\u00a0<em>en consid\u00e9ration des services du feu sieur Joubain de Doisu, p\u00e8re de ladite dame, en qualit\u00e9 de jurisconsulte pendant huit ann\u00e9es dans les bureaux du d\u00e9partement politique<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019a\u00een\u00e9e des filles, Sophie Th\u00e9r\u00e8se Joubain, \u00e9pousa en 1769 Henry Philippe Bon Coqueret. Coqueret \u00e9tait peintre du cabinet du roi. Sa fonction principale \u00e9tait de r\u00e9aliser des copies des portraits du roi et de la famille royale. Les peintres du cabinet d\u00e9tenaient en effet l\u2019exclusivit\u00e9 de la reproduction des originaux conserv\u00e9s \u00e0 la surintendance des B\u00e2timents du roi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La possession d\u2019un portrait du roi \u00e9tait un v\u00e9ritable enjeu, que ce soit pour les particuliers ou pour les corps constitu\u00e9s du royaume. Il en \u00e9tait de m\u00eame pour un portrait d\u2019un membre de la famille royale, grand privil\u00e8ge et marque de la faveur du prince<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-48\" href=\"#post-36-footnote-48\">[48]<\/a><\/sup><\/sup>. Le Cabinet des tableaux du roi se situait dans l\u2019h\u00f4tel de la Surintendance, juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des h\u00f4tels des affaires \u00e9trang\u00e8res et de la Marine dont on a parl\u00e9. A la fin du r\u00e8gne de Louis XV, quatre peintres y \u00e9taient employ\u00e9s, il y en eut jusqu\u2019\u00e0 sept sous Louis XVI. Ils avaient peu de temps pour leurs propres cr\u00e9ations, mais r\u00e9alisaient de temps \u00e0 autre des originaux destin\u00e9s aux appartements royaux. Coqueret fut officier municipal de la ville de Versailles sous la R\u00e9volution<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-49\" href=\"#post-36-footnote-49\">[49]<\/a><\/sup><\/sup>. Il fut d\u2019abord renvoy\u00e9 puis rappel\u00e9 par le d\u00e9put\u00e9 en mission Charles Delacroix (p\u00e8re du peintre), le m\u00eame qui une fois devenu ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res renverra Jacques Goffinet en 1795.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jacques Goffinet \u00e9pouse donc la benjamine de son coll\u00e8gue. La m\u00e8re est d\u00e9c\u00e9d\u00e9e moins de deux ans auparavant; Fran\u00e7ois Joubain vivait avec ses trois enfants et quelques domestiques. Goffinet \u00e9pouse la benjamine et non l\u2019ain\u00e9e qui \u00e9tait \u00e9galement c\u00e9libataire, signe que le mariage n\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre pas totalement arrang\u00e9. Il \u00e9pouse quelqu\u2019un de sa condition, mais qui ne lui apporte aucun office et aucune charge. En effet, il \u00e9tait courant dans les corporations de m\u00e9tier ou les offices royaux que le gendre succ\u00e8de au beau-p\u00e8re qui n\u2019avait pas de fils. Mais la place de commis ne s\u2019ach\u00e8te pas et ne d\u00e9pend que du talent et de la faveur des puissants. D\u2019ailleurs les mariages au sein du minist\u00e8re sont assez rares.<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-50\" href=\"#post-36-footnote-50\">[50]<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Deux de ses coll\u00e8gues sont t\u00e9moins du mariage. Michel Gouget \u00e9tait \u00e0 Vienne avec lui avant d\u2019\u00eatre recrut\u00e9 au minist\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019autre t\u00e9moin est aussi un coll\u00e8gue commis\u00a0: Marc-Antoine Rochon de Chabannes. C\u2019est un dramaturge qui conna\u00eet un certain succ\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Oubli\u00e9 aujourd\u2019hui, il a cependant \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 dans la biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-51\" href=\"#post-36-footnote-51\">[51]<\/a><\/sup><\/sup>. Sa pi\u00e8ce la plus connue est <em>Heureusement<\/em>. Dans cette courte com\u00e9die, un mari d\u00e9laisse sa femme qu\u2019il croit ing\u00e9nue et la laisse se faire courtiser par son jeune cousin Lindor, un adolescent libertin, avec l\u2019aide de la servante d\u00e9lur\u00e9e. Beaumarchais s\u2019inspirera de ce personnage de Lindor pour cr\u00e9er Ch\u00e9rubin, le jeune page amoureux de sa marraine la comtesse dans Le mariage de Figaro. Le fait pour un homme de lettres de travailler dans la diplomatie est courant, Voltaire et Rousseau l\u2019ont fait dans leur jeunesse, puis Paul Claudel, et jusqu\u2019\u00e0 Jean-Christophe Rufin, ambassadeur au S\u00e9n\u00e9gal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Rochon est \u00e9galement l\u2019auteur de pamphlets politiques. En 1756, l\u2019abb\u00e9 Coyer publie <em>La Noblesse commer\u00e7ante<\/em>, brochure qui provoque de nombreux d\u00e9bats sur l\u2019interdiction faite \u00e0 la noblesse de commercer sous peine de d\u00e9roger. Elle se termine ainsi: <em>\u00ab\u00a0Le rem\u00e8de est sous la main. C&#8217;est celui qui s&#8217;exprime dans le titre m\u00eame de l&#8217;opuscule. Autorisez la noblesse \u00e0 commercer, elle retrouvera, rapidement sa fortune et son prestige, et pourra ensuite, mais ensuite seulement, recommencer \u00e0 s&#8217;acquitter de ces fonctions honorifiques qu&#8217;une longue tradition la rend plus apte que tous autres \u00e0 remplir. Conclusion : Il faut abolir cette loi singuli\u00e8re et gothique de d\u00e9rogeance\u00a0<\/em>\u00bb<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-52\" href=\"#post-36-footnote-52\">[52]<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De nombreuses brochures sont \u00e9dit\u00e9es en r\u00e9action, le d\u00e9bat est anim\u00e9. Trop m\u00eame, au go\u00fbt du critique litt\u00e9raire Fr\u00e9d\u00e9ric Melchior Grimm, qui \u00e9crira, lass\u00e9: \u00ab\u00a0<em>Il faut esp\u00e9rer qu\u2019on nous laissera en paix avec cette noblesse commer\u00e7ante et non-commer\u00e7ante.<\/em>\u00a0\u00bb<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-53\" href=\"#post-36-footnote-53\">[53]<\/a><\/sup><\/sup> Le gouvernement pr\u00e9para un projet de r\u00e9forme qui n\u2019aboutira pas. Le chevalier d\u2019Arcq, petit-fils b\u00e2tard de Louis XIV, r\u00e9plique notamment en publiant <em>La Noblesse militaire<\/em>. Cette brochure d\u00e9fend l\u2019id\u00e9e que la noblesse ne devrait se consacrer qu\u2019\u00e0 la carri\u00e8re militaire, et d\u00e9rogerait m\u00eame en refusant de servir. Une concordance serait \u00e9tablie entre titre nobiliaire et m\u00e9rite militaire. Rochon r\u00e9agit \u00e0 la fa\u00e7on des ironistes de son \u00e9poque. Apr\u00e8s <em>La Noblesse commer\u00e7ante <\/em>et <em>La Noblesse militaire<\/em>, para\u00eet <em>La Noblesse oisive<\/em><sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-54\" href=\"#post-36-footnote-54\">[54]<\/a><\/sup><\/sup>. En voici quelques extraits:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<em>Les emplois dans le Militaire se vendent aux Roturiers, au lieu d\u2019\u00eatre donn\u00e9s aux Gentilhommes; on n\u2019en bat pas moins l\u2019ennemi. La Noblesse rougit d\u2019entrer dans le commerce, et tra\u00eene \u00e0 la campagne une vie mis\u00e9rable; cela rabat de sa fiert\u00e9\u2026 Laissons donc les choses dans l\u2019\u00e9tat o\u00f9 elles sont; je vous demande gr\u00e2ce surtout pour nos Petits ma\u00eetres; quel mal vous ont-ils fait, pour vouloir en faire des hommes\u00a0?<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<em>Que vous propose-t-on, \u00e0 vous qui \u00eates accoutum\u00e9s au faste et aux plaisirs de la ville ?&#8230;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Regardez la consid\u00e9ration dans laquelle vous vivez, la d\u00e9pense que vous faites au del\u00e0 de vos revenus, effets naturels de votre faste; il vous annonce; il en impose; vous \u00eates riches de deux cent mille livres de rente, avec un peu d\u2019impudence vous trouverez le secret de d\u00e9penser un million de revenu; voil\u00e0 votre bien augment\u00e9 de huit cent mille livres. Cent personnes commerceront pour vous, tenez vous tranquille.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<em>L\u2019oisivet\u00e9 est la source de l\u2019\u00e9mulation, elle anime les talents, entretient les arts, adoucit les m\u0153urs, augmente la population et fait na\u00eetre le luxe qui soutient la capitale et d\u00e9charge la Province.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<em>Il ne convient donc pas que le grand embrasse <\/em>[le commerce];<em> c\u2019est lui qui d\u00e9pense, il ne faut pas que ce soit lui qui acquiers. Il est \u00e9galement inutile et dangereux de l\u2019engager \u00e0 se mettre dans le service, on peut battre l\u2019ennemi sans son bras; la Capitale ne saurait se soutenir sans sa dissipation.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voil\u00e0 ce que pouvaient \u00e9crire les commis du tr\u00e8s autoritaire duc de Choiseul !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les autres actes paroissiaux permettent d\u2019avoir un aper\u00e7u des fr\u00e9quentations de la famille Joubain\/Goffinet:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un fils -Fran\u00e7ois Michel Jacques Goffinet- na\u00eet le 10 octobre 1767<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-55\" href=\"#post-36-footnote-55\">[55]<\/a><\/sup><\/sup>, mais ne vivra qu\u2019un an. Le parrain de l&#8217;enfant est son grand-p\u00e8re maternel Fran\u00e7ois Joubain. La marraine est Michelle-Marie Delalande, \u00e9pouse de M. Claude Coulon, docteur en m\u00e9decine. Cette Michelle-Marie Delalande n\u2019est autre que la fille du compositeur Michel-Richard Delalande (parfois orthographi\u00e9 de la Lande), surintendant de la musique du roi sous Louis XIV. Delalande est un des compositeurs les plus jou\u00e9s au XVIIIe si\u00e8cle. Sa fille est une amie de la famille: Fran\u00e7ois Joubain \u00e9tait t\u00e9moin du mariage de Michelle Marie Delalande et de Claude Coulon en 1750.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il \u00e9tait d\u2019usage \u00e0 l\u2019\u00e9poque chez les familles bourgeoises de confier les nourrissons \u00e0 des nourrices \u00e0 la campagne<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-56\" href=\"#post-36-footnote-56\">[56]<\/a><\/sup><\/sup>. Les enfants de Jacques Goffinet \u00e9taient peut \u00eatre \u00ab\u00a0en nourrice\u00a0\u00bb chez leur grand-p\u00e8re au Doisu. Cela expliquerait que le fils d\u00e9c\u00e8de en 1768 dans la maison de son grand p\u00e8re. Il est \u00e9galement possible que Jacques Goffinet ait quitt\u00e9 Versailles en 1768, ann\u00e9e de sa suspension. Le t\u00e9moin du d\u00e9c\u00e8s est un tailleur d&#8217;habit polonais vivant \u00e0 Versailles, Martin Vytlacil<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-57\" href=\"#post-36-footnote-57\">[57]<\/a><\/sup><\/sup>. Sa pr\u00e9sence n\u2019a peut-\u00eatre aucun lien avec la mission de Goffinet en Pologne, il a pu faire partie de la communaut\u00e9 polonaise prot\u00e9g\u00e9e par la reine Marie Leszczy\u0144ska.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le parrain de Th\u00e9r\u00e8se Sophie Goffinet qui na\u00eet le 10 mai 1769 est Albert Fran\u00e7ois Floncel, avocat au Parlement et censeur royal. Il avait travaill\u00e9 quelques ann\u00e9es au minist\u00e8re des affaires \u00e9trang\u00e8res. Avocat comme les Joubain, il travaillait \u00e9galement au sein du Bureau de la Librairie, charg\u00e9e de la censure. Il n\u2019\u00e9tait pas membre de la section \u00ab\u00a0Jurisprudence \u00bb, mais de la section \u00ab\u00a0Belles lettres \u00bb<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-58\" href=\"#post-36-footnote-58\">[58]<\/a><\/sup><\/sup>. Le bureau comptait plus de cent-soixante-dix censeurs: il avait la taille d\u2019un v\u00e9ritable minist\u00e8re<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-59\" href=\"#post-36-footnote-59\">[59]<\/a><\/sup><\/sup>. Il \u00e9tait fr\u00e9quent que les censeurs cumulent cette fonction avec une autre: Tercier, le premier commis des affaires \u00e9trang\u00e8res et chef du Secret dont on a d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9, fut disgraci\u00e9 \u00e0 cause d\u2019une erreur dans sa fonction de censeur, avoir donn\u00e9 l\u2019<em>imprimatur<\/em> au philosophe antichr\u00e9tien Helvetius. Voici la notice que consacre \u00e0 Floncel le dictionnaire biographique<em> La France litt\u00e9raire<\/em> en 1769:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab <em>FLONCEL, (Albert-Fran\u00e7ois) n\u00e9 \u00e0 Luxembourg en 1697, Avocat en Parlement, censeur royal, membre de l\u2019acad\u00e9mie des Arcades de Rome, etc.. en 1731 Secr\u00e9taire d\u2019Etat de la principaut\u00e9 de Monaco. En 1739, premier secr\u00e9taire des affaires \u00e9trang\u00e8res sous MM Amelot et d\u2019Argenson\u2026 Le go\u00fbt d\u00e9cid\u00e9 de M Floncel pour la Langue et pour la Litt\u00e9rature italienne, lui a fait former depuis quarante cinq ans une Biblioth\u00e8que singuli\u00e8re et pr\u00e9cieuse, unique en France, peut \u00eatre m\u00eame en Europe. Elle est compos\u00e9e d\u2019environ onze mille volumes en cette m\u00eame langue; il l\u2018augmente tous les jours; elle est connue par tous les journaux et \u00e9crits p\u00e9riodiques; il se fait un plaisir de l\u2019ouvrir aux curieux de cette esp\u00e8ce de litt\u00e9rature qui ont besoin de la consulter.\u00a0<\/em>\u00bb<em><sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-60\" href=\"#post-36-footnote-60\">[60]<\/a><\/sup><\/sup><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La biblioth\u00e8que de Fran\u00e7ois Joubain para\u00eet pauvre au regard de celle de son ami Floncel, elle est n\u00e9anmoins bien constitu\u00e9e, l\u2019inventaire apr\u00e8s son d\u00e9c\u00e8s montre une biblioth\u00e8que assez cons\u00e9quente de divers ouvrages de \u00ab\u00a0jurisprudence, histoire, belles lettres et th\u00e9\u00e2tre \u00bb<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-61\" href=\"#post-36-footnote-61\">[61]<\/a><\/sup><\/sup>. Son fils puis sa fille en h\u00e9riteront. Dans l\u2019inventaire apr\u00e8s d\u00e9c\u00e8s de sa fille Marie Th\u00e9r\u00e8se en 1790, on trouve notamment une \u00ab\u00a0<em>Encyclop\u00e9die nouvelle \u00e9dition in 4 en soixante quinze volumes broch\u00e9s cartonn\u00e9s compris les planches, pris\u00e9e 400 livres<\/em>\u00a0\u00bb, il s\u2019agit bien s\u00fbr de l\u2019Encyclop\u00e9die de Diderot et d\u2019Alembert.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La derni\u00e8re fille, Marie F\u00e9licit\u00e9 Goffinet qui na\u00eet en 1771, a une marraine qui selon l\u2019usage lui donne ses pr\u00e9noms: Marie F\u00e9licit\u00e9 Germain. Elle est l\u2019\u00e9pouse de Guillaume Baudet, entrepreneur des pav\u00e9s du roy, plus tard qualifi\u00e9 \u00e9galement d\u2019entrepreneur des \u00ab\u00a0b\u00e2timents et domaine du roy\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0entrepreneur du pav\u00e9 des h\u00f4pitaux de Paris\u00a0\u00bb. Cette marraine \u00e9pousera en seconde noces Jean Barre, architecte. Le milieu du b\u00e2timent para\u00eet avoir \u00e9t\u00e9 fr\u00e9quent\u00e9 par la famille.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour \u00eatre complet, voici une liste de mariages dont Fran\u00e7ois Joubain a \u00e9t\u00e9 le t\u00e9moin \u00e0 Versailles et \u00e0 Chaville<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-62\" href=\"#post-36-footnote-62\">[62]<\/a><\/sup><\/sup>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">07\/07\/1750 DUCAYET de GIRONVILLE Louis avocat (cousin du m\u00e9decin Colomb)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">26\/11\/1754 FRANCISQUE MILET Joseph, peintre du roi et MANICLERC Madeleine (ami de l&#8217;\u00e9pouse)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">23\/04\/1770 MANAUT David serrurier \u00e0 Versailles<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">08\/05\/1770 MARQUIER de CRUZ Jean Baptiste Daniel capitaine de cavalerie et VIOT Genevi\u00e8ve Jeanne fille de Louis, commis de la guerre<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">20\/04\/1773 GUILLOIS Fran\u00e7ois commis des affaires \u00e9trang\u00e8res<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">28\/04\/1774 MARCHAND Pierre Fran\u00e7ois musicien du R\u00e9giment des Suisses et MOREAU Marie Anne marchande de toiles<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">15\/02\/1776 LOUIN Jean marchand de toiles<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">16\/07\/1777 DUFOSSAY Jean Etienne, t\u00e9moin de l\u2019\u00e9pouse MARIN Anne, fille de Pierre Nicolas officier porte carreau de la reine<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-63\" href=\"#post-36-footnote-63\">[63]<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">28\/09\/1779 MOUFFLE Claude blanchisseur de Chaville<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette participation importante, surtout dans les ann\u00e9es 1770, s\u2019explique peut-\u00eatre par sa profession d&#8217;avocat (on ne trouve pas de mention des autres membres de la famille dans les registres paroissiaux).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avocats, litt\u00e9rateurs, artistes, entrepreneurs, artisans: voil\u00e0 les fr\u00e9quentations de la famille.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\">Versailles<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plus de deux si\u00e8cles plus tard, la vie quotidienne \u00e0 Versailles peut para\u00eetre \u00e0 nos yeux un curieux m\u00e9lange de faste et de sordide. Les bals masqu\u00e9s et les concerts \u00e9taient r\u00e9guliers. Les f\u00eates donn\u00e9es pour le mariage du dauphin (futur Louis XVI) en 1770, et de ceux de ses fr\u00e8res (1771 et 1773) furent grandioses: feux d\u2019artifice, barques \u00e0 lanternes sur les canaux, banquets extraordinaires etc&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais les voyages de la cour \u00e0 Marly \u00e9taient parfois d\u00e9termin\u00e9s non par un soudain caprice royal, mais par la n\u00e9cessit\u00e9 de vider les fosses d\u2019aisance<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-64\" href=\"#post-36-footnote-64\">[64]<\/a><\/sup><\/sup>. La puanteur \u00e9tait \u00e9pouvantable. Il y avait des d\u00e9c\u00e8s parmi les ouvriers vidangeurs que l\u2019on saoulait \u00e0 l\u2019eau de vie. Certaines fosses \u00e9taient creus\u00e9es juste sous le pavage et d\u00e9bordaient parfois dans les cours. Il y eut cependant des progr\u00e8s dans les ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dant la R\u00e9volution: d\u2019abord fut mis en \u0153uvre un syst\u00e8me de pompes pour vider les fosses, puis une \u00e9bauche de fosse septique moderne dans la rue de la Surintendance o\u00f9 se trouve l&#8217;h\u00f4tel des affaires \u00e9trang\u00e8res (r\u00e9servoir s\u00e9par\u00e9 et absorption par le sol)<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-65\" href=\"#post-36-footnote-65\">[65]<\/a><\/sup><\/sup>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Versailles est \u00e0 la veille de la R\u00e9volution une ville de 50.000 habitants, dont l\u2019essentiel de l\u2019activit\u00e9 est \u00e9videmment tourn\u00e9e vers le ch\u00e2teau. Comme l\u2019ont souvent les capitales, Versailles a un statut particulier. Le gouverneur du ch\u00e2teau \u00e9tait \u00e9galement celui de la ville et ne d\u00e9pendait que du roi. Versailles n\u2019avait donc aucun corps de ville contrairement aux autres grandes villes du royaume. Cette absence fut combl\u00e9e par l\u2019ordonnance royale du 18 novembre 1787, et les premi\u00e8res \u00e9lections municipales furent organis\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Versailles n\u2019est plus une ville tr\u00e8s \u00e0 la mode. Beaucoup d\u2019offices royaux fonctionnent par quart, c\u2019est \u00e0 dire qu\u2019ils doivent remplir leur office \u00e0 la cour un quart de l\u2019ann\u00e9e. Le reste de l\u2019ann\u00e9e, beaucoup d\u2019officiers logent \u00e0 Paris et ont une seconde profession. La pression fonci\u00e8re est cependant forte: la maison o\u00f9 loge le couple Goffinet et qui vient de l\u2019h\u00e9ritage Joubain, a une certaine valeur. Versailles compte un certain nombre d&#8217;h\u00f4tels, et beaucoup de particuliers louent des logements qui sont recherch\u00e9s lors d\u2019\u00e9v\u00e8nements particuliers. Ce fut notamment le cas lors de l\u2019assembl\u00e9e des notables en 1787. Le nombre de ces notables n\u2019\u00e9tait pas si \u00e9lev\u00e9, mais ils \u00e9taient accompagn\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Puis en 1789, lors des \u00e9tats g\u00e9n\u00e9raux, il fallut loger les 1154 d\u00e9put\u00e9s des trois ordres et ceux qui les accompagnaient. Le roi ordonna \u00e0 la nouvelle municipalit\u00e9 de Versailles de pr\u00e9parer 1200 logements.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon un t\u00e9moignage de l\u2019\u00e9poque les d\u00e9put\u00e9s du tiers \u00e9tat furent plut\u00f4t bien accueillis par la population de la ville:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Mais autant l&#8217;accueil fait \u00e0 ces derniers par la cour fut insultant, autant celui qu&#8217;ils trouv\u00e8rent dans la ville fut bienveillant et affectueux. Admis avec empressement dans les maisons des citoyens o\u00f9 plusieurs s&#8217;\u00e9taient fait recevoir en pension, ils y exhalaient en libert\u00e9 leur ressentiment et le firent partager. Ainsi, malgr\u00e9 les injonctions de la cour, malgr\u00e9 la d\u00e9pendance o\u00f9 presque toute la population se trouvait envers elle, cette population se pronon\u00e7a hautement en faveur des opinions nouvelles, et s&#8217;y attacha tellement qu&#8217;elle finit par devenir tout \u00e0 fait hostile. La suite a prouv\u00e9 que ces dispositions n&#8217;\u00e9taient pas \u00e0 d\u00e9daigner.\u00a0\u00bb<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-66\" href=\"#post-36-footnote-66\">[66]<\/a><\/sup><\/sup><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le voisin imm\u00e9diat de Goffinet en 1789 est Charles Antoine Chasset, d\u00e9put\u00e9 du Tiers-Etat de la s\u00e9n\u00e9chauss\u00e9e du Beaujolais, qui sera pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e Constituante en 1790. Ils font connaissance. Cela aura une grande importance plus tard dans la carri\u00e8re de Jacques Goffinet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\">R\u00e9volution<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lors des \u00e9tats g\u00e9n\u00e9raux de 1789 il fut \u00e9tabli un syst\u00e8me de repr\u00e9sentations \u00e0 plusieurs niveaux, tant pour les \u00e9lections que pour la r\u00e9daction de cahiers de dol\u00e9ance. Chaque assembl\u00e9e d\u00e9signa des repr\u00e9sentants pour l\u2019assembl\u00e9e de niveau sup\u00e9rieur: Corporation ou paroisse pour ceux qui n\u2019en sont pas membre, Ville de Versailles, Bailliage de Versailles, Pr\u00e9v\u00f4t\u00e9 et Vicomt\u00e9 hors les murs de Paris, et enfin Etats g\u00e9n\u00e9raux pour le Tiers Etat. Versailles fut donc particuli\u00e8rement mal repr\u00e9sent\u00e9e au regard de sa population plus importante que celle des autres villes de Paris-hors-les-murs. Ce sera la premi\u00e8re r\u00e9crimination du cahier de dol\u00e9ances de la ville. Les deux paroisses de Versailles nomm\u00e8rent des repr\u00e9sentants qui si\u00e9g\u00e8rent \u00e0 l&#8217;assembl\u00e9e de la ville avec les repr\u00e9sentants des vingt-cinq corporations de m\u00e9tier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 12 avril 1789, un huissier lit la lettre du roi pour la convocation des \u00e9tats g\u00e9n\u00e9raux \u00e0 un carrefour accompagn\u00e9 de deux tambours, comme c\u2019\u00e9tait l\u2019usage. L\u2019assembl\u00e9e de la paroisse St Louis se r\u00e9unit le 14 avril \u00e0 11h30 du matin; 114 hommes sont pr\u00e9sents, dont peut \u00eatre Jacques Goffinet. Versailles n\u2019est pas une ville comme les autres: parmi les quatre \u00e9lus de la paroisse on compte un commis au bureau de la guerre, un commis au bureau de la marine, un commissaire et un brigadier des arm\u00e9es. Tous sont donc employ\u00e9s \u00e0 la cour.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pr\u00e9sence des repr\u00e9sentants des corporations (m\u00e9decins, merciers, cordonniers, boulangers etc.) rend l\u2019assembl\u00e9e de la ville plus commune \u00e0 celle des autres. Les commis des minist\u00e8res sont suspects pour certains r\u00e9volutionnaires avanc\u00e9s. Un repr\u00e9sentant des merciers-drapiers d\u00e9pose une motion visant \u00e0 les exclure, motion repouss\u00e9e par la municipalit\u00e9 dirigeant l\u2019assembl\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<em>Au moment d&#8217;ouvrir la s\u00e9ance, le sieur Lecointre a fait lecture d&#8217;une motion tendante <\/em>(sic)<em> \u00e0 exclure des \u00e9lections les premiers commis, chefs de bureaux et autres personnes attach\u00e9es au minist\u00e8re, laquelle motion il a mise sur le bureau, en requ\u00e9rant acte de sa demande, et qu&#8217;il en f\u00fbt d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 \u00e0 l&#8217;instant.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>La motion mise en d\u00e9lib\u00e9ration entre nous, nomm\u00e9 par le roi juge en cette partie, nous avons arr\u00eat\u00e9 unanimement que, conform\u00e9ment \u00e0 l&#8217;art. 25 du r\u00e8glement, il ne peut \u00eatre prononc\u00e9 d&#8217;exclusion dans les \u00e9lections contre aucun citoyen n\u00e9 Fran\u00e7ais ou naturalis\u00e9, \u00e2g\u00e9 de 25 ans, domicili\u00e9 et compris au r\u00f4le des impositions ; En cons\u00e9quence, nous avons d\u00e9bout\u00e9 ledit sieur Lecointre de sa demande, et ordonn\u00e9 qu&#8217;il sera pass\u00e9 outre, et proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 l&#8217;ouverture de la s\u00e9ance, nonobstant opposition ou appellations quelconques, sauf au sieur Jean Lecointre \u00e0 se pourvoir par-devant S. M. par voie de repr\u00e9sentation et par simple m\u00e9moire.<\/em>\u00a0\u00bb<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-67\" href=\"#post-36-footnote-67\">[67]<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le cahier de dol\u00e9ance de Versailles est en grande partie un projet de constitution et une apologie des droits de l\u2019homme, r\u00e9dig\u00e9e par Louis de Boislandry, un n\u00e9gociant de Versailles qui, malgr\u00e9 le nombre de strates d\u2019\u00e9lection, sera \u00e9lu aux \u00e9tats g\u00e9n\u00e9raux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les demandes plus prosa\u00efques concernent la construction de fontaines dans la ville, l\u2019\u00e9tablissement de march\u00e9s, la construction d\u2019un canal Loire-Seine passant par Versailles (\u00e0 l\u2019\u00e9poque la seule grande ville de France sans mer ou rivi\u00e8re \u00e0 proximit\u00e9), la libre travers\u00e9e de Paris des marchandises destin\u00e9es \u00e0 Versailles et la vente des maisons de la ville appartenant \u00e0 sa majest\u00e9 qui ne lui sont point utiles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette derni\u00e8re demande se r\u00e9alisera largement, mais la baisse consid\u00e9rable du nombre d\u2019habitants due au d\u00e9m\u00e9nagement du roi \u00e0 Paris puis \u00e0 l\u2019instauration de la R\u00e9publique causera une baisse des valeurs fonci\u00e8res que n\u2019imaginaient s\u00fbrement pas les propri\u00e9taires versaillais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 4 mai, les \u00e9tats g\u00e9n\u00e9raux sont ouverts par une longue procession traversant la ville, allant de l\u2019\u00e9glise Notre Dame \u00e0 celle de St Louis. Derri\u00e8re le clerg\u00e9 de Versailles, d\u00e9filent les d\u00e9put\u00e9s du Tiers, puis ceux de la noblesse, ceux du clerg\u00e9 et enfin la famille royale au complet. Il y a d\u00e9j\u00e0 une querelle \u00e0 propos des places de chacun dans l\u2019\u00e9glise. Dans les jours qui suivent l\u2019assembl\u00e9e se r\u00e9unit dans la salle de l\u2019h\u00f4tel des menus plaisirs jusqu\u2019\u00e0 sa proclamation en assembl\u00e9e nationale le 17 juin. Puis, quand le roi la fait fermer sous pr\u00e9texte de travaux pour pr\u00e9parer une d\u00e9claration qu\u2019il doit faire, l\u2019assembl\u00e9e se r\u00e9unit au jeu de paume le 20 juin (elle jure de ne pas se s\u00e9parer avant d&#8217;avoir r\u00e9dig\u00e9 une constitution). Le 21 juin elle se r\u00e9unit dans l\u2019\u00e9glise St Louis, lorsque des membres du clerg\u00e9 se joignent \u00e0 l\u2019assembl\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tous ces \u00e9v\u00e8nements se d\u00e9roulent dans un espace tr\u00e8s restreint, devant le ch\u00e2teau, dans un espace praticable en quelques minutes \u00e0 pied, pr\u00e8s du domicile de Goffinet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le minist\u00e8re des affaires \u00e9trang\u00e8res continue son activit\u00e9, mais le ministre se m\u00eale de politique int\u00e9rieure. Montmorin a succ\u00e9d\u00e9 \u00e0 Vergennes en 1787. Il est devenu proche de Necker, \u00ab <em>directeur g\u00e9n\u00e9ral des finances<\/em> \u00bb depuis 1788, et est comme lui favorable \u00e0 la r\u00e9union des \u00e9tats g\u00e9n\u00e9raux, au doublement du Tiers, au vote par t\u00eate. Montmorin est un des rares membres du Conseil \u00e0 souhaiter une constitution \u00e0 l\u2019anglaise. Les clans politiques sont n\u00e9anmoins instables: il prend parti contre Necker en avril 1789 et l\u2019accuse d\u2019affaiblir la monarchie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Necker refuse d\u2019assister \u00e0 la s\u00e9ance royale du 23 juin 1789 dans laquelle Louis XVI fixe les limites des concessions qu\u2019il est pr\u00eat \u00e0 accorder aux d\u00e9put\u00e9s du tiers \u00e9tat, et il est renvoy\u00e9 le 11 juillet. Montmorin est renvoy\u00e9 en m\u00eame temps. Un nouveau ministre est nomm\u00e9 pour quelques jours\u00a0: La Vauguyon, auparavant ambassadeur en Espagne. Il prend ses fonctions le 13 juillet, et d\u00e9missionne le 16 apr\u00e8s les \u00e9meutes parisiennes, et tente m\u00eame de fuir \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Montmorin est rappel\u00e9 le 25 juillet, \u00e0 la suite de Necker.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un biographe de sa fille -la fameuse Pauline de Montmorin, comtesse de Beaumont, qui vint mourir \u00e0 Rome pr\u00e8s de Chateaubriand- d\u00e9crit joliment l\u2019action minist\u00e9rielle de Montmorin\u00a0: \u00ab <em>On peut diviser en trois p\u00e9riodes son minist\u00e8re depuis la convocation des \u00e9tats-g\u00e9n\u00e9raux : la premi\u00e8re, o\u00f9, d\u2019accord compl\u00e8tement avec Necker, d\u00e9sirant comme lui une constitution, il s\u2019approcha du syst\u00e8me politique de l\u2019Angleterre, et conserva l\u2019espoir d\u2019obtenir par les voies de la conciliation ce changement de la noblesse et du roi ; la seconde p\u00e9riode dans laquelle, voyant la r\u00e9volution varier d\u2019objet, poursuivre l\u2019\u00e9galit\u00e9 plus que la libert\u00e9 et r\u00eaver l\u2019\u00e9tablissement d\u2019une sorte de d\u00e9mocratie royale, il tenta avec Mirabeau d\u2019arr\u00eater les exag\u00e9rations et de cr\u00e9er le parti mod\u00e9r\u00e9 au milieu des tourmentes populaires ; la troisi\u00e8me p\u00e9riode enfin, o\u00f9, tous les moyens de se d\u00e9fendre manquant successivement \u00e0 la royaut\u00e9, Montmorin concentra tous ses inutiles efforts \u00e0 sauver la personne m\u00eame de Louis XVI. Ce fut le temps o\u00f9 il \u00e9crivait au comte de La Marck ce billet d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 : j\u2019ai pleur\u00e9 ce matin comme un imb\u00e9cile chez le roi ; il en a fait autant. Tout cela ne rem\u00e9die \u00e0 rien. <\/em>\u00bb<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-68\" href=\"#post-36-footnote-68\">[68]<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s les \u00e9meutes, le roi est all\u00e9 \u00e0 Paris le 17 juillet pour arborer la cocarde tricolore \u00e0 la fen\u00eatre de l&#8217;h\u00f4tel de ville. Le respect envers la noblesse et envers le roi s\u2019att\u00e9nue. Le baron de Besenval raconte que le 19 juillet, il \u00e9tait rentr\u00e9 chez le roi pour lui faire signer un ordre\u00a0: \u00ab <em>Dans le moment o\u00f9 je lui pr\u00e9sentait cet ordre, un valet de pied se place famili\u00e8rement entre ce prince et moi pour voir ce qu\u2019il \u00e9crivait. Le roi se retourna, aper\u00e7ut l\u2019insolent et courut se saisir des pincettes. Je l\u2019emp\u00eachai de suivre ce mouvement d\u2019une fureur tr\u00e8s naturelle. Il me serra la main pour me remercier et je remarquai des larmes dans ses yeux.<\/em>\u00a0\u00bb<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-69\" href=\"#post-36-footnote-69\">[69]<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les commis des affaires \u00e9trang\u00e8res deviennent-ils aussi insolents que ce valet ? C\u2019est peu probable, mais l\u2019incident est tout de m\u00eame r\u00e9v\u00e9lateur. Autre signe: \u00e0 partir d&#8217;ao\u00fbt des d\u00e9put\u00e9s ne mettent plus leurs habits distinctifs. Certains remplacent leurs habits sombres par des habits color\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jusqu\u2019au 5 octobre, une foule plus ou moins importante s\u2019ajoute au millier de d\u00e9put\u00e9s. On peut l\u2019imaginer exer\u00e7ant une pression: lors de la s\u00e9ance du 20 juin, le seul opposant est sorti par une porte d\u00e9rob\u00e9e pour l\u2019\u00e9viter.<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-70\" href=\"#post-36-footnote-70\">[70]<\/a><\/sup><\/sup> Le maire de Versailles, qui porte ce titre depuis le 11 juillet, d\u00e9clare le 20 juillet: \u00ab\u00a0<em>Il ne faut pas douter, Versailles est depuis plus de trois mois remplie de gens sans aveu; et qui nous dira si, dans le nombre, il n\u2019y en a pas qui nous pr\u00e9parent quelque affliction nouvelle. Je pense donc, Messieurs, qu\u2019il serait de notre prudence de nous concerter et d\u2019employer les soins de la municipalit\u00e9 et ceux de messieurs les \u00e9lecteurs pour conna\u00eetre, surveiller, \u00e9loigner m\u00eame, s\u2019il le faut, non seulement les mendiants, mais encore les \u00e9trangers qui abondent dans cette ville.<\/em>\u00a0\u00bb<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-71\" href=\"#post-36-footnote-71\">[71]<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On constate \u00e0 Versailles un afflux de mendiants, vagabonds, et m\u00eame de prostitu\u00e9es accompagnant les troupes. La peur provoqu\u00e9e par cette foule contribue donc \u00e0 la constitution de la garde nationale, et celle-ci contribue largement \u00e0 la R\u00e9volution. Une milice bourgeoise est constitu\u00e9e le 28 juillet, \u00e0 partir de tous les citoyens de 18 \u00e0 60 ans volontaires domicili\u00e9s \u00e0 Versailles. Jacques Goffinet a alors 59 ans, il est peu probable que le vice-doyen des commis soit volontaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais une bonne partie du personnel du ch\u00e2teau s\u2019inscrit dans cette nouvelle garde nationale de Versailles et porte fi\u00e8rement leurs uniformes. D\u2019apr\u00e8s Mme Campan, \u00ab\u00a0<em>Tous les valets du roi de la derni\u00e8re classe furent transform\u00e9s en lieutenants, en capitaines. Presque tous les musiciens de la chapelle os\u00e8rent para\u00eetre un jour \u00e0 la messe du roi avec un costume militaire et un soprano d\u2019Italie y chanta un motet en uniforme de capitaine de grenadiers. Le roi en fut tr\u00e8s offens\u00e9 et fit d\u00e9fendre \u00e0 ses serviteurs de para\u00eetre en sa pr\u00e9sence avec un costume aussi d\u00e9plac\u00e9<\/em>. \u00bb<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-72\" href=\"#post-36-footnote-72\">[72]<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La garde nationale se substitue peu \u00e0 peu au r\u00e9giment des gardes fran\u00e7ais. Beaucoup de ses membres d\u00e9sertent de leur r\u00e9giment et rejoignent la garde nationale. \u00c0 Versailles, le roi ne peut plus vraiment compter que sur les gardes du corps et le r\u00e9giment d\u2019\u00e9lite des Cent suisses.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Versailles n\u2019est pas strictement concern\u00e9e par la Grande Peur, cette curieuse onde de panique qui se r\u00e9pand dans tout le pays \u00e0 la fin de juillet et au d\u00e9but d\u2019ao\u00fbt 1789. N\u00e9anmoins, c\u2018est peu dire que les \u00e9v\u00e8nements parisiens suscitent l\u2019effroi \u00e0 la cour de Versailles. Le 22 juillet sous pr\u00e9texte d\u2019accaparement du bl\u00e9, le contr\u00f4leur g\u00e9n\u00e9ral des finances Foulon est arr\u00eat\u00e9 et pendu \u00e0 un r\u00e9verb\u00e8re devant l\u2019h\u00f4tel de ville puis d\u00e9capit\u00e9. Sa t\u00eate est plac\u00e9e en haut d\u2019une pique. Son gendre Bertier, intendant de Paris, est oblig\u00e9 d\u2019embrasser la t\u00eate de son beau-p\u00e8re avant d\u2019\u00eatre d\u00e9capit\u00e9 \u00e0 son tour.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pr\u00e9v\u00f4t\u00e9 de l\u2019H\u00f4tel du Roi, charg\u00e9e de juger les crimes et d\u00e9lits commis dans les r\u00e9sidences royales, avait condamn\u00e9 un homme jug\u00e9 pour parricide \u00ab <em>\u00e0 faire amende honorable devant l\u2019\u00e9glise Notre-Dame, avec un \u00e9criteau portant le mot &#8220;parricide&#8221; ; puis \u00e0 \u00eatre conduit \u00e0 la place du march\u00e9 de Versailles pour y \u00eatre rompu vif, mis ensuite sur la roue, puis son corps br\u00fbl\u00e9 et ses cendres jet\u00e9es au vent<\/em>. \u00bb Le 11 ao\u00fbt la foule arrache le condamn\u00e9 sur la place du march\u00e9 de Versailles. La garde est bouscul\u00e9e et le bourreau chass\u00e9. Une femme qui s\u2019y oppose est pendue, avant que la corde ne soit coup\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La justice royale est compl\u00e8tement bafou\u00e9e, \u00e0 Versailles m\u00eame. Le peuple s\u2019oppose aussi \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de chasseurs venus maintenir l\u2019ordre. Cela affectera Louis XVI qui fera allusion \u00e0 ces \u00e9v\u00e8nements dans sa d\u00e9claration de 1791 rendue publique lors de sa fuite<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-73\" href=\"#post-36-footnote-73\">[73]<\/a><\/sup><\/sup>. Il y parle bien du peuple de Versailles et non de celui de Paris: \u00ab <em>Cependant on accoutumait de plus en plus le peuple au m\u00e9pris de la royaut\u00e9 et des lois : celui de Versailles essayait de pendre deux houzards \u00e0 la grille du ch\u00e2teau, arrachait un parricide au supplice, s&#8217;opposait \u00e0 l&#8217;entr\u00e9e d&#8217;un d\u00e9tachement de chasseurs destin\u00e9 \u00e0 maintenir le bon ordre, tandis qu&#8217;un \u00e9nergum\u00e8ne faisait publiquement au Palais Royal la motion de venir enlever le Roi et son fils, de les garder \u00e0 Paris, et d&#8217;enfermer la Reine dans un couvent, et que cette motion, loin d&#8217;\u00eatre rejet\u00e9e avec l&#8217;indignation qu&#8217;elle aurait d\u00fb exciter, \u00e9tait applaudie. \u00bb <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En effet, \u00e0 partir du mois d\u2019ao\u00fbt on parle de la volont\u00e9 des Parisiens d\u2019amener le roi \u00e0 Paris, et a contrario d\u2019une fuite du roi. Le 5 octobre, les femmes parisiennes marchent vers Versailles. Elles investissent l\u2019aile sud des ministres, mais \u00e9galement la salle des menus plaisirs o\u00f9 si\u00e8ge l\u2019assembl\u00e9e, et les \u00e9glises de Versailles. Les eccl\u00e9siastiques sont malmen\u00e9s. Les t\u00e9moins parlent de femmes en \u00e9tat d\u2019ivresse avanc\u00e9, parfois d\u2019hommes d\u00e9guis\u00e9s en femme. Toute la journ\u00e9e, on entend des cris, des chants et des propos d\u2019ivrognes. La foule emp\u00eache le roi de se rendre \u00e0 Rambouillet en bloquant les chevaux<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-74\" href=\"#post-36-footnote-74\">[74]<\/a><\/sup><\/sup>. Au petit matin du 6 octobre, le ch\u00e2teau est envahi. Deux gardes du corps sont d\u00e9capit\u00e9s et leurs t\u00eates sont mises au bout de piques. Le roi appara\u00eet ensuite au balcon et promet de se rendre \u00e0 Paris. Le cort\u00e8ge part vers 14h et avance lentement dans des rues noires de monde. Les deux t\u00eates coup\u00e9es sont ramen\u00e9es \u00e0 Paris.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Goffinet a pu assister \u00e0 l\u2019invasion du palais pour lequel il travaille depuis plus de vingt-cinq ans. C\u2019est la fin de Versailles comme lieu de pouvoir. D\u00e8s l\u2019ouverture de sa s\u00e9ance du jour, l\u2019assembl\u00e9e nationale se d\u00e9clare ins\u00e9parable du roi, et toute l\u2019administration doit suivre. L\u2019assembl\u00e9e quitte Versailles le 15 octobre, elle se r\u00e9unit quelques temps dans une salle de l&#8217;archev\u00each\u00e9 attenant \u00e0 Notre-Dame puis dans la salle du man\u00e8ge des Tuileries \u00e0 partir du 9 novembre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 25 novembre, Montmorin qui lui-m\u00eame logeait au ch\u00e2teau, dans l\u2019aile nord des ministres, soumet au roi un projet de d\u00e9m\u00e9nagement du d\u00e9partement des affaires \u00e9trang\u00e8res dans deux maisons du faubourg St Germain, rue de Bourbon (actuelle rue de Lille) et rue de l\u2019Universit\u00e9. Le d\u00e9m\u00e9nagement co\u00fbtera cher, tant pour les finances nationales que pour les employ\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ils sont d\u00e9dommag\u00e9s pour un montant proportionn\u00e9 \u00e0 leur grade: 1000 livres pour les commis principaux, 800 pour les plus anciens commis de chaque bureau (dont Jacques Goffinet), 600 pour les autres commis, 200 pour les gar\u00e7ons de bureau<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-75\" href=\"#post-36-footnote-75\">[75]<\/a><\/sup><\/sup>. C\u2019est assez peu pour un d\u00e9m\u00e9nagement d\u00e9finitif, on est loin du temps o\u00f9 les employ\u00e9s touchaient des sommes semblables \u00e0 chaque d\u00e9placement \u00e0 Compi\u00e8gne. C\u2019est \u00e9galement moins que ce que Goffinet avait touch\u00e9 lors de son installation \u00e0 Versailles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Goffinet est donc contraint de suivre le minist\u00e8re. Il s\u2019installe \u00e0 Paris, rue Saint Dominique. Dans les mois qui suivront, Versailles se vide d\u2019un grand nombre de ses habitants. Depuis 26 ans qu\u2019il est install\u00e9 \u00e0 Versailles, il a s\u00fbrement d\u00e9j\u00e0 eu l\u2019occasion de se rendre \u00e0 la capitale. Mais il s&#8217;agit maintenant d\u2019y vivre. Goffinet devient locataire \u00e0 Paris comme le sont les deux tiers des parisiens<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-76\" href=\"#post-36-footnote-76\">[76]<\/a><\/sup><\/sup>. Sans doute s\u2019y rend-il avec sa femme, quelques domestiques et ses filles qu\u2019il va penser \u00e0 marier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">La monarchie \u00e0 Paris (1789-1792)<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jusqu\u2019\u00e0 la fin de la monarchie, l\u2019assembl\u00e9e va peu \u00e0 peu assurer sa mainmise sur le pouvoir ex\u00e9cutif d\u00e9faillant. Les contr\u00f4les sont pouss\u00e9s, on demande au ministre de fournir la justification des d\u00e9penses. \u00c0 la suite de la nuit du 4 ao\u00fbt, l\u2019assembl\u00e9e a vot\u00e9 la transparence financi\u00e8re: \u00ab\u00a0<em>Sur le compte qui sera rendu \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale de l\u2019\u00e9tat des pensions, places et traitements, elle s\u2019occupera, de concert avec le roi, de la suppression de ceux qui n\u2019auraient pas \u00e9t\u00e9 m\u00e9rit\u00e9s et la r\u00e9duction de ceux qui seraient excessifs\u2026<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les affaires \u00e9trang\u00e8res ne furent pas de prime abord le principal sujet des d\u00e9put\u00e9s. Mais bient\u00f4t la menace d\u2019une guerre entre l\u2019Angleterre et l\u2019Espagne provoqua un vif d\u00e9bat \u00e0 l\u2019assembl\u00e9e. Les Espagnols avaient saisi des navires anglais qui tentaient d\u2019\u00e9tablir un comptoir ill\u00e9gal dans la baie de Nootka sur la c\u00f4te Pacifique de l\u2019Am\u00e9rique du Nord<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-77\" href=\"#post-36-footnote-77\">[77]<\/a><\/sup><\/sup>. L\u2019Espagne r\u00e9clama le soutien de la France et l\u2019application du Pacte de famille, l\u2019alliance France-Espagne-duch\u00e9 de Parme entre souverains Bourbons datant de 1761.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La question diplomatique engendre une question constitutionnelle. L&#8217;extr\u00eame gauche r\u00e9clame tout le pouvoir \u00e0 l\u2019assembl\u00e9e, et l&#8217;extr\u00eame droite tout le pouvoir au roi. Le 22 mai 1790, une majorit\u00e9 se constitue et par un d\u00e9cret pris \u00e0 demande de Mirabeau, il est d\u00e9cid\u00e9 que la guerre serait d\u00e9clar\u00e9e par l\u2019assembl\u00e9e et non plus par le roi, et que les trait\u00e9s n\u00e9goci\u00e9s et sign\u00e9s par le roi devaient \u00eatre ratifi\u00e9s par l\u2019assembl\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un comit\u00e9 diplomatique permanent est ensuite mis en place pour \u00e9tudier les trait\u00e9s en cours et contr\u00f4ler le minist\u00e8re. Montmorin collabore avec l\u2019assembl\u00e9e et correspond directement avec Mirabeau. Pendant cette p\u00e9riode, il est le moins impopulaire des ministres.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><a id=\"post-36-_y113hy1zqynw\"><\/a>Mariage des filles<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Goffinet marie ses deux filles dans ces ann\u00e9es-l\u00e0. Les mariages ont lieu \u00e0 Paris, dans l\u2019\u00e9glise Saint Sulpice, la nouvelle paroisse de la famille.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La cadette Marie F\u00e9licit\u00e9 \u00e9pouse le 16 juin 1790 un commis \u00e0 la maison du roi (qui devient sous la R\u00e9volution le minist\u00e8re de l\u2019int\u00e9rieur) Louis Gr\u00e9goire Despr\u00e9aux de Saint Sauveur. Il n\u2019est pas noble, sa famille \u00e9tant simplement propri\u00e9taire d\u2019une seigneurie en Picardie. Il b\u00e9n\u00e9ficie cependant de protections fortes gr\u00e2ce \u00e0 ses oncles maternels, notamment Louis de Petigny St Romain. Louis de Petigny est secr\u00e9taire des sceaux du roi et secr\u00e9taire de la Chancellerie, premier commis sous Vergennes lorsqu\u2019il se charge des fonctions de la maison du roi (affaires relevant des municipalit\u00e9s du royaume ou de la religion pr\u00e9tendument r\u00e9form\u00e9e, rattach\u00e9es plus tard au minist\u00e8re de l\u2019int\u00e9rieur), il fut anobli en 1768<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-78\" href=\"#post-36-footnote-78\">[78]<\/a><\/sup><\/sup>. C\u2019est cet oncle qui fit rentrer Louis Gr\u00e9goire Despr\u00e9aux dans les bureaux de la maison du roi en 1782. Louis Gr\u00e9goire resta commis au minist\u00e8re de l\u2019int\u00e9rieur, puis \u00e0 celui des finances jusqu\u2019en 1814.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019ain\u00e9e Th\u00e9r\u00e8se Sophie \u00e9pouse le 1er f\u00e9vrier 1791 un homme de loi de Versailles, Etienne Anne Regnault, dont on sait simplement qu\u2019avant la r\u00e9volution il g\u00e9rait le patrimoine de propri\u00e9taires dont il \u00e9tait le procureur g\u00e9n\u00e9ral. Il deviendra commissaire de police sous l\u2019Empire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces mariages auraient bien \u00e9videment pu avoir lieu avant la R\u00e9volution, Despr\u00e9aux a une position sociale l\u00e9g\u00e8rement inf\u00e9rieure \u00e0 celle de Goffinet, mais comme l\u2019avait Goffinet en son temps \u00e0 son beau-p\u00e8re Joubain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En guise de dot, les contrats de mariage pr\u00e9voient pour Despr\u00e9aux le versement d\u2019une rente de 1.000 livres par an, et pour Regnault une somme de 18.000 livres, dont 8.000 vers\u00e9s au moment du mariage et 10.000 payables par Goffinet quand il le souhaite, mais avec un int\u00e9r\u00eat de 5%. Ce genre de contrat de mariage n\u2019\u00e9tait pas rare, il est compr\u00e9hensible de la part de quelqu\u2019un qui a un revenu confortable sans avoir de patrimoine important.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On verra que Goffinet aura des difficult\u00e9s \u00e0 payer ces rentes. A-t-il \u00e9t\u00e9 imprudent ? Certes, la translation \u00e0 Paris, l\u2019affaiblissement du pouvoir du roi et celui des ministres permettaient de craindre un avenir incertain pour un commis des affaires \u00e9trang\u00e8res. N\u00e9anmoins, ces mariages ont lieu avant la guerre (avril 1792), avant le d\u00e9part de Montmorin (novembre 1791) et surtout avant la fuite du roi jusqu\u2019\u00e0 Varennes (20 juin 1791). Il n\u2019\u00e9tait pas absurde \u00e0 ce moment de penser que la monarchie constitutionnelle allait se stabiliser<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-79\" href=\"#post-36-footnote-79\">[79]<\/a><\/sup><\/sup>. Goffinet travaillait pour l\u2019Etat depuis pr\u00e8s de quarante ans, et ne se doutait peut-\u00eatre pas que d\u00e8s la fin 1791, des jacobins allaient r\u00e9clamer le renvoi de tout le minist\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De toute fa\u00e7on, il fallait bien doter les filles. Il semble que Goffinet ne disposait pas de suffisamment de capital \u00e0 donner. La maison de Versailles avait probablement perdu beaucoup de sa valeur, avec la diminution du nombre d\u2019habitants. Il n\u2019avait donc gu\u00e8re le choix \u00e0 moins de diff\u00e9rer les mariages. Il est vrai que Marie F\u00e9licit\u00e9 (19 ans) et Th\u00e9r\u00e8se Sophie (21 ans) \u00e9taient encore jeunes. Mais a posteriori on peut penser que diff\u00e9rer les mariages aurait \u00e9t\u00e9 une tr\u00e8s mauvaise solution: il aurait \u00e9t\u00e9 difficile pour Goffinet de marier ses filles au moment o\u00f9 il n\u2019avait plus d\u2019emploi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le risque pesait \u00e9galement sur les maris. Despr\u00e9aux gagnait 2400 livres en 1792. Les 1000 livres de dot contribuaient donc \u00e0 30% des revenus du m\u00e9nage. En cas d\u2019impay\u00e9, \u00e7a pouvait poser probl\u00e8me. D\u2019autant que Despr\u00e9aux \u00e9tait lui aussi employ\u00e9 d\u2019un minist\u00e8re.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><a id=\"post-36-_3jodkvrera4z\"><\/a>D\u00e9part de Montmorin<\/h2>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">Dans les mois qui suivent le minist\u00e8re a vraisemblablement une activit\u00e9 limit\u00e9e. D\u2019une part l\u2019assembl\u00e9e l\u00e9gislative, via son comit\u00e9 diplomatique, le contr\u00f4le et cherche tout ce qui permettrait de compromettre un ministre jug\u00e9 trop peu r\u00e9volutionnaire. D\u2019autre part beaucoup de cours \u00e9trang\u00e8res ont cess\u00e9 leurs relations avec la France et pr\u00e9tendent que le roi n\u2019est pas libre.<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">Montmorin perd un protecteur avec la mort de Mirabeau le 2 avril 1791. Il est compromis par la fuite du roi jusqu\u2019\u00e0 Varennes le 21 juin 1791. Il avait auparavant jur\u00e9 \u00e0 l\u2019assembl\u00e9e que le roi acceptait de bonne foi la constitution. Et il a surtout sign\u00e9 le passeport utilis\u00e9 par la famille royale lors de sa fuite. Fersen l\u2019avait sollicit\u00e9 au nom de Mme de Korff, pour elle et ses domestiques. Une enqu\u00eate est ouverte, des d\u00e9put\u00e9s vont venir fouiller le minist\u00e8re, relire les registres. L\u2019assembl\u00e9e va officiellement innocenter Montmorin et son administration, qui ne pouvait qu\u2019accorder le passeport. Mme de Korff existait r\u00e9ellement, il s\u2019agissait d\u2019une usurpation d\u2019identit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant Montmorin est attaqu\u00e9 par les jacobins et dans leurs journaux. Brissot, \u00e0 la section de la Biblioth\u00e8que, l&#8217;attaque ainsi que les premiers commis: \u00ab <em>Ce n&#8217;est rien faire, dit-il, de renvoyer les ministres si l&#8217;on ne renvoie en m\u00eame temps les sous-ministres, les premiers commis: les Reyneval, les Hennin, v\u00e9t\u00e9rans de l&#8217;aristocratie et les v\u00e9ritables acteurs qui d\u00e9clament et chantent dans les coulisses, tandis que les ministres, com\u00e9diens de parade, ne font que remuer les l\u00e8vres sur l&#8217;avant-sc\u00e8ne.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il ajoute :<em> \u00ab La plupart de ces commis, qui perdent vingt-cinq ou m\u00eame cinquante mille livres de rente par la R\u00e9volution, en sont d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s et la traversent de toutes leurs forces. <\/em>\u00bb<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-80\" href=\"#post-36-footnote-80\">[80]<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et en effet le premier commis G\u00e9rard de Rayneval confie \u00e0 l\u2019ambassadeur des Etats Unis le 8 novembre 1791 que le comit\u00e9 diplomatique m\u00e9dite \u00ab\u00a0<em>de demander \u00e0 Sa Majest\u00e9 le renvoi de tout le D\u00e9partement des affaires \u00e9trang\u00e8res jusqu\u2019aux scribes\u00a0\u00bb<\/em>, mais qu\u2019il est \u00ab\u00a0<em>d\u00e9termin\u00e9 \u00e0 se d\u00e9fendre, la place lui est indiff\u00e9rente mais il luttera pour sa r\u00e9putation<\/em> \u00bb<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-81\" href=\"#post-36-footnote-81\">[81]<\/a><\/sup><\/sup>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On exige de tous les employ\u00e9s de la nation un serment, le premier de ceux que Goffinet a certainement pr\u00eat\u00e9: \u00ab\u00a0<em>Je jure d\u2019\u00eatre fid\u00e8le \u00e0 la nation, \u00e0 la loi et au roi, et de maintenir de tout mon pouvoir la constitution d\u00e9cr\u00e9t\u00e9e par l\u2019Assembl\u00e9e nationale et accept\u00e9e par le roi.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Montmorin d\u00e9missionne du minist\u00e8re en novembre 1791, mais continuera \u00e0 conseiller Louis XVI et sera m\u00eame aupr\u00e8s de lui le 10 ao\u00fbt 1792 lorsqu&#8217;il quittera les Tuileries pour se r\u00e9fugier dans la salle de l\u2019assembl\u00e9e nationale. Le fid\u00e8le ministre sera tu\u00e9 dans les massacres de septembre 1792.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Personne ne veut lui succ\u00e9der. Les ambassadeurs (notamment le comte de S\u00e9gur, ambassadeur en Russie) auxquels le roi s\u2019adresse d\u00e9clinent ce poste dangereux. C\u2019est donc le ministre de l\u2019int\u00e9rieur, Claude Antoine de Valdec de Lessart, qui est nomm\u00e9 ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res d\u2019abord par int\u00e9rim, puis d\u00e9finitivement le 29 novembre 1791. Il ne change rien \u00e0 l\u2019administration, tous les commis restent en place. Lessart aura le tort d\u2019\u00eatre pacifiste, alors que les girondins qui dominent l\u2019assembl\u00e9e veulent la guerre. Brissot, qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu \u00e0 la l\u00e9gislative, demande le 26 d\u00e9cembre 1791 qu\u2019on d\u00e9clare la guerre \u00e0 tous les rois. Dans un tel contexte, on ne sait trop ce que faisaient les commis du minist\u00e8re en l\u2019absence de relations diplomatiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lessart sera en tout cas mis en accusation le 10 mars 1792 lorsque la guerre est devenue certaine, pour avoir trop tard\u00e9 \u00e0 donner des correspondances au comit\u00e9 diplomatique et pour avoir demand\u00e9 la paix \u00ab\u00a0de mani\u00e8re honteuse\u00bb. Un d\u00e9m\u00e9nagement du minist\u00e8re de la rue de l&#8217;Universit\u00e9 \u00e0 la rue d&#8217;Artois (renomm\u00e9e rue C\u00e9rutti puis Laffitte) fut pr\u00e9vu par un bon du roi du 2 f\u00e9vrier 1792. Preuve du manque de cr\u00e9dit de l\u2019Etat, le propri\u00e9taire n\u2019accepta de louer que si Lessart s\u2019engageait personnellement dans le bail. Plus tard, on affirma que le bon n&#8217;avait point \u00e9t\u00e9 donn\u00e9, et l&#8217;on pr\u00e9leva sur la succession de Lessart les frais de ce d\u00e9m\u00e9nagement. Lessart sera lui aussi tu\u00e9 lors des massacres de septembre 1792. C\u2019est \u00e0 raison que les candidats \u00e0 la succession de Montmorin ne se bousculaient pas.<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h1>\n<h1 style=\"text-align: justify;\">Le minist\u00e8re Dumouriez<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 partir du 15 mars 1792 commence l\u2019\u00e9poque des minist\u00e8res girondins, avec Roland comme ministre de l&#8217;int\u00e9rieur, et un militaire comme ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res: Dumouriez.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dumouriez n\u2019\u00e9tait pas un inconnu dans les services du minist\u00e8re puis qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque de Louis XV on lui avait confi\u00e9 des missions en Corse, en Pologne et en Su\u00e8de. Cette derni\u00e8re mission s&#8217;\u00e9tait mal termin\u00e9e pour lui: alors qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 par le Secret du roi, il fut emprisonn\u00e9 par le ministre d\u2019Aiguillon en raison de malversations et resta six mois \u00e0 la Bastille. Il \u00e9tait l\u2019auteur en 1791 d\u2019un m\u00e9moire sur l\u2019organisation du minist\u00e8re lu aux Jacobins, ce qui le conduisit \u00e0 la place de ministre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est cette date du 15 mars 1792 qui marque v\u00e9ritablement la rupture entre Ancien r\u00e9gime et R\u00e9volution au sein du minist\u00e8re. Une purge est r\u00e9alis\u00e9e. Les premiers commis des deux bureaux politiques, G\u00e9rard et Hennin, sont renvoy\u00e9s, ou pouss\u00e9s \u00e0 la d\u00e9mission. Il en est de m\u00eame de quelques commis, dont les commis principaux. Goffinet se trouve \u00eatre le plus grad\u00e9 (ou pour mieux dire le plus ancien dans le grade de commis) de ceux qui restent dans les deux d\u00e9partements d\u2019exp\u00e9dition politique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le seul premier commis \u00e0 rester est le chef des archives qui \u00e9taient rest\u00e9es \u00e0 Versailles, M. de S\u00e9monin. Fr\u00e9d\u00e9ric Masson, l\u2019auteur du <em>D\u00e9partement des affaires \u00e9trang\u00e8res pendant la R\u00e9volution<\/em> se pla\u00eet \u00e0 rapporter un pamphlet dont il \u00e9tait l\u2019objet\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab Il y a un de vos burau sur lequel vous n&#8217;avez pas port\u00e9 vos regards ou il r\u00e8gne la plus affreuse aristocratis, le tems que j&#8217;ai abbite Versailles ma mi apport\u00e9e de savoir que Ion socupe plus souvent au dep\u00f4t des Affaires \u00e9trang\u00e8res a faire des extraits pour le Journal de la Cour et de la Ville, la Gazette de Paris et l\u2019Amie du Roi, que des affaires de la nation. Je vous d\u00e9nonc\u00e9 surtout le chef de ce bureau comme le plus enrag\u00e9 de tous les aristocrate; la preuve de ce que javance c&#8217;est que rien na pu encore le forcer a prendre la cocard nationale et il ne re\u00e7oit de journaux que ceux ci-dessus nomm\u00e9s avec le Journal de Gen\u00e8ve, le Journal g\u00e9n\u00e9ral de France, il a lu peu de tan le Moniteur, mais la lecture de ce journal lui donnais des convultions, il y a quelque chose de pire que tout cela, c&#8217;est que Monsieur Simonin qui coute 24 \u00e0 30 mille livre par an \u00e0 la nasion, ne fait pas dans le courant de son ann\u00e9e pour 24 livre de travail a payer tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9reusement, il n\u2019ecrit surement pas pour le service de son bureau la valeur d&#8217;un caier de paier a lettre il socupe mais cest a sa campagne a planter et a taillier des arbres et a chasser dans son parc voilla ses occupasion de toute l&#8217;ann\u00e9e. Il vient \u00e0 Versaille tout les huit jours des foit tout les trois semains quelquefois un mois, il arrive le matain a onze heures et repart a deux le m\u00eame jour et retourne diner a sa campagne. Il est indigne pour la nasion de payer une personne aussi cher qui la serve aussi malle et cy peu et qui fait des veux pour voir tout les patriote mordre la poussi\u00e8re. \u00bb <sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-82\" href=\"#post-36-footnote-82\">[82]<\/a><\/sup><\/sup><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et l\u2019auteur de la d\u00e9nonciation de demander le poste&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019assembl\u00e9e, avec toujours le comit\u00e9 diplomatique, tend \u00e0 vouloir une transparence totale sur tous les actes du minist\u00e8re. Ce qui est secret lui semble suspect. N\u00e9anmoins elle a maintenant un ministre qui ne lui parait pas \u00eatre un ennemi. Le directeur nomm\u00e9 par Dumouriez, nomm\u00e9 Guillaume Bonnecarr\u00e8re, pr\u00e9tendit qu\u2019\u00e0 son arriv\u00e9e, il fut charg\u00e9 d\u2019organiser le minist\u00e8re et donc \u00ab\u00a0<em>de d\u00e9mettre les commis courb\u00e9s sous le joug du despotisme, et de les remplacer par les jacobins passionn\u00e9s pour l&#8217;\u00e9galit\u00e9\u2026 Le syst\u00e8me politique fut chang\u00e9, et d\u00e9j\u00e0 le 20 mars, quatre jours apr\u00e8s ma nomination, au style rampant de l&#8217;esclavage succ\u00e9da l&#8217;idiome de la libert\u00e9.<\/em> \u00bb<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-83\" href=\"#post-36-footnote-83\">[83]<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aux deux bureaux politiques (du nord et du sud) sont substitu\u00e9s six bureaux, chacun charg\u00e9 de la correspondance avec un petit nombre de pays. La r\u00e9partition semble avoir \u00e9t\u00e9 r\u00e9fl\u00e9chie: on conserve dans chaque bureau un ou deux anciens commis, m\u00e9moire du service, et on adjoint des membres des jacobins, dont on est s\u00fbr politiquement. Dumouriez place uniquement des gens qu\u2019il conna\u00eet aux postes de chef de bureau. Choiseul ne faisait-il pas la m\u00eame chose ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Goffinet est affect\u00e9 au 6e bureau, charg\u00e9 de la correspondance avec l\u2019Espagne et le Portugal. Le bureau a un chef et trois commis. Goffinet est le seul de l\u2019ancienne administration. Les deux autres commis sont des jacobins, dont un pr\u00eatre mari\u00e9. Son chef de bureau s\u2019appelle Jean-Pierre Mendouze. Cet orateur jacobin finira guillotin\u00e9 le 14 prairial an II, accus\u00e9 de complicit\u00e9 avec Dumouriez<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-84\" href=\"#post-36-footnote-84\">[84]<\/a><\/sup><\/sup>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La France d\u00e9clare la guerre \u00e0 l\u2019Autriche le 20 avril 1792. Dumouriez passe au minist\u00e8re de la guerre le 13 juin 1792, et aura le destin qu\u2019on sait (victoire de Valmy, puis passage \u00e0 l\u2019ennemi). Plusieurs ministres assurent l\u2019int\u00e9rim, mais c\u2019est Bonnecarr\u00e8re qui dirige, comme il le dit lui-m\u00eame: \u00ab\u00a0<em>le d\u00e9partement que je dirigeais resta pur et invariable dans ses plans, malgr\u00e9 les changements de ministres.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\"><a id=\"post-36-_18ytuwttz8gh\"><\/a> Convention<\/h1>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><a id=\"post-36-_2tzn42o6iufp\"><\/a>D\u00e9m\u00e9nagement du minist\u00e8re et vues de Paris<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">A partir de la suspension du roi le 10 ao\u00fbt 1792, c\u2019est Lebrun-Tondu, girondin qui jusque-l\u00e0 dirigeait un des bureaux, qui devient ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res. Il le restera jusqu\u2019\u00e0 la chute de son parti le 2 juin 1793. La fin officielle de la royaut\u00e9 ne provoque quasiment pas d\u2019\u00e9puration dans les bureaux: elle a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 faite. Seul Bonnecarr\u00e8re, le directeur, fut arr\u00eat\u00e9 comme suspect de complicit\u00e9 avec la cour. Il se d\u00e9fendra pourtant d&#8217;avoir jamais parl\u00e9 ni montr\u00e9 une d\u00e9p\u00eache au roi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faudra plus de temps pour que l\u2019\u00e9puration soit faite dans les repr\u00e9sentations \u00e9trang\u00e8res. Le secr\u00e9taire de l\u2019ambassade de Constantinople \u00e9crivit le 10 octobre 1792 apr\u00e8s avoir re\u00e7u une brochure sur la suspension du roi: \u00ab\u00a0<em>J\u2019ai remis, Monsieur, les pi\u00e8ces arriv\u00e9es ici\u2026 \u00e0 Monsieur le comte de Choiseul-Gouffier, mon chef, qui les a d\u00e9pos\u00e9es dans un carton o\u00f9 s\u2019ensevelissent toutes les d\u00e9p\u00eaches contraires aux principes qui doivent animer tous bons et fid\u00e8les sujets du roi. Ce sera le sort de toutes celles qui me parviendront de votre part.<\/em>\u00a0\u00bb<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-85\" href=\"#post-36-footnote-85\">[85]<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 2 novembre 1792 le minist\u00e8re effectue le d\u00e9m\u00e9nagement pr\u00e9vu quelques mois auparavant pour s\u2019installer rive droite, rue Cerutti (aujourd\u2019hui rue Laffitte) assez loin du domicile de Goffinet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors qu\u2019\u00e0 Versailles il habitait \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du minist\u00e8re, il est maintenant \u00e0 40 minutes de marche. La marche dans Paris est une activit\u00e9 salissante et dangereuse<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-86\" href=\"#post-36-footnote-86\">[86]<\/a><\/sup><\/sup>. Les trottoirs sont rares. Le pav\u00e9 n\u2019est pas parfait, il est parfois pos\u00e9 sur la boue, et il est parfois vol\u00e9<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-87\" href=\"#post-36-footnote-87\">[87]<\/a><\/sup><\/sup>. Certains habitants cr\u00e9ent des marches d\u2019escalier dangereuses devant leur porte. Il faut s\u2019\u00e9carter lorsque les cochers qui m\u00e8nent les cabriolets crient \u00ab\u00a0<em>Gare\u00a0!<\/em> \u00bb. Il faut faire attention lorsque l\u2019on descend du haut du pav\u00e9 \u00e0 cause d\u2019un vendeur \u00e0 la sauvette, d\u2019un reflux d\u2019eau d\u2019\u00e9gout ou d\u2019un autre empi\u00e8tement sur la chauss\u00e9e. Les voitures rapides et l\u00e9g\u00e8res, sans frein efficace, tuent et estropient. Elles font l\u2019objet d\u2019un grand nombre de plaintes de la part des parisiens et m\u00eame de p\u00e9titions devant l\u2019assembl\u00e9e nationale. La voiture homicide est un topique litt\u00e9raire \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Heureusement pour les pi\u00e9tons, les embouteillages -on dit les embarras- sont fr\u00e9quents et font diminuer la vitesse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019absence de trottoirs est \u00e9galement pr\u00e9judiciable \u00e0 la propret\u00e9 des v\u00eatements. Il existe des d\u00e9crotteurs de m\u00e9tier que l\u2019on peut payer pour nettoyer ses chaussures, c\u2019est d\u2019ailleurs un sujet de plaisanterie:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab Tout tend \u00e0 la perfection, tout, jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;art du d\u00e9crottage.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Il y a quelques ann\u00e9es, un Savoyard mal-adroit, un grossier Auvergnat brossait rudement les souliers sans \u00e9pargner les bas, et noircissait quelquefois ces derniers aux d\u00e9pens des autres, avec de l&#8217;huile puante m\u00eal\u00e9e \u00e0 un peu de noir de fum\u00e9e; aujourd&#8217;hui, un ARTISTE, muni d&#8217;une \u00e9ponge et de trois ou quatre pinceaux de diverses grosseurs, effleure la chaussure, en enl\u00e8ve \u00e0 peine la boue, et recouvre le tout d&#8217;un cirage noir et brillant. \u00bb<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-88\" href=\"#post-36-footnote-88\">[88]<\/a><\/sup><\/sup><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il vaut mieux donc s\u2019habiller de couleur sombre lorsque l\u2019on est victime de gicl\u00e9es de boue. Goffinet n\u2019a pas de voiture, cela impliquerait de poss\u00e9der une \u00e9curie, d\u2019assurer un approvisionnement en eau et en avoine et cela est donc r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 plus riche que lui. L\u2019inflation des fourrages, la p\u00e9nurie de chevaux \u00e0 la suite des r\u00e9quisitions dues \u00e0 la guerre, ainsi que l\u2019\u00e9migration d\u2019une bonne partie de la noblesse font que dans ces ann\u00e9es 1793 et 1794, il y a probablement moins d\u2019attelages. Il y a \u00e9galement des journ\u00e9es sans voitures: les rues parisiennes furent ainsi proscrites aux fiacres le 10 ao\u00fbt 1793 pour la comm\u00e9moration de la chute de la royaut\u00e9<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-89\" href=\"#post-36-footnote-89\">[89]<\/a><\/sup><\/sup>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les chaises \u00e0 porteur existent toujours, mais tendent \u00e0 dispara\u00eetre. Il existe \u00e9galement des fiacres. Peut-\u00eatre Goffinet en emprunte-t-il un.<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-90\" href=\"#post-36-footnote-90\">[90]<\/a><\/sup><\/sup> Cet anc\u00eatre des taxis a \u00e9t\u00e9 d\u00e9r\u00e9glement\u00e9 en 1790, et les prix doivent \u00eatre abordables pour lui. Mais en 1795 il se d\u00e9crira d\u2019une constitution robuste, \u00e0 65 ans. Cela peut \u00eatre d\u00fb aux b\u00e9n\u00e9fices de la marche.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Entre deux mouvements d\u2019\u00e9vitement des dangers de la rue, il a l\u2019occasion de m\u00e9diter sur le paysage qu\u2019il traverse, boulevers\u00e9 et impr\u00e9visible depuis le d\u00e9but de 1789.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Deux itin\u00e9raires sont possibles lorsqu\u2019il quitte son domicile de la rue Dominique (anciennement Saint Dominique). Au bout de la rue du bac, il n\u2019a heureusement pas \u00e0 prendre le bac puisqu\u2019il peut prendre le pont royal, renomm\u00e9 pont national. Puis il passe devant le pavillon de l\u2019\u00e9galit\u00e9 (extr\u00e9mit\u00e9 des Tuileries qui est aujourd\u2019hui le pavillon de flore, partie du Louvre) dans lequel travaille les Comit\u00e9s, dont le Comit\u00e9 de salut public. Il longe ensuite les Tuileries dans le jardin national. Il peut y croiser des d\u00e9put\u00e9s se rendant \u00e0 la Convention. Il prend enfin la rue de la Montagne, pr\u00e8s de l\u2019\u00e9glise Saint Roch d\u00e9saffect\u00e9e fin 1793 comme toutes les \u00e9glises de Paris et de la \u00ab\u00a0Soci\u00e9t\u00e9 populaire des amis de la libert\u00e9 et de l&#8217;\u00e9galit\u00e9 \u00bb (club des Jacobins, en face de la Convention de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la rue Honor\u00e9).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Goffinet peut aussi longer l\u2019ancien palais Bourbon confisqu\u00e9 au prince de Cond\u00e9 puis emprunter le tout nouveau pont Louis XVI achev\u00e9 en 1791 (avec, dit-on, des pierres de la Bastille) renomm\u00e9 en 1792 pont de la R\u00e9volution et appel\u00e9 aujourd\u2019hui pont de la Concorde. Goffinet passerait alors place de la R\u00e9volution (aujourd\u2019hui Concorde) o\u00f9 Louis XVI fut guillotin\u00e9 le 21 janvier 1793. La guillotine sera plac\u00e9e \u00e0 proximit\u00e9 de l\u2019entr\u00e9e du jardin des Tuileries \u00e0 partir de mai 1793 jusqu\u2019au d\u00e9but de la grande terreur en juin 1794 (elle est alors d\u00e9plac\u00e9e place de la nation), puis de nouveau pour ex\u00e9cuter les robespierristes (10 thermidor an II \u2013 28 juillet 1794). Il passerait ensuite devant l\u2019\u00e9glise de la Madeleine, dont la construction a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9e: ce qui en a \u00e9t\u00e9 b\u00e2ti est un bien national lou\u00e9 \u00e0 des artisans et des marchands.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><a id=\"post-36-_3adaygh2qpoy\"><\/a>Nouvelle organisation<\/h2>\n<p style=\"text-align: justify;\">La correspondance avec les consulats qui restent passe du minist\u00e8re de la guerre \u00e0 celui des affaires \u00e9trang\u00e8res. Le 6e bureau est fusionn\u00e9 avec le 4e. Sous la direction de Jean-Victor Colchen, il est charg\u00e9 de la correspondance avec l\u2019Italie, l\u2019Espagne et le Portugal. Goffinet est le seul ancien de ce bureau dans lequel il y avait trois autres commis. Le nombre des commis a consid\u00e9rablement augment\u00e9 depuis 1789, puisqu\u2019il est pass\u00e9 de quarante et un \u00e0 soixante-dix-huit, alors qu\u2019il para\u00eet vraisemblable que le volume de correspondance n\u2019a pas augment\u00e9. Beaucoup sont entr\u00e9s par protections diverses (il y a par exemple l\u2019oncle du directeur Bonnecarr\u00e8re)<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-91\" href=\"#post-36-footnote-91\">[91]<\/a><\/sup><\/sup>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les usages diplomatiques changent. Le papier \u00e0 ent\u00eate doit \u00eatre illustr\u00e9 aux armes du nouveau r\u00e9gime. Le tutoiement r\u00e9volutionnaire s\u2019installe progressivement, ainsi que le qualificatif de citoyen et des salutations sous forme de \u00ab <em>salut et fraternit\u00e9<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Goffinet a peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 charg\u00e9 de la correspondance avec l\u2019Espagne. L\u2019Espagne garde encore quelques temps des relations diplomatiques. Mais le proc\u00e8s et l\u2019ex\u00e9cution de Louis XVI firent basculer l\u2019Espagne du c\u00f4t\u00e9 des ennemis de la France. L&#8217;Espagne essaya de corrompre ses juges en versant des fonds. En janvier, Charles IV n\u2019h\u00e9sita pas \u00e0 promettre sa neutralit\u00e9 en \u00e9change de la vie de Louis XVI. En r\u00e9ponse, Danton proposa qu\u2019on d\u00e9clare la guerre \u00e0 l\u2019Espagne. Le roi d\u2019Espagne offrit encore sa neutralit\u00e9 contre la vie de Marie-Antoinette et de ses enfants. En r\u00e9ponse, Bar\u00e8re d\u00e9clara \u00e0 la tribune qu\u2019il fallait porter la libert\u00e9 \u00ab\u00a0<em>sous le plus beau climat et au peuple le plus magnanime d\u2019Europe<\/em> \u00bb. Le 7 mars, la France d\u00e9clara la guerre \u00e0 l\u2019Espagne. \u00ab <em>Un ennemi de plus pour la France est un triomphe de plus pour la libert\u00e9 !\u00a0\u00bb<\/em> conclut Bar\u00e8re<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-92\" href=\"#post-36-footnote-92\">[92]<\/a><\/sup><\/sup>. Depuis la mort de Louis XVI, la plupart des pays \u00e9trangers ont retir\u00e9 leurs ambassades. Ils sont dans une situation de guerre ouverte ou de neutralit\u00e9 m\u00e9fiante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 2 juin 1793, le ministre Lebrun-Tondu est arr\u00eat\u00e9 avec les d\u00e9put\u00e9s girondins de la Convention (Brissot, P\u00e9tion et al.) et sera guillotin\u00e9 en d\u00e9cembre 1793. Trois de ses chefs de bureau finiront guillotin\u00e9s pendant la \u00ab\u00a0<em>Grande terreur<\/em>\u00a0\u00bb de juin et juillet 1794 qui pr\u00e9c\u00e8de la chute de Robespierre<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-93\" href=\"#post-36-footnote-93\">[93]<\/a><\/sup><\/sup>. Et on verra que les autres \u00e9taient peut \u00eatre menac\u00e9s \u00e0 cette date.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Goffinet pr\u00eate s\u00fbrement le deuxi\u00e8me serment de la R\u00e9volution, comme tous les employ\u00e9s: \u00ab\u00a0<em>\u00eatre fid\u00e8le \u00e0 la nation, maintenir la Libert\u00e9 et l&#8217;\u00c9galit\u00e9, ou mourir en les d\u00e9fendant.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et il obtient \u00e0 cette p\u00e9riode une indispensable carte de s\u00fbret\u00e9 dat\u00e9e du 29 pluvi\u00f4se (28 juillet 1793)\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Le citoyen Goffinet, employ\u00e9 aux relations ext\u00e9rieures depuis 41 ans sans interruption n&#8217;est ni noble ni \u00e9tranger. Son certificat de civisme en r\u00e8gle est du 29 pluviose. Il est connu du Patriote Heuss\u00e9 administrateur de police et membre du Conseil g\u00e9n\u00e9ral de la commune.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>An II<\/em>\u00a0\u00bb<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-94\" href=\"#post-36-footnote-94\">[94]<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On peut y lire la seule description physique que l\u2019on ait de lui\u00a0: \u00ab\u00a0<em>\u00e2g\u00e9 de soixante-trois ans\u2026<\/em> <em>taille de cinq pieds trois pouces (0) lignes, front \u00e9lev\u00e9, cheveux blancs, sourcils gris, yeux bleus, nez petit, bouche moyenne\u00a0\u00bb<\/em>. Cinq pieds trois pouces et z\u00e9ro ligne font en mesures actuelles 1 m\u00e8tre 70.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce \u00ab\u00a0<em>patriote Heuss\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb\u201d est Florent Heuss\u00e9, \u00ab\u00a0fabricant de chocolat\u00a0\u00bb devenu administrateur de la police de Paris, et repr\u00e9sentant au sein de la municipalit\u00e9 de la section \u00e0 laquelle appartient Jacques Goffinet: la Section de la Fontaine-de-Grenelle<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-95\" href=\"#post-36-footnote-95\">[95]<\/a><\/sup><\/sup>. La section se r\u00e9unissait dans l\u2019\u00e9glise Saint-Thomas-d&#8217;Aquin, ancienne \u00e9glise des dominicains qui devint \u00e9glise paroissiale, puis fut d\u00e9saffect\u00e9e. Goffinet s\u2019est probablement rendu \u00e0 des r\u00e9unions et s\u2019y est fait connaitre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est Fran\u00e7ois-Louis Deforgues qui fut le dernier ministre sous la Convention montagnarde, avant que le minist\u00e8re ne soit remplac\u00e9 par une commission. Ancien du minist\u00e8re de la guerre, il am\u00e8ne avec lui un secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral nomm\u00e9 Miot, plus tard comte d\u2019Empire, qui a \u00e9crit des m\u00e9moires particuli\u00e8rement int\u00e9ressantes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Miot \u00e9crit \u00e0 propos de son changement de minist\u00e8re: \u00ab <em>Un revers de nos arm\u00e9es, un oubli, une n\u00e9gligence qui auraient donn\u00e9 lieu \u00e0 la moindre d\u00e9nonciation pouvaient me perdre sans retour, et je d\u00e9sirais vivement sortir d&#8217;une situation aussi critique&#8230; J&#8217;avais calcul\u00e9 que, les relations ext\u00e9rieures de la France \u00e9tant pour le moment \u00e0 peu pr\u00e8s nulles, je serais moins en vue et moins expos\u00e9 dans un d\u00e9partement, pour ainsi dire sans occupations, que dans l&#8217;administration de la guerre qui attirait alors toute l&#8217;attention.<\/em>\u00a0\u00bb<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-96\" href=\"#post-36-footnote-96\">[96]<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Miot va donc aux affaires \u00e9trang\u00e8res pour ne faire \u00e0 peu pr\u00e8s rien, et c\u2019est le meilleur moyen de sauver sa carri\u00e8re et peut-\u00eatre sa vie ! La discr\u00e9tion \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 une qualit\u00e9 appr\u00e9ci\u00e9e chez les commis sous l\u2019ancien r\u00e9gime, on peut penser que les employ\u00e9s continuent pour d\u2019autres raisons \u00e0 se faire discrets. Miot est s\u00e9duit par leurs m\u0153urs\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Aux formes grossi\u00e8res, adopt\u00e9es dans les bureaux de la guerre, succ\u00e9daient la politesse et l&#8217;\u00e9l\u00e9gance des mani\u00e8res, r\u00e9sultat d&#8217;une \u00e9ducation distingu\u00e9e et de l&#8217;habitude des relations avec des \u00e9trangers. Je retrouvais l\u00e0 les traces des anciens usages de la monarchie qui subsistaient encore dans ce d\u00e9partement.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est Danton, qui au sein du premier Comit\u00e9 de Salut public, est charg\u00e9 des relations ext\u00e9rieures. Miot en t\u00e9moigne: <em>\u00ab J&#8217;eus plusieurs fois, dans cet intervalle de temps, l&#8217;occasion de voir Danton, le patron de Deforgues, et qui venait fr\u00e9quemment d\u00eener chez lui o\u00f9 j&#8217;\u00e9tais assez souvent invit\u00e9, ainsi que mes coll\u00e8gues Otto et Colchen. A ces d\u00eeners se trouvaient aussi Lacroix, Legendre, Fabre d&#8217;\u00c9glantine, Camille Desmoulins et plus rarement Robespierre avec lequel je ne me rencontrai qu&#8217;une seule fois.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ensuite c\u2019est Bar\u00e8re qui dans le Comit\u00e9 de Salut public domin\u00e9 par Robespierre (\u00e0 partir de juillet 1793) est charg\u00e9 des relations ext\u00e9rieures. Il \u00e9crit dans ses m\u00e9moires dans lesquelles il cherche en g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 diminuer son r\u00f4le, que cela ne lui prenait que tr\u00e8s peu de temps: \u00ab\u00a0<em>Les relations ext\u00e9rieures m&#8217;occupaient peu ; il n&#8217;y eut \u00e0 traiter que l&#8217;alliance de la Su\u00e8de, des Etats-Unis, de la Porte-Ottomane et de la Suisse ; tout le reste de l&#8217;Europe \u00e9tait hostile et arm\u00e9 contre la France. Ces objets \u00e9taient d&#8217;ailleurs travaill\u00e9s dans les bureaux des ministres, et il y avait peu de choses \u00e0 faire ou \u00e0 d\u00e9lib\u00e9rer.\u00a0\u00bb<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-97\" href=\"#post-36-footnote-97\">[97]<\/a><\/sup><\/sup><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut d\u2019ailleurs noter que ces \u00ab alliances \u00bb \u00e9taient surtout des neutralit\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Miot \u00e9crit plus loin:<em> \u00ab\u00a0Je passai le reste de l&#8217;ann\u00e9e 1793 (le commencement de l&#8217;an II) remplissant les fonctions de secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du minist\u00e8re des affaires \u00e9trang\u00e8res et je profitai des loisirs assez longs que me laissait cette place dans un temps o\u00f9 nous n&#8217;avions presque point de relations \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger, pour compulser les archives de ce d\u00e9partement et y puiser un genre d&#8217;instruction que je n&#8217;avais pas, jusque-l\u00e0, eu l&#8217;occasion d&#8217;acqu\u00e9rir.\u00a0\u00bb<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-98\" href=\"#post-36-footnote-98\">[98]<\/a><\/sup><\/sup><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a donc sans doute peu d\u2019activit\u00e9 au minist\u00e8re, il n\u2019y en a pas moins de la peur quand le gouvernement se souvient de son existence: \u00ab\u00a0&#8230;<em> je me rappelle que ce ne fut pas sans une sorte d&#8217;effroi que M. Colchen, qui \u00e9tait \u00e0 la t\u00eate de la division du minist\u00e8re dont les Ligues suisses font partie, se vit appel\u00e9 chez le ministre \u00e0 une conf\u00e9rence o\u00f9 se trouvait Robespierre.<\/em>\u00a0\u00bb<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-99\" href=\"#post-36-footnote-99\">[99]<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Colchen, le chef de Goffinet, raconte en effet dans ses m\u00e9moires qu\u2019il refusait de se compromettre, mais qu\u2019il fut tr\u00e8s surpris de sa rencontre avec Robespierre au minist\u00e8re : \u00ab <em>Robespierre y vint. Je fus appel\u00e9: on nous laissa seuls. Il se montra fort poli. Comme lui, j&#8217;\u00e9tais peign\u00e9, poudr\u00e9 et dans un costume qui n&#8217;\u00e9tait pas celui du temps. Il m&#8217;appela Monsieur et non citoyen, et s&#8217;abstint de me tutoyer : j&#8217;en usai de m\u00eame \u00e0 son \u00e9gard. J&#8217;entrai en mati\u00e8re. Je passai en revue tous les gouvernements avec lesquels nous avions conserv\u00e9 des relations. J&#8217;exposai verbalement nos rapports avec chacun d&#8217;eux\u2026\u00a0\u00bb<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-100\" href=\"#post-36-footnote-100\">[100]<\/a><\/sup><\/sup><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 2 vent\u00f4se (20 f\u00e9vrier 1794), Deforgues fit d\u00e9finitivement ordonner l&#8217;installation du minist\u00e8re dans l&#8217;h\u00f4tel Gallifet, rue du Bac, faubourg Saint-Germain, \u00ab\u00a0<em>afin de ranimer ce quartier et de donner de la valeur aux superbes \u00e9difices que la nation y poss\u00e8de<\/em>\u00a0\u00bb<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-101\" href=\"#post-36-footnote-101\">[101]<\/a><\/sup><\/sup>. Le quartier \u00e9tait en effet d\u00e9sert\u00e9, nombre d&#8217;h\u00f4tels et de biens eccl\u00e9siastiques ayant \u00e9t\u00e9 confisqu\u00e9s aux \u00e9migr\u00e9s. Le d\u00e9m\u00e9nagement n\u2019eut lieu que vers le mois de septembre. Le minist\u00e8re y resta jusqu\u2019\u00e0 la Restauration.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On trouve au milieu de la comptabilit\u00e9 de ces ann\u00e9es<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-102\" href=\"#post-36-footnote-102\">[102]<\/a><\/sup><\/sup> l\u00e0 un pr\u00e9cieux document d\u00e9crivant l\u2019organisation du travail dans la 4e division. Colchen, le chef, est charg\u00e9 des instructions aux agents, de la correspondance politique, la distribution du travail, la surveillance. Goffinet, sous-chef, a pour mission: \u00ab\u00a0<em>le chiffrement et d\u00e9chiffrement, la composition et l&#8217;ordre des cartons, la collation des d\u00e9penses, leur envoy, le d\u00e9p\u00f4t des Lois et des d\u00e9cisions et arr\u00eat\u00e9s du comit\u00e9 de Salut public, les circulaires pour l&#8217;envoi des Lois.<\/em>\u00a0\u00bb Son traitement annuel passe \u00e0 6000 livres. Les autres commis sont sp\u00e9cialis\u00e9s dans la correspondance soit avec les agents diplomatiques, soit avec les consuls, en Suisse et en Italie. Soit l\u2019Espagne et le Portugal ont \u00e9t\u00e9 confi\u00e9s \u00e0 un autre bureau, soit ils ne sont pas mentionn\u00e9s car la France est engag\u00e9e dans la guerre du Roussillon (mars 1793 \u00e0 juillet 1795).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La th\u00e8se que Deforgues, comme d\u2019autres conventionnels ou ministres, ait pu toucher des fonds de l\u2019Angleterre a \u00e9t\u00e9 d\u00e9fendue<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-103\" href=\"#post-36-footnote-103\">[103]<\/a><\/sup><\/sup>. On sait en tout cas que l\u2019Angleterre avait des complicit\u00e9s dans le minist\u00e8re, elle cherchait par tout moyen \u00e0 emp\u00eacher le soutien de la France aux Irlandais rebelles et peut-\u00eatre \u00e0 d\u00e9sorganiser le gouvernement, par exemple par des recrutements intempestifs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais c\u2019est le Comit\u00e9 de salut public qui prenait le pouvoir et cela devint officiel: le minist\u00e8re disparut en tant que tel et fut remplac\u00e9 le 12 germinal II (1er avril 1794) par une Commission de relations ext\u00e9rieures, charg\u00e9e d\u2019ex\u00e9cuter les d\u00e9cisions du Comit\u00e9 de salut public. Entre temps Deforgues fut arr\u00eat\u00e9 comme dantoniste, mais fut lib\u00e9r\u00e9 apr\u00e8s thermidor.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<h1>La Commission aux relations ext\u00e9rieures<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 29 germinal an II (18 avril 1794), Philibert Buchot est nomm\u00e9 Commissaire aux relations ext\u00e9rieures. Il est probablement d\u00e9sign\u00e9 sur les conseils de Ren\u00e9-Fran\u00e7ois Dumas, le pr\u00e9sident du Tribunal r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Buchot est un personnage peu connu, comme \u00e0 peu pr\u00e8s tous les commissaires nomm\u00e9s, except\u00e9 Herman l&#8217;ancien pr\u00e9sident du tribunal r\u00e9volutionnaire, qui fut nomm\u00e9 Commissaire des administrations civiles, police et tribunaux (\u00e9quivalent de ministre de l&#8217;Int\u00e9rieur et de la justice). Mais le but avou\u00e9 de Carnot, rapporteur de la loi qui supprimait le conseil ex\u00e9cutif avec ses six minist\u00e8res pour instituer douze commissions, \u00e9tant de supprimer le pouvoir ex\u00e9cutif, il n\u2019est gu\u00e8re \u00e9tonnant de ne voir nommer aucune personnalit\u00e9 politique majeure. Buchot avait \u00e9t\u00e9 recommand\u00e9 \u00e0 Robespierre, qui r\u00e9digea son arr\u00eat\u00e9 de nomination, en esp\u00e9rant sans doute qu\u2019il n\u2019aurait aucune vell\u00e9it\u00e9 d\u2019ind\u00e9pendance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voici ce qu\u2019\u00e9crira Miot du nouveau commissaire: <em>\u00ab Il arrivait du d\u00e9partement du Jura o\u00f9 il avait \u00e9t\u00e9 ma\u00eetre d&#8217;\u00e9cole dans une petite ville. Son ignorance, ses mani\u00e8res ignobles, sa stupidit\u00e9 surpassaient tout ce que l&#8217;on peut imaginer. Pendant les cinq mois qu&#8217;il fut \u00e0 la t\u00eate de ce d\u00e9partement, il ne s&#8217;en occupa nullement et \u00e9tait incapable de s&#8217;en occuper. Les chefs de division avaient renonc\u00e9 \u00e0 venir travailler avec lui: il ne les voyait ni ne les demandait. On ne le trouvait jamais dans son cabinet, et quand il \u00e9tait indispensable de lui faire donner sa signature pour quelque l\u00e9galisation, seuls actes auxquels il avait r\u00e9duit ses fonctions, il fallait aller la lui arracher au billard du caf\u00e9 Hardy o\u00f9 il passait habituellement ses journ\u00e9es.\u00a0\u00bb<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-104\" href=\"#post-36-footnote-104\">[104]<\/a><\/sup><\/sup> <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Buchot \u00e9tait pourtant un ancien avocat et ses quelques \u00e9crits montrent qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas ignare. Mais il est vrai qu\u2019il se conforma \u00e0 ce que le Comit\u00e9 de Salut public attendait de lui\u00a0: il ne joua pas le r\u00f4le de ministre, et ne fit quasiment rien<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-105\" href=\"#post-36-footnote-105\">[105]<\/a><\/sup><\/sup>. Et une fois devenu Commissaire \u00e0 sa place, Miot ne jouera pas non plus de r\u00f4le politique majeur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A ce moment-l\u00e0 le 4e bureau o\u00f9 travaille Goffinet et dont le chef est Colchen est toujours charg\u00e9 de la Suisse et de l\u2019Italie (Rome, Naples, Venise, G\u00eanes, le Pi\u00e9mont et la Sardaigne). Ils sont onze pour ce travail. Les trois autres bureaux politiques \u00e9tant aussi peupl\u00e9s, il y a trente-neuf employ\u00e9s contre dix-neuf en 1789<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-106\" href=\"#post-36-footnote-106\">[106]<\/a><\/sup><\/sup>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Peu d\u2019activit\u00e9 et un grand nombre d\u2019employ\u00e9s, cependant l\u2019oisivet\u00e9 est mal vue des terroristes. D\u00e8s avant l\u2019arriv\u00e9e du Commissaire, le Comit\u00e9 de salut public avait pr\u00e9venu dans une d\u00e9claration du 18 Germinal, de la main de Saint-Just: \u00ab <em>inform\u00e9 que depuis le d\u00e9cret qui supprime les ministres, et lui substitue des commissions, les affaires sont n\u00e9glig\u00e9es par les employ\u00e9s du minist\u00e8re, moins sensibles \u00e0 l&#8217;int\u00e9r\u00eat public qu&#8217;\u00e0 leur int\u00e9r\u00eat personnel, le Comit\u00e9 de salut public d\u00e9clare que, conform\u00e9ment aux d\u00e9crets de la Convention nationale, il poursuivra selon la rigueur des lois tout agent du gouvernement qui aurait n\u00e9glig\u00e9 ses fonctions et compromis le service, jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;\u00e9tablissement des commissions. \u00bb<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-107\" href=\"#post-36-footnote-107\">[107]<\/a><\/sup><\/sup> <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Saint-Just avait d\u2019ailleurs la plume acerbe envers les fonctionnaires:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Plus les fonctionnaires se mettent \u00e0 la place du peuple, moins il y a de d\u00e9mocratie.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Depuis qu\u2019il y a dans les soci\u00e9t\u00e9s [populaires], trop de fonctionnaires, trop peu de citoyens, le peuple y est nul. Ce n&#8217;est plus lui qui juge le gouvernement, ce sont les fonctionnaires coalis\u00e9s qui, r\u00e9unissant leur influence, font taire le peuple, le s\u00e9parent des l\u00e9gislateurs qui devraient en \u00eatre ins\u00e9parables et corrompent l\u2019opinion dont ils s&#8217;emparent et par laquelle ils ont font taire le gouvernement et d\u00e9noncent la libert\u00e9 m\u00eame.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Tous ceux qu\u2019emploie le gouvernement sont paresseux, tout homme en place ne fait rien par lui-m\u00eame et prend des agents secondaires; le premier agent secondaire a les siens, et la R\u00e9publique est en proie \u00e0 vingt mille sots qui la corrompent, qui la combattent, qui la saignent. Vous devez diminuer partout le nombre des agents, afin que les chefs travaillent et pensent.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Le minist\u00e8re est un monde de papier. Je ne sais point comment Rome et l\u2019Egypte se gouvernaient sans cette ressource; on pensait beaucoup, on \u00e9crivait peu. La prolixit\u00e9 de la correspondance et des ordres du gouvernement est une marque de son inertie: il est impossible que l&#8217;on gouverne sans laconisme. Les repr\u00e9sentants du peuple, les g\u00e9n\u00e9raux, l\u2019administration sont environn\u00e9s de bureaux comme les anciens hommes de palais. Il ne se fait rien et la d\u00e9pense pourtant est \u00e9norme. Les bureaux ont remplac\u00e9 le monarchisme; le d\u00e9mon d\u2019\u00e9crire nous fait la guerre et l\u2019on ne gouverne point.<\/em>\u00a0\u00bb<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-108\" href=\"#post-36-footnote-108\">[108]<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On ne s\u2019\u00e9tonnera donc pas que le 12 prairial II (1er juin 1794) le Comit\u00e9 de salut public prenne un arr\u00eat\u00e9 particuli\u00e8rement s\u00e9v\u00e8re pour soutenir l\u2019activit\u00e9. Il a l\u2019id\u00e9e de faire embaucher un employ\u00e9 suppl\u00e9mentaire, pour contr\u00f4ler les autres employ\u00e9s:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Le Comit\u00e9 de salut public, consid\u00e9rant la n\u00e9cessit\u00e9 de donner au travail des bureaux des douze Commissions ex\u00e9cutives l&#8217;activit\u00e9 la plus soutenue, arr\u00eate ce qui suit : 1\u00b0 Il sera nomm\u00e9 par chaque Commission un citoyen charg\u00e9 de rendre compte journellement au commissaire de chacune d&#8217;elles de l&#8217;exactitude de tous les employ\u00e9s \u00e0 se trouver ponctuellement \u00e0 leurs bureaux, aux heures qui seront indiqu\u00e9es ci-apr\u00e8s. Ce citoyen n&#8217;exercera dans les bureaux aucune autre fonction, et son traitement sera de 2400 livres par an.\u00a0\u00bb<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-109\" href=\"#post-36-footnote-109\">[109]<\/a><\/sup><\/sup> <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On se demande ce que ce citoyen faisait entre les heures d\u2019arriv\u00e9e et celles de d\u00e9part ! Un contr\u00f4leur des pointages fut effectivement nomm\u00e9 \u00e0 cette \u00e9minente fonction au sein de la commission des relations ext\u00e9rieures le 1er brumaire II: Louis-Gabriel Pigneux, ancien menuisier<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-110\" href=\"#post-36-footnote-110\">[110]<\/a><\/sup><\/sup>. Les commis n&#8217;\u00e9chappent pas facilement \u00e0 leurs fonctions. Le m\u00eame acte d\u00e9finit pr\u00e9cis\u00e9ment le temps de travail, ou de pr\u00e9sence:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0\u2014 2\u00b0 Aucun employ\u00e9 dans les bureaux ne pourra quitter ses fonctions actuelles pour d&#8217;autres sans en avoir obtenu la permission du Comit\u00e9 de salut public, et les commissaires qui pr\u00e9senteront au Comit\u00e9 les d\u00e9missions propos\u00e9es seront responsables de la l\u00e9gitimit\u00e9 des motifs sur lesquels elles sont fond\u00e9es. <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u2014 3\u00b0 A compter du 21 prairial, pr\u00e9sent mois, les employ\u00e9s dans les bureaux des Commissions et Agences qui en d\u00e9pendent seront tenus d&#8217;\u00eatre \u00e0 leur poste depuis huit heures pr\u00e9cises jusqu&#8217;\u00e0 deux heures apr\u00e8s midi, et le soir depuis cinq heures pr\u00e9cises jusqu&#8217;\u00e0 huit heures et demie. <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u2014 4\u00b0 Les jours de d\u00e9cade, les employ\u00e9s seront dispens\u00e9s de se rendre le soir \u00e0 leurs bureaux. <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u2014 5\u00b0 Les heures d&#8217;audience pour le public seront depuis midi jusqu&#8217;\u00e0 deux heures seulement, et les commissaires, de concert avec les chefs de bureaux, aviseront aux mesures n\u00e9cessaires pour \u00e9viter l&#8217;affluence dans les bureaux, et pour faciliter \u00e0 chaque citoyen les moyens d&#8217;\u00eatre envoy\u00e9 directement et de suite aux bureaux o\u00f9 il aura affaire, et d&#8217;y \u00eatre promptement entendu<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u2014 6\u00b0 Le citoyen charg\u00e9 de veiller \u00e0 l&#8217;exactitude des employ\u00e9s \u00e0 se trouver \u00e0 leurs bureaux le sera \u00e9galement de tenir la main \u00e0 la police des gar\u00e7ons de bureau, et \u00e0 ce que chacun d&#8217;eux se tienne exactement \u00e0 son poste&#8230; <\/em>\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cela fait 9 heures de travail par jour, avec une seule apr\u00e8s-midi de repos (apr\u00e8s une matin\u00e9e de 6 heures) tous les dix jours (la semaine \u00e9tant remplac\u00e9e par des d\u00e9cades dans le calendrier r\u00e9publicain).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019exag\u00e9ration de Miot au sujet de la stupidit\u00e9 du Commissaire Buchot autorise \u00e0 douter de ses all\u00e9gations contre lui. Il pr\u00e9tend que Buchot avait d\u00e9nonc\u00e9 comme mod\u00e9r\u00e9s tous les chefs de bureau le 8 thermidor et les avait nargu\u00e9s avec un sourire cruel. Mais ils \u00e9taient certainement menac\u00e9s:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Du reste, cet homme, si nul pour les affaires, \u00e9tait d&#8217;une funeste activit\u00e9, lorsqu&#8217;il s&#8217;agissait de seconder les fureurs du parti de Robespierre qui l&#8217;avait fait nommer comme ami du pr\u00e9sident du tribunal r\u00e9volutionnaire et nous ne f\u00fbmes pas longtemps \u00e0 nous apercevoir des effets de la haine qu&#8217;il portait \u00e0 mes coll\u00e8gues et \u00e0 moi. Lorsque Robespierre, menac\u00e9 par une partie de la convention, multiplia le nombre des victimes qu&#8217;il sacrifiait chaque jour pour diminuer celui de ses ennemis, Buchot nous d\u00e9non\u00e7a comme des mod\u00e9r\u00e9s dont on ne pouvait trop promptement se d\u00e9faire. Il fit d\u00e9cerner, le 8 thermidor de l&#8217;an II (27 juillet 1794), par le comit\u00e9 de s\u00fbret\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale un mandat d&#8217;arr\u00eat contre Otto, Colchen, Reinhard et moi.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Buchot resta quelque temps apr\u00e8s la chute de Robespierre, jusqu\u2019au 18 brumaire an III (8 novembre 1794). La passation de pouvoir d\u00e9crite par Miot est une des plus \u00e9tranges que l\u2019on puisse concevoir:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Par un d\u00e9cret de la convention du 18 brumaire an III (8 novembre 1794), je fus nomm\u00e9 commissaire des relations ext\u00e9rieures. MM. Otto, Colchen et Reinhard furent attach\u00e9s particuli\u00e8rement au comit\u00e9 de salut public, pour suivre pr\u00e8s de lui les d\u00e9tails ainsi que la correspondance diplomatique, et je vins m&#8217;\u00e9tablir dans l&#8217;h\u00f4tel o\u00f9 le minist\u00e8re des affaires \u00e9trang\u00e8res, comme je l&#8217;ai d\u00e9j\u00e0 dit, avait \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9 depuis deux mois.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Ces divers arrangements s&#8217;\u00e9taient op\u00e9r\u00e9s \u00e0 l&#8217;insu de Buchot qui n&#8217;en fut instruit que par un journal qu&#8217;il acheta le soir dans la rue. Je me rendis cependant pr\u00e8s de lui le lendemain de ma nomination et je lui t\u00e9moignai les \u00e9gards d&#8217;usage en pareille circonstance. Mais il y parut tr\u00e8s-peu sensible. Il me dit seulement qu&#8217;il allait se trouver fort embarrass\u00e9, si j&#8217;exigeais qu&#8217;il quitt\u00e2t imm\u00e9diatement le logement qu&#8217;il occupait dans l&#8217;h\u00f4tel. Je l&#8217;assurai que, n&#8217;\u00e9tant pas dans l&#8217;intention de venir y coucher, je lui en laisserais la jouissance aussi longtemps qu&#8217;il ne se serait pas procur\u00e9 une autre habitation. Il me remercia et me dit qu&#8217;on avait bien fait de me nommer, mais qu&#8217;il \u00e9tait fort d\u00e9sagr\u00e9able qu&#8217;on l&#8217;e\u00fbt fait venir \u00e0 Paris et forc\u00e9 \u00e0 quitter son \u00e9tat en province, pour \u00eatre ainsi laiss\u00e9 sur le pav\u00e9. L\u00e0-dessus il imagina de me demander une place dans mes bureaux.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>J&#8217;essayai de lui faire sentir toute l&#8217;inconvenance qu&#8217;il y aurait \u00e0 le faire descendre \u00e0 un poste secondaire dans la m\u00eame administration o\u00f9 il avait tenu le premier rang. Il trouva ce genre de d\u00e9licatesse fort \u00e9trange, et, voyant que j&#8217;h\u00e9sitais \u00e0 lui r\u00e9pondre affirmativement, il me dit que, dans le cas o\u00f9 je ne le trouverais pas capable de remplir la place de commis qu&#8217;il sollicitait, il se contenterait de celle de gar\u00e7on de bureau. <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Je rougis pour lui de tant d&#8217;avilissement, et apr\u00e8s quelques mots vagues d&#8217;excuse je le quittai\u00a0\u00bb<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-111\" href=\"#post-36-footnote-111\">[111]<\/a><\/sup><\/sup>.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Buchot retourna donc \u00e0 des emplois subalternes \u00e0 l\u2019octroi, et Miot devint Commissaire. En sus des bureaux de la Commission, le Comit\u00e9 de Salut public cr\u00e9a ses propres bureaux, charg\u00e9s d\u2019exp\u00e9dier ses d\u00e9p\u00eaches. Il recruta parmi le personnel de la Commission.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Goffinet reste \u00e0 la Commission des relations ext\u00e9rieures. Il devient sous-chef du premier bureau, \u00ab\u00a0<em>charg\u00e9 de la correspondance pour les affaires consulaires et commerciales, les affaires contentieuses et particuli\u00e8res, l&#8217;\u00e9conomie politique, les sciences, arts et d\u00e9couvertes utiles en pays \u00e9trangers, avec la Suisse, l&#8217;Italie, l&#8217;Espagne et le Portugal.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On voit que dans ses fonctions, on ne compte pas la correspondance politique. Sous le Comit\u00e9 de salut public thermidorien, les relations diplomatiques sont ranim\u00e9es (\u00c9tats-Unis avec l\u2019ambassade du futur pr\u00e9sident Monroe, R\u00e9publique de Gen\u00e8ve, \u00e9tats italiens\u2026), et on fait lever les scell\u00e9s sur les biens des ambassadeurs \u00e9trangers. Mais ce sont donc les bureaux du Comit\u00e9 qui se chargent de la correspondance politique et de la r\u00e9daction des trait\u00e9s de paix, et non ceux de la Commission. Le Comit\u00e9 donna par exemple directement ses consignes \u00e0 Fran\u00e7ois Barth\u00e9l\u00e9my, ambassadeur en suisse (et futur Directeur), qui signa plusieurs trait\u00e9s de paix en 1795.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Miot confie surtout \u00e0 ses bureaux de la Commission un travail de documentation: \u00ab\u00a0<em>Des consuls furent envoy\u00e9s dans tous les pays o\u00f9 l&#8217;on pouvait esp\u00e9rer de les faire recevoir. Une circulaire adress\u00e9e aux agents ext\u00e9rieurs de la r\u00e9publique leur recommanda de mettre au premier rang de leurs devoirs les recherches sur l&#8217;\u00e9tat des sciences, des arts et en g\u00e9n\u00e9ral des connaissances humaines dans les pays o\u00f9 ils exer\u00e7aient leurs fonctions\u2026 Je fis venir les ouvrages et les journaux qui paraissaient en pays \u00e9tranger et formai le dessein de fonder une biblioth\u00e8que et une salle de lecture qui, \u00e9tablies dans l&#8217;h\u00f4tel de la commission, seraient ouvertes \u00e0 tous ceux qui voudraient y venir puiser des renseignements.<\/em>\u00a0\u00bb<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-112\" href=\"#post-36-footnote-112\">[112]<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On continue donc avec les pratiques de renseignement de l&#8217;ancien r\u00e9gime qu\u2019on a vu avec les tables de correspondance. Le chef de ce premier bureau est Rosenstiel, un ancien traducteur recrut\u00e9 du temps de Vergennes, qui avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9form\u00e9 par Dumouriez, et qui \u00e9tait revenu probablement gr\u00e2ce \u00e0 sa connaissance des langues.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Miot accepte ensuite un poste de consul, consid\u00e9r\u00e9 comme plus \u00e9lev\u00e9 que le poste de commissaire des affaires \u00e9trang\u00e8res. C\u2019est dire s\u2019il n\u2019est pas un vrai ministre. Colchen le remplace jusqu\u2019\u00e0 la fin de la convention thermidorienne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La situation mat\u00e9rielle des commis se d\u00e9grade, mais peut-\u00eatre pas plus que celle de la population parisienne<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-113\" href=\"#post-36-footnote-113\">[113]<\/a><\/sup><\/sup>. Les prix augmentent, et \u00e0 partir de l\u2019an III, les salaires sont vers\u00e9s en assignats (d\u2019abord 30 livres assignats pour une livre). Puis en l\u2019an IV, ils sont vers\u00e9s avec leurs successeurs: les mandats territoriaux, qui connaissent aussi une d\u00e9valuation spectaculaire. Les salaires sont augment\u00e9s en proportion importante, sans toutefois compenser la perte subie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Goffinet continue \u00e0 verser la rente de 1000 livres \u00e0 son gendre Despr\u00e9aux, en revanche il cesse tout versement anticip\u00e9 de la succession \u00e0 l\u2019autre gendre Regnault.<\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h2>\n<h1 style=\"text-align: justify;\">P\u00e9riode de r\u00e9forme\u00a0: le minist\u00e8re Delacroix sous le Directoire<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 l\u2019av\u00e8nement du Directoire (4 brumaire an IV &#8211; 26 octobre 1795), le bureau du Comit\u00e9 de Salut public charg\u00e9 des affaires ext\u00e9rieures et la Commission furent fusionn\u00e9s pour former de nouveau un minist\u00e8re. Charles Delacroix fut nomm\u00e9 ministre des Relations ext\u00e9rieures le 5 novembre 1795. Sous le r\u00e9gime de la nouvelle constitution, les ministres sont nomm\u00e9s et r\u00e9voqu\u00e9s par les directeurs, ils ne d\u00e9pendent pas du Parlement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Delacroix re\u00e7oit pour consigne de diminuer le nombre des employ\u00e9s du minist\u00e8re. Jacques Goffinet, qui avait travers\u00e9 tous les r\u00e9gimes, est alors r\u00e9form\u00e9 le 21 frimaire IV (12 d\u00e9cembre 1795). Sa fille pr\u00e9tendra apr\u00e8s sa mort qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9form\u00e9 \u00e0 cause de ses opinions royalistes. Il est vrai que le 13 vend\u00e9miaire IV (5 octobre 1795) une insurrection royaliste avait \u00e9clat\u00e9 \u00e0 la suite des d\u00e9crets des \u00ab deux tiers \u00bb, qui visait \u00e0 maintenir une majorit\u00e9 r\u00e9publicaine au sein des Conseils. L\u2019insurrection fut r\u00e9prim\u00e9e par Barras et Bonaparte, et \u00e0 la suite de la mise en place du Directoire, on renvoya les employ\u00e9s susceptibles de sympathie avec un retour de la monarchie. Le Directoire ordonna un contr\u00f4le strict et une \u00e9puration. Dans le dossier du gendre Despr\u00e9aux au minist\u00e8re de l\u2019int\u00e9rieur on trouve par exemple la mention qu\u2019il ne figurait pas au nombre des manifestants: \u00ab <em>\u00e0 son poste le 13 vend\u00e9miaire <\/em>\u00bb<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-114\" href=\"#post-36-footnote-114\">[114]<\/a><\/sup><\/sup>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant les lettres de Delacroix ne vont pas dans le sens d&#8217;une r\u00e9forme de Goffinet pour raison politique. Telle par exemple, celle dans laquelle il demande au minist\u00e8re de l\u2019int\u00e9rieur le versement d\u2019une pension:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Pour concilier, autant qu&#8217;il a \u00e9t\u00e9 possible, la justice, avec l&#8217;ex\u00e9cution de l&#8217;ordre que vous m&#8217;av\u00e9s donn\u00e9 par votre lettre du 2 frimaire dernier de r\u00e9duire au strict n\u00e9cessaire le nombre des employ\u00e9s dans mes bureaux j&#8217;ai jug\u00e9 convenable de comprendre dans la r\u00e9forme le citoyen Goffinet que les longs services mettent dans le cas de jouir de la pension de retraite, afin de conserver \u00e0 sa place un individu qui n&#8217;aurait pas le m\u00eame droit. Le Ministre de l&#8217;int\u00e9rieur doit incessamment mettre sous les yeux du Directoire son travail relatif aux pensions de retraite. Les bons t\u00e9moignages qui m&#8217;ont \u00e9t\u00e9 rendus du z\u00e8le de l&#8217;exactitude et de la fid\u00e9lit\u00e9 avec lesquelles le citoyen Goffinet a constamment rempli ses devoirs dans les bureaux du Minist\u00e8re qui m&#8217;est confi\u00e9, me persuadent que vous voudrez bien, Citoyens Directeurs, faire \u00e9prouver \u00e0 ce p\u00e8re de famille avanc\u00e9 en \u00e2ge les effets de la reconnaissance que la nation accorde \u00e0 ceux qui l&#8217;ont bien servie, pendant quarante quatre ann\u00e9es sans interruption dans le m\u00eame bureau. Cette r\u00e9compense sera d&#8217;ailleurs une perspective encourageante pour ceux qui comme lui pourront fournir avec honneur une carri\u00e8re aussi longue dans la partie diplomatique.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(Non dat\u00e9)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Delacroix ne fait pas dans le d\u00e9tail et ses r\u00e9formes sont m\u00eame critiqu\u00e9es dans la presse:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0D\u00e8s votre entr\u00e9e au minist\u00e8re, vous en avez chass\u00e9, citoyen ministre, tout ce qu\u2019il y avait de talent, un assez grand nombre de patriotes irr\u00e9prochables, m\u00eame apr\u00e8s vend\u00e9miaire. Je ne citerai que les citoyens Colchen, Otho, Baisse et Goffinet\u2026 Vous vous \u00eates tellement isol\u00e9s, qu\u2019aujourd\u2019hui toute tradition se trouve perdue, tous les fils rompus, et qu\u2019on est le plus souvent forc\u00e9 d\u2019aller chercher au-dehors les formules les plus ordinaires de la diplomatie.\u00a0\u00bb<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-115\" href=\"#post-36-footnote-115\">[115]<\/a><\/sup><\/sup><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Commence une p\u00e9riode tr\u00e8s difficile pour Jacques Goffinet. Il est contraint de vendre ce qu\u2019il a pour vivre. Il doit \u00eatre humiliant pour lui de ne pouvoir assurer les obligations qu\u2019il a contract\u00e9 envers ses gendres pour le paiement de la dot de ses filles. Cela doit engendrer des difficult\u00e9s pour toute la famille: le gendre Louis-Gr\u00e9goire Despr\u00e9aux ne gagne que 3.000 F en 1796 et 2.700 F en 1797 \u00e0 son poste d\u2019archiviste au minist\u00e8re de l\u2019int\u00e9rieur<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-116\" href=\"#post-36-footnote-116\">[116]<\/a><\/sup><\/sup>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Goffinet est oblig\u00e9 de faire de co\u00fbteux emprunts en attendant la liquidation de sa pension de retraite. Paris compte \u00e0 l\u2019\u00e9poque un certain nombre de petits banquiers et de pr\u00eateurs sur gages. Le Mont-de-pi\u00e9t\u00e9 n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 officiellement supprim\u00e9, mais en 1795, il est contraint de fermer \u00e0 la suite de la d\u00e9valuation des assignats. Il sera ensuite r\u00e9anim\u00e9 sous le Consulat et Napol\u00e9on lui accordera m\u00eame le monopole du pr\u00eat sur gages. En attendant il est supplant\u00e9 par des \u00ab lombards \u00bb, c\u2019est \u00e0 dire des usuriers \u00e0 la fois banquier et pr\u00eateur sur gage. On s\u2019en serait dout\u00e9, ils ont tr\u00e8s mauvaise r\u00e9putation et la description de leur activit\u00e9 dans la litt\u00e9rature de l\u2019\u00e9poque est sordide:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab Il y a maintenant \u00e0 Paris un tr\u00e8s-grand nombre de maisons de pr\u00eats sur nantissement. Les 9, 19 et 29 de chaque mois, les marchands y portent des objets en d\u00e9p\u00f4t afin d\u2019avoir de quoi faire leurs paiemens: ce sont l\u00e0 les grands jours de pr\u00eats. Les 15 et 25, les d\u00e9taillants, les femmes des halles, les commissionnaires, les petites fruiti\u00e8res, les filles publiques y d\u00e9posent de petits articles, quelques hardes, un peu de linge, afin de pouvoir faire une mise \u00e0 la loterie qui se tire le lendemain. La loterie tir\u00e9e, la courtisane s\u2019\u00e9crie: Je n\u2019ai manqu\u00e9 l\u2019ambe que de deux num\u00e9ros ! Son linge se vend au Lombard \u00e0 la fin du mois, et elle se trouve ainsi avoir jou\u00e9 \u00e0 la loterie son avant-dernier jupon.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Un Pr\u00eateur sur gage m\u2019a avou\u00e9 qu\u2019il avait pr\u00eat\u00e9, en douze ou quinze fois diff\u00e9rentes, 6 francs sur un mouchoir qui ne valait pas quinze sous. Il y a telle fille publique qui envoie, en se couchant, sa robe au Lombard voisin pour avoir \u00e0 souper, et qui ne se l\u00e8ve que lorsqu\u2019elle a de quoi en acheter une autre. Ces d\u00e9tails vrais font horreur; ce n\u2019est pas ma faute: pourquoi y a-t-il des Lombards et des filles publiques ? \u00bb<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-117\" href=\"#post-36-footnote-117\">[117]<\/a><\/sup><\/sup> <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Goffinet pr\u00e9pare pourtant rapidement son \u00ab dossier de retraite \u00bb que le ministre transmet:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a02 niv\u00f4se an IV de la R\u00e9publique (23 d\u00e9cembre 1795)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Le ministre des relations ext\u00e9rieures au citoyen directeur de la liquidation<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Je vous communique, Citoyen, la lettre que m&#8217;a envoy\u00e9 le 30 frimaire (21 d\u00e9cembre) le citoyen Goffinet ci devant employ\u00e9 au d\u00e9partement des relations ext\u00e9rieures et les pi\u00e8ces qui y sont jointes savoir:<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[longue liste de certificats sign\u00e9s Hennin, G\u00e9rard de Rayneval et al.]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>D&#8217;apr\u00e8s d&#8217;aussi longs services et non interrompus, ce citoyen a droit \u00e0 la reconnaissance nationale; je vous prie de mettre en sa faveur toute la diligence que vous inspirera votre justice. Ses appointements \u00e9taient de six mille livres de traitement fixes.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Delacroix fait rechercher si ses d\u00e9buts datent de 1756 ou de 1752, et atteste le 25 mars 1796 que la date \u00e0 prendre en compte est bien 1752:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Je soussign\u00e9 Ministre des Relations ext\u00e9rieures atteste que, d&#8217;apr\u00e8s v\u00e9rification faite aux archives de mon d\u00e9partement des d\u00e9p\u00eaches des Ministres de France pr\u00e8s la cour de Vienne depuis 1752 jusqu&#8217;en 1756 inclusivement, il r\u00e9sulte de la comparaison \u00e9tablie pour constater l&#8217;identit\u00e9 d&#8217;\u00e9criture r\u00e9clam\u00e9e par le citoyen Goffinet, ancien sous-chef d&#8217;un de mes bureaux, que ces d\u00e9p\u00eaches sont en effet \u00e9crite de sa propre main.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>En cons\u00e9quence, d&#8217;apr\u00e8s une preuve aussi manifestement acquise, et attend\u00fb le d\u00e9c\u00e8s des Ministres sous lesquels ce citoyen a \u00e9t\u00e9 employ\u00e9 dans la Secr\u00e9tairerie de la L\u00e9gation de France \u00e0 Vienne pendant les cinq ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9demment \u00e9nonc\u00e9es, je lui ai d\u00e9livr\u00e9 le pr\u00e9sent certificat pour lui servir et et valoir envers qui il appartiendra.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>A Paris ce 5 Germinal de l&#8217;an IV de la R\u00e9publique une et indivisible.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Le Ministre des relations ext\u00e9rieures<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>CH D\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Delacroix relance encore son coll\u00e8gue le 14 juillet 1796:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a026 messidor 4<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Le ministre des relations ext\u00e9rieures au ministre de l&#8217;int\u00e9rieur<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Vous devez mettre sous peu, mon cher coll\u00e8gue, sous les yeux du directoire un travail sur les pensions de retraite, le citoyen Goffinet qui a des droits \u00e0 \u00eatre compris dans ce travail, par 44 ans de services sans interruptions dans les bureaux des R. ext. attend les effets de la reconnaissance nationale ! Ne pourriez vous pas h\u00e2ter le moment qui doit fixer son sort ind\u00e9pendamment de ses bons et anciens services ? Ce citoyen p\u00e8re de famille est avanc\u00e9 en \u00e2ge et ses besoins permettent peu d&#8217;ajourner plus longtemps les secours auxquels il a droit de pr\u00e9tendre. Je vous recommande vivement ses int\u00e9r\u00eats mon cher coll\u00e8gue et je vous prie d\u2019acc\u00e9l\u00e9rer le rapport que vous devez remettre au directoire sur les pensions de retraite<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Salut et Fraternit\u00e9<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Charles Delacroix\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Goffinet est contraint de demander un secours qu\u2019il lui est accord\u00e9 sur les fonds du d\u00e9partement, en m\u00eame temps qu\u2019\u00e0 Hennin, l\u2019ancien premier commis du temps de Vergennes. Le montant qui lui est accord\u00e9 le 5 flor\u00e9al an V (24 avril 1797) est tr\u00e8s faible: 500 francs. Au moins ce secours est probablement vers\u00e9 en num\u00e9raire, les assignats et mandats ayant \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9s pour les versements de salaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout cela est d\u2019autant plus humiliant qu\u2019il devait \u00eatre le personnage important de la famille. Les deux fils a\u00een\u00e9s de ses filles se pr\u00e9nomment Jacques, signe qu\u2019il devait \u00eatre le parrain. Louis &#8220;F\u00e9lix&#8221; Jacques Fran\u00e7ois Despr\u00e9aux est n\u00e9 le 28 avril 1792, lorsque la dot \u00e9tait pay\u00e9e. Mais Jacques Amable Regnault na\u00eet le 27 vend\u00e9miaire an VII (18 octobre 1798) apr\u00e8s que Goffinet eut travers\u00e9 ces moments difficiles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" width=\"595\" height=\"841\" class=\"wp-image-39\" src=\"http:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-2.png\" srcset=\"https:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-2.png 595w, https:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-2-212x300.png 212w\" sizes=\"(max-width: 595px) 100vw, 595px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Demande de secours par Jacques Goffinet pendant sa p\u00e9riode de r\u00e9forme<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a id=\"post-36-_xffog0ygs4zr\"><\/a> Retour sous Talleyrand<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un rapport d\u00e9crivant une gestion d\u00e9sastreuse du minist\u00e8re Delacroix est lu par le d\u00e9put\u00e9 Barb\u00e9-Marbois \u00e0 la s\u00e9ance du 16 prairial an V (4 juin 1797) du Conseil des Anciens. Le rapporteur disait qu&#8217;avec le triple d&#8217;employ\u00e9s, le minist\u00e8re avait une correspondance moiti\u00e9 moins active qu&#8217;en 1789. Delacroix r\u00e9pond : \u00ab <em>Nous avons enregistr\u00e9 18,000 pi\u00e8ces en dix-neuf mois <\/em>\u00bb. Il est vrai que le nombre de trait\u00e9s sign\u00e9s \u00e0 cette p\u00e9riode est important. Ils sont directement sign\u00e9s par Bonaparte ou par Moreau. Mais un remaniement minist\u00e9riel le 27 messidor an V (15 juillet 1797) finit par avoir raison de Delacroix. Talleyrand est nomm\u00e9 ministre des Relations ext\u00e9rieures gr\u00e2ce au directeur Barras, et sans doute \u00e0 Mme de Sta\u00ebl.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Juste avant de partir, sous la pression des Conseils, Delacroix a engag\u00e9 la r\u00e9forme d\u2019un grand nombre de commis (plus d\u2019une vingtaine). C\u2019est l\u2019occasion pour Goffinet de proposer ses services. Il remet au nouveau ministre un m\u00e9moire le 25 germinal VI (14 avril 1798):<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Le citoyen Goffinet, sous-chef d&#8217;une division politique des relations ext\u00e9rieures, a \u00e9t\u00e9 r\u00e9form\u00e9 le 21 frimaire de l&#8217;an IV apr\u00e8s quarante quatre ans de services non interrompus dans ce d\u00e9partement sur l&#8217;unique motif que la longueur de ces m\u00eames services le mettait dans le cas de jouir de la pension de retraite. Malgr\u00e9 toutes les d\u00e9marches qu&#8217;il n&#8217;a eu cesse de faire depuis plus de deux ans, il n&#8217;a encore pu l&#8217;obtenir. Cependant il a \u00e9t\u00e9 forc\u00e9 de vendre successivement ses effets, afin de pourvoir \u00e0 sa subsistance et \u00e0 celle de sa famille jusqu&#8217;\u00e0 pr\u00e9sent; de sorte qu&#8217;il se trouve aujourd&#8217;hui d\u00e9nu\u00e9 de toutes ressources et hors \u00e9tat de remplir les engagements qu&#8217;il a contract\u00e9s avec ses gendres qui sont eux m\u00eame dans le besoin.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Dans cette p\u00e9nible situation il vous prie, Citoyens Directeurs d&#8217;engager le ministre des Relations ext\u00e9rieures \u00e0 le rapeller \u00e0 ses fonctions. Le z\u00e8le avec lequel il les a constamment remplies et la puret\u00e9 de son patriotisme attest\u00e9s par les diff\u00e9rents chefs sous la direction desquels il a travaill\u00e9 sont un s\u00fbr garant de celui qu&#8217;il continuera d&#8217;y apporter ainsi que de son attachement aux principes r\u00e9publicains.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>D&#8217;apr\u00e8s ce fid\u00e8le expos\u00e9 de l&#8217;\u00e9tat d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 d&#8217;un infortun\u00e9 p\u00e8re de famille qui n&#8217;avait que sa place pour la faire vivre, il esp\u00e8re de votre justice et de votre humanit\u00e9, Citoyens Directeurs que vous accueillerez la juste demande, surtout si vous voulez bien consid\u00e9rer qu&#8217;ayant servi pendant les tems les plus orageux de la r\u00e9volution, il avait lieu de se flatter qu&#8217;\u00e0 l&#8217;\u00e9poque de sa r\u00e9forme du Gouvernement [profitant?] d\u2019une heureuse consistance, lui assurerait la stabilit\u00e9 de son poste que son \u00e2ge et ses forces lui permettraient d&#8217;occuper pour encore longtemps.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>J Goffinet\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il accompagne son m\u00e9moire de recommandations, sans quoi il serait difficile d\u2019obtenir quoique ce soit. Il en a au moins une de poids, avec celle de Charles Antoine Chasset\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a014 Germinal an 6<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Citoyen Ministre<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Une connaissance que j&#8217;ai faite \u00e0 Versailles dans le tems des Etats g\u00e9n\u00e9raux, et dont j&#8217;\u00e9tais le plus pr\u00e8s voisin, a pens\u00e9 que je pouvais la servir, en joignant ma pri\u00e8re \u00e0 celle de Beaucoup d\u2019autres pour une place qu&#8217;elle sollicite. C&#8217;est le citoyen Goffinet, ancien employ\u00e9 dans vos bureaux, dont la demande est ci-jointe. Je vous assure qu&#8217;il m&#8217;a inspir\u00e9 le plus grand int\u00e9r\u00eat, par ses talents, ses services et la d\u00e9tresse o\u00f9 il se trouve ainsi que toute sa famille. Si ma faible voix peut vous inspirer un peu de cet int\u00e9r\u00eat, et qu&#8217;il vous soit possible d&#8217;accueillir sa demande vous lui rendr\u00e9s la vie, et je vous en aurai une \u00e9ternelle obligation.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Salut et respect<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Chasset\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Son voisin pendant les \u00e9tats g\u00e9n\u00e9raux est un r\u00e9volutionnaire mod\u00e9r\u00e9, qui vota contre la mort du roi. Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sident de l\u2019assembl\u00e9e nationale en 1790, puis conventionnel, il contribua \u00e0 l&#8217;insurrection lyonnaise et se serait cach\u00e9 en Suisse et en Autriche pendant la terreur. Il redevint influent sous le Directoire et pr\u00e9sida encore le Conseil des Cinq-Cents. Pendant une ann\u00e9e, il fut chef de division au minist\u00e8re de l\u2019int\u00e9rieur, avant d\u2019\u00eatre de nouveau \u00e9lu au Conseil des Anciens, au sein duquel il prendra place quelques jours apr\u00e8s l\u2019\u00e9criture de ce billet. Au moment de sa r\u00e9daction, cette ancienne connaissance de Goffinet \u00e9tait donc \u00e9galement le sup\u00e9rieur de son gendre, Louis Gr\u00e9goire Despr\u00e9aux, au sein de la 1ere direction du minist\u00e8re de l\u2019int\u00e9rieur charg\u00e9e de la correspondance avec les administrations locales, du maintien du r\u00e9gime constitutionnel, etc&#8230;<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-118\" href=\"#post-36-footnote-118\">[118]<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Goffinet r\u00e9int\u00e8gre donc le minist\u00e8re peu apr\u00e8s sa demande, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment la troisi\u00e8me division charg\u00e9e de la correspondance avec l&#8217;Italie, les Deux-Siciles, l&#8217;Espagne, le Portugal, l&#8217;Angleterre et les \u00c9tats-Unis. Sa pension est enfin liquid\u00e9e l\u2019ann\u00e9e suivante, par une loi du 7 germinal VI (27 mars 1799). Apr\u00e8s un savant calcul (une proportion du traitement des 30 premi\u00e8res ann\u00e9es, une autre des 14 ann\u00e9es suivantes), le montant est fix\u00e9 \u00e0 4534,67 francs. Il continue cependant \u00e0 travailler, et cumule son traitement avec une partie de sa pension.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" width=\"1375\" height=\"1834\" class=\"wp-image-40\" src=\"http:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-10.jpeg\" srcset=\"https:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-10.jpeg 1375w, https:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-10-225x300.jpeg 225w, https:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-10-768x1024.jpeg 768w\" sizes=\"(max-width: 1375px) 100vw, 1375px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">R\u00e9compense nationale (retraite) obtenue par Jacques Goffinet<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A deux reprises, il demandera une augmentation:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a06 fructidor an IX (24 octobre 1801)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Citoyen ministre<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Il y a pr\u00e8s de quatre ans que vous avez eu la bont\u00e9 de rapeller le citoyen Goffinet aux Relations ext\u00e9rieures d\u2019o\u00f9 il n&#8217;avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9form\u00e9 par Charles Delacroix au bout de quarante quatre ans de services non-interrompus en qualit\u00e9 de sous chef de division politique dans ce m\u00eame d\u00e9partement que parce que l&#8217;anciennet\u00e9 de ses services le mettait dans le cas de jouir de la pension de retraite; comme il ne demande pas mieux que de travailler pour la gagner, il vous prie, citoyen ministre, de vouloir bien completter la justice que vous lui avez rendue, en rapprochant son traitement actuel de celui dont il jouissait avant sa r\u00e9forme: ses besoins et ceux de sa nombreuse famille lui imposent la n\u00e9cessit\u00e9 de r\u00e9clamer votre bienveillance. Les honorables t\u00e9moignages de sa conduite sont d\u00e9pos\u00e9s \u00e0 votre bureau des fonds; il se flatte que le citoyen Hauterive, dans la division duquel il est employ\u00e9, voudra bien y joindre le sien.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Goffinet\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0L&#8217;augmentation de cinq cent francs que le ministre a accord\u00e9 au citoyen Goffinet devient nulle pour lui en vertu de la loi qui autorise la Tr\u00e9sorerie nationale \u00e0 completter jusqu&#8217;\u00e0 la somme de mille \u00e9cus le traitement des pensionnaires employ\u00e9s. Pour lui rendre cette augmentation profitable, il serait n\u00e9cessaire que le ministre la port\u00e2t sur tel autre \u00e9tat de d\u00e9penses qu&#8217;il jugerait convenable.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Si \u00e0 cette modique augmentation de 500 francs le citoyen Talleyrand voulait bien y joindre celle de 500 autres, il comblerait les voeux du citoyen Goffinet et de sa famille. Son \u00e2ge avanc\u00e9 et 46 ans de services dans le D\u00e9partement des relations ext\u00e9rieures lui inspirent la confiance que le citoyen ministre voudra bien prendre sa juste demande en consid\u00e9ration.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Goffinet\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(non dat\u00e9, probablement 1803)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Goffinet est revenu comme doyen des commis, raill\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9poque:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Il y avait autrefois trop de commis dans les bureaux, relativement \u00e0 l&#8217;ouvrage; il y en a aujourd&#8217;hui trois fois davantage, et l&#8217;on pense qu&#8217;il n&#8217;y en a pas encore assez.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Voici le mot: le travail de bureau n&#8217;\u00e9tant qu&#8217;une routine minutieuse, le plus ancien commis est toujours le plus instruit; d&#8217;o\u00f9 il suit que chaque fois que l&#8217;on d\u00e9place un ancien employ\u00e9, (ce qui arrive assez souvent) on est oblig\u00e9 de le remplacer par deux ou trois autres.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Entrez dans une administration de d\u00e9tail; voyez-vous cette immense quantit\u00e9 de cartons? Chacun contient un grand nombre de pi\u00e8ces. Eh bien! Ce vieux commis qui s\u00e8che sur son fauteuil de maroquin, est le r\u00e9pertoire ambulant de ce volumineux recueil; renvoyez-le, vous aurez perdu la clef de fastidieux travail, et il faudra deux ans de constance et d&#8217;ennui pour le remplacer.\u00a0\u00bb<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-119\" href=\"#post-36-footnote-119\">[119]<\/a><\/sup><\/sup><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le nombre de commis est en effet un sujet r\u00e9current des railleries de la litt\u00e9rature satirique. Dans une brochure intitul\u00e9e <em>Changement de domicile<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-120\" href=\"#post-36-footnote-120\">[120]<\/a><\/sup><\/sup><\/em>, en m\u00eame temps qu\u2019il est pr\u00e9tendu que les conscrits ont \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s rue des boucheries et qu\u2019on fustige les g\u00e9n\u00e9raux \u00ab\u00a0<em>qui ont fait tomber sous les coups de l&#8217;ennemi cette int\u00e9ressante jeunesse <\/em>\u00bb, on pr\u00e9tend que les employ\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s \u00ab\u00a0<em>rue des Jeuneurs: il y en a tant, et la R\u00e9publique est tellement ob\u00e9r\u00e9e qu&#8217;il lui est impossible de payer exactement l&#8217;arm\u00e9e de commis de toutes les couleurs qui rongent sa subsistance<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais les commis ne sont pas en reste en mati\u00e8re de sarcasme. Un r\u00e8glement s\u00e9v\u00e8re du Directoire est \u00e9dict\u00e9 le 5 vend\u00e9miaire an VII (27 septembre 1798): les employ\u00e9s ne recevront pour leur r\u00e9tribution que leur traitement fixe. Il ne leur sera fourni que le papier, l&#8217;encre, le pulv\u00e9rin, le pain et la cire \u00e0 cacheter; le bois pour le chauffage sera r\u00e9gl\u00e9 pour chacun d&#8217;eux et ne pourra \u00eatre exc\u00e9d\u00e9. Les exp\u00e9ditionnaires devront donner au moins sept heures de travail tous les jours, et le travail aura lieu de neuf heures \u00e0 quatre heures. La feuille de pr\u00e9sence devra \u00eatre sign\u00e9e au moins trois fois par jour. Les absents seront priv\u00e9s, la premi\u00e8re fois, de dix jours de traitement; la seconde, d&#8217;un mois; ils seront r\u00e9voqu\u00e9s \u00e0 la troisi\u00e8me absence. L&#8217;\u00e9tat des employ\u00e9s sera remis au Directoire avec des notes des chefs de division, et l&#8217;on ne donnera d&#8217;avancement que sur ces notes. Tout cela suscite des r\u00e9actions\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A cette \u00e9poque, para\u00eet une brochure intitul\u00e9e \u00ab\u00a0<em>Ordonnance burlesque de la R\u00e9publique iroquoise<\/em> \u00bb<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-121\" href=\"#post-36-footnote-121\">[121]<\/a><\/sup><\/sup>, de toute \u00e9vidence \u00e9crite par des commis des affaires \u00e9trang\u00e8res. En voici quelques extraits:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Le Gouvernoire de la R\u00e9publique iroquoise, consid\u00e9rant qu\u2019il existe dans ses bureaux:<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>De profonds jurisconsultes et de c\u00e9l\u00e8bres avocats<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>De savants en diplomatie, qui ont \u00e9tudi\u00e9 longtemps et connaissent bien les constitutions, les forces et les ressources des diff\u00e9rentes puissances avec lesquelles la R\u00e9publique iroquoise est oblig\u00e9e d&#8217;entretenir des relations.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Des travailleurs z\u00e9l\u00e9s qui souvent se rendent dans leurs bureaux avant l&#8217;heure, et quelques fois n&#8217;en sortent qu&#8217;apr\u00e8s;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Des employ\u00e9s, qui prenant go\u00fbt \u00e0 leurs occupations, outrepassent leurs devoirs, en emportant chez eux les dossiers des affaires importantes, pour les \u00e9tudier \u00e0 loisir, au lieu de se livrer aux jeux de hazard, aux dissipations, aux plaisirs&#8230;\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Consid\u00e9rant que les savants, les artistes, les hommes d&#8217;honneur, ci dessus \u00e9num\u00e9r\u00e9s, forment les quatre-vingt-dix-neuf centi\u00e8mes des employ\u00e9s des dits bureaux, tandis que l&#8217;autre centi\u00e8me est compos\u00e9 de sujets plus ou moins inf\u00e9rieurs en talents, en vertus, en exactitude&#8230;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Consid\u00e9rant qu&#8217;un mauvais sujet, au milieu de quatre vingt dix neuf bons est trop facile \u00e0 reconna\u00eetre et \u00e0 punir, ce qui enl\u00e8ve \u00e0 l&#8217;autorit\u00e9 supr\u00eame le plaisir de faire trembler indistinctement tous ses subordonn\u00e9s<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Consid\u00e9rant que remplir ses devoirs de bonne volont\u00e9&#8230; C&#8217;est se soustraire malicieusement aux r\u00e9primandes, et \u00f4ter au Gouvernoire les moyens de faire sentir sa puissance.. Si cet abus subsistait longtemps, on ne s&#8217;appercevrait plus des ma\u00eetres, les magistratures supr\u00eames ne seraient que des titres ad honores&#8230; des \u00e9v\u00each\u00e9s in partibus.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Consid\u00e9rant qu&#8217;il est int\u00e9ressant pour la gloire de la R\u00e9publique iroquoise, de n&#8217;avoir dans lesdits bureaux que des employ\u00e9s du m\u00eame genre, pour ne pas laisser tomber en d\u00e9su\u00e9tude le grand principe d&#8217;\u00e9galit\u00e9: qu&#8217;en morale comme en physique il est plus facile de descendre que de monter, c&#8217;est \u00e0 dire pour parler sans figures, qu&#8217;il est plus facile de perdre de bonne qualit\u00e9 que d&#8217;en acqu\u00e9rir.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Consid\u00e9rant encore une foule de consid\u00e9rations, toutes plus consid\u00e9rables les unes que les autres;<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>tout consid\u00e9r\u00e9<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Le Gouvernoire iroquois, de sa certaine science, pleine puissante et autorit\u00e9 gouvernante, ordonne ce qui suit:\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Tous les employ\u00e9s, tant des bureaux du Gouvernoire et de ceux de ses ministres, que des autres administrations principales et secondaires, quels que soient leurs talents, leurs vertus et leurs \u00e2ges, sont \u00e9gaux aux yeux du Gouvernoire.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>En cons\u00e9quence, il est enjoint au septuag\u00e9naire et \u00e0 l&#8217;invalide qui porte une jambe de bois, de courir aussi vite que le jeune imberbe de 15 \u00e0 18 ans, \u00e0 peine pour le vieillard et l&#8217;invalide d&#8217;\u00eatre trait\u00e9s comme des enfans , ou tout au moins, d&#8217;employer une heure de plus avant et apr\u00e8s leur travail \u00e0 parcourir le chemin de leur maison au bureau, pour les r\u00e9compenser de leurs longs services.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Tous les employ\u00e9s auront un temp\u00e9rament \u00e9galement robuste; ils ne seront pas plus savants les uns que les autres, de peur que la dangereuse aristocratie des talents ne s&#8217;introduise dans la parfaite R\u00e9publique iroquoise.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Tous les employ\u00e9s entreront dans les bureaux et en sortiront en foule tumultueuse, afin qu&#8217;ils prennent la mani\u00e8re des \u00e9coliers, et qu&#8217;ils n&#8217;usurpent plus une seule parcelle du respect qui n&#8217;appartient qu&#8217;au Gouvernoire.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Ils signeront \u00e0 la file une feuille de pr\u00e9sence, \u00e0 9 et \u00e0 4 heures pr\u00e9cises; et ladite feuille sera d\u00e9pos\u00e9e dans l&#8217;antichambre et confi\u00e9e aux gar\u00e7ons de bureaux, afin qu&#8217;ils aient l&#8217;air de commander \u00e0 leur tour, et qu&#8217;ils cessent de croire que les employ\u00e9s sont au-dessus d&#8217;eux, en voyant qu&#8217;ils sont plus maltrait\u00e9s.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Chaque ministre aura une pendule infaillible; il l&#8217;avancera et la retardera, de mani\u00e8re \u00e0 obtenir le plus possible d&#8217;amendes et de travail effectif.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Les ministres et les chefs des administrations changeront, au moins une fois par mois, l&#8217;organisation de leurs bureaux; ils auront attention de transporter souvent les commis d&#8217;un bureau dans un autre, de donner le commencement d&#8217;une affaire \u00e0 traiter \u00e0 celui-ci, et la fin \u00e0 celui-l\u00e0. Par cette sage mesure, lesdits ministres et chefs conna\u00eetront seuls l&#8217;ensemble de leurs machines; seuls ils tiendront, les fils des affaires; cons\u00e9quemment ils garderont seuls les secrets de l&#8217;\u00e9tat, derouteront la curiosit\u00e9 de leurs subordonn\u00e9s, et parviendront \u00e0 para\u00eetre plus savants que les anciens employ\u00e9s, et \u00e0 les emp\u00eacher de se pr\u00e9valoir d&#8217;une exp\u00e9rience insubordonn\u00e9e\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Tout homme nouvellement appell\u00e9 \u00e0 un minist\u00e9riat ou \u00e0 un poste de chef d&#8217;administration, d\u00e9butera par une organisation des bureaux, laquelle sera la meilleure de toutes celles ordonn\u00e9es par l&#8217;article pr\u00e9c\u00e9dent parce qu&#8217;il ne conna\u00eetra ni les personnes ni les choses. A cette premi\u00e8re, il r\u00e9formera quelques employ\u00e9s, sous pr\u00e9texte d&#8217;\u00e9conomie \u00e0 la seconde, il placera quelques-unes de ses cr\u00e9atures, sous pr\u00e9texte de nouveaux besoins; \u00e0 la troisi\u00e8me, il op\u00e9rera des r\u00e9formes; \u00e0 la quatri\u00e8me, il pourvoira des amis, ainsi de suite alternativement, jusqu&#8217;\u00e0 ce qu&#8217;il ait acquis dans les bureaux une belle majorit\u00e9, compos\u00e9e de ses amis, et des amis de ses amis. Alors il sera lui-m\u00eame culbut\u00e9, de peur qu&#8217;il ne parvienne \u00e0 conno\u00eetre trop bien l&#8217;ensemble de sa machine, \u00e0 se faire un parti et \u00e0 porter ombrage au Gouvernoire.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Donn\u00e9 \u00e0 Laboue, au Palais gouvernorial, le premier jour du mois des ivrognes, l&#8217;an trente milli\u00e8me de la R\u00e9publique iroquoise, et le premier de la pacification universelle. <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Sign\u00e9, MAGISTER, pr\u00e9sident<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>le Gouvernoire<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Sign\u00e9, IGNORANTIN, Secr\u00e9taire d&#8217;Etat, <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>ayant le d\u00e9partement des sciences et des arts\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Peut-\u00eatre la brochure date-t-elle de l\u2019\u00e9poque de Delacroix, mais elle est assez intemporelle. Talleyrand a d\u00fb en sourire, lui qui ne faisait que suivre et ex\u00e9cuter les ordres de la \u00ab nouvelle aristocratie \u00bb du Directoire qu\u2019il sert tout en s\u2019en d\u00e9marquant<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-122\" href=\"#post-36-footnote-122\">[122]<\/a><\/sup><\/sup>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les ann\u00e9es suivantes, une partie du monde de l&#8217;ancien r\u00e9gime revient: Hauterive, chef de la deuxi\u00e8me division, et Talleyrand se sont fr\u00e9quent\u00e9s dans leurs jeunesses au ch\u00e2teau de Chanteloup, r\u00e9sidence du duc de Choiseul. Des f\u00eates sont organis\u00e9es dans les locaux du minist\u00e8re (en l\u2019honneur de Bonaparte ou de Jos\u00e9phine), dont beaucoup d\u2019invit\u00e9s reviennent d\u2019\u00e9migration. Les usages changent: la formule \u00ab\u00a0<em>Salut et fraternit\u00e9\u00a0<\/em>\u00bb est remplac\u00e9e par \u00ab\u00a0<em>Je vous salue<\/em> \u00bb en 1801, puis par \u00ab\u00a0<em>J\u2019ai l\u2019honneur de vous saluer\u00a0<\/em>\u00bb en 1803.<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-123\" href=\"#post-36-footnote-123\">[123]<\/a><\/sup><\/sup> Le tutoiement et l\u2019appellation \u00ab\u00a0<em>citoyen<\/em> \u00bb disparaissent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s tous les changements intervenus pendant la r\u00e9volution, ils sont trois de l\u2019ancienne division de G\u00e9rard de Rayneval \u00e0 \u00eatre employ\u00e9s sous Talleyrand. Goffinet est le doyen des commis. Les deux autres, Gambier-Campy et Cornillot, arriv\u00e9s dans les ann\u00e9es 1770, sont employ\u00e9s au sein du bureau du chiffre, qui a \u00e9t\u00e9 recr\u00e9\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Talleyrand se retira prudemment le 20 juillet 1799 pour pr\u00e9parer le coup d\u2019Etat de Bonaparte et Siey\u00e8s. Un ministre moins politique, ancien du minist\u00e8re, Reinhard, le rempla\u00e7a. Le lendemain du coup d\u2019Etat, Reinhard fut renomm\u00e9 ministre par les consuls, le 19 brumaire, et pr\u00eata, avec tous ses employ\u00e9s, le serment d&#8217;\u00eatre fid\u00e8le \u00e0 la R\u00e9publique une et indivisible, fond\u00e9e sur la libert\u00e9, l&#8217;\u00e9galit\u00e9 et le syst\u00e8me repr\u00e9sentatif. Une fois le Consulat install\u00e9, Talleyrand revint au minist\u00e8re le 1er frimaire an VIII (21 novembre 1799).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pendant son court minist\u00e8re, Reinhard fit d\u2019importantes r\u00e9formes. On revint au syst\u00e8me des deux divisions politiques\u00a0: celle du Nord, et celle du Midi, dans laquelle travaille Goffinet. De nombreux commis incomp\u00e9tents ou trop impliqu\u00e9s politiquement furent r\u00e9form\u00e9s. Le nombre de commis de l\u2019administration centrale du minist\u00e8re se stabilisa ensuite \u00e0 une cinquantaine pendant le Consulat et l\u2019Empire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La r\u00e9mun\u00e9ration de Goffinet progressera et s&#8217;\u00e9l\u00e8vera jusqu\u2019\u00e0 6300 francs en 1813<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-124\" href=\"#post-36-footnote-124\">[124]<\/a><\/sup><\/sup>. Si la situation de Goffinet comme g\u00e9n\u00e9ralement celle des commis s\u2019am\u00e9liore, elle est plus li\u00e9e aux conditions g\u00e9n\u00e9rales, stabilit\u00e9 politique et redressement budg\u00e9taire, qu\u2019\u00e0 des dispositions sp\u00e9cifiques. De plus, comme sous l\u2019ancien r\u00e9gime, un foss\u00e9 social et p\u00e9cuniaire s\u00e9pare les commis m\u00e9diocrement r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s et les emplois sup\u00e9rieurs des intimes du pouvoir<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-125\" href=\"#post-36-footnote-125\">[125]<\/a><\/sup><\/sup>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les cr\u00e9dits du minist\u00e8re augmentent tr\u00e8s sensiblement sous le Consulat puis sous l\u2019Empire. Lorsque Champagny remplace Talleyrand en 1807, Napol\u00e9on lui \u00e9crit: \u00ab\u00a0<em>Mon intention est que mon ministre des Relations ext\u00e9rieures ait plus de livr\u00e9es, plus de luxe, plus de gens et de repr\u00e9sentation que le ministre de l\u2019int\u00e9rieur <\/em>\u00bb<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-126\" href=\"#post-36-footnote-126\">[126]<\/a><\/sup><\/sup>. Le traitement du ministre et ses frais de maisons deviennent sup\u00e9rieurs \u00e0 l\u2019ensemble des traitements du personnel du minist\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le minist\u00e8re a peu d\u2019autonomie par rapport \u00e0 l\u2019empereur. Napol\u00e9on s\u2019informe beaucoup mais consulte peu, ce n\u2019est pas sans cons\u00e9quence sur l\u2019activit\u00e9 du minist\u00e8re. Talleyrand suit parfois, de loin, l\u2019arm\u00e9e dans ses campagnes, et doit rester de longs mois en Italie, en Allemagne et en Pologne. Il emm\u00e8ne avec lui quelques commis, mais probablement pas Goffinet<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-127\" href=\"#post-36-footnote-127\">[127]<\/a><\/sup><\/sup>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019activit\u00e9 documentaire sert parfois \u00e0 constituer des documents de propagande. En 1809, Napol\u00e9on envahit les \u00e9tats pontificaux. En vue de justifier l\u2019annexion, il demande au minist\u00e8re une \u00e9tude historique des rapports entre la France et le Saint-Si\u00e8ge depuis les carolingiens<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-128\" href=\"#post-36-footnote-128\">[128]<\/a><\/sup><\/sup>. Tous les commis y travaillent pendant 16 jours et la synth\u00e8se de leurs travaux sert \u00e0 justifier la politique napol\u00e9onienne.<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\"><a id=\"post-36-_gqi5uqbfmxv7\"><\/a> Fin de vie<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jacques Goffinet fit profiter ses petits-fils de sa place. Ce courrier (non dat\u00e9 mais s\u00fbrement \u00e9crit pendant le Consulat) a \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9 dans son dossier:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Citoyen ministre,<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Je r\u00e9clame votre bienveillance en faveur de mon petits fils qui suit depuis plusieurs ann\u00e9es, par autorisation du ministre de l&#8217;int\u00e9rieur, le cours d&#8217;\u00e9tude du Prytan\u00e9e<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-129\" href=\"#post-36-footnote-129\">[129]<\/a><\/sup><\/sup>. Je d\u00e9sirerais que vous voulussiez bien l&#8217;admettre en qualit\u00e9 de surnum\u00e9raire aux jeunes de langue. Cet enfant annonce d&#8217;heureuses dispositions. Son p\u00e8re est employ\u00e9 depuis plus de vingt ans dans les bureaux du minist\u00e8re de l&#8217;int\u00e9rieur, et n&#8217;a pour pouvoir \u00e0 l&#8217;existence et \u00e0 l&#8217;\u00e9ducation de quatre enfants que les faibles \u00e9moluments de sa place. J&#8217;esp\u00e8re, citoyen ministre, que ces motifs int\u00e9resseront assez vos sentiments de bont\u00e9 et d&#8217;humanit\u00e9 pour vous porter \u00e0 m&#8217;accorder la faveur que je vous demande; je la recevrai comme une r\u00e9compense de mes longs services dans votre d\u00e9partement.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Goffinet Employ\u00e9 \u00e0 la 2 division\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les usages ont chang\u00e9 en 1810 lorsqu\u2019il s\u2019agit de positionner le cadet: le courrier est adress\u00e9 cette fois \u00e0 \u00ab\u00a0<em>A son excellence, Monseigneur le duc de Cadore, ministre des relations ext\u00e9rieures<\/em> \u00bb. Il re\u00e7oit cette r\u00e9ponse:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Paris le 24 ao\u00fbt 1810<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Vous m&#8217;exposez, M., que le jeune de langue F\u00e9lix Despr\u00e9aux St Sauveur votre petit-fils ayant termin\u00e9 son cours d&#8217;\u00e9tude doit \u00eatre envoy\u00e9 incessamment \u00e0 Constantinople et vous me t\u00e9moignez le d\u00e9sir de le voir remplac\u00e9 par son fr\u00e8re cadet.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>C&#8217;est une demande \u00e0 laquelle j&#8217;acc\u00e8de d&#8217;autant plus volontiers qu&#8217;elle me fournit l&#8217;occasion de vous prouver le cas que je fais de vos longs et utiles services et d&#8217;en faire rejaillir le m\u00e9rite sur vos enfants. J&#8217;ay en cons\u00e9quence ordonn\u00e9 que votre second petit fils fut inscrit sur la liste de la candidature et d\u00e8s qu&#8217;il aura atteint l&#8217;\u00e2ge prescrit par les r\u00e8glements il sera admis \u00e0 l&#8217;\u00e9cole des langues orientales \u00e9tablis \u00e0 Paris, s&#8217;il y a des vacances. Agr\u00e9ez, M., l&#8217;assurance de ma parfaite consid\u00e9ration.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le destin des petits-enfants est programm\u00e9. Le cadet, Fulgence Napol\u00e9on Despr\u00e9aux de Saint Sauveur, mourra jeune, mais l\u2019a\u00een\u00e9, F\u00e9lix Despr\u00e9aux de Saint Sauveur, fera une belle carri\u00e8re au sein du personnel diplomatique en Orient. Il sera consul \u00e0 Odessa, Corfou et Alep.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jacques Goffinet meurt le 23 mars 1813, \u00e2g\u00e9 de 82 ans. Il \u00e9tait encore employ\u00e9 \u00e0 la direction du Midi avant la mise en \u0153uvre d\u2019une \u00e9ni\u00e8me r\u00e9forme consistant \u00e0 rediviser les divisions du Nord et du Midi et cr\u00e9er des bureaux Ouest et Est. L\u2019usage sous l\u2019Empire \u00e9tait que les employ\u00e9s \u00e9taient pay\u00e9s chaque mois. Un des commis ou le chef allait chercher la somme des traitements du mois des employ\u00e9s de sa division aupr\u00e8s du payeur du tr\u00e9sor puis remettait son traitement \u00e0 chacun de ses coll\u00e8gues. On trouve fr\u00e9quemment la signature de Goffinet sur les \u00e9tats. C\u2019est donc souvent lui qui se chargeait de cette t\u00e2che.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" width=\"618\" height=\"457\" class=\"wp-image-41\" src=\"http:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-11.jpeg\" srcset=\"https:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-11.jpeg 618w, https:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-11-300x222.jpeg 300w\" sizes=\"(max-width: 618px) 100vw, 618px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Re\u00e7u sign\u00e9 par Goffinet en septembre 1810<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il aurait eu 61 ans de services, entre 1752 et 1813, interrompus par sa suspension de l\u2019ann\u00e9e 1768 et celle de 2 ans environ entre d\u00e9cembre 1795 et avril 1798.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les trait\u00e9s d\u2019alliance avec l\u2019Autriche de 1756 \u00e9taient tr\u00e8s mal vus par beaucoup de dirigeants r\u00e9volutionnaires. C\u2019est peut-\u00eatre pour cela que dans son dossier la date de d\u00e9but de 1756 est parfois utilis\u00e9e. Les comparaisons d\u2019\u00e9criture semblent indiquer que la date \u00e0 retenir est bien 1752. Goffinet a d\u00fb occuper un poste subalterne \u00e0 l\u2019ambassade d\u2019Autriche, et sous la r\u00e9volution, il ne s\u2019est pas vant\u00e9 de s\u2019\u00eatre trouv\u00e9 \u00e0 Vienne pendant les pourparlers des trait\u00e9s d\u2019alliance m\u00eame s\u2019il n\u2019y a s\u00fbrement jou\u00e9 aucun r\u00f4le. Au moment de la liquidation de sa pension, il a fait corriger la date.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De toute \u00e9vidence, il aurait pu continuer sous la restauration, il n\u2019y eut pas de grandes \u00e9purations au minist\u00e8re sous Louis XVIII.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il travaille jusqu\u2019\u00e0 un \u00e2ge avanc\u00e9, avec peut \u00eatre des pr\u00e9dispositions \u00e0 la bonne sant\u00e9 qu\u2019il transmit \u00e0 sa fille a\u00een\u00e9e Th\u00e9r\u00e8se-Sophie et \u00e0 son petit-fils Jacques Amable Regnault, archiviste au Conseil d\u2019Etat, qui moururent tous deux \u00e0 98 ans.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il laisse 14.000 francs d\u2019h\u00e9ritage \u00e0 ses deux filles, preuve qu\u2019il \u00e9tait revenu \u00e0 meilleure fortune, m\u00eame si cela semble peu pour quelqu\u2019un qui touchait 6000 livres par an dans les ann\u00e9es 1780 et plus de 6000 francs dans les ann\u00e9es 1810. C\u2019est tout de m\u00eame ce que gagnait un travailleur non qualifi\u00e9 en toute une vie. Son beau-p\u00e8re Joubain avait laiss\u00e9 sensiblement la m\u00eame chose: 14075 livres 6 sols et 9 deniers<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-130\" href=\"#post-36-footnote-130\">[130]<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On trouve \u00e0 la fin du dossier de Jacques Goffinet aux archives du Minist\u00e8re des affaires \u00e9trang\u00e8res, ce projet de lettre de sa fille Marie F\u00e9licit\u00e9, assez maladroit:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Projet d&#8217;une p\u00e9tition \u00e0 donner \u00e0 Monseigneur le Prince de B\u00e9n\u00e9vent, Ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Monseigneur,<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>C&#8217;est comme fille de M. Goffinet, que j&#8217;ai l&#8217;honneur de r\u00e9clamer votre bienveillance, il \u00e9tait le doyen des employ\u00e9s du minist\u00e8re des affaires \u00e9trang\u00e8res par 65 ans de services, lorsque j&#8217;eus le malheur de le perdre. Mon p\u00e8re a \u00e9prouv\u00e9 de grandes infortunes par suite de la r\u00e9volution; elles ont rejailli sur moi de telle mani\u00e8re que j&#8217;en suis r\u00e9duite \u00e0 la plus grande d\u00e9tresse. Permettez, monseigneur de vous en pr\u00e9senter le pr\u00e9cis.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>1\u00b0 il a eu le malheur de voir r\u00e9duire \u00e0 nulle valeur une maison \u00e0 Versailles qu&#8217;il avait re\u00e7ue de son \u00e9pouse, avant la translation des Bureaux du minist\u00e8re \u00e0 Paris.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>2\u00b0 il a \u00e9t\u00e9 rembours\u00e9 avec des assignats sans valeur de 15000 qui lui \u00e9tait due.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>3\u00b0 il a \u00e9t\u00e9 priv\u00e9 de son emploi par Charles Delacroix, ministre, au fort de la temp\u00eate r\u00e9volutionnaire, sous le pr\u00e9texte de son opinion royaliste; il est vrai que l&#8217;attachement de mon p\u00e8re \u00e0 l&#8217;ancienne famille de nos rois a toujours \u00e9t\u00e9 inalt\u00e9rable; et c&#8217;est \u00e0 votre \u00e2me sensible et conscient des injustices qu&#8217;il a d\u00fb d&#8217;\u00eatre rappel\u00e9 au minist\u00e8re, apr\u00e8s 4 ans qu&#8217;il en \u00e9tait sorti. mais la g\u00e8ne qui existait dans les finances de l&#8217;Etat ne vous permit d&#8217;accorder \u00e0 mon p\u00e8re, pour traitement, que 2400 F au lieu des 7000 l dont il avait toujours joui \u00e0 Versailles et \u00e0 Paris \u00e0 titre de principal commis ou de sous-chef.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Mon pauvre p\u00e8re, en passant par une telle fili\u00e8re de circonstances malheureuses n&#8217;a pu subsister qu&#8217;\u00e0 l&#8217;aide d&#8217;emprunts extr\u00eamement on\u00e9reux, et s&#8217;est trouv\u00e9 dans l&#8217;impossibilit\u00e9 de remplir ses engagements qu&#8217;il regardait comme les plus sacr\u00e9s tels par exemple, que ceux qu&#8217;il avait pris, en me mariant, de payer annuellement \u00e0 mon mari une rente de 1000 l \u00e0 titre de dot.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Je suis donc rest\u00e9e \u00e0 la merci de mon \u00e9poux qui a \u00e9puis\u00e9 toutes ses ressources en me faisant subsister avec ses enfants; \u00e0 la mort de mon p\u00e8re votre pr\u00e9d\u00e9cesseur ne fut pas plut\u00f4t inform\u00e9 de la nouvelle g\u00e8ne de ma m\u00e8re qu&#8217;il s&#8217;empressa de lui accorder une pension de 1500 F dont elle n&#8217;a joui que cinq mois, n&#8217;ayant surv\u00e9cu \u00e0 son mari que pendant un court intervalle de temps \u00e0 raison de sa douleur de l&#8217;avoir perdu. Sa tendresse maternelle lui avait toujours fait partager cette pension avec moi ainsi qu&#8217;elle l&#8217;a fait pendant le peu de temps qu&#8217;elle l&#8217;a touch\u00e9e.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Je vous supplie, monseigneur, d&#8217;apr\u00e8s la s\u00e9rie de malheurs qui ont \u00e9t\u00e9 le cruel partage de mes parents, et dont l&#8217;effet m&#8217;a si fortement frapp\u00e9e, de vouloir bien faire r\u00e9tablir en ma faveur la pension qui avait \u00e9t\u00e9 accord\u00e9e \u00e0 ma m\u00e8re, ou de vouloir bien accorder un emploi \u00e9quivalent \u00e0 mon mari dans la division des archives de votre minist\u00e8re. Comme il a \u00e9t\u00e9 attach\u00e9 au bureau des affaires \u00e9trang\u00e8res pendant tous les jours le minist\u00e8re de M. de Vergennes avec son oncle M. P\u00e9tigny de St Germain qui a \u00e9t\u00e9 coll\u00e8gue de MM. de Rayneval et Henin, vous pourrez penser que cette circonstance lui donne quelques titres dans le cas d&#8217;\u00eatre [r\u00e9employ\u00e9?] aux mieux et d&#8217;int\u00e9resser d&#8217;autant plus votre c\u0153ur g\u00e9n\u00e9reux, et j&#8217;ose en concevoir l&#8217;heureuse esp\u00e9rance<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>je vous prie, Monseigneur de vouloir bien agr\u00e9er \u00e0 l&#8217;avance la vive et inalt\u00e9rable reconnaissance d&#8217;une famille pour tout ce que vous voudrez bien avoir la bont\u00e9 de faire pour elle.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La lettre a surement \u00e9t\u00e9 \u00e9crite pendant l\u2019ann\u00e9e 1814, pendant la premi\u00e8re Restauration. \u00ab Prince de B\u00e9n\u00e9vent \u00bb, est le titre de Talleyrand lui-m\u00eame sous l\u2019empire \u00e0 partir de 1806. B\u00e9n\u00e9vent est un \u00e9tat confisqu\u00e9 au Pape dans lequel il ne se rendit pas et se contenta d&#8217;envoyer un gouverneur. D\u00e8s lors, il peut sembler \u00e9trange que l\u2019\u00e9loge des Bourbons co\u00efncide avec l\u2019appellation de \u00ab prince de B\u00e9n\u00e9vent \u00bb. La lettre a d\u00fb \u00eatre r\u00e9dig\u00e9e dans l\u2019intervalle de temps entre la nomination de Talleyrand aux affaires \u00e9trang\u00e8res et la r\u00e9ception de son nouveau titre donn\u00e9 par Louis XVIII: \u00ab\u00a0prince de Talleyrand \u00bb (en d\u00e9cembre 1814). Talleyrand contribue en effet largement \u00e0 mettre Louis XVIII sur le tr\u00f4ne et devient ministre pendant la premi\u00e8re Restauration \u00e0 partir du 13 mai 1814. B\u00e9n\u00e9vent est rendu au pape. Talleyrand n\u00e9gocie lui-m\u00eame la r\u00e9trocession et obtient une confortable indemnit\u00e9. Chateaubriand pr\u00e9tendra qu\u2019il \u00ab\u00a0<em>vendait sa livr\u00e9e en quittant son ma\u00eetre.<\/em>\u00a0\u00bb<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-131\" href=\"#post-36-footnote-131\">[131]<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est piquant que cette lettre demandant r\u00e9compense d\u2019un attachement \u00ab\u00a0<em>inalt\u00e9rable<\/em>\u00a0\u00bb aux Bourbons soit adress\u00e9e \u00e0 Talleyrand. Autrefois l\u2019ancien \u00e9v\u00eaque amenait son fils Charles de Flahaut \u00e0 la f\u00eate du 21 janvier c\u00e9l\u00e9brant la mort de Louis XVI, notamment aux courses de chevaux du champ de mars pour \u00ab\u00a0l\u2019anniversaire de la juste punition du dernier roi des Fran\u00e7ais\u00a0\u00bb<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-132\" href=\"#post-36-footnote-132\">[132]<\/a><\/sup><\/sup>. Il aurait dit lors du serment qu\u2019il fit \u00e0 Louis-Philippe en 1830 (il fut alors nomm\u00e9 ambassadeur \u00e0 Londres), qu\u2019il s\u2019agissait de son treizi\u00e8me serment<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-133\" href=\"#post-36-footnote-133\">[133]<\/a><\/sup><\/sup>. Ces inconstances \u00e9taient d\u00e9nonc\u00e9es d\u00e8s cette \u00e9poque. Talleyrand figure en bonne place dans un dictionnaire des girouettes<sup><sup><a id=\"post-36-footnote-ref-134\" href=\"#post-36-footnote-134\">[134]<\/a><\/sup><\/sup> qui parait en 1815, avec quelques autres chefs de Goffinet (Colchen, Roux, Hauterive).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En parlant d\u2019opinion royaliste, soit Marie-F\u00e9licit\u00e9 Goffinet tente de jouer la m\u00eame com\u00e9die que le ministre (forc\u00e9ment avec moins de talent) soit elle \u00e9tait peu au fait de la politique. Sans insister, on peut tout de m\u00eame rappeler un des pr\u00e9noms de son fils cadet: \u00ab Napol\u00e9on \u00bb. On l\u2019a dit, il y avait une diff\u00e9rence sociale, culturelle et p\u00e9cuniaire entre commis et dirigeants de l\u2019\u00e9tat. Il existait aussi une fronti\u00e8re entre politique et administratif, m\u00eame si elle \u00e9tait floue et changeante. Ce n\u2019est donc pas la m\u00eame chose pour le prince de Talleyrand et pour Jacques Goffinet que de travailler pour plusieurs r\u00e9gimes successifs, m\u00eame s\u2019ils ont tous deux, apr\u00e8s tout, continu\u00e9 \u00e0 faire ce qu\u2019ils savaient faire avec des ma\u00eetres diff\u00e9rents.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quelles ont pu \u00eatre les opinions politiques de Goffinet ? Sa long\u00e9vit\u00e9 incite \u00e0 penser qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas un exalt\u00e9. Sa proximit\u00e9 avec Rochon sous l\u2019ancien r\u00e9gime ou avec Chasset sous la R\u00e9volution permet de plaider pour des opinions issues des lumi\u00e8res mod\u00e9r\u00e9es. On peut lui pr\u00eater les opinions assez communes dans sa classe sociale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A-t-il eu recours \u00e0 des accommodements mesquins pour conserver sa place\u00a0? Ce serait juger ainsi la discr\u00e9tion qui \u00e9tait l\u2019usage chez les commis sous l\u2019ancien r\u00e9gime et dont il avait fait preuve pendant 40 ans (1752 \u00e0 1792) avant la fin de la monarchie. Cela l\u2019avait sans doute pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 passer au travers des purges. On peut distinguer temps long de l\u2019institution et soubresauts politiques. Il a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d&#8217;augmentations fr\u00e9quentes et de gratifications qui permettent de supposer que ces sup\u00e9rieurs \u00e9taient contents de son travail. Peut-\u00eatre est-il possible de voir en lui le vieux commis \u00ab\u00a0<em>r\u00e9pertoire ambulant de ce volumineux recueil\u00a0\u00bb <\/em>de la satire que l\u2019on a cit\u00e9<em>. <\/em>Sans doute avait-il des comp\u00e9tences, et il \u00e9tait probablement dans l&#8217;int\u00e9r\u00eat du bureau de l\u2019employer, quel que soit le r\u00e9gime. Pour ce qui est de son int\u00e9r\u00eat \u00e0 lui, sa situation mat\u00e9rielle ne lui permettait pas de changer d\u2019employeur. Les missions en Autriche et en Pologne n\u2019ont pas engendr\u00e9 une sp\u00e9cialisation dans les mati\u00e8res de ces deux pays puisque Goffinet fit ensuite sa carri\u00e8re dans le bureau du midi. On peut plut\u00f4t supposer une sp\u00e9cialit\u00e9, s\u2019il en a eu une, dans le chiffrement et dans ce qui touche \u00e0 l\u2019Espagne, l\u2019Italie et la Suisse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il ne s\u2019agit que d\u2019un projet de p\u00e9tition de la part de Marie F\u00e9licit\u00e9&#8230; Pour expliquer le fait de retrouver ce projet dans le dossier de Goffinet aux archives diplomatiques, on peut faire l\u2019hypoth\u00e8se qu\u2019elle ait pr\u00e9sent\u00e9 le projet \u00e0 d&#8217;anciens coll\u00e8gues de son p\u00e8re qui ont pu l\u2019amender.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une lettre presque identique fut ensuite envoy\u00e9e au duc de Richelieu (ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res et principal ministre \u00e0 partir de septembre 1815). Elle ne contient pas la phrase \u00ab <em>sous le pr\u00e9texte de son opinion royaliste&#8230;<\/em> \u00bb, et la demande est maintenant que le petit-fils F\u00e9lix reste \u00e0 Paris: \u00ab\u00a0<em>Je vous supplie, Monseigneur, de vouloir bien fixer dans les bureaux du minist\u00e8re, mon fils qui apr\u00e8s avoir pass\u00e9 six ans dans le Levant, a \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9 par votre excellence \u00e0 revenir en France \u00e0 cause du mauvais \u00e9tat de sa sant\u00e9, alt\u00e9r\u00e9e par les fatigues du voyage au point qu\u2019il ne pourrait sans danger en entreprendre de nouveaux, aux titres que lui donnent les 65 ann\u00e9es de services de son grand-p\u00e8re qui est mort dans la pens\u00e9e qu\u2019il aurait un jour en lui un repr\u00e9sentant dans le minist\u00e8re.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">F\u00e9licit\u00e9 Goffinet n\u2019obtiendra pas de pension. Son mari, Louis-Gr\u00e9goire Despr\u00e9aux de Saint Sauveur, quitta le minist\u00e8re des finances et toucha une pension de retraite \u00e0 partir de cette m\u00eame ann\u00e9e 1814. Le d\u00e9nuement de la famille n\u2019\u00e9tait pas feint. Marie F\u00e9licit\u00e9 Goffinet mourut en 1819 et Louis Gr\u00e9goire Despr\u00e9aux de Saint Sauveur en 1824 en ne laissant presque aucun h\u00e9ritage \u00e0 leurs enfants. Mais on l\u2019a dit, le principal h\u00e9ritage pour le petit-fils F\u00e9lix Despr\u00e9aux de Saint Sauveur fut la place que lui obtint son grand-p\u00e8re alors qu\u2019au XIXe si\u00e8cle, avoir des recommandations solides et de la famille dans le minist\u00e8re constitue un crit\u00e8re de recrutement essentiel. \u00c0 son retour du Levant, F\u00e9lix fit une demande de poste au minist\u00e8re au comte de Rayneval, fils de G\u00e9rard de Rayneval, le chef de son grand-p\u00e8re, qui devint sous-secr\u00e9taire d\u2019Etat aux affaires \u00e9trang\u00e8res en 1820. On le lui accordera, et il obtiendra ensuite de continuer sa carri\u00e8re dans les consulats d\u2019Orient. Il sera le premier d\u2019une lign\u00e9e de diplomates.<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\"><a id=\"post-36-_ffmkh9pqswwm\"><\/a> Sources<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Archives diplomatiques:<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comptabilit\u00e9 ancienne 1661-1911 vol 18, vol 20<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">266QO Personnel, Premi\u00e8re s\u00e9rie nominative vol 35 (Goffinet), 39 (Joubain)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">ACQ2000, volumes 150 \u00e0 153<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pologne, vol 274 et ss<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Autriche, vol 251, et ss<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Archives nationales:<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">AN ET-XXVII-329 1766<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">AN, O\/1\/113<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>AD78<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">3E44 175 Minutes Gilles Barat Ricqbourg, 1783, janvier -juin<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cahier dol\u00e9ances Versailles: AD 78, 1789 13B 13 [19]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Sources imprim\u00e9es (pour la plupart disponibles sur Gallica):<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>R\u00e8glement (du Secr\u00e9taire d&#8217;Etat de la guerre) que le Roi veut \u00eatre observ\u00e9 dans les h\u00f4tels situ\u00e9s \u00e0 Versailles o\u00f9 sont \u00e9tablis les bureaux de la guerre et de la marine, et le d\u00e9p\u00f4t des affaires \u00e9trang\u00e8res<\/em>, impri. Royale, 1765<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00c9tat Nominatif Des Pensions Sur Le Tr\u00e9sor Royal<\/em>, Volume 2, imprim. nationale, 1790<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00c9tat nominatif des pensions, traitemens conserv\u00e9s, dons, gratifications, qui se payent sur d&#8217;autres caisses que celle du tr\u00e9sor royal<\/em>, Imprimerie Nationale, 1790<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Almanach royal<\/em>, diverses ann\u00e9es<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Almanach national,<\/em> diverses ann\u00e9es<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Broglie, Charles Franc\u0327ois, <em>Correspondance secre\u0300te ine\u0301dite de Louis XV sur la politique e\u0301trange\u0300re avec le comte de Broglie, Tercier, etc., et autres documents<\/em>, Plon, 1866 (r\u00e9\u00e9dition 1956 Ozanam, Antoine)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Recueil des instructions donn\u00e9es aux ambassadeurs et ministres de France : depuis les trait\u00e9s de Westphalie jusqu&#8217;\u00e0 la R\u00e9volution fran\u00e7aise. IV-V, Pologne.<\/em> T. II. 1729-1794, 1888<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Recueil des instructions donn\u00e9es aux ambassadeurs et ministres de France : depuis les trait\u00e9s de Westphalie jusqu&#8217;\u00e0 la R\u00e9volution fran\u00e7aise. I, Autriche<\/em>, Commission des archives diplomatiques, 1884<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Rochon de Chabannes, <em>La noblesse oisive<\/em>, s. n., 1756<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Miot, Andr\u00e9 Fran\u00e7ois, <em>M\u00e9moires du comte Miot de M\u00e9lito<\/em>, Michel-L\u00e9vy fr\u00e8res, 1858<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>La France litt\u00e9raire,<\/em> veuve duchesne, 1769<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bailly Jean Sylvain, <em>M\u00e9moires d&#8217;un t\u00e9moin de la R\u00e9volution<\/em>, Levrault, 1804<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>1789-1889. Centenaire. Bailliages de Versailles et de Meudon. Les cahiers des paroisses, avec commentaires<\/em>, Aubert, 1889, p. 211<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bonnecarr\u00e8re, Guillaume, <em>Expos\u00e9 de la conduite de Guillaume Bonnecarr\u00e8re depuis le commencement de la R\u00e9volution jusqu&#8217;\u00e0 ce jour<\/em>, Vatar, 1793<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pujoulx Jean-Baptiste, <em>Paris \u00e0 la fin du XVIIIe si\u00e8cle<\/em>, Math\u00e9, an IX &#8211; 1801<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Doniol Henri, <em>Le cte de Vergennes et P.-M.Hennin 1749-1787<\/em>, Armand Colin, 1898<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Durency, <em>Changement de domicile<\/em>, de l&#8217;impr. de l&#8217;auteur, sans date<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Ordonnance burlesque du gouvernoire de la R\u00e9publique iroquoise, traduite en fran\u00e7ais par Dulys, grammairien<\/em>, Rue de la Libert\u00e9, N.\u00b0 36, s. N., s.d.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Eymery Alexis, <em>Dictionnaire des girouettes, ou nos contemporains peints d&#8217;apr\u00e8s eux-m\u00eames, <\/em>JB Imbert, 1815<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Journal et Memoires du Marquis d&#8217;Argenson<\/em>. Par E.J.B. Rathery. Paris, 1864<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Th\u00e9\u00e2tre du XVIIIe si\u00e8cle<\/em>, II, \u00c9dition de Jacques Truchet, Pl\u00e9iade, Galimard, 1974<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Duveyrier Honor\u00e9, <em>Anecdotes historiques<\/em>, Alphonse Picard, 1907<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bar\u00e8re Bertrand, <em>M\u00e9moires<\/em>, Meline, 1842<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Recueil des actes du Comit\u00e9 de salut public<\/em>, Tomes 12 et 14, PUF, 1951<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lamare, <em>Le r\u00e9publicain fran\u00e7ais<\/em>, 10 avril 96<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chateaubriand Fran\u00e7ois-Ren\u00e9 de, <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em>, I et II, Pl\u00e9iade, Gallimard, 1950<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Thuillier Guy, <em>T\u00e9moins de l\u2019administration<\/em>, Berger Levrault, 1967<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Young, Arthur, Voyages en France, Tallandier, 2009<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\"><a id=\"post-36-_p2psnwo5bxoa\"><\/a> Bibliographie<\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Ouvrages de r\u00e9f\u00e9rences:<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Samoyault Jean-Pierre, <em>Les bureaux du Secr\u00e9tariat d&#8217;\u00c9tat des Affaires \u00e9trang\u00e8res sous Louis XV<\/em>, \u00c9ditions A. Pedone, 1971<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Baillou Jean et al., <em>Les affaires \u00e9trang\u00e8res et le corps diplomatique fran\u00e7ais<\/em>, \u00e9dition CNRS, 1984<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Maral Alexandre, <em>Les derniers jours de Versailles,<\/em> Perrin, 2018<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Autres ouvrages et articles:<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aubaret Claire, \u00ab Les copistes du Cabinet des tableaux de la surintendance des B\u00e2timents du roi au xviiie si\u00e8cle \u00bb, <em>Bulletin du Centre de recherche du ch\u00e2teau de Versailles [En ligne], Articles et \u00e9tudes<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bardoux A., Pauline de Montmorin, comtesse de Beaumont, <em>Revue des Deux Mondes<\/em>, tome 58, 1883, pp. 273-300<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bas Andr\u00e9e. La voirie de Paris autrefois. In: <em>L&#8217;information g\u00e9ographique<\/em>, volume 15, n\u00b01, 1951. pp. 14-18<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">B\u00e9ly Lucien, Le secret du roi, <em>revue des deux mondes<\/em>, avril 2016<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">B\u00e9ly Lucien, <em>Les relations internationales en Europe: XVIIe-XVIIIe si\u00e8cles,<\/em> PUF, 1992<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bienaym\u00e9 Gustave, Le co\u00fbt de la vie \u00e0 Paris \u00e0 diverses \u00e9poques. Moyens de transport publics, <em>Journal de la soci\u00e9t\u00e9 statistique de Paris<\/em>, tome 42 (1901), p. 293-310<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Blanc Olivier, <em>Les hommes de Londres, histoire secr\u00e8te de la terreur<\/em>, Albin Michel, 1989<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bled, Jean Paul, <em>Histoire de Vienne<\/em>, Fayard, 1998<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bruley Yves, \u00ab The Napoleonic diplomatic corps \u00bb, <em>Napoleonica. La Revue<\/em>, 2009\/1 (N\u00b0 4), p. 30-49<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cerf Madeleine, La Censure Royale \u00e0 la fin du dix-huiti\u00e8me si\u00e8cle, <em>Communications<\/em>, 9, 1967<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Conchon Anne, Paris et les transports sous la R\u00e9volution In : <em>\u00c0 Paris sous la R\u00e9volution : Nouvelles approches de la ville <\/em>[en ligne]. Paris : \u00c9ditions de la Sorbonne, 2008<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cottret Monique, <em>Choiseul, l\u2019obsession du pouvoir<\/em>, Tallandier, 2018<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dass\u00e9 (Abb\u00e9), <em>Chaville historique<\/em>, 1897<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Destrain Gaston, \u00ab Coqueret, peintre du Roy, officier municipal (1735-1807) \u00bb,<em> Revue de l\u2019histoire de Versailles et de Seine-et-Oise<\/em>, no 1, janvier-mars 1937, p. 1-18.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Exbalin Arnaud, Paris sans voiture, on en r\u00eavait d\u00e9j\u00e0 en 1790, <em>The conversation<\/em>, 13 septembre 2018<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Graeber David, <em>Bullshit Jobs<\/em>, Les Liens qui Lib\u00e8rent, 2018<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Istria Simon, La vie de Philibert Buchot, <em>La R\u00e9volution fran\u00e7aise : revue historique<\/em>, Charavay fr\u00e8res, janvier-juillet 1913, Tome 64, p. 311-326<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Kawa, Catherine. <em>Les ronds-de-cuir en R\u00e9volution: les employ\u00e9s du minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur sous la premi\u00e8re R\u00e9publique\u202f: 1792-1800,<\/em> \u00c9d. du CTHS, 1996<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Kawa Catherine, <em>Dictionnaire biographique des employ\u00e9s du minist\u00e8re de l\u2019int\u00e9rieur de la premi\u00e8re r\u00e9publique<\/em>, annexe de l\u2019ouvrage <em>Les ronds-de-cuir en R\u00e9volution<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Laurent-Hanin, <em>Histoire municipale de Versailles : politique, administration, finances (1787-1799)<\/em>, Cerf et fils, 1885<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lefort J., \u00abL&#8217;enseignement du droit \u00e0 l&#8217;ancienne Universit\u00e9 de Strasbourg\u00bb, <em>RGDLJ<\/em>, 1894, p. 385-403<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lentz Thierry, Les relations franco-espagnoles. R\u00e9flexions sur l\u2019avant-guerre (1789-1808), Revue du Souvenir Napol\u00e9onien, 399, 1995<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Levi-Bruhl Henri, <em>La noblesse de France et le commerce \u00e0 la fin de l&#8217;ancien r\u00e9gime<\/em>, Revue d&#8217;histoire moderne, 1933-01, p. 221<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Masson Fr\u00e9d\u00e9ric, <em>Le d\u00e9partement<\/em> des <em>affaires \u00e9trang\u00e8res pendant la r\u00e9volution<\/em> 1787-1804, Plon, 1877<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Monnier Fran\u00e7ois, Le Secret du roi ou l&#8217;histoire d&#8217;une sottise, <em>La Revue administrative<\/em>, 56e Ann\u00e9e, No. 333 (Mai 2003), pp. 235-240<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Montbas Hugues de, \u00ab Robespierre et les Bonaparte vus par le comte Colchen \u00bb, <em>Revue des Deux Mondes<\/em>, 15 septembre 1952, p. 336<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Newton William Ritchey. <em>Derri\u00e8re la fa\u00e7ade<\/em>. Perrin, 2008<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Olivares-Iribarren Itamar, L&#8217;affaire de Nootka-Sound (1789-1790). In: <em>M\u00e9langes de la Casa de Vel\u00e1zquez<\/em>, tome 28-2, 1992. Epoque moderne. pp. 123-148<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Outrey Am\u00e9d\u00e9e, Histoire et principes de l&#8217;administration fran\u00e7aise des Affaires Etrang\u00e8res (I), <em>Revue fran\u00e7aise de science politique<\/em>, 3\u1d49 ann\u00e9e, n\u00b02, 1953. pp. 298-318<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Perrault, Gilles. Le Secret du Roi. [1 La passion polonaise], Fayard, 1992<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Perrault, Gilles. Le Secret du Roi. [2 L\u2019ombre de la Bastille], Fayard, 1993<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Piccioni Camille, <em>Les premiers commis des affaires \u00e9trang\u00e8res au XVIIe et au XVIIIe si\u00e8cle<\/em>, Boccard, 1928<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pinet Marcel, dir., <em>Histoire de la fonction publique en France,<\/em> T.2, Du XVIe au XVIIIe si\u00e8cle \/ Jean Imbert&#8230;, Jean Nagle&#8230;, Jean Meyer&#8230; [et al.], Nouvelle Librairie de France, 1993<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Platelle Fanny, <em>Les Fran\u00e7ais, la langue et le th\u00e9\u00e2tre fran\u00e7ais \u00e0 Vienne aux XVIIIe et XIXe si\u00e8cles et leur repr\u00e9sentation dans le th\u00e9\u00e2tre populaire viennois<\/em>. 2012,. hal-00987878<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pradal Diane, <em>La vie \u00e0 Versailles au XVIII\u00e8me si\u00e8cle. Journal d&#8217;une famille bourgeoise<\/em>, L&#8217;harmattan, 2014<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Roche Daniel, <em>Histoire des choses banales: naissance de la consommation dans les soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles (XVIIe-XIXe si\u00e8cle),<\/em> Fayard, 1997<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Waquet Dominique, \u00ab Costumes et v\u00eatements sous le Directoire : signes politiques ou effets de mode ? \u00bb, <em>Cahiers d\u2019histoire. Revue d\u2019histoire critique<\/em>, 129, 2015, 19-54<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Waresquiel, Emmanuel de, <em>Talleyrand\u202f: le prince immobile,<\/em> Fayard, 2003<\/p>\n<ol>\n<li id=\"post-36-footnote-1\">Lefort J., \u00abL&#8217;enseignement du droit \u00e0 l&#8217;ancienne Universit\u00e9 de Strasbourg\u00bb, <em>RGDLJ<\/em>, 1894, p. 385-403 <a href=\"#post-36-footnote-ref-1\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-2\">Bled, Jean Paul, <em>Histoire de Vienne<\/em>, Fayard, 1998, p. 76 et ss. <a href=\"#post-36-footnote-ref-2\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-3\">Platelle Fanny, <em>Les Fran\u00e7ais, la langue et le th\u00e9\u00e2tre fran\u00e7ais \u00e0 Vienne aux XVIIIe et XIXe si\u00e8cles et leur repr\u00e9sentation dans le th\u00e9\u00e2tre populaire viennois<\/em>. 2012,. hal-00987878 <a href=\"#post-36-footnote-ref-3\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-4\">Cottret Monique, <em>Choiseul, l\u2019obsession du pouvoir<\/em>, Tallandier, 2018, p. 95 <a href=\"#post-36-footnote-ref-4\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-5\">B\u00e9ly Lucien, <em>Les relations internationales en Europe: XVIIe-XVIIIe si\u00e8cles<\/em>, 1re \u00e9d, PUF, 1992, p. 585 <a href=\"#post-36-footnote-ref-5\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-6\">Pinet Marcel, dir., <em>Histoire de la fonction publique en France<\/em>, II, Nouvelle Librairie de France, 1993, p. 326 <a href=\"#post-36-footnote-ref-6\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-7\">Pinet, p. 333 <a href=\"#post-36-footnote-ref-7\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-8\">Baillou Jean et al., <em>Les affaires \u00e9trang\u00e8res et le corps diplomatique fran\u00e7ais<\/em>, \u00e9dition CNRS, 1984, p. 130 <a href=\"#post-36-footnote-ref-8\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-9\">Doniol Henri, <em>Le cte de Vergennes et P.-M.Hennin 1749-1787<\/em>, Armand Colin, 1898, p. 56 <a href=\"#post-36-footnote-ref-9\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-10\">Samoyault Jean-Pierre, <em>Les bureaux du Secr\u00e9tariat d&#8217;\u00c9tat des Affaires \u00e9trang\u00e8res sous Louis XV<\/em>, \u00c9ditions A. Pedone, 1971, p. 217 et passim. <a href=\"#post-36-footnote-ref-10\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-11\">Baillou, p. 136 <a href=\"#post-36-footnote-ref-11\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-12\">Il s\u2019agit bien s\u00fbr du repas de mi-journ\u00e9e ! <a href=\"#post-36-footnote-ref-12\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-13\"><em>M\u00e9moire sur la mani\u00e8re dont le d\u00e9partement des Affaires \u00e9trang\u00e8res est r\u00e9gl\u00e9 en France in Doniol<\/em>, p. 49 <a href=\"#post-36-footnote-ref-13\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-14\"><em>Recueil des instructions donn\u00e9es aux ambassadeurs et ministres de France : depuis les trait\u00e9s de Westphalie jusqu&#8217;\u00e0 la R\u00e9volution fran\u00e7aise. I, Autriche<\/em>, Commission des archives diplomatiques, 1884, p. 327 <a href=\"#post-36-footnote-ref-14\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-15\">Perrault Gilles, <em>Le Secret du Roi. [1 La passion polonaise]<\/em>, Fayard, 1992, p. 243 <a href=\"#post-36-footnote-ref-15\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-16\">Perrault, p. 242 <a href=\"#post-36-footnote-ref-16\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-17\">Samoyault, p. 71 <a href=\"#post-36-footnote-ref-17\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-18\">Cit\u00e9 dans Raxis Alexis de, <em>Histoire g\u00e9n\u00e9rale et raisonn\u00e9e de la diplomatie fran\u00e7aise<\/em>, 7, 1811, p. 149 <a href=\"#post-36-footnote-ref-18\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-19\">Samoyault, p. 70 <a href=\"#post-36-footnote-ref-19\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-20\">Honor\u00e9 Duveyrier, <em>Anecdotes historiques<\/em>, Alphonse Picard, 1907, p. 33 <a href=\"#post-36-footnote-ref-20\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-21\"><em>Journal et Memoires du Marquis d&#8217;Argenson<\/em>, E.J.B. Rathery, 1864, p. 190 [232] <a href=\"#post-36-footnote-ref-21\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-22\">Samoyault, p. 66 <a href=\"#post-36-footnote-ref-22\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-23\">Piccioni, p. 88 et Samoyault, passim <a href=\"#post-36-footnote-ref-23\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-24\"><em>Almanach royal<\/em>, 1786, p. 249 <a href=\"#post-36-footnote-ref-24\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-25\">In Piccioni, p. 261 <a href=\"#post-36-footnote-ref-25\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-26\">Samoyault, p. 316 <a href=\"#post-36-footnote-ref-26\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-27\">Les affaires, p. 137 <a href=\"#post-36-footnote-ref-27\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-28\">Samoyault, p. 181 <a href=\"#post-36-footnote-ref-28\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-29\"><em>\u00c9tat nominatif des pensions, traitemens conserv\u00e9s, dons, gratifications, qui se payent sur d&#8217;autres caisses que celle du tr\u00e9sor royal<\/em>, Imprimerie Nationale, 1790, p. 25 <a href=\"#post-36-footnote-ref-29\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-30\">Graeber David, <em>Bullshit Jobs<\/em>, Les Liens qui Lib\u00e8rent, 2018 <a href=\"#post-36-footnote-ref-30\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-31\"><em>Recueil des instructions donn\u00e9es aux ambassadeurs et ministres de France : depuis les trait\u00e9s de Westphalie jusqu&#8217;\u00e0 la R\u00e9volution fran\u00e7aise. IV-V, Pologne. T. II. 1729-1794<\/em>, Commission des archives diplomatiques, 1888, p. 238 <a href=\"#post-36-footnote-ref-31\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-32\">Perrault, passim <a href=\"#post-36-footnote-ref-32\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-33\"><em>Recueil Pologne<\/em>, p. 241 <a href=\"#post-36-footnote-ref-33\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-34\"><em>idem<\/em> <a href=\"#post-36-footnote-ref-34\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-35\">Perrault, p. 83 <a href=\"#post-36-footnote-ref-35\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-36\"><em>Correspondance secre\u0300te ine\u0301dite de Louis XV sur la politique e\u0301trange\u0300re avec le comte de Broglie, Tercier, etc.<\/em>, Plon, 1866, p. 306 <a href=\"#post-36-footnote-ref-36\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-37\">Perrault, p. 83 <a href=\"#post-36-footnote-ref-37\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-38\">A. diplo, Acquisitions exc., vol. 190 <a href=\"#post-36-footnote-ref-38\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-39\"><em>Correspondance secre\u0300te<\/em>, p. 313 <a href=\"#post-36-footnote-ref-39\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-40\">Perrault, <em>passim<\/em> <a href=\"#post-36-footnote-ref-40\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-41\"><em>Correspondance secre\u0300te<\/em>, p. 137 <a href=\"#post-36-footnote-ref-41\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-42\">AN, MC-ET-VI-768, 30 d\u00e9cembre 1766 <a href=\"#post-36-footnote-ref-42\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-43\">Dossier Joubain aux archives diplo. 266QO vol39, et Samoyault, p. 152 <a href=\"#post-36-footnote-ref-43\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-44\">Samoyault, p. 141 <a href=\"#post-36-footnote-ref-44\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-45\">Dass\u00e9 (Abb\u00e9), <em>Chaville historique<\/em>, 1897 <a href=\"#post-36-footnote-ref-45\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-46\">Le paysage autour de ce modeste terrain de Chaville a consid\u00e9rablement chang\u00e9. Fameux au XIXe si\u00e8cle pour ces blanchisseries, Doisu a aujourd\u2019hui de tr\u00e8s grandes tours et une mosqu\u00e9e. <a href=\"#post-36-footnote-ref-46\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-47\"><em>\u00c9tat Nominatif Des Pensions Sur Le Tr\u00e9sor Royal<\/em>, Volume 2, imprim. royale, 1790, pp. 258 et 338 <a href=\"#post-36-footnote-ref-47\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-48\">Claire Aubaret, \u00ab Les copistes du Cabinet des tableaux de la surintendance des B\u00e2timents du roi au xviiie si\u00e8cle \u00bb, <em>Bulletin du Centre de recherche du ch\u00e2teau de Versailles [En ligne], Articles et \u00e9tudes<\/em>, mis en ligne le 18 d\u00e9cembre 2013 <a href=\"#post-36-footnote-ref-48\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-49\">Destrain Gaston, \u00ab Coqueret, peintre du Roy, officier municipal (1735-1807) \u00bb,<em> Revue de l\u2019histoire de Versailles et de Seine-et-Oise<\/em>, no 1, janvier-mars 1937, p. 1-18 <a href=\"#post-36-footnote-ref-49\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-50\">Samoyault n\u2019en compte que deux pendant tout le r\u00e8gne de Louis XV. <a href=\"#post-36-footnote-ref-50\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-51\"><em>Th\u00e9\u00e2tre du XVIIIe si\u00e8cle<\/em>, II, \u00c9dition de Jacques Truchet, Pl\u00e9iade, Gallimard, 1974 <a href=\"#post-36-footnote-ref-51\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-52\">Cit\u00e9 par Henri Levi-Bruhl, <em>La noblesse de France et le commerce \u00e0 la fin de l&#8217;ancien r\u00e9gime<\/em>, Revue d&#8217;histoire moderne, 1933-01, p. 221 <a href=\"#post-36-footnote-ref-52\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-53\"><em>idem<\/em> <a href=\"#post-36-footnote-ref-53\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-54\"><em> La noblesse oisive<\/em>, de l\u2019imprimerie de la Noblesse commer\u00e7ante (sic), Paris, 1756 (sans nom d\u2019auteur) <a href=\"#post-36-footnote-ref-54\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-55\">AD78, bapt\u00eames Versailles St Louis <a href=\"#post-36-footnote-ref-55\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-56\">Comme les personnages de Pradal Diane, <em>La vie \u00e0 Versailles au XVIII\u00e8me si\u00e8cle. Journal d&#8217;une famille bourgeoise<\/em>, L&#8217;harmattan, 2014 <a href=\"#post-36-footnote-ref-56\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-57\">AD92 E_NUM_CHA_BMS_7 1760-1769 <a href=\"#post-36-footnote-ref-57\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-58\"><em>Almanach royal<\/em>, 1769, p. 419 <a href=\"#post-36-footnote-ref-58\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-59\">Cerf Madeleine. La Censure Royale \u00e0 la fin du dix-huiti\u00e8me si\u00e8cle. In: <em>Communications<\/em>, 9, 1967 <a href=\"#post-36-footnote-ref-59\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-60\"><em>La France litt\u00e9raire,<\/em> veuve duchesne, 1769 <a href=\"#post-36-footnote-ref-60\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-61\">AN ET-XXVII-329 1766 <a href=\"#post-36-footnote-ref-61\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-62\">Relev\u00e9s du Cercle G\u00e9n\u00e9alogique de Versailles et des Yvelines <a href=\"#post-36-footnote-ref-62\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-63\">Il s\u2019agit de carreau d\u2019arbal\u00e8te <a href=\"#post-36-footnote-ref-63\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-64\">Newton William Ritchey, <em>Derri\u00e8re la fa\u00e7ade<\/em>. Perrin, 2008, p. 196 <a href=\"#post-36-footnote-ref-64\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-65\"><em>idem<\/em>, p. 199 <a href=\"#post-36-footnote-ref-65\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-66\">Miot, Andr\u00e9 Fran\u00e7ois, <em>M\u00e9moires du comte Miot de M\u00e9lito<\/em>, Michel-L\u00e9vy fr\u00e8res, 1858, p. 10 <a href=\"#post-36-footnote-ref-66\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-67\"><em>1789-1889. Centenaire. Bailliages de Versailles et de Meudon. Les cahiers des paroisses<\/em>, E. Aubert, 1889. Bien que le pr\u00e9nom diff\u00e8re dans le texte, ce Lecointre est probablement celui qui dirigea la garde nationale de Versailles et devint conventionnel. <a href=\"#post-36-footnote-ref-67\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-68\">A. Bardoux, Pauline de Montmorin, comtesse de Beaumont, <em>Revue des Deux Mondes<\/em>, tome 58, 1883, pp. 273-300 <a href=\"#post-36-footnote-ref-68\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-69\">Maral Alexandre, <em>Les derniers jours de Versailles,<\/em> Perrin, 2018, p. 337 <a href=\"#post-36-footnote-ref-69\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-70\">Bailly Jean Sylvain, <em>M\u00e9moires d&#8217;un t\u00e9moin de la R\u00e9volution<\/em>, Levrault, 1804, p. 245 <a href=\"#post-36-footnote-ref-70\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-71\">Maral, p. 339 <a href=\"#post-36-footnote-ref-71\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-72\">Maral, p. 340 <a href=\"#post-36-footnote-ref-72\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-73\">Maral, p. 442 <a href=\"#post-36-footnote-ref-73\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-74\">Maral, p. 484 <a href=\"#post-36-footnote-ref-74\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-75\">Masson Fr\u00e9d\u00e9ric, <em>Le d\u00e9partement des affaires \u00e9trang\u00e8res pendant la r\u00e9volution 1787-1804<\/em>, Plon, 1877, p. 69 <a href=\"#post-36-footnote-ref-75\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-76\">Roche, Daniel, <em>Histoire des choses banales: naissance de la consommation dans les soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles (XVIIe-XIXe si\u00e8cle)<\/em>, Fayard, 1997, p 118 <a href=\"#post-36-footnote-ref-76\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-77\">Olivares-Iribarren Itamar, L&#8217;affaire de Nootka-Sound (1789-1790). In: <em>M\u00e9langes de la Casa de Vel\u00e1zquez<\/em>, tome 28-2, 1992. Epoque moderne. pp. 123-148 <a href=\"#post-36-footnote-ref-77\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-78\">AN, O\/1\/113 <a href=\"#post-36-footnote-ref-78\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-79\">Timothy Tackett, <em>Le roi s&#8217;enfuit<\/em>, La d\u00e9couverte, 2004 <a href=\"#post-36-footnote-ref-79\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-80\">Masson, p. 85 <a href=\"#post-36-footnote-ref-80\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-81\">Baillou, p. 332 <a href=\"#post-36-footnote-ref-81\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-82\">Masson, p. 150 <a href=\"#post-36-footnote-ref-82\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-83\"><em>Expos\u00e9 de la conduite de Guillaume Bonnecarr\u00e8re depuis le commencement de la R\u00e9volution jusqu&#8217;\u00e0 ce jour, <\/em>Vatar, 1792, p. 12 <a href=\"#post-36-footnote-ref-83\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-84\">D\u2019apr\u00e8s Masson, s\u2019il s\u2019agit bien du m\u00eame Mendouze <a href=\"#post-36-footnote-ref-84\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-85\">Baillou, p. 340 <a href=\"#post-36-footnote-ref-85\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-86\">Exbalin Arnaud, Paris sans voiture, on en r\u00eavait d\u00e9j\u00e0 en 1790, in <em>The conversation<\/em>, 13 septembre 2018 <a href=\"#post-36-footnote-ref-86\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-87\">Bas Andr\u00e9e, La voirie de Paris autrefois, <em>L&#8217;information g\u00e9ographique<\/em>, volume 15, n\u00b01, 1951. pp. 14-18. <a href=\"#post-36-footnote-ref-87\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-88\">Pujoulx Jean-Baptiste,<em> Paris \u00e0 la fin du XVIIIe si\u00e8cle<\/em>, Math\u00e9, an IX &#8211; 1801, p. 98 <a href=\"#post-36-footnote-ref-88\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-89\">Conchon Anne, Paris et les transports sous la R\u00e9volution In : <em>\u00c0 Paris sous la R\u00e9volution : Nouvelles approches de la ville,<\/em> \u00c9ditions de la Sorbonne, 2008 <a href=\"#post-36-footnote-ref-89\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-90\">Bienaym\u00e9 Gustave, Le co\u00fbt de la vie \u00e0 Paris \u00e0 diverses \u00e9poques. Moyens de transport publics, <em>Journal de la soci\u00e9t\u00e9 statistique de Paris<\/em>, tome 42 (1901), p. 293-310 <a href=\"#post-36-footnote-ref-90\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-91\">Masson, p. 257 <a href=\"#post-36-footnote-ref-91\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-92\">Lentz Thierry, Les relations franco-espagnoles. R\u00e9flexions sur l\u2019avant-guerre (1789-1808), <em>Revue du Souvenir Napol\u00e9onien<\/em>, 399, 1995 <a href=\"#post-36-footnote-ref-92\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-93\">D\u2019apr\u00e8s Masson, passim: Mendouze fut guillotin\u00e9 le 14 prairial an II (2 juin 1794) ; Baudry, le 24 messidor (12 juillet) ; Jozeau, le 8 thermidor (26 juillet) <a href=\"#post-36-footnote-ref-93\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-94\">A. diplo., personnel, Goffinet <a href=\"#post-36-footnote-ref-94\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-95\"><em>Almanach national de France, an II<\/em>, Testu, 1793, p. 393 <a href=\"#post-36-footnote-ref-95\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-96\">Miot, p. 39 <a href=\"#post-36-footnote-ref-96\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-97\">Bertrand Bar\u00e8re, <em>M\u00e9moires<\/em>, Meline, 1842, p. 145 <a href=\"#post-36-footnote-ref-97\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-98\">Miot, p. 49 <a href=\"#post-36-footnote-ref-98\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-99\">Miot, p. 48 <a href=\"#post-36-footnote-ref-99\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-100\">Montbas Hugues de, \u00ab Robespierre et les Bonaparte vus par le comte Colchen \u00bb, <em>Revue des Deux Mondes<\/em>, 15 septembre 1952, p. 336 <a href=\"#post-36-footnote-ref-100\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-101\">Baillou, p. 292 <a href=\"#post-36-footnote-ref-101\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-102\">A. diplo., Comptabilit\u00e9 1661-1911, Carton 12 <a href=\"#post-36-footnote-ref-102\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-103\">Blanc Olivier, <em>Les hommes de Londres, histoire secr\u00e8te de la terreur<\/em>, Albin Michel, 1989, p. 38 <a href=\"#post-36-footnote-ref-103\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-104\">Miot, p. 50 <a href=\"#post-36-footnote-ref-104\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-105\">Istria Simon, La vie de Philibert Buchot, <em>La R\u00e9volution fran\u00e7aise : revue historique<\/em>, Charavay fr\u00e8res, janvier-juillet 1913, Tome 64, p. 311-326 <a href=\"#post-36-footnote-ref-105\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-106\">Masson, p. 313 <a href=\"#post-36-footnote-ref-106\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-107\"><em>Recueil des actes du Comit\u00e9 de salut public<\/em>, 12, PUF, 1951, p. 436 <a href=\"#post-36-footnote-ref-107\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-108\">Cit\u00e9 dans Thuillier Guy, <em>T\u00e9moins de l\u2019administration<\/em>, Berger Levrault, 1967, p. 37 ss <a href=\"#post-36-footnote-ref-108\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-109\"><em>Recueil des actes du Comit\u00e9 de salut public<\/em>, 14, PUF, 1951, p. 54 <a href=\"#post-36-footnote-ref-109\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-110\">Masson, p. 318 <a href=\"#post-36-footnote-ref-110\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-111\">Miot, p. 53 <a href=\"#post-36-footnote-ref-111\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-112\">Miot, p. 55 <a href=\"#post-36-footnote-ref-112\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-113\">Kawa Catherine. <em>Les ronds-de-cuir en R\u00e9volution: les employ\u00e9s du minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur sous la premi\u00e8re R\u00e9publique\u202f: 1792-1800<\/em>. \u00c9d. du CTHS, 1996, p. 290 <a href=\"#post-36-footnote-ref-113\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-114\">Kawa Catherine, <em>Dictionnaire biographique des employ\u00e9s du minist\u00e8re de l\u2019int\u00e9rieur de la premi\u00e8re r\u00e9publique <\/em>(en ligne), annexe de l\u2019ouvrage cit\u00e9 <em>Les ronds-de-cuir en R\u00e9volution<\/em> <a href=\"#post-36-footnote-ref-114\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-115\">Lamare, Le r\u00e9publicain fran\u00e7ais, 10 avril 96. (\u00c9galement publi\u00e9 dans d\u2019autres journaux). <a href=\"#post-36-footnote-ref-115\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-116\">Kawa, <em>Dictionnaire biographique<\/em> <a href=\"#post-36-footnote-ref-116\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-117\">Pujoulx, p. 20 <a href=\"#post-36-footnote-ref-117\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-118\">Kawa, p. 85 <a href=\"#post-36-footnote-ref-118\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-119\">Pujoulx, p. 52 <a href=\"#post-36-footnote-ref-119\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-120\">Durency, <em>Changement de domicile, <\/em>de l&#8217;impr. de l&#8217;auteur, sans date <a href=\"#post-36-footnote-ref-120\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-121\"><em>Ordonnance burlesque du gouvernoire de la R\u00e9publique iroquoise, traduite en fran\u00e7ais par Dulys, grammairien<\/em>, Rue de la Libert\u00e9, N.\u00b0 36, s. N., s.d. <a href=\"#post-36-footnote-ref-121\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-122\">Waresquiel, Emmanuel de, <em>Talleyrand\u202f: le prince immobile<\/em>, Fayard, 2003, p. 217 <a href=\"#post-36-footnote-ref-122\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-123\">Bruley Yves, \u00ab The Napoleonic diplomatic corps \u00bb, <em>Napoleonica. La Revue<\/em>, 2009\/1 (N\u00b0 4), p. 30-49 <a href=\"#post-36-footnote-ref-123\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-124\">A. diplo., comptabilit\u00e9, vol. 20 <a href=\"#post-36-footnote-ref-124\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-125\">Baillou, p. 390 <a href=\"#post-36-footnote-ref-125\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-126\"><em>Idem<\/em>, p. 373 <a href=\"#post-36-footnote-ref-126\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-127\"><em>Idem<\/em>, p. 465 <a href=\"#post-36-footnote-ref-127\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-128\"><em>Idem<\/em>, p. 466 <a href=\"#post-36-footnote-ref-128\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-129\">Lyc\u00e9e Louis le grand <a href=\"#post-36-footnote-ref-129\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-130\">AD78, 3E44 175 Minutes Gilles Barat Ricqbourg, 1783, janvier -juin <a href=\"#post-36-footnote-ref-130\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-131\">Chateaubriand, <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em>, I, Pl\u00e9iade, Gallimard, p. 950 <a href=\"#post-36-footnote-ref-131\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-132\">Waresquiel, p. 485 <a href=\"#post-36-footnote-ref-132\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-133\">D\u2019apr\u00e8s Mme de Chateaubriand, in Waresquiel, p. 616 <a href=\"#post-36-footnote-ref-133\">\u2191<\/a><\/li>\n<li id=\"post-36-footnote-134\">Eymery Alexis, <em>Dictionnaire des girouettes, ou nos contemporains peints d&#8217;apr\u00e8s eux-m\u00eames<\/em>, JB Imbert, Paris, 1815 <a href=\"#post-36-footnote-ref-134\">\u2191<\/a><\/li>\n<\/ol>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>par R. P\u00e9terlongo \u00a0T\u00e9l\u00e9charger l&#8217;article en pdf De Gy \u00e0 Vienne Jacques Goffinet est n\u00e9 \u00e0 Gy, o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 baptis\u00e9 le 10 juillet 1730. Actuellement en Haute-Sa\u00f4ne, Gy est un village situ\u00e9 \u00e0 un peu plus d\u2019une trentaine de kilom\u00e8tres de Besan\u00e7on. Goffinet est issu d\u2019une famille de juristes, notaires, procureur fiscaux ou &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[1],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/vieilleshistoires.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/36"}],"collection":[{"href":"https:\/\/vieilleshistoires.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/vieilleshistoires.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/vieilleshistoires.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/vieilleshistoires.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=36"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/vieilleshistoires.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/36\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":118,"href":"https:\/\/vieilleshistoires.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/36\/revisions\/118"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/vieilleshistoires.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=36"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/vieilleshistoires.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=36"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/vieilleshistoires.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=36"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}