{"id":54,"date":"2020-02-23T22:25:23","date_gmt":"2020-02-23T21:25:23","guid":{"rendered":"http:\/\/vieilleshistoires.fr\/?p=54"},"modified":"2020-04-18T16:33:54","modified_gmt":"2020-04-18T14:33:54","slug":"barthelemy-domecq-1728-1797-negociant-et-revolutionnaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/vieilleshistoires.fr\/?p=54","title":{"rendered":"Barth\u00e9l\u00e9my DOMECQ (1728-1797), n\u00e9gociant et r\u00e9volutionnaire"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-large-font-size\">par R. P\u00e9terlongo<\/p>\n\n\n<h1><a href=\"http:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/Barth\u00e9l\u00e9my-DOMECQ.pdf\">T\u00e9l\u00e9charger l&#8217;article en pdf<\/a><\/h1>\n<p>Le nombre de documents mentionnant le nom de Barth\u00e9l\u00e9my Domecq (1728-1797) n\u2019est pas tr\u00e8s important. Pourtant la nature de ces documents et l\u2019\u00e9poque travers\u00e9e rendent possible de nombreux commentaires d\u00e9velopp\u00e9s dans les pages qui suivent.<\/p>\n<p>Barth\u00e9l\u00e9my Domecq est originaire de Barzun, o\u00f9 il est n\u00e9 et a \u00e9t\u00e9 baptis\u00e9 le 8 septembre 1728. Actuellement dans les Pyr\u00e9n\u00e9es-Atlantiques, Barzun est \u00e0 cette \u00e9poque dans le B\u00e9arn, \u00e0 proximit\u00e9 de la Bigorre. Le village est \u00e0 mi-chemin entre Pau et Tarbes. Barth\u00e9l\u00e9my travaille d\u2019abord \u00e0 Toulouse, o\u00f9 il est commis des fr\u00e8res Duclos, n\u00e9gociants \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1750. Puis il y fonde son propre comptoir. C\u2019est le d\u00e9but de sa carri\u00e8re de n\u00e9gociant. Il s\u2019installe ensuite \u00e0 Bordeaux \u00e0 partir de 1772 ou 1773, o\u00f9 il assure surtout un commerce de produits issus de l\u2019int\u00e9rieur des terres. Il prend part \u00e0 la R\u00e9volution, semble \u00eatre fervent patriote et devient m\u00eame officier municipal en 1794.<\/p>\n<p>Les sources permettent aussi d&#8217;\u00e9mettre quelques hypoth\u00e8ses \u00e0 propos de ses croyances religieuses ou de son appartenance \u00e0 la franc-ma\u00e7onnerie. Ces sources \u00e9parses peuvent \u00eatre mises en relation avec diff\u00e9rents travaux de synth\u00e8ses d\u2019historiens qui permettent de placer Barth\u00e9l\u00e9my Domecq dans le contexte \u00e9conomique social et politique dans lequel il a v\u00e9cu\u00a0; ce milieu est particuli\u00e8rement int\u00e9ressant, il s\u2019agit du monde du n\u00e9goce et celui des r\u00e9volutionnaires bordelais. On peut ainsi aller et venir du particulier au g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p>Bordeaux \u00e0 la fin du XVIIIe si\u00e8cle est de loin le premier port fran\u00e7ais. Les textes de l\u2019\u00e9poque d\u00e9crivent une relative prosp\u00e9rit\u00e9 et une grande activit\u00e9. La ville gagne des habitants, qui viennent s\u2019y installer comme le fait Barth\u00e9l\u00e9my Domecq. Elle est anim\u00e9e par la liaison directe avec Saint Domingue, mais aussi par l\u2019exportation des produits du bassin aquitain et le commerce international avec une partie de l\u2019Europe.<\/p>\n<p>Bordeaux est r\u00e9put\u00e9e pour avoir \u00e9t\u00e9 le foyer du parti girondin. Elle pr\u00e9sente certainement dans la R\u00e9volution quelques sp\u00e9cificit\u00e9s sans toutefois se distinguer \u00e9norm\u00e9ment du contexte national. Comme dans d\u2019autres villes, il y eut \u00e0 Bordeaux une municipalit\u00e9 r\u00e9volutionnaire prenant le pouvoir en 1789, des clubs et des soci\u00e9t\u00e9s populaires, puis des repr\u00e9sentants en mission. Girondin, Barth\u00e9l\u00e9my Domecq ne l\u2019\u00e9tait pas\u00a0; malgr\u00e9 la m\u00e9fiance de la Convention envers les n\u00e9gociants, Barth\u00e9l\u00e9my fut nomm\u00e9 officier municipal avant la chute des robespierristes, et le demeura quelques mois ensuite.<\/p>\n<h1><a id=\"post-54-_heading=h.30j0zll\"><\/a> Le commis \u00e0 Toulouse et l\u2019affaire Calas<\/h1>\n<p>C\u2019est pendant la p\u00e9riode o\u00f9 Barth\u00e9l\u00e9my Domecq travaille \u00e0 Toulouse qu\u2019il est t\u00e9moin de l\u2019affaire judiciaire la plus c\u00e9l\u00e8bre du XVIIIe si\u00e8cle: l\u2019affaire Calas. Rappelons quelques \u00e9l\u00e9ments de cette affaire. Jean Calas \u00e9tait un marchand d&#8217;\u00e9toffes de Toulouse, de religion calviniste. Sa maison se trouvait rue des Filatiers, non loin de la rue de la Bourse o\u00f9 vivait la famille de Barth\u00e9l\u00e9my Domecq. Un des fils Calas nomm\u00e9 Louis s\u2019\u00e9tait converti au catholicisme. Jean Calas vivait avec deux autres fils: Pierre et Marc Antoine. Le soir du 13 octobre 1761, Gaubert Lavaysse, ami de la famille, est invit\u00e9 \u00e0 souper \u00e0 leur domicile. Apr\u00e8s le repas, il d\u00e9couvre avec Pierre Calas le cadavre de Marc-Antoine. Le soir m\u00eame autour de la maison, une foule se rassemble, persuad\u00e9e que la famille Calas, Lavaysse et la servante de la famille ont \u00e9trangl\u00e9 Marc-Antoine parce que celui-ci voulait se convertir au catholicisme.<\/p>\n<p>Dans leurs premi\u00e8res d\u00e9clarations, les suspects d\u00e9clarent qu\u2019ils ont trouv\u00e9 Marc-Antoine \u00e9trangl\u00e9 sur le sol. Cela suppose qu\u2019un criminel ait pu commettre le meurtre et s&#8217;enfuir sans bruit. Puis dans un second temps, les suspects d\u00e9clarent avoir trouv\u00e9 Marc-Antoine pendu et avoir menti pour lui \u00e9viter le sort des suicid\u00e9s (le meurtrier de soi-m\u00eame est puni d\u2019une peine infamante: \u00eatre tra\u00een\u00e9 dans la ville face contre terre et jet\u00e9 \u00e0 la d\u00e9charge). Cette seconde version pose \u00e9galement probl\u00e8me: les enqu\u00eateurs ont du mal \u00e0 comprendre comment Marc Antoine aurait pu se pendre, vu qu\u2019il n\u2019y avait pas de tabouret dans la pi\u00e8ce et que ses pieds auraient touch\u00e9 le sol. La Tournelle (chambre criminelle du Parlement de Toulouse) ne croira pas en cette version des faits. Le 9 mars 1762, elle condamne Jean Calas au supplice de la roue. Le lendemain, il a les membres bris\u00e9s et est expos\u00e9 attach\u00e9 sur une roue. Il meurt \u00e9trangl\u00e9 par le bourreau apr\u00e8s deux heures d\u2019exposition, sans avoir avou\u00e9 de crime. Assez ennuy\u00e9e par cette absence d\u2019aveu, la chambre du Parlement de Toulouse condamne Pierre au bannissement et les autres co-accus\u00e9s sont mis \u00ab hors court\u00a0\u00bb (acquitt\u00e9s).<\/p>\n<p>Voltaire s&#8217;empare ensuite de cette affaire dont le verdict para\u00eet incoh\u00e9rent (soit tous les accus\u00e9s \u00e9taient coupables, soit ils \u00e9taient tous innocents\u2026), et en fait un symbole de son combat contre l\u2019intol\u00e9rance, contre \u00ab\u00a0<em>l\u2019inf\u00e2me<\/em>\u00a0\u00bb. Voltaire n\u2019est pas un sp\u00e9cialiste de la proc\u00e9dure judiciaire comme pourrait l&#8217;\u00eatre Cesare Beccaria, l\u2019auteur \u00ab\u00a0<em>Des d\u00e9lits et des peines<\/em>\u00a0\u00bb. Plut\u00f4t qu\u2019un critique rigoureux du syst\u00e8me judiciaire, l\u2019auteur de <em>Microm\u00e9gas <\/em>est plut\u00f4t dans cette affaire le pr\u00e9curseur d\u2019une forme d&#8217;intellectuel m\u00e9diatique et engag\u00e9. Il lance des appels \u00e0 l\u2019opinion publique, mobilise ses correspondants jusqu\u2019\u00e0 obtenir la r\u00e9vision du proc\u00e8s. L&#8217;arr\u00eat du Parlement de Toulouse est cass\u00e9 par le Conseil priv\u00e9 du roi le 4 juin 1764, puis, rejug\u00e9s au fond, tous les accus\u00e9s sont r\u00e9habilit\u00e9s le 9 mars 1765. Louis XV accorde alors des indemnit\u00e9s importantes \u00e0 la famille.<\/p>\n<p>Il est \u00e9tabli qu\u2019il s\u2019agit bien d\u2019une erreur judiciaire. D\u2019une part Marc-Antoine n\u2019avait jamais manifest\u00e9 la moindre intention de se convertir, m\u00eame aupr\u00e8s de la servante de la famille qui \u00e9tait de confession catholique. D\u2019autre part le chirurgien qui a examin\u00e9 le corps n\u2019\u00e9tait pas capable de faire la diff\u00e9rence entre un \u00e9tranglement et une pendaison. Or Antoine Louis, fameux chirurgien militaire \u00e9crira en 1763 qu\u2019un \u00e9tranglement aurait caus\u00e9 des ecchymoses sur le cou de la victime, et que \u00ab <em>les pendus ne meurent pas faute de respiration mais par la compression asphyxiante des veines jugulaires<\/em> \u00bb. Il prouve que Marc Antoine a bien pu se pendre lui-m\u00eame, et mourir alors m\u00eame que ses pieds touchaient terre. La v\u00e9rit\u00e9 paraissant difficile \u00e0 croire, les Calas et Lavaysse ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 pr\u00e9senter la th\u00e8se d\u2019une pendaison au montant de la porte, alors qu\u2019il paraissait impossible d\u2019y fixer la corde, ce qui n\u2019a fait que renforcer les soup\u00e7ons contre eux<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-0\" href=\"#post-54-footnote-0\">[1]<\/a><\/sup><\/sup>.<\/p>\n<p>La th\u00e8se de l\u2019historien de la justice Beno\u00eet Garnot \u00e0 ce sujet est tr\u00e8s convaincante, l\u2019affaire Calas est doublement anachronique. D\u2019une part parce que les juges se sont bas\u00e9s sur l\u2019intime conviction pour condamner \u00e0 mort, comme ils le font aujourd\u2019hui, alors que le droit en vigueur ne leur permettaient pas et que les preuves devaient \u00eatre moins contestables (aveu, t\u00e9moignages directs\u2026). D\u2019autre part parce qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une manifestation d\u2019intol\u00e9rance archa\u00efque alors que la tol\u00e9rance religieuse \u00e9tait devenue largement dominante, ce qui a caus\u00e9 le scandale.<\/p>\n<p>En outre, une lecture de Voltaire sans mise en contexte aboutirait \u00e0 se faire une fausse image de la justice d\u2019ancien r\u00e9gime, alors que l\u2019on peut rapprocher l\u2019affaire Calas de certaines affaires contemporaines (affaire Dreyfus, affaire d\u2019Outreau\u2026). L\u2019enjeu pour l\u2019institution judiciaire para\u00eet plut\u00f4t de r\u00e9sister \u00e0 une certaine pression des pr\u00e9jug\u00e9s imm\u00e9diats. Et en ce qui concerne les bases du droit p\u00e9nal moderne (pr\u00e9somption d&#8217;innocence, n\u00e9cessit\u00e9 et non-r\u00e9troactivit\u00e9 des peines&#8230;), elles sont plut\u00f4t \u00e0 chercher chez Beccaria.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" width=\"330\" height=\"571\" class=\"wp-image-99\" src=\"http:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-18.png\" srcset=\"https:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-18.png 330w, https:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-18-173x300.png 173w, https:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-18-156x270.png 156w\" sizes=\"(max-width: 330px) 100vw, 330px\" \/><\/p>\n<p>A l\u2019\u00e9poque les avocats ne plaident pas par oral en mati\u00e8re criminelle, mais \u00e9crivent des m\u00e9moires en d\u00e9fense. Lorsque cela est possible, des t\u00e9moignages sont habituellement rassembl\u00e9s pour certifier les bonnes moeurs de l\u2019accus\u00e9. On trouve cet extrait dans un m\u00e9moire en faveur de Lavaysse:<\/p>\n<p><em>\u00ab Nous soussign\u00e9s certifions \u00e0 qui appartiendra que le Sieur Fran\u00e7ois Alexandre Gualbert de Lavaysse a \u00e9t\u00e9 dans les maison des sieurs Duclos fr\u00e8res n\u00e9gociants de cette ville, en qualit\u00e9 de commis, depuis le mois de d\u00e9cembre 1757 jusques au mois de novembre 1759, et que pendant tout ce tems-l\u00e0 il s&#8217;est attir\u00e9 par les bonnes moeurs, son exacte probit\u00e9, la douceur de son caract\u00e8re et mille autres bonnes qualit\u00e9s, l&#8217;amiti\u00e9, l&#8217;estime et la confiance des sieurs Duclos et des soussign\u00e9s, et en g\u00e9n\u00e9ral de tous ceux qui fr\u00e9quentaient la maison des sieurs Duclos, ou qui \u00e9taient en relation d&#8217;affaires avec eux. Sign\u00e9s: Bonafous-Duclos&#8230; Domecq, ancien commis des sieurs Duclos, et autres\u2026 \u00bb <sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-1\" href=\"#post-54-footnote-1\">[2]<\/a><\/sup><\/sup><\/em><\/p>\n<p>Le nomm\u00e9 Domecq (sans pr\u00e9nom), commis des sieurs Duclos, qui a t\u00e9moign\u00e9 dans l\u2019affaire Calas en faveur de l\u2019invit\u00e9 Gaubert Lavaysse, \u00e9tait probablement Barth\u00e9l\u00e9my Domecq. L\u2019homonymie est peu plausible: un des fr\u00e8res Duclos, Joseph, \u00e9tait parrain de sa fille Jos\u00e8phe Marie Fran\u00e7oise en 1768.<\/p>\n<p>Les fr\u00e8res Duclos \u00e9taient de grands n\u00e9gociants et les propri\u00e9taires d\u2019une tannerie de cuir \u00e0 Lectoure. Il semble que leur n\u00e9goce ait souffert des effets de la guerre de sept ans (1756 \u2013 1763). Dans le m\u00e9moire du sieur Gaubert Lavaysse dans lequel celui-ci (ou son porte-plume) raconte sa vie, il est question de malheurs survenus aux sieurs Duclos qui l\u2019auraient oblig\u00e9 \u00e0 chercher une autre maison de commerce. Peut-\u00eatre en est-il de m\u00eame pour Barth\u00e9l\u00e9my Domecq. Il \u00e9tait commis des fr\u00e8res Duclos probablement en m\u00eame temps que Lavaysse (entre d\u00e9cembre 1757 et novembre 1759), et ne l\u2019est plus en 1762, lorsqu\u2019il t\u00e9moigne en sa faveur.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<h1><a id=\"post-54-_heading=h.3znysh7\"><\/a> De Toulouse \u00e0 Bordeaux<\/h1>\n<p>Le p\u00e8re de Barth\u00e9l\u00e9my, Jean Domecq, est mentionn\u00e9 comme \u00ab laboureur \u00bb dans les actes paroissiaux. Il peut \u00eatre un propri\u00e9taire terrien assez important. Le fait de devenir n\u00e9gociant est toutefois pour Barth\u00e9l\u00e9my Domecq une ascension sociale assez rare. L\u2019historien Philippe Gardey a calcul\u00e9 que 60 % des n\u00e9gociants bordelais \u00e9taient fils de n\u00e9gociants<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-2\" href=\"#post-54-footnote-2\">[3]<\/a><\/sup><\/sup>. Certes, le calcul a \u00e9t\u00e9 fait sur la g\u00e9n\u00e9ration suivante, entre 1780 et 1830, donc celle du fils de Barth\u00e9l\u00e9my, Cl\u00e9ment Domecq, et de son gendre Pierre-Ignace Guichon, qui seront tous les deux n\u00e9gociants \u00e0 Bordeaux. Il n&#8217;emp\u00eache que m\u00eame dans cette \u00e9poque d&#8217;essor du commerce bordelais, les n\u00e9gociants fils de laboureur doivent \u00eatre rares.<\/p>\n<p>Barth\u00e9l\u00e9my Domecq monte une soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 Toulouse au d\u00e9but des ann\u00e9es 1760 avec son fr\u00e8re (dont on perd la trace ensuite). Il se marie dans ces ann\u00e9es-l\u00e0 \u00e0 P\u00e9tronille Larr\u00e9, originaire de Bazas, au sud de Bordeaux. P\u00e9tronille, pr\u00e9nomm\u00e9e aussi Domenge (Dominique), est d\u2019un milieu d\u2019artisans commer\u00e7ants. Elle est fille de coutelier (un fabricant de couteau). Du c\u00f4t\u00e9 maternel elle est la petite-fille d&#8217;un \u00ab\u00a0tailleur d&#8217;habits pour dame\u00a0\u00bb, et la ni\u00e8ce d\u2019un \u00ab\u00a0fabriqueur de bas au m\u00e9tier\u00a0\u00bb. Ce dernier est un tisserand qui utilise un m\u00e9tier pour faire des bas. Les bas sont un \u00e9l\u00e9ment essentiel du costume de l&#8217;\u00e9poque, qu\u2019il soit masculin ou f\u00e9minin\u00a0; ils sont largement vendus et export\u00e9s par des n\u00e9gociants.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Larr\u00e9\u00a0\u00bb \u00e9tant un patronyme b\u00e9arnais, il est possible que la famille paternelle soit \u00e9galement originaire de cette r\u00e9gion frontali\u00e8re entre B\u00e9arn et Bigorre (actuellement Pyr\u00e9n\u00e9es-Atlantiques et Hautes-Pyr\u00e9n\u00e9es). Cette hypoth\u00e8se est renforc\u00e9e par le fait que Jean et Sylvestre Larr\u00e9, fr\u00e8res de P\u00e9tronille, seront n\u00e9gociants \u00e0 Tarbes<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-3\" href=\"#post-54-footnote-3\">[4]<\/a><\/sup><\/sup>. Barth\u00e9l\u00e9my Domecq \u00e9tait probablement en relation d\u2019affaires avec la famille Larr\u00e9.<\/p>\n<p>Huit enfants naissent \u00e0 Toulouse \u00e0 partir de 1763, dont Cl\u00e9ment et Catherine surnomm\u00e9e \u00ab\u00a0Titine\u00a0\u00bb. Ils sont baptis\u00e9s dans la paroisse de la Daurade. Les Domecq habitent dans ce quartier commer\u00e7ant pr\u00e8s de la Garonne.<\/p>\n<p>Barth\u00e9l\u00e9my Domecq ach\u00e8te en 1764 une maison entour\u00e9e de vignes \u00e0 Colomiers, dans la banlieue proche de Toulouse<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-4\" href=\"#post-54-footnote-4\">[5]<\/a><\/sup><\/sup>. Aujourd\u2019hui tr\u00e8s urbanis\u00e9e, Colomiers est \u00e0 l\u2019\u00e9poque rurale, avec beaucoup de vignes. Le n\u00e9goce \u00e9tant une activit\u00e9 risqu\u00e9e, c\u2019est parfois un besoin chez les n\u00e9gociants que de placer l\u2019argent gagn\u00e9, voire de se retirer vers la rente. La propri\u00e9t\u00e9 peut \u00e9galement servir de production agricole (vinicole ou mara\u00eech\u00e8re) qui peut ensuite \u00eatre vendue sans interm\u00e9diaire, ce qui peut augmenter les b\u00e9n\u00e9fices. Si Barth\u00e9l\u00e9my Domecq vendait certainement le vin issu de cette propri\u00e9t\u00e9, on peut cependant penser que le but recherch\u00e9 \u00e9tait aussi l\u2019agr\u00e9ment d\u2019une habitation hors de sa boutique toulousaine de la rue de la Bourse.<\/p>\n<p>Entre 1772 et 1773, il d\u00e9m\u00e9nage \u00e0 Bordeaux rue du chai des farines, dans le centre-ville qui compte de nombreux marchands et n\u00e9gociants. Les entrep\u00f4ts des n\u00e9gociants se situaient g\u00e9n\u00e9ralement dans un de ces rues derri\u00e8re la premi\u00e8re rang\u00e9e d&#8217;immeuble ayant leur fa\u00e7ade sur le quai. C\u2019est l\u00e0 que sa derni\u00e8re fille, Doroth\u00e9e surnomm\u00e9e \u00ab\u00a0<em>Gracieuse<\/em>\u00a0\u00bb, na\u00eet le 11 juillet 1773.<\/p>\n<p>P\u00e9tronille aura donc accouch\u00e9 de neuf enfants entre f\u00e9vrier 1763 et juillet 1773. L\u2019intervalle entre les naissances (intervalle interg\u00e9n\u00e9sique disent les statisticiens) est donc tr\u00e8s court, elle aura pass\u00e9 toutes ces ann\u00e9es presque constamment en \u00e9tat de grossesse jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge d\u2019environ 38 ans. Sur les neuf enfants du couple, seuls trois ont atteint l&#8217;\u00e2ge adulte<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-5\" href=\"#post-54-footnote-5\">[6]<\/a><\/sup><\/sup>. C&#8217;est moins que la moyenne de l&#8217;\u00e9poque, sans \u00eatre non plus extraordinaire<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-6\" href=\"#post-54-footnote-6\">[7]<\/a><\/sup><\/sup>.<\/p>\n<p>Cette installation \u00e0 Bordeaux n\u2019est pas rare non plus. Beaucoup des n\u00e9gociants install\u00e9s n\u2019y sont pas n\u00e9s, et beaucoup viennent du bassin de la Garonne<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-7\" href=\"#post-54-footnote-7\">[8]<\/a><\/sup><\/sup>. C\u2019est l\u2019essor du commerce bordelais qui peut l\u2019expliquer. Voici un exemple de ce qu\u2019on dit de Bordeaux \u00e0 l\u2019\u00e9poque:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Cette ville forme, en suivant la courbure de la Garonne, un croissant dont la partie orientale comprend la ville, et la partie occidentale le faubourg des Chartrons, un des plus remarquables qu\u2019il y ait en France par son \u00e9tendue et par la beaut\u00e9 de ses b\u00e2timents. Quand on arrive par eau du c\u00f4t\u00e9 de Blaye, la largeur de la Garonne, les nombreux vaisseaux fix\u00e9s au port, les quais, les \u00e9difices modernes et uniformes qui suivent la vaste sinuosit\u00e9 de cette rivi\u00e8re et la bordent dans une \u00e9tendue d\u2019une grande demi lieue, offrent le tableau le plus vari\u00e9 et le plus magnifique qu\u2019on puisse imaginer: Paris n\u2019a rien de si imposant\u2026 On entre dans Bordeaux par dix-neuf portes, dont douze sont du c\u00f4t\u00e9 de la rivi\u00e8re, et sept du c\u00f4t\u00e9 de la terre. En g\u00e9n\u00e9ral, les rues y sont assez \u00e9troites et le pav\u00e9 est mauvais. [\u2026]<\/em><\/p>\n<p><strong><em>Caract\u00e8re des Bordelais<\/em><\/strong><em>. Les voyages, la fr\u00e9quentation des \u00e9trangers, la politesse du si\u00e8cle, une \u00e9ducation plus soign\u00e9e ont beaucoup adouci \u00e0 Bordeaux les traits peu avantageux qui caract\u00e9risent l\u2019esprit dominant de toute la Gascogne. Les habitants de cette capitale se sont surtout fait remarquer par leur activit\u00e9 et leur bonne foi dans le commerce, mais ils sont m\u00e9prisants pour tout ce qui n\u2019est pas riche, pour tout ce qui n\u2019est pas de Bordeaux. La jeunesse, bouillante et courageuse, a conserv\u00e9 ce caract\u00e8re audacieux qui fait des h\u00e9ros dans les combats et des tapageurs en temps de paix. Les duels y sont assez fr\u00e9quents. Les filles publiques paraissent en proportion aussi brillantes et aussi nombreuses qu\u2019\u00e0 Paris. Les meilleures dispositions \u00e0 la raison y sont \u00e9touff\u00e9es par la vanit\u00e9 d\u2019usage: para\u00eetre est un mot dont la puissance occulte assujettit tous les esprits \u00e0 la m\u00eame loi. Cette faiblesse est continuellement aliment\u00e9e, ainsi que le luxe et la d\u00e9bauche, par le concours des habitants des colonies de l\u2019Am\u00e9rique, qui, empress\u00e9s de jouir, viennent dissiper dans cette ville leurs richesses avec un \u00e9clat s\u00e9duisant qui donne au luxe et aux vices une consid\u00e9ration funeste. Leur or et leurs d\u00e9sirs \u00e9puis\u00e9s, ils partent et d\u00e9robent au lieu o\u00f9 ont triomph\u00e9 leurs d\u00e9sordres le salutaire exemple des maux qui les suivent.<\/em>\u00a0\u00bb<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-8\" href=\"#post-54-footnote-8\">[9]<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<p>Le snobisme et la critique du snobisme sont les deux faces d\u2019une m\u00eame tr\u00e8s ancienne pi\u00e8ce. Le discours est aussi ancien que le refrain sur les \u00ab jeunes d\u2019aujourd\u2019hui \u00bb. Mais il para\u00eet plus int\u00e9ressant de remarquer qu\u2019il n\u2019est nullement question de noblesse ici, comme si la r\u00e9volution avait d\u00e9j\u00e0 eu lieu, et que sch\u00e9matiquement une soci\u00e9t\u00e9 de classe avait d\u00e9j\u00e0 succ\u00e9d\u00e9 \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 d\u2019ordre. Si l\u2019on en croit ce texte, \u00e0 Bordeaux dans les ann\u00e9es 1780 on ne montre pas ses quartiers de noblesse, mais son luxe.<\/p>\n<p>Toujours est-il que la population de Bordeaux est en forte hausse au XVIIIe. Elle fait plus que doubler au cours du si\u00e8cle, accroissement plus fort que toute autre grande ville fran\u00e7aise. On constate un tr\u00e8s grand dynamisme du port. Contrairement \u00e0 Nantes, Bordeaux n\u2019est pas simplement un port n\u00e9grier, mais aussi un port d\u2019exportation des produits du bassin aquitain et g\u00e9n\u00e9ralement un port de commerce avec l\u2019Europe.<\/p>\n<p>Le n\u00e9gociant est bien \u00e0 distinguer du marchand. Le terme de n\u00e9gociant se suffit \u00e0 lui-m\u00eame, celui de marchand est compl\u00e9t\u00e9 par un compl\u00e9ment d\u2019objet. On est toujours marchand de quelque chose<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-9\" href=\"#post-54-footnote-9\">[10]<\/a><\/sup><\/sup>. Il existe par exemple \u00e0 Bordeaux des marchands de graisseries (charcutier en dialecte local), de toiles, de grains et farines, de poissons, de chapeaux&#8230; Mais aussi des merciers-quincailliers, des distillateurs-liquoristes (comme Marie Brizard, qui a r\u00e9ellement exist\u00e9 et est \u00e0 l\u2019origine de la marque) ou encore des parfumeurs. C\u2019est un commerce de petite boutique, de proximit\u00e9.<\/p>\n<p>Les archives montrent bien que l\u2019on a quatre cat\u00e9gories de n\u00e9gociants. Ils sont armateurs, assureurs, banquiers ou commissionnaires<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-10\" href=\"#post-54-footnote-10\">[11]<\/a><\/sup><\/sup>. Le n\u00e9gociant n\u2019est pas simplement un \u00ab gros \u00bb marchand avec un grand entrep\u00f4t au lieu d\u2019une petite boutique, il a un commerce de nature diff\u00e9rente. Il s&#8217;agit de vente en gros, non sp\u00e9cialis\u00e9e et souvent internationale.<\/p>\n<p>Barth\u00e9l\u00e9my Domecq est un n\u00e9gociant commissionnaire dont l\u2019essentiel de l\u2019activit\u00e9 se situe entre Bordeaux et l&#8217;int\u00e9rieur du pays. On en a pour preuve la publicit\u00e9 qu\u2019il faisait publier dans diff\u00e9rents journaux:<\/p>\n<p>20 Mars 1777:<\/p>\n<p><em>Un jeune homme qui a exerc\u00e9 ses talens dans diff\u00e9rents Coll\u00e8ges de la Province de Languedoc, et peut se flatter d&#8217;avoir form\u00e9 de bons sujets, qui ont fait facilement sa m\u00e9thode d&#8217;enseigner, tant elle est ais\u00e9e, souhaiterait augmenter le nombre de ses \u00e9coliers ; il donnera des le\u00e7ons de Grammaires Latine et Fran\u00e7aise, de G\u00e9ographie, de Mythologie, &amp; enseignera d&#8217;autres petites choses, qui ne contribuent pas moins \u00e0 l&#8217;\u00e9ducation des enfans : s&#8217;adresser \u00e0 M. Domecq, N\u00e9gociant, rue du Chay-des-Farines, pr\u00e8s la porte St. Pierre.<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-11\" href=\"#post-54-footnote-11\">[12]<\/a><\/sup><\/sup><\/em><\/p>\n<p>18 Juin 1778:<\/p>\n<p><em>Le Messager de Pau vient de changer son entrep\u00f4t, qui sera \u00e0 l&#8217;avenir chez M. Domecq, N\u00e9gociant, pr\u00e8s la porte du Chay-ies-Farines , o\u00f9 l&#8217;on pourra faire remettre les effets qu&#8217;on voudra exp\u00e9dier par cette Messagerie, &amp; faire retirer ceux qu&#8217;on sera dans le cas de recevoir. On pourra aussi arr\u00eater \u00e0 l&#8217;avance les places qu&#8217;on souhaitera , au prix &amp; conditions ordinaires.<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-12\" href=\"#post-54-footnote-12\">[13]<\/a><\/sup><\/sup><\/em><\/p>\n<p>25 janvier 1781:<\/p>\n<p><em>Une partie de jambons du B\u00e9arn , bien conditionn\u00e9s, propres \u00e0 la consommation , et particuli\u00e8rement pour exp\u00e9dier aux \u00efles : s&#8217;adresser \u00e0 M. Bmy. Domecq , N\u00e9gociant, rue du Chay des-Farines.<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-13\" href=\"#post-54-footnote-13\">[14]<\/a><\/sup><\/sup><\/em><\/p>\n<p>11 Octobre 1781:<\/p>\n<p><em>Un Pr\u00eatre, consacr\u00e9 depuis longtemps \u00e0 l&#8217;\u00e9ducation de la jeunesse, d\u00e9sirerait trouver une \u00e9ducation particuli\u00e8re distingu\u00e9e ; il donnera les renseignements satisfaisants et n\u00e9cessaires sur ses talens et sur ses m\u0153urs : s&#8217;adresser \u00e0 M. Domecq, N\u00e9gociant, rue du Chay-des-Farines. <sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-14\" href=\"#post-54-footnote-14\">[15]<\/a><\/sup><\/sup><\/em><\/p>\n<p>31 Janvier 1782:<\/p>\n<p><em>Deux Ma\u00eetres de bateau , venant de Toulouse , ont d\u00e9pos\u00e9 en Ville deux colis de marchandises, faute d&#8217;avoir pu trouver les propri\u00e9taires ; l&#8217;un contenant peaux de maroquin appr\u00eat\u00e9es , venant de Beaucaire , et adress\u00e9es \u00e0 M. Chalamer , N\u00e9gociant \u00e0 Bordeaux , marqu\u00e9 NE, n\u00b0. 3 ; &amp; l&#8217;autre contenant liqueurs , adress\u00e9 \u00e0 M. Prunetes , place Tourny, \u00e0 Bordeaux , marqu\u00e9 M P : ces deux colis font dans le magasin de M. B. Domecq , N\u00e9gociant, rue du Chay-des Farines , qui les d\u00e9livrera aux personnes qui repr\u00e9senteront les notions requises pour \u00e9tablir leur propri\u00e9t\u00e9, en remboursant les frais. Ledit sieur Domecq a \u00e0 vendre quelques boucauds d\u2019amandes cal\u00e9es en coque , dont il fera bonne composition. <sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-15\" href=\"#post-54-footnote-15\">[16]<\/a><\/sup><\/sup><\/em><\/p>\n<p>15 mai 1787:<\/p>\n<p><em>Une femme , \u00e2g\u00e9e de 30 ans, accouch\u00e9e depuis 10 mois , &amp; qui demeure \u00e0 Roque-De-Thau, d\u00e9sirerait trouver un nourrisson. S&#8217;ad. \u00e0 M. Domecq, N\u00e9gociant, rue du Chay-des-Farines<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-16\" href=\"#post-54-footnote-16\">[17]<\/a><\/sup><\/sup><\/em><\/p>\n<p>9 Novembre 1789:<\/p>\n<p><em>EFFETS A VENDRE.<\/em><\/p>\n<p><em>Mouchoirs du B\u00e9arn , de qualit\u00e9 sup\u00e9rieure, bons pour pacotille , et \u00e0 prix de fabrique. S&#8217;ad. rue du Chay-des-Farines, chez Mrs Domecq p\u00e8re &amp; fils, qui vendront aussi quelques pi\u00e8ces de beau drap bleu, de Carcassonne, pour uniformes.<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-17\" href=\"#post-54-footnote-17\">[18]<\/a><\/sup><\/sup><\/em><\/p>\n<p>10 F\u00e9vrier 1790:<\/p>\n<p><em>50 paires de souliers pour femmes, bien faits , &amp; \u00e0 un prix tr\u00e8s-mod\u00e9r\u00e9. S&#8217;ad. rue du chay des Farines , n\u00b030 , chez M&#8221; Domecq pere Si. fils , N\u00e9g., qui vendront ou \u00e9changeront une maison rue des Ayres , contre un bien de campagne , n&#8217;importe \u00e0 quelle distance de Bordeaux, pourvu qu&#8217;il soit situ\u00e9 dans un bon fonds. Lesdits sieurs vendront aussi un tonneau de vin rouge , de Haut-Brion<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-18\" href=\"#post-54-footnote-18\">[19]<\/a><\/sup><\/sup> , de l&#8217;ann\u00e9e 1784; deux barriques de vin blanc , de S&#8217;-Bris<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-19\" href=\"#post-54-footnote-19\">[20]<\/a><\/sup><\/sup> , de l&#8217;ann\u00e9e 1785; 100 douzaines de mouchoirs du B\u00e9arn, propres pour les Colonies, \u00e0 prix de fabrique, &amp; une partie de fromage, cro\u00fbte-rouge &amp; p\u00e2te-grasse , de Hollande<\/em><sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-20\" href=\"#post-54-footnote-20\">[21]<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<p>30 mars 1790 :<\/p>\n<p><em>M&#8221; Barth\u00e9l\u00e9my Domecq, pere &amp; fils, pr\u00e9viennent le public qu&#8217;ils viennent de recevoir un assortiment de draps, bleu de Roi, des fabriques de Lod\u00e8ve &amp; de Carcassonne, propres pour les Colonies &amp; la consommation int\u00e9rieure, &amp; qu&#8217;ils vendront \u00e0 prix de facture. On trouvera aussi chez, eux des fromages p\u00e2te grasse &amp; ronds, propres pour cargaison<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-21\" href=\"#post-54-footnote-21\">[22]<\/a><\/sup><\/sup>.<\/em><\/p>\n<p>19 septembre 1790:<\/p>\n<p><em>Effets \u00e0 vendre<\/em><\/p>\n<p><em>Une Limoni\u00e8re<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-22\" href=\"#post-54-footnote-22\">[23]<\/a><\/sup><\/sup>, \u00e0 glaces, \u00e0 4 places, solide, tr\u00e8s-commode &amp; propre pour le voyage. S&#8217;adr. \u00e0 l&#8217;h\u00f4tel des Sept-Fr\u00e8res ; ou , rue du Chay-des-farines, chez M. Domecq, pere &amp; fils<\/em>.<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-23\" href=\"#post-54-footnote-23\">[24]<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<p>13 Octobre 1790:<\/p>\n<p><em>Une ci-devant Seigneurie, dans le D\u00e9partement des Hautes-Pyr\u00e9n\u00e9es, \u00e0 4 lieues des bains de Bagnieres, \u00e0 2 lieues de la ville de Tarbe, &amp; consistant en une belle maison de ma\u00eetre , \u00e0 la moderne , dans une tr\u00e8s-belle position, &amp; \u00e0 proximit\u00e9 de la route de poste; autres b\u00e2timens &amp; agr\u00e9mens ; terres labourables, prairies , bois, vignobles , moulins, idem \u00e0 scier le bois, tuileries, rentes en grains, idem en argent, &amp; \u00e0 vendre avec toutes s\u00fbret\u00e9s, et toutes facilit\u00e9s qu&#8217;on pourra d\u00e9sirer pour le paiement. S&#8217;adr. pour de plus amples renseignements, \u00e0 M&#8221; Bmy Domecq, p\u00e8re et fils, N\u00e9g&#8221;, rue du Chay-des-Farines, n\u00b0 30.<\/em><sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-24\" href=\"#post-54-footnote-24\">[25]<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<p>26 Janvier 1793:<\/p>\n<p><em>La commune de St-Morillon , \u00e0 3 quarts de lieue de Laprade, &amp; \u00e0 une lieue de Castres, demande un citoyen qui soit en \u00e9tat de remplir la place de secr\u00e9taire-greffier de la commune, &amp; qui en m\u00eame tems voudroit se charger de celle de ma\u00eetre d&#8217;\u00e9cole. Ces deux emplois r\u00e9unis lui donneraient un traitement honn\u00eate &amp; de petits accessoires. S&#8217;adr. Aux cit. Domecq pere &amp;t fils, n\u00e9g. , rue du Chai-des-Farines, n\u00b0.30, \u00e0 Bordeaux.<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-25\" href=\"#post-54-footnote-25\">[26]<\/a><\/sup><\/sup><\/em><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" width=\"456\" height=\"672\" class=\"wp-image-100\" src=\"http:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-19.png\" srcset=\"https:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-19.png 456w, https:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-19-204x300.png 204w, https:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-19-183x270.png 183w\" sizes=\"(max-width: 456px) 100vw, 456px\" \/><\/p>\n<p>Barth\u00e9l\u00e9my Domecq vend des produits de sa r\u00e9gion natale du B\u00e9arn, mais aussi des produits venant de plus loin \u00e0 l&#8217;est. Beaucoup de n\u00e9gociants font de m\u00eame : ils gardent des contacts dans leur r\u00e9gion d&#8217;origine, ce qui leur permet de \u00ab tenir \u00bb ces \u00e9changes commerciaux. Ils ont leurs fournisseurs habituels. Preuve de ces contacts \u00e9troits, Barth\u00e9l\u00e9my Domecq travaille avec le messager de Pau qui est l&#8217;anc\u00eatre du facteur et un service de diligence. Il dispose non seulement de correspondants dans le B\u00e9arn, mais \u00e9galement \u00e0 Toulouse, son ancien lieu d\u2019habitation.<\/p>\n<p>Il devait \u00eatre difficile d\u2019ouvrir des relations commerciales. Avec un marchand inconnu, on s\u2019assurait d\u2019avoir des recommandations. On faisait connaissance en \u00e9changeant de petites quantit\u00e9s dans les d\u00e9buts<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-26\" href=\"#post-54-footnote-26\">[27]<\/a><\/sup><\/sup>.<\/p>\n<p>Le transport se fait par la Garonne \u00e9videmment, gr\u00e2ce aux mariniers. Mais la voie terrestre reste probablement tr\u00e8s utilis\u00e9e, m\u00eame si c\u2019est un lieu commun \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la d\u00e9nigrer et de se plaindre de l\u2019\u00e9tat des routes (On retrouve cette plainte dans la plupart des cahiers de dol\u00e9ances lors des Etats g\u00e9n\u00e9raux).<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-27\" href=\"#post-54-footnote-27\">[28]<\/a><\/sup><\/sup> La Garonne peut \u00eatre difficilement navigable \u00e0 certaines p\u00e9riodes, les inondations sont possibles.<\/p>\n<p>Barth\u00e9l\u00e9my Domecq a probablement aussi des contacts importants avec la Hollande. Il vend \u00e0 Bordeaux des fromages hollandais et on sait par sa r\u00e9clamation contre l&#8217;emprunt forc\u00e9 que l&#8217;on verra bient\u00f4t qu&#8217;il avait des cr\u00e9anciers en Hollande, \u00e0 Amsterdam et Rotterdam. Il est tr\u00e8s possible qu\u2019en retour, il vendait en Hollande des produits du bassin aquitain. A l&#8217;\u00e9poque les fromages de Hollande \u00e9taient plus r\u00e9put\u00e9s que les fromages fran\u00e7ais. D\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, le fromage n&#8217;\u00e9tait d&#8217;ailleurs pas tr\u00e8s en vogue en France. \u00ab\u00a0<em>Jamais homme sage ne mangea fromage<\/em>\u00a0\u00bb disait-on d\u2019une fa\u00e7on proverbiale. Legrand d&#8217;Aussy, auteur d\u2019une <em>Histoire de la vie priv\u00e9e des Fran\u00e7ais depuis l&#8217;origine de la nation jusqu&#8217;\u00e0 nos jours, <\/em>parue en 1782, enseigne \u00e0 ses lecteurs que leurs anc\u00eatres mangeaient du fromage ! \u00ab\u00a0<em>Il en a \u00e9t\u00e9 du go\u00fbt pour le fromage, ainsi que celui pour les p\u00e2tes. Nous les regardons aujourd\u2019hui l\u2019un et l\u2019autre comme propres seulement \u00e0 l\u2019Allemagne et \u00e0 l\u2019Italie, et l\u2019un et l\u2019autre ont fait longtemps les d\u00e9lices de nos P\u00e8res.<\/em>\u00a0\u00bb<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-28\" href=\"#post-54-footnote-28\">[29]<\/a><\/sup><\/sup> Le fromage reste en tout cas id\u00e9al pour les cargaisons. Il est couramment consomm\u00e9 par les marins.<\/p>\n<p>Certaines publicit\u00e9s montrent des activit\u00e9s qui ne sont pas de la vente de marchandises: le n\u00e9gociant peut pratiquer le m\u00e9tier d&#8217;agent immobilier, il communique aussi \u00e0 la fois les offres et les demandes d\u2019emploi. Le comptoir est m\u00eame un centre de d\u00e9p\u00f4t des objets trouv\u00e9s. Le n\u00e9gociant n&#8217;assure pas seulement le lien entre un producteur et un acheteur de marchandises, mais il fait \u00e9galement le lien entre les hommes.<\/p>\n<p>Il est fr\u00e9quent que l\u2019on attribue la naissance du capitalisme aux marchands et n\u00e9gociants du XVIIIe si\u00e8cle. Max Weber dans <em>l\u2019\u00e9thique protestante et l\u2019esprit du capitalisme<\/em>, fait de l\u2019\u00e9thique protestante aboutissant \u00e0 l\u2019enrichissement l\u2019explication du d\u00e9veloppement du capitalisme \u00e0 partir du XVIIIe si\u00e8cle. Fernand Braudel parle plut\u00f4t de l\u2019Italie du nord et du monde m\u00e9diterran\u00e9en d\u00e8s le XIVe si\u00e8cle. Mais il faut s\u2019entendre sur la d\u00e9finition du capitalisme\u2026 On conna\u00eet \u00e9galement les c\u00e9l\u00e8bres phrases du <em>Manifeste du parti communiste<\/em> de Karl Marx au sujet de la bourgeoisie<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-29\" href=\"#post-54-footnote-29\">[30]<\/a><\/sup><\/sup>. Les \u00e9conomistes n\u00e9o-classiques ne sont pas en reste en mati\u00e8re d\u2019abstraction quand ils b\u00e2tissent leurs mod\u00e8les sur un <em>homo economicus<\/em> capable en permanence d\u2019analyse et de rationalit\u00e9 parfaite. Tous ces mod\u00e8les globaux d\u2019explication du monde ne sont pas sans int\u00e9r\u00eat, mais sont totalement inutiles pour une tentative de biographie.<\/p>\n<p>On associe cette naissance du capitalisme \u00e0 une certaine froideur, la naissance d\u2019une autre monde, le monde du calcul. Les diff\u00e9rentes sources qui concernent nos pr\u00e9tendus premiers capitalistes montrent une sociabilit\u00e9 \u00e9loign\u00e9e de cette froideur. Jo\u00ebl Cornette fait cette remarque dans son \u00e9tude sur le n\u00e9gociant Benoit Lacombe: \u00ab\u00a0<em>Nous pensions d\u00e9couvrir une mentalit\u00e9 capitaliste en formation, nous trouvons tout au plus l\u2019id\u00e9ologie \u00e9triqu\u00e9e d\u2019un jeune n\u00e9gociant qui ne songe qu\u2019\u00e0 r\u00e9partir son petit capital \u00e0 peine constitu\u00e9 dans des affaires r\u00e9duites et multiples<\/em>.\u00a0\u00bb Les n\u00e9gociants ne sont pas toujours rationnels. Ils aiment, d\u00e9testent, s\u2019entraident parfois. Au voyageur de passage, le n\u00e9gociant fournit couche et souper. Il peut servir de poste restante, fournir des esp\u00e8ces, trouver un logement. On peut imaginer rencontres, discussions, d\u00e9bats. Plus que par ses ventes de livres, le n\u00e9gociant peut \u00eatre vecteur d\u2019id\u00e9es par sa conversation. Ce n\u2019est pas la conversation des salons, le subtil art fran\u00e7ais classique m\u00ealant esprit de finesse et ordonnancement clair du discours. Car ce n\u2019est pas une sociabilit\u00e9 d\u2019aristocrates, l<em>\u2019otium<\/em> se m\u00eale peu au <em>neg-otium, <\/em>le temps libre au temps compt\u00e9. Mais on se rend des services, on fait visiter la ville. On voyage et comme l\u2019\u00e9crivit Montaigne, le plus c\u00e9l\u00e8bre des Bordelais: \u00ab\u00a0<em>Il faut voyager pour frotter et limer sa cervelle contre celle d&#8217;aultruy<\/em>\u00a0\u00bb. C\u2019est dans ce milieu qu\u2019\u00e9volue la famille Domecq.<\/p>\n<p>C\u2019est la famille en effet dont il est question, et non Barth\u00e9l\u00e9my seul. On peut noter dans les publicit\u00e9s qu&#8217;\u00e0 partir de 1788, Barth\u00e9l\u00e9my Domecq associe son fils \u00e0 ses affaires. Il le fait par un acte sous seing priv\u00e9 dont il est question dans l\u2019acte de mariage de Cl\u00e9ment Domecq: la soci\u00e9t\u00e9 <strong>Barth\u00e9l\u00e9my Domecq et fils<\/strong> est constitu\u00e9e. S\u2019agissant des femmes de la famille, on ne peut que pr\u00e9sumer. Dans le milieu des n\u00e9gociants, les jeunes filles ne font pas l\u2019apprentissage du m\u00e9tier comme peuvent le faire les jeunes gar\u00e7ons, souvent commis ou marins pendant quelques ann\u00e9es dans les affaires du p\u00e8re ou d\u2019une de ses relations. Il arrive cependant que les veuves reprennent le commerce de leur mari. M\u00eame si le niveau de vie des Domecq leur permettait certainement d\u2019avoir des domestiques, il para\u00eet impossible que P\u00e9tronille Larr\u00e9 ait particip\u00e9 d\u2019une mani\u00e8re importante \u00e0 la vie du comptoir de son mari, inconciliable avec la tenue d\u2019un m\u00e9nage (rappelons qu\u2019elle a eu neuf enfants). Il n\u2019en est pas forc\u00e9ment de m\u00eame des deux filles qui ont pu y travailler d\u2019une mani\u00e8re accessoire jusqu\u2019\u00e0 leur mariage. Doroth\u00e9e \u00e9pousera Pierre-Ignace Guichon, qui travaille avec son p\u00e8re (et peut \u00eatre un peu avec elle ?) Et surtout la soeur a\u00een\u00e9e, Titine, vivra sous le m\u00eame toit que le comptoir de son p\u00e8re, puis de son fr\u00e8re jusqu\u2019\u00e0 son mariage en 1807 \u00e0 37 ans, dix ans apr\u00e8s la mort de son p\u00e8re; on peut l\u2019imaginer facilitant les activit\u00e9s du n\u00e9goce. On reste cependant insatisfait des connaissances sur les activit\u00e9s pr\u00e9cises de ces femmes.<\/p>\n<p>Une des publicit\u00e9s, celle qui est parue dans le <em>Journal de Guienne<\/em> du 30 mars 1790 pr\u00e9sente une particularit\u00e9 int\u00e9ressante : l&#8217;adresse du comptoir n&#8217;y est pas mentionn\u00e9e. S\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019une erreur, on peut y voir un indice de notori\u00e9t\u00e9. Cela montre que Barth\u00e9l\u00e9my Domecq \u00e9tait suffisamment connu pour ne pas rappeler son adresse \u00e0 ses potentiels clients, cherchant \u00e0 charger des cargaisons pour l&#8217;Am\u00e9rique ou ailleurs.<\/p>\n<p>Nous ne disposons pas de la correspondance de Barth\u00e9l\u00e9my Domecq. Celle d\u2019un autre n\u00e9gociant bordelais \u00ab ordinaire \u00bb de la m\u00eame \u00e9poque, Beno\u00eet Lacombe, a \u00e9t\u00e9 bien \u00e9tudi\u00e9e par Jo\u00ebl Cornette. On y voit un n\u00e9gociant qui tente d\u2019anticiper les retournements des prix, de faire du profit gr\u00e2ce aux \u00e9v\u00e8nements politiques ou climatiques. Par ces correspondants, il cherche \u00e0 obtenir des informations avant tout le monde, par exemple une \u00e9volution des prix dans une ville. Cela va guider ses achats, et \u00e9viter les invendus. Le petit n\u00e9gociant est forc\u00e9ment d\u00e9savantag\u00e9 par rapport au gros n\u00e9gociant pouvant garder des stocks, prendre des risques et subir des pertes sur une op\u00e9ration, pour faire des b\u00e9n\u00e9fices sur d\u2019autres. Le rapport \u00e0 l\u2019Etat est ambivalent: on cherche \u00e0 \u00e9chapper \u00e0 l\u2019octroi, aux taxes, mais on se satisfait qu\u2019il fasse respecter le protectionnisme contre la concurrence \u00e9trang\u00e8re<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-30\" href=\"#post-54-footnote-30\">[31]<\/a><\/sup><\/sup>.<\/p>\n<p>Le commerce colonial est all\u00e9chant, mais il est risqu\u00e9. Il est donc plut\u00f4t r\u00e9serv\u00e9 aux n\u00e9gociants de grande envergure, qui ont des bateaux, des entrep\u00f4ts, et qui dominent le march\u00e9.<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-31\" href=\"#post-54-footnote-31\">[32]<\/a><\/sup><\/sup> Barth\u00e9l\u00e9my Domecq semble se consacrer au commerce int\u00e9rieur, quitte \u00e0 fournir les bateaux qui partent pour l\u2019Am\u00e9rique. Il est alors une sorte de sous-traitant des gros n\u00e9gociants.<\/p>\n<p>A la duret\u00e9 de la concurrence, s\u2019ajoute les tromperies, dont Lacombe donne un exemple:<\/p>\n<p>\u00ab <em>C\u2019est une science pour que les barriques paraissent grosses et qu\u2019elles ayent en dehors 32 veltes et endedans elles ne contiennent que 30 tout au plus&#8230;<\/em> \u00bb<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-32\" href=\"#post-54-footnote-32\">[33]<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<p>Tricherie sur la quantit\u00e9 et la qualit\u00e9, du vin et des autres produits, pour \u00e9chapper au fisc ou tromper le client\u00a0: voil\u00e0 ce qui pouvait se pratiquer sur la place de Bordeaux.<\/p>\n<h1><a id=\"post-54-_heading=h.2et92p0\"><\/a> Des ventes de livres<\/h1>\n<p>On sait par ailleurs que Barth\u00e9l\u00e9my Domecq vendait des livres.<\/p>\n<p>Les fr\u00e8res Domecq sont cit\u00e9s dans une affaire de livres interdits qui concernent les fr\u00e8res Chappuis, libraires \u00e0 Bordeaux. Des livres interdits imprim\u00e9s \u00e0 Gen\u00e8ve, adress\u00e9s par le libraire aux fr\u00e8res Chappuis dans un ballot, avaient \u00e9t\u00e9 intercept\u00e9s \u00e0 Marseille en 1772. Ils devaient, selon le m\u00e9moire en d\u00e9fense des Chappuis, passer par Toulouse, o\u00f9 les fr\u00e8res Domecq auraient d\u00fb les faire passer \u00e0 Bordeaux. Les Chappuis auraient ensuite d\u00fb les faire embarquer jusqu&#8217;\u00e0 Lisbonne<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-33\" href=\"#post-54-footnote-33\">[34]<\/a><\/sup><\/sup>. \u00a0\u00a0<\/p>\n<p>Jacques Fran\u00e7ois Chappuis aura beau argumenter qu&#8217;il n&#8217;est qu&#8217;un commissionnaire, un \u00ab\u00a0<em>homme passif<\/em>\u00a0\u00bb, que son r\u00f4le \u00ab\u00a0<em>consiste \u00e0 v\u00e9rifier si la balle dont il a re\u00e7u avis est bien conditionn\u00e9e; si elle n\u2019a rien souffert par la n\u00e9gligence du voiturier, si les m\u00e9moires sont les m\u00eames et conformes \u00e0 la teneur de la lettre de la voiture: cette v\u00e9rification faite, le commissionnaire fait suivre la balle \u00e0 sa destination, en la confiant \u00e0 un autre roulier, qui est charg\u00e9 d\u2019acquitter les frais de douane et autres qui se per\u00e7oivent dans la route. <\/em>\u00bb. Il plaide comme il peut: \u00ab <em>Rien de plus secret dans le n\u00e9goce que l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une balle entre les mains du commissionnaire: il ne peut ni l\u2019enventrer ni la sonder, c\u2019est un d\u00e9p\u00f4t qui doit sortir de son magasin de la m\u00eame mani\u00e8re et dans le m\u00eame \u00e9tat qu\u2019il y est entr\u00e9&#8230;<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Rien n\u2019y fera, la soci\u00e9t\u00e9 Chappuis sera consid\u00e9r\u00e9e comme responsable de ce qu\u2019elle devait transporter<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-34\" href=\"#post-54-footnote-34\">[35]<\/a><\/sup><\/sup>. Chappuis sera donc condamn\u00e9 \u00e0 3000 livres d&#8217;amende. Il n\u2019y a pas de trace de condamnation pour Domecq.<\/p>\n<p>Barth\u00e9l\u00e9my Domecq est aussi un correspondant de la Soci\u00e9t\u00e9 typographique de Neuch\u00e2tel (STN). Dans les ann\u00e9es 1770 et 1780, la STN est \u00e0 la fois une maison d\u2019imprimerie et un des plus grands libraires en gros d\u2019Europe (Ses riches archives ont \u00e9t\u00e9 bien \u00e9tudi\u00e9es par l\u2019historien am\u00e9ricain Robert Darnton). De Londres \u00e0 la cit\u00e9 papale d\u2019Avignon, en passant par Amsterdam et la Suisse, les imprimeurs \u00e9chappent \u00e0 la censure qui s\u2019exerce en France. On pratique aussi all\u00e8grement la contrefa\u00e7on. Les livres interdits pour des raisons politiques, morales ou religieuses sont ensuite massivement vendus en France. On pense bien s\u00fbr aux ouvrages des Lumi\u00e8res mais on trouvait aussi des livres pornographiques ou protestants.<\/p>\n<p>Le commerce des livres est particuli\u00e8rement \u00e9tudi\u00e9 par les historiens, non seulement parce que les sources sont relativement abondantes, mais aussi parce que les questions th\u00e9oriques que l&#8217;on peut poser \u00e0 partir des faits sont int\u00e9ressantes, par exemple le point de savoir dans quelle mesure on peut dire que la R\u00e9volution fran\u00e7aise est caus\u00e9e par la litt\u00e9rature des Lumi\u00e8res. Les livres les plus vendus ne sont pas forc\u00e9ment ceux des auteurs phares des Lumi\u00e8res enterr\u00e9s au Panth\u00e9on. On lisait aussi des auteurs aujourd\u2019hui moins connus, comme Louis-S\u00e9bastien Mercier, auteur en 1771 de la fiction d\u2019anticipation <em>L&#8217;An 2440, r\u00eave s&#8217;il en fut jamais<\/em>, qui montre une France lib\u00e9r\u00e9e des oppressions dans laquelle l\u2019esprit des Lumi\u00e8res a gagn\u00e9.<\/p>\n<p>Un des commis de la STN, Jean-Fran\u00e7ois Favarger, entreprend en 1778 un tour de France des libraires pour essayer de vendre<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-35\" href=\"#post-54-footnote-35\">[36]<\/a><\/sup><\/sup>. C\u2019est un suisse protestant, mais la STN vendait toutes sortes de livres.<\/p>\n<p>Dans son journal il note ceci:<\/p>\n<p>\u00ab<em> &#8211; Roques Maret, parfumeur rue Ste Catherine est fort bon : ci-joint sa commission. Il faut faire attention d\u2019envoyer le tout \u00e0 Domecq pour tenir \u00e0 la disposition de Pascot Maret liquoriste m\u00eame rue car Roques ne veut pas \u00eatre nomm\u00e9. Il paiera \u00e0 la r\u00e9ception de la marchandise, il faudra tirer sur lui.<\/em><\/p>\n<p><em>&#8211; Domecq \u00e0 qui j\u2019ai \u00e9t\u00e9 recommand\u00e9 par Chaurou, para\u00eet un homme intelligent et fera pour nous ce qui sera en son pouvoir. <\/em>\u00bb<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-36\" href=\"#post-54-footnote-36\">[37]<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<p>Il \u00e9crit ensuite \u00e0 sa soci\u00e9t\u00e9:<\/p>\n<p>\u00ab <em>J\u2019ai d\u00e9couvert ici un marchand parfumeur qu\u2019on dit tr\u00e8s riche et qui tenait autrefois des livres protestant, malgr\u00e9 qu\u2019il n\u2019en tienne plus, je l\u2019ai engag\u00e9 de faire un essai surtout de notre Bibles et voici sa commission.<\/em><\/p>\n<p><em>Commission de M. Roques, marchand parfumier [&#8230;] Sainte Catherine \u00e0 Bordeaux pour \u00eatre envoy\u00e9e \u00e0 M. Domecq qui sera notre commissionnaire ici, lequel devra tenir lesdits livres \u00e0 la disposition de M. Pascot marchand de liqueurs \u00e0 la m\u00eame rue, car le premier ne veut pas \u00eatre connu. Le tout pour \u00eatre rendu \u00e0 nos risques jusques \u00e0 Bordeaux [franco] Lyon, car il n\u2019y a pas moyen de faire autrement ici.<\/em><\/p>\n<p><em>Ex. 13 pour 12 Bible folio<br \/>26 pour 24 Grand catechisme d\u2019Ostervald<br \/>6 Entretiens solitaires<br \/>2 Fables de La Fontaine sans figures<br \/>13 pour 12 Liturgie des Protestants de France<br \/>13 pour 12 Nouveau Testament<br \/>2 Sermons de Bons 3 volumes<br \/>4 Sermons de Durand 6 volumes<br \/>4 Sermons de Jacquelot<br \/>13 pour 12 Sermons pour les f\u00eates de M. Bertrand<br \/>6 Sonnets chr\u00e9tiens<br \/>4 Morale \u00e9vangelique 9 volumes<br \/>13 pour 12 Psaumes gros caract\u00e8res \u00e9dition sous presse \u00e0 Lausanne<\/em>\u00a0\u00bb<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-37\" href=\"#post-54-footnote-37\">[38]<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<p>Tous les livres list\u00e9s ci-dessus, sauf les <em>Fables<\/em> de La Fontaine, sont des livres du culte protestant. La bible d\u2019Ostervald est une bible traduite par un pasteur neuch\u00e2telois qui est alors une des plus utilis\u00e9es par les Protestants.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" width=\"463\" height=\"735\" class=\"wp-image-101\" src=\"http:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-20.png\" srcset=\"https:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-20.png 463w, https:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-20-189x300.png 189w, https:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-20-170x270.png 170w\" sizes=\"(max-width: 463px) 100vw, 463px\" \/><\/p>\n<p>Aux risques judiciaires s&#8217;ajoutaient les al\u00e9as des transports:<\/p>\n<p>\u00ab <em>Nous r\u00e9f\u00e9rant au contenu de nos derni\u00e8res, nous ne pouvons encore vous donner note exacte de ce qui s\u2019est trouv\u00e9 endommag\u00e9 dans vos balles&#8230; Ce Monsieur nous prie de faire toute diligence pour lui faire parvenir le plus t\u00f4t possible. Nous attendons vos ordres. En cons\u00e9quence, nous avons donn\u00e9 cours \u00e0 la balle BL n\u00b087 \u00e0 M. Domecq, n\u00e9gociant \u00e0 Bordeaux en pressant les pr\u00e9ventions requises pour \u00e9viter les accidents de route. Cette balle n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 mouill\u00e9e.<\/em>\u00a0\u00bb<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-38\" href=\"#post-54-footnote-38\">[39]<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<p>Barth\u00e9l\u00e9my Domecq nouera ensuite d\u2019autres liens avec les libraires bordelais: sa ni\u00e8ce (qui est aussi sa pupille) \u00e9pouse en l\u2019an II (1794) un fils d\u2019un des libraires bordelais Labotti\u00e8re (cousin de ceux qui firent b\u00e2tir dans Bordeaux l&#8217;h\u00f4tel Labotti\u00e8re) et la signature de Chappuis figure sur l\u2019acte de mariage.<\/p>\n<p><a id=\"post-54-_heading=h.tyjcwt\"><\/a> La religion<\/p>\n<p>Avant d\u2019aborder la politique, r\u00e9capitulons ce que nous savons sur le rapport de Barth\u00e9l\u00e9my Domecq \u00e0 la religion.<\/p>\n<ul>\n<li>Pontacq et Barzun, comme les environs de Pau, la ville de Jeanne d\u2019Albret et d&#8217;Henri\u00a0IV, \u00e9taient des foyers de calvinisme au XVIIe si\u00e8cle<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-39\" href=\"#post-54-footnote-39\">[40]<\/a><\/sup><\/sup>. Les messes catholiques y avaient m\u00eame presque disparues avant qu\u2019en 1605 Henri IV \u00e9tende \u00e0 tout le B\u00e9arn la libert\u00e9 du culte catholique. Quelques mois avant l\u2019\u00e9dit de Fontainebleau de 1685 (mieux connu sous le terme d&#8217;abrogation de l\u2019\u00e9dit de Nantes), les dragonnades (destructions, pillages et brimades en tout genre) s&#8217;abattent sur les Protestants du B\u00e9arn et de nombreux r\u00e9form\u00e9s se convertissent sous la menace. Ces conversions sont m\u00eame un pr\u00e9texte \u00e0 l\u2019abrogation de l\u2019\u00e9dit de tol\u00e9rance !<\/li>\n<\/ul>\n<p>Un petit nombre de r\u00e9form\u00e9s s\u2019exilent, mais la plupart deviennent des \u00ab nouveaux catholiques \u00bb. Barth\u00e9l\u00e9my Domecq avait certainement des anc\u00eatres protestants. C&#8217;est patent pour son gendre Pierre-Ignace Guichon: ses arri\u00e8re-grands-parents Samuel Barben\u00e8gre<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-40\" href=\"#post-54-footnote-40\">[41]<\/a><\/sup><\/sup> et Marie Deleuge ont par exemple renouvel\u00e9 leur abjuration avant leur mariage dans l\u2019\u00e9glise de Pontacq:<\/p>\n<p>\u00ab <em>le vingt cinqui\u00e8me jour de novembre 1700 Samuel de Barben\u00e8gre et Marie Deleuge de cette paroisse ont renouvel\u00e9 devant les autels de cette \u00e9glise l&#8217;abjuration qu&#8217;ils ont cy devant faite de la religion pr\u00e9tendue r\u00e9form\u00e9e ont demand\u00e9 pardon \u00e0 Dieu en l&#8217;\u00e9glise de n&#8217;avoir point cy devant fait avec d\u00e9votion n\u00e9cessaire la profession de la religion catholique apostolique et romaine qu&#8217;ils ont embrass\u00e9 \u00bb<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-41\" href=\"#post-54-footnote-41\">[42]<\/a><\/sup><\/sup> <\/em><\/p>\n<ul>\n<li>Barth\u00e9l\u00e9my Domecq t\u00e9moigne dans l&#8217;affaire Calas.<\/li>\n<li>Il vend des livres protestants. Ce qui est une activit\u00e9 risqu\u00e9e.<\/li>\n<li>Il est n\u00e9gociant, profession o\u00f9 l&#8217;on compte de nombreux protestants.<\/li>\n<li>Barth\u00e9l\u00e9my tient son pr\u00e9nom de son parrain lors de son bapt\u00eame catholique. C\u2019est un pr\u00e9nom tr\u00e8s port\u00e9 chez les protestants. S\u2019il est moins connot\u00e9 que certains pr\u00e9noms issus de l\u2019ancien testament (Samuel, Isaac\u2026), ce pr\u00e9nom d\u2019un des ap\u00f4tres est cependant un pr\u00e9nom fr\u00e9quemment port\u00e9 par les protestants et peu par les catholiques, d\u2019apr\u00e8s les \u00e9tudes statistiques qui ont \u00e9t\u00e9 faites<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-42\" href=\"#post-54-footnote-42\">[43]<\/a><\/sup><\/sup>. Il fait \u00e9videmment penser au massacre de 1572, on peut \u00e9ventuellement faire l\u2019hypoth\u00e8se de la bravade pour expliquer que les r\u00e9form\u00e9s appellent leurs enfants ainsi.<\/li>\n<li>On peut rajouter encore cet extrait d\u2019un appel au don qu\u2019avec d&#8217;autres volontaires, les Domecq font publier dans le <em>Journal de Guienne<\/em>: \u00ab <em> Dans un moment o\u00f9 l&#8217;Assembl\u00e9e Nationale vient de d\u00e9cr\u00e9ter, &amp; d&#8217;approuver, non feulement le plan du premier Ministre des Finances, mais encore la remise de l&#8217;argenterie des \u00c9glises, qui n&#8217;est pas n\u00e9cessaire \u00e0 la d\u00e9cence du Culte Divin, il parait naturel que tous les Citoyens, sans distinction, s&#8217;empresseront de concourir\u2026<\/em> \u00bb<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-43\" href=\"#post-54-footnote-43\">[44]<\/a><\/sup><\/sup> Barth\u00e9l\u00e9my Domecq consid\u00e8re que le culte divin ne n\u00e9cessite pas de dorures. Ce n\u2019est pas une opinion tr\u00e8s catholique<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-44\" href=\"#post-54-footnote-44\">[45]<\/a><\/sup><\/sup>.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Une lettre re\u00e7ue par Barth\u00e9l\u00e9my constitue enfin un dernier indice. \u00c0 Montauban en 1790, la violence montre que les rancunes entre communaut\u00e9s n&#8217;ont pas disparu. Cinq protestants appartenant \u00e0 la garde nationale sont lynch\u00e9s par une foule qui aurait \u00e9t\u00e9 entra\u00een\u00e9e par des pr\u00eatres et des aristocrates. Les autorit\u00e9s sont oblig\u00e9es d&#8217;emprisonner un certain nombre de gardes pour les prot\u00e9ger. Apr\u00e8s ces \u00e9v\u00e9nements de Montauban, Barth\u00e9l\u00e9my Domecq est un des premiers inform\u00e9s par une lettre que lui envoie un de ses amis. Cette lettre est d&#8217;ailleurs publi\u00e9e<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-45\" href=\"#post-54-footnote-45\">[46]<\/a><\/sup><\/sup>, et ce sont les gardes nationaux de Bordeaux qui partiront r\u00e9tablir l&#8217;ordre r\u00e9volutionnaire, sans m\u00eame attendre la demande de Paris.<\/p>\n<p>Rien n&#8217;est d\u00e9cisif mais l&#8217;ensemble para\u00eet suffisant pour emporter la conviction: on peut consid\u00e9rer Barth\u00e9l\u00e9my Domecq comme protestant. Certes, lui et ses enfants sont tous baptis\u00e9s en l\u2019\u00e9glise catholique. Mais cela peut s\u2019expliquer.<\/p>\n<p>De 1685 \u00e0 1787 (voire 1789), les calvinistes vivent le d\u00e9sert, nom donn\u00e9 par analogie avec la travers\u00e9e du d\u00e9sert par les Juifs. Les pers\u00e9cutions incitent \u00e0 une pratique secr\u00e8te. Mais les pasteurs ne recommandent pas une strat\u00e9gie de dissimulation derri\u00e8re une pratique catholique de fa\u00e7ade. Les bapt\u00eames et mariages catholiques ne sont pas accept\u00e9s. Bien au contraire, le synode national de 1747 qui a lieu clandestinement dans le Vivarais rappelle que les bapt\u00eames et mariages catholiques sont interdits sous peine d&#8217;excommunication<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-46\" href=\"#post-54-footnote-46\">[47]<\/a><\/sup><\/sup>.<\/p>\n<p>Pour autant, \u00e0 Barzun en 1738 et \u00e0 Toulouse dans les ann\u00e9es 1760, le bapt\u00eame catholique semble une formalit\u00e9 indispensable, le scandale aurait \u00e9t\u00e9 trop grand&#8230; Cela explique que tous les enfants Domecq ont \u00e9t\u00e9 baptis\u00e9s (ou en tout cas, neuf !). Jean Calas lui-m\u00eame avait fait baptiser ses enfants dans l\u2019\u00e9glise St Etienne de Toulouse, y compris le suicid\u00e9 Marc-Antoine.<\/p>\n<p>Ce sont des clercs qui sont parrains de deux enfants Domecq. Est-ce le signe que la famille fr\u00e9quentait beaucoup le clerg\u00e9 catholique ? Une interpr\u00e9tation oppos\u00e9e semble meilleure : la famille ne se pr\u00e9occupe pas de trouver un parrain et une marraine. On fait baptiser le nouveau-n\u00e9 par obligation. Pour cela on se pr\u00e9sente \u00e0 l&#8217;\u00e9glise et on demande \u00e0 un quelconque chanoine<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-47\" href=\"#post-54-footnote-47\">[48]<\/a><\/sup><\/sup> ou sous-diacre<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-48\" href=\"#post-54-footnote-48\">[49]<\/a><\/sup><\/sup> d&#8217;\u00eatre parrain. Quatre des neuf enfants n\u2019ont d\u2019ailleurs qu\u2019un parrain et pas de marraine.<\/p>\n<p>Mais Barth\u00e9l\u00e9my ne fuit pas le clerg\u00e9 catholique. On l\u2019a vu, il peut aider un pr\u00eatre \u00e0 trouver une place. Il fait certainement des affaires avec les marchands et n\u00e9gociants de toute religion: catholiques, juifs et protestants.<\/p>\n<p>A partir de l\u2019\u00e9dit de 1787, les protestants ont le droit d\u2019\u00e9tablir un \u00e9tat civil. Il est \u00e0 noter qu\u2019on ne trouve pas de Domecq dans l\u2019\u00e9tat civil de \u00ab r\u00e9gularisation \u00bb des actes du d\u00e9sert \u00e0 Bordeaux \u00e0 partir de 1787, dans lequel on retrouve quelques grands noms du n\u00e9goce comme Nairac ou Balguerie.<\/p>\n<p>La pratique est rest\u00e9e discr\u00e8te. On ne peut exclure, dans un contexte de d\u00e9christianisation, que ce protestantisme ne se r\u00e9duise \u00e0 quelques \u00e9l\u00e9ments d\u2019identit\u00e9 culturelle ou de solidarit\u00e9 \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur d&#8217;une communaut\u00e9. Cela expliquerait l\u2019absence de r\u00e9gularisation dans l\u2019\u00e9tat civil de Bordeaux. C\u2019est possible, mais faute de source, on ne pourra pas rentrer profond\u00e9ment dans la conscience de Barth\u00e9l\u00e9my Domecq ni conna\u00eetre sa pratique quotidienne. Quoiqu\u2019il en soit, le propre du calvinisme est de croire que les \u00e9lus sont amen\u00e9s au salut en recevant un appel int\u00e9rieur sp\u00e9cial. Il pr\u00f4ne une liaison avec le divin et les \u00e9critures sans m\u00e9diation inutile, et place l&#8217;essentiel dans l\u2019intimit\u00e9 d\u2019un individu, certes sans reniement, mais sans non plus un n\u00e9cessaire affichage spectaculaire. Et surtout, on peut comprendre que m\u00eame dans un contexte de tol\u00e9rance grandissante, l\u2019affaire Calas et le massacre de Montauban incitent \u00e0 la discr\u00e9tion dans ses pratiques.<\/p>\n<p><a id=\"post-54-_heading=h.3dy6vkm\"><\/a> La franc-ma\u00e7onnerie<\/p>\n<p>Apr\u00e8s le protestantisme, il nous faut \u00e9voquer la franc-ma\u00e7onnerie.<\/p>\n<p>Barth\u00e9l\u00e9my Domecq et son gendre Pierre-Ignace Guichon ont de dr\u00f4les de signatures.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" width=\"656\" height=\"209\" class=\"wp-image-102\" src=\"http:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-21.png\" srcset=\"https:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-21.png 656w, https:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-21-300x96.png 300w, https:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-21-604x192.png 604w\" sizes=\"(max-width: 656px) 100vw, 656px\" \/> <img loading=\"lazy\" width=\"299\" height=\"130\" class=\"wp-image-103\" src=\"http:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-22.png\" \/><\/p>\n<p>Pourquoi ? Il s\u2019agit tout \u00e0 fait du genre de question \u00e0 laquelle on pourrait r\u00e9pondre par plaisanterie \u00ab pour faire parler les curieux \u00bb. Cet usage des deux traits et des trois points est tr\u00e8s courante \u00e0 l\u2019\u00e9poque<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-49\" href=\"#post-54-footnote-49\">[50]<\/a><\/sup><\/sup>. Est-ce une coquetterie ?<\/p>\n<p>S\u2019il s\u2019agit de montrer l\u2019appartenance \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 secr\u00e8te, on peut faire remarquer sans espi\u00e8glerie excessive que la discr\u00e9tion n\u2019est pas de mise. Si la signification peut rester secr\u00e8te, en revanche l\u2019appartenance \u00e0 la pr\u00e9sum\u00e9e guilde des signataires en \u00ab triponctuation \u00bb ne l\u2019est pas du tout. Les points pourraient repr\u00e9senter le pass\u00e9, le pr\u00e9sent et l\u2019avenir, ou les colonnes du temple, ou encore les trois points en tant que signe de ponctuation. Les deux traits seraient l\u2019ancien et le nouveau testament. Plus inhabituelles sont la spirale finale et les boucles en dessous qui nous font penser \u00e0 une corde et un n\u0153ud de chaise, qui chez Barth\u00e9l\u00e9my apparaissent d\u00e8s sa p\u00e9riode toulousaine. Symbole de marins ? L\u2019imagination est sans limites&#8230; et l&#8217;appartenance \u00e0 la franc-ma\u00e7onnerie serait une explication possible, peut-\u00eatre la meilleure<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-50\" href=\"#post-54-footnote-50\">[51]<\/a><\/sup><\/sup>.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" width=\"280\" height=\"83\" class=\"wp-image-104\" src=\"http:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-23.png\" \/><\/p>\n<p>La franc-ma\u00e7onnerie est tr\u00e8s pr\u00e9sente dans les milieux n\u00e9gociants \u00e0 Bordeaux (et tr\u00e8s pr\u00e9sente chez les esclavagistes), au moins autant chez les protestants que chez les catholiques. Mais il semble que l\u2019usage de cette signature en France s\u2019est r\u00e9pandu avant l\u2019arriv\u00e9e de la franc-ma\u00e7onnerie<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-51\" href=\"#post-54-footnote-51\">[52]<\/a><\/sup><\/sup>. Ni Domecq ni Guichon n&#8217;apparaissent dans les recensements (forc\u00e9ment non exhaustifs) des francs-ma\u00e7ons. Une autre soci\u00e9t\u00e9 secr\u00e8te serait \u00e9galement envisageable. Malgr\u00e9 les Lumi\u00e8res, de nombreuses soci\u00e9t\u00e9s pseudo-scientifiques prosp\u00e8rent \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Comme beaucoup de futurs r\u00e9volutionnaires (Marat, Brissot, La Fayette\u2026), de nombreux n\u00e9gociants bordelais font partie d\u2019une secte croyant au magn\u00e9tisme animal autour du charlatan Messmer<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-52\" href=\"#post-54-footnote-52\">[53]<\/a><\/sup><\/sup>. Domecq ne figure pas dans la liste de leurs membres constitu\u00e9e d\u2019une partie de l\u2019\u00e9lite de la ville<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-53\" href=\"#post-54-footnote-53\">[54]<\/a><\/sup><\/sup>, et rien ne montre qu\u2019ils aient eu une signature particuli\u00e8re.<\/p>\n<p>On peut aussi penser \u00e0 une sorte de formule porte-bonheur. La signature est pour beaucoup de gens du temps un des rares cas o\u00f9 l\u2019on prend la plume (ce n\u2019est \u00e9videmment pas le cas de n\u00e9gociants habitu\u00e9s \u00e0 \u00e9crire dans l\u2019exercice de leur profession, mais comme on l\u2019a dit, il s\u2019agit d\u2019une mode, elle peut donc s&#8217;\u00eatre propag\u00e9e). La relation \u00e0 l\u2019\u00e9crit serait alors celle qu\u2019on aurait \u00e0 quelque chose de rare, mais de d\u00e9cisif.<\/p>\n<p>L\u2019alphab\u00e9tisation croissante de la population a remplac\u00e9 parfois l\u2019usage de la croix, symbole lourd de sens s\u2019il en est en pays chr\u00e9tien, par l\u2019\u00e9criture du nom patronymique. Il s\u2019agit d\u2019approuver le contenu d\u2019un \u00e9crit, et pour cela d\u2019inscrire le nom patronymique, qui nous caract\u00e9rise apr\u00e8s avoir caract\u00e9ris\u00e9 notre p\u00e8re, le p\u00e8re de celui-ci et nos innombrables a\u00efeux, mais dont l\u2019origine para\u00eet myst\u00e9rieuse (surtout en France, o\u00f9 l\u2019on trouve souvent l\u2019origine des noms de famille dans le bas-latin ou dans un ancien dialecte r\u00e9gional qui n\u2019est plus parl\u00e9 par le porteur du nom). La signature li\u00e9e \u00e0 l\u2019engagement juridique aurait donc quelque chose de \u00ab magique \u00bb, et la superstition trouverait sa place.<\/p>\n<p>Et comme pour certains rites religieux, on trace un signe comme on accomplirait un rituel sans forc\u00e9ment penser \u00e0 son sens, voire m\u00eame sans le comprendre.<\/p>\n<p>Tous ces d\u00e9veloppements sont des tentatives, peut \u00eatre laborieuses, pour exposer ce qui semble \u00eatre les meilleures raisons de ces \u00e9tranges signatures, \u00e0 condition qu\u2019il y ait vraiment des raisons\u00a0!<\/p>\n<h1><a id=\"post-54-_heading=h.1t3h5sf\"><\/a> L\u2019engagement politique<\/h1>\n<p>Les Domecq font preuve d\u2019un engagement politique plus fort que l\u2019engagement religieux. A deux reprises, Barth\u00e9l\u00e9my Domecq fait un don patriotique et lance un appel au don. En 1789, il est membre d\u2019un groupe qui fait para\u00eetre le message que nous avons d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9, et dont voici l\u2019int\u00e9gralit\u00e9:<\/p>\n<p><em>HOTEL-DE- VILLE,<br \/>Adresse \u00e0 Messieurs les Quatre-Vingt-dix \u00c9lecteurs des Communes de Bordeaux.<\/em><\/p>\n<p><em>MESSIEURS, Les Volontaires Patriotiques du R\u00e9giment de la Paroisse de S&#8217;-Pierre de cette Ville, anim\u00e9s du d\u00e9sir de concourir au r\u00e9tablissement des Finances de l&#8217;Etat, &amp; pr\u00e9venus du plan annonc\u00e9 par les Volontaires de la Garde Nationale Parisienne, d&#8217;envoyer leurs boucles d&#8217;argent \u00e0 la disposition de l&#8217;Assembl\u00e9e Nationale, pour \u00eatre converties en esp\u00e8ces , ont l&#8217;honneur de s&#8217;adresser \u00e0 vous, Messieurs , pour vous communiquer leurs intentions , &amp; vous prier de faire agr\u00e9er ce faible tribut de leur patriotisme, &amp; de l&#8217;int\u00e9r\u00eat qu&#8217;ils prennent \u00e0 la situation actuelle des besoins de la Nation.<\/em><\/p>\n<p><em>Ce faible sacrifice, qui ne peut g\u00eaner en rien les bons Patriotes, peut devenir tr\u00e8s important pour la chose publique, s&#8217;il est g\u00e9n\u00e9ralement adopt\u00e9 , comme il est \u00e0 pr\u00e9sumer qu&#8217;il le sera, &amp; que le m\u00eame empressement qu&#8217;on a montr\u00e9 pour prendre la Cocarde Nationale pour soutenir la libert\u00e9 &amp; la r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration Fran\u00e7oise, inspirera les m\u00eames sentiments \u00e0 tous les individus de faire le l\u00e9ger sacrifice de leurs boucles d&#8217;argent, qu&#8217;ils pourront remplacer \u00e0 peu de frais par des boucles de cuivre, assorties \u00e0 l&#8217;habit militaire &amp; autres, attendu que tous les Citoyens font les Soldats de la Patrie.<\/em><\/p>\n<p><em>Nous vous prions, Messieurs, d&#8217;agr\u00e9er le z\u00e8le Patriotique qui nous a inspir\u00e9 cette d\u00e9marche, &amp; de d\u00e9lib\u00e9rer dans votre sagesse sur les moyens les plus propres \u00e0 exciter une \u00e9mulation g\u00e9n\u00e9rale en ce genre. Dans un moment o\u00f9 l&#8217;Assembl\u00e9e Nationale vient de d\u00e9cr\u00e9ter ,&amp; d&#8217;approuver , non seulement le plan du premier Ministre des Finances, mais encore ia remise de l&#8217;argenterie des Eglises, qui n&#8217;est pas n\u00e9cessaire \u00e0 la d\u00e9cence du Culte Divin , il parait naturel que tous les Citoyens, sans distinction, s&#8217;empresseront de concourir, par tous les moyens possibles, &amp; notamment par celui que nous venons d&#8217;indiquer, \u00e0 la r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration de l&#8217;Etat, &amp; \u00e0 soutenir l&#8217;honneur &amp; la loyaut\u00e9 Fran\u00e7oise.<\/em><\/p>\n<p><em>P\u00e9n\u00e9tr\u00e9s de ces sentiments, Messieurs, nous osons nous flatter que vous daignerez accueillir nos hommages, &amp; d&#8217;\u00eatre les interpr\u00e8tes des voeux que nous adressons au Ciel pour la prosp\u00e9rit\u00e9 de l&#8217;Etat.<\/em><\/p>\n<p><em>Nous avons l&#8217;honneur d&#8217;\u00eatre avec un profond respect, MESSIEURS, Vos tr\u00e8s-humbles &amp; tr\u00e8s-ob\u00e9issants serviteurs, J&#8221; B&#8221; Salenave, Volontaire du R\u00e9giment de St.-Pierre. Bmy Domecq pere. Domecq fils. Druilhes, Caporal. P. Tenaud.<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-54\" href=\"#post-54-footnote-54\">[55]<\/a><\/sup><\/sup><\/em><\/p>\n<p>Remarquons apr\u00e8s le satisfecit de la fonte de l&#8217;argenterie des \u00e9glises, les \u00ab <em>voeux adress\u00e9s au Ciel pour la prosp\u00e9rit\u00e9 de l\u2019Etat <\/em>\u00bb. Le Dieu catholique a disparu des discours, place \u00e0 la religion de l\u2019homme libre.<\/p>\n<p>Mais qui sont ces Quatre-vingt-dix ? Les Etats g\u00e9n\u00e9raux convoqu\u00e9s, un syst\u00e8me de vote \u00e0 plusieurs degr\u00e9s fut mis en place pour d\u00e9signer les quatre d\u00e9put\u00e9s du Tiers \u00c9tat repr\u00e9sentant la ville de Bordeaux. Les corporations, selon leur importance, d\u00e9sign\u00e8rent un ou deux d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s. Les bourgeois de la ville n\u2019appartenant \u00e0 aucune corporation en choisirent d\u2019autres. De l\u00e0 un ensemble de 240 d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s, qui nomm\u00e8rent ces 90 \u00e9lecteurs, qui eux-m\u00eames d\u00e9sign\u00e8rent les 4 d\u00e9put\u00e9s (trois n\u00e9gociants et un m\u00e9decin).<\/p>\n<p>Le r\u00f4le des Quatre-vingt-dix aurait d\u00fb s&#8217;arr\u00eater l\u00e0. Mais \u00e0 partir de juillet 1789, la France conna\u00eet une vague de r\u00e9volutions municipales. A partir du 18 juillet 1789, les Quatre-vingt-dix de Bordeaux font leur \u00ab Serment du jeu de Paume \u00bb local. Ils se constituent en conseil permanent, et prennent le pouvoir au d\u00e9pend des institutions de l\u2019ancien r\u00e9gime: l\u2019Intendant, les Jurats et le Parlement de Bordeaux.<\/p>\n<p>En m\u00eame temps que les Quatre-vingt-dix, une garde patriotique charg\u00e9e de pr\u00e9server l\u2019ordre public est mise en place. Tout cela se fit dans un calme relatif. L\u2019ann\u00e9e 1789 ne fut pas violente \u00e0 Bordeaux. On y suivit de pr\u00e8s les \u00e9v\u00e8nements nationaux dans le calme, par exemple ces appels au don. L\u2019exemple du don de boucle de ceinture fut suivi par les Quatre-vingt-dix, dans l\u2019esprit du temps qui tendait \u00e0 la surench\u00e8re de d\u00e9monstration de patriotisme.<\/p>\n<p>En Janvier 1790, ils mettent \u00e9galement en place des sections, d\u2019abord seulement \u00e9lectorales: Une nouvelle municipalit\u00e9 est \u00e9lue. Ces sections se r\u00e9uniront ensuite de fa\u00e7on permanente notamment \u00e0 partir d&#8217;ao\u00fbt 1792, sous le nouveau r\u00e9gime r\u00e9publicain (comme \u00e0 Paris). Elles prennent alors des noms \u00e9vocateurs: Section \u00ab Guillaume Tell \u00bb, \u00ab Franklin \u00bb, \u00ab de l\u2019\u00e9galit\u00e9\u00a0\u00bb&#8230; Barth\u00e9l\u00e9my Domecq dira plus tard avoir \u00e9t\u00e9 actif dans sa section, qui est la section n\u00b07 dite \u00ab\u00a0Brutus \u00bb.<\/p>\n<p>Brutus est \u00e0 la fois le nom de Marcus Junius Brutus, un des meurtriers de Jules C\u00e9sar qui \u00e9tait accus\u00e9 de vouloir renverser la R\u00e9publique romaine et devenir roi, en -44. C&#8217;est aussi le nom de Lucius Junius Brutus, qui renversa la royaut\u00e9 des Tarquins en -509 et devint l&#8217;un des premiers consuls de Rome. Il fit ex\u00e9cuter ces deux fils qui complotaient contre la R\u00e9publique. Ces histoires plus ou moins l\u00e9gendaires de la Rome antique \u00e9taient tr\u00e8s connues au XVIIIe si\u00e8cle.<\/p>\n<p>A Bordeaux comme \u00e0 Paris, ces sections \u00ab surveillent \u00bb le pouvoir en place. A Paris, cette surveillance finira par emporter la convention girondine. En mai 1793, Vergniaud, d\u00e9put\u00e9 de Bordeaux et du parti girondin, lance un appel face aux menaces des montagnards et de la Commune de Paris: \u00ab <em>Hommes de la Gironde levez-vous!<\/em> \u00bb. Son coll\u00e8gue Guadet demande la suppression des autorit\u00e9s parisiennes et le transfert de la Convention \u00e0 Bourges. Ces appels seront relay\u00e9s par la municipalit\u00e9 de Bordeaux notamment via le maire Fran\u00e7ois Saige qui menace la Convention. Mais ils sont insuffisamment suivis apr\u00e8s l&#8217;arrestation des d\u00e9put\u00e9s girondins le 2 juin 1793. La Convention \u00ab\u00a0\u00a0montagnarde \u00bb envoie \u00e0 Bordeaux certains de ses membres nomm\u00e9s \u00ab Repr\u00e9sentants du peuple en mission \u00bb. Ceux-ci sont d\u2019abord mal accueillis, malgr\u00e9 l\u2019aura de repr\u00e9sentant du peuple, et doivent se r\u00e9fugier quelque temps \u00e0 La R\u00e9ole. Les sections sont alors leur soutien \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de Bordeaux, contre les institutions locales sympathisantes des girondins. La section Brutus ne fut pas la plus active, mais elle d\u00e9p\u00eacha des commissaires au conventionnel Ysabeau lorsqu\u2019il se trouvait \u00e0 la R\u00e9ole. Elle comportait en revanche quelques partisans des girondins, mais ne fait pas partie non plus des sections qui prirent la plus grande part \u00e0 l\u2019insurrection girondine et \u00e0 la mise en place de la \u00ab\u00a0Commission populaire\u00a0\u00bb pour r\u00e9sister \u00e0 la Convention<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-55\" href=\"#post-54-footnote-55\">[56]<\/a><\/sup><\/sup>.<\/p>\n<p>Le 18 septembre 1793, pouss\u00e9es par les repr\u00e9sentants envoy\u00e9s par la Convention, les Sections (notamment la Section Franklin) renversent la Municipalit\u00e9 et forment une nouvelle commission pour la remplacer. Le maire Saige est arr\u00eat\u00e9. Le 17 octobre suivant, quatre Repr\u00e9sentants en mission rentrent dans la ville. D\u2019apr\u00e8s leur rapport ils sont accueillis par des sans-culottes qui leur crient \u00ab\u00a0<em>Vive la R\u00e9publique! Vive la montagne! <\/em>\u00bb. Ces conventionnels en mission, notamment Tallien et Ysabeau, sont dor\u00e9navant les vrais ma\u00eetres de Bordeaux.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<h1><a id=\"post-54-_heading=h.2s8eyo1\"><\/a> La Terreur<\/h1>\n<p>Tallien et Ysabeau installent un tribunal r\u00e9volutionnaire, nomm\u00e9 Commission militaire, qui si\u00e8ge du 23 octobre 1793 au 31 juillet 1794. Elle est charg\u00e9e de juger tous ceux qui menacent la R\u00e9publique, en \u00e9tat de guerre. Elle est pr\u00e9sid\u00e9e par Jean-Baptiste Lacombe, un \u00ab\u00a0terroriste\u00a0\u00bb tout sauf \u00ab incorruptible \u00bb (il recevait de grosses sommes pour acquitter des accus\u00e9s). Il sera guillotin\u00e9 \u00e0 son tour apr\u00e8s le 9 thermidor. La commission militaire aurait fait compara\u00eetre 898 pr\u00e9venus, prononcer 376 acquittements et 302 condamnations \u00e0 mort (la dernier \u00e9tant celle de Lacombe lui-m\u00eame). Parmi les pr\u00e9venus, 221 personnes du monde du commerce dont 131 n\u00e9gociants (sur environ un millier que compte la ville)<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-56\" href=\"#post-54-footnote-56\">[57]<\/a><\/sup><\/sup>. Un petit nombre d\u2019entre eux s\u2019\u00e9taient montr\u00e9s partisans des Girondins, mais pour l\u2019essentiel, c\u2019est le fait m\u00eame d\u2019\u00eatre n\u00e9gociant qui les envoie devant la Commission militaire.<\/p>\n<p>Il est devenu suspect d\u2019\u00eatre riche, et dans le contexte de la guerre r\u00e9volutionnaire contre une grande partie de l\u2019Europe, on est facilement accus\u00e9 d\u2019\u00e9go\u00efsme. Une comparaison de la fortune en 1789 et de la fortune au moment du jugement est fr\u00e9quemment faite, et il est tr\u00e8s suspect de ne pas avoir perdu suffisamment. Certains n\u00e9gociants sont condamn\u00e9s \u00e0 d\u2019importantes amendes et certains sont guillotin\u00e9s.<\/p>\n<p>Cette haine des n\u00e9gociants est courante chez les \u00e9l\u00e9ments les plus radicaux des sections parisiennes qui \u00ab surveillent \u00bb la Convention. Voici ce qu\u2019\u00e9crit Hebert dans le <em>P\u00e8re Duchesne<\/em> le 1er septembre 1793:<\/p>\n<p>\u00ab <em>La patrie, foutre, les n\u00e9gociants n\u2019en ont point. Tant qu\u2019ils ont cru que la R\u00e9volution leur serait utile, ils l\u2019ont soutenue. Mais c\u2019\u00e9tait pour se mettre \u00e0 la place des aristocrates. Tous ces jean-foutre nous ont tourn\u00e9 casaque et ils emploient le vert et le sec<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-57\" href=\"#post-54-footnote-57\">[58]<\/a><\/sup><\/sup> pour d\u00e9truire la R\u00e9publique. Ils ont accapar\u00e9 toutes les subsistances pour les revendre au poids de l\u2019or ou pour nous amener la disette.<\/em> \u00bb<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-58\" href=\"#post-54-footnote-58\">[59]<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<p>Sous l\u2019influence des \u00ab exag\u00e9r\u00e9s \u00bb comme H\u00e9bert, la Convention vota plusieurs lois pour r\u00e9guler le commerce des biens de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9. Il y eu notamment le d\u00e9cret contre les accapareurs du 26 juillet 1793: l\u2019accaparement devint un crime capital, pour tout commer\u00e7ant qui ne ferait pas la d\u00e9claration et l\u2019affichage de ses stocks de denr\u00e9es de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9. Puis la loi du Maximum g\u00e9n\u00e9ral du 29 septembre 1793 fixa des maxima pour une s\u00e9rie de produits (notamment denr\u00e9es alimentaires, combustibles, bois, m\u00e9taux&#8230;) et l\u2019associa \u00e0 un blocage des salaires.<\/p>\n<p>Cette l\u00e9gislation est inspir\u00e9e par le souvenir des disettes (notamment celle de 1789) aggrav\u00e9es par le fait que des gros n\u00e9gociants en situation d\u2019oligopole gardaient leur stock de grains et ne vendaient que petit \u00e0 petit pour ne pas faire baisser les prix. Mais \u00e0 Bordeaux comme ailleurs, l\u2019application de la loi est difficile. Elle g\u00e9n\u00e8re des abus, mais aussi des fraudes et des ruines.<\/p>\n<p>Tallien et Ysabeau prennent alors des mesures aussi surprenantes qu\u2019\u00e9nergiques, par un arr\u00eat\u00e9 du 7 janvier 1794:<\/p>\n<p><em>\u00ab Les repr\u00e9sentants du peuple en mission \u00e0 Bordeaux, instruits que plusieurs n\u00e9gociants viennent de d\u00e9poser leur [&#8230;] bilan arr\u00eatent ce qui suit: ceux qui ont remis ou remettront leur bilan seront arr\u00eat\u00e9s de suite pour \u00eatre interrog\u00e9s par le Comit\u00e9 de surveillance et traduits, s\u2019il y a lieu, \u00e0 la Commission militaire.\u00a0\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Tallien, envoyant cet arr\u00eat\u00e9 \u00e0 la Convention, \u00e9crit:<em> \u00ab depuis notre arr\u00eat\u00e9 presque tous les bilans d\u00e9pos\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 retir\u00e9s, et l\u2019on entend plus parler de faillite. \u00bb<\/em><sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-59\" href=\"#post-54-footnote-59\">[60]<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<p>C\u2019est dans ce contexte que le nom de Barth\u00e9l\u00e9my Domecq est cit\u00e9 \u00e0 la Convention lors d\u2019une s\u00e9ance du 4 mars 1794. Bertrand Bar\u00e8re, au nom du Comit\u00e9 de Salut public, pr\u00e9sente une mise \u00e0 jour du tableau du maximum. Il s\u2019oppose \u00e0 ce que le b\u00e9n\u00e9fice maximum de 5 pour 100 des marchands en gros soit r\u00e9duit \u00e0 2 pour 100:<\/p>\n<p><em>\u00ab Bar\u00e8re: ce que nous voulons faire, c\u2019est de gu\u00e9rir le commerce qui est usuraire, monarchique et contre-r\u00e9volutionnaire, mais pour cela il faut le saigner, non le tuer. (on applaudit)<\/em><\/p>\n<p><em>Bar\u00e8re: Je pr\u00e9sente une offrande civique d\u2019un n\u00e9gociant de Bordeaux. Il est bon de faire remarquer les dons faits par des hommes attach\u00e9s aux b\u00e9n\u00e9fices du commerce. &#8212; Voici l\u2019extrait de la lettre du citoyen Domecq:<\/em><\/p>\n<p>\u201cJ\u2019offre \u00e0 la Convention la somme de 1 200 livres pour servir aux frais de l\u2019extraction du salp\u00eatre, et je serai bien aise que mon offrande soit ins\u00e9r\u00e9e au Bulletin, pour exciter l\u2019\u00e9mulation de tous les bons citoyens \u00e0 concourir \u00e0 ce travail et \u00e0 r\u00e9compenser les braves sans-culottes qui s\u2019en occuperont. J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 offert 200 livres \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 populaire de cette ville pour le m\u00eame objet. Le moment est venu o\u00f9 il faut nous serrer tous autour de l\u2019arbre de la libert\u00e9 pour le d\u00e9fendre contre toutes ces puissances orgueilleuses qui le menacent, et \u00e7a ira en d\u00e9pit des aristocrates, des fanatiques, des f\u00e9d\u00e9ralistes, et de toute cette engeance perverse qui voudrait an\u00e9antir les droits de l\u2019homme. Sign\u00e9 Domecq p\u00e8re, n\u00e9gociant commissionnaire \u00e0 Bordeaux\u201d<\/p>\n<p><em>La convention d\u00e9cr\u00e8te la mention honorable au proc\u00e8s verbal et l\u2019insertion au bulletin\u00a0\u00bb<\/em>.<em><sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-60\" href=\"#post-54-footnote-60\">[61]<\/a><\/sup><\/sup> <\/em><\/p>\n<p>Bar\u00e8re fut celui qui fit voter par la convention la cr\u00e9ation du Comit\u00e9 de Salut public fin mars 1793. Il est le seul \u00e0 \u00eatre membre du Comit\u00e9 domin\u00e9 par Danton (jusqu\u2019au 10 juillet 1793), et du Comit\u00e9 domin\u00e9 par Robespierre (jusqu\u2019\u00e0 sa chute en juillet 1794). Il ne quitte le Comit\u00e9 que le 1er septembre 1794, et ne sera mis en accusation que l\u2019ann\u00e9e suivante.<\/p>\n<p>Bar\u00e8re \u00e9tait originaire de Tarbes, il a v\u00e9cu \u00e0 Toulouse et \u00e0 Bordeaux. Ce parcours est le m\u00eame que celui de Barth\u00e9l\u00e9my Domecq, il est donc possible qu\u2019ils se connaissaient personnellement. C\u2019est d&#8217;autant plus possible que Bar\u00e8re connaissait des n\u00e9gociants bordelais. En effet pendant le directoire, alors qu&#8217;il est recherch\u00e9, Bar\u00e8re se r\u00e9fugie \u00e0 Bordeaux chez un n\u00e9gociant nomm\u00e9 Jacques Fonade. Il est vrai aussi que le parrain de Barth\u00e9l\u00e9my Domecq s\u2019appelait Barth\u00e9l\u00e9my Barr\u00e8re, mais le lien de parent\u00e9 n\u2019est pas \u00e9tabli, et il ne s\u2019agit peut-\u00eatre que d\u2019une homonymie.<\/p>\n<p>Pendant la Terreur, \u00ab <em>Un langage radical, v\u00e9ritable code, est requis sous peine d\u2019\u00eatre suspect<\/em>.\u00a0\u00bb<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-61\" href=\"#post-54-footnote-61\">[62]<\/a><\/sup><\/sup> Cette lettre de Barth\u00e9l\u00e9my lue le 7 mars 1794 devant la Convention, a tout pour plaire au pouvoir en quelques mots:<\/p>\n<ul>\n<li>Les besoins militaires \u00e9tant tr\u00e8s importants, on cherche par tout moyen \u00e0 trouver du salp\u00eatre, n\u00e9cessaire \u00e0 la fabrication de poudre noire. Pour en trouver on r\u00e9quisitionne les terres qui en contiennent en bas des murs, en particulier ceux des \u00ab ci-devant \u00e9glises \u00bb. Il faut financer ce travail d\u2019extraction et de lessivage et les dons sont bienvenus.<\/li>\n<li>Il est fait l\u2019\u00e9loge des \u00ab <em>braves sans culottes<\/em> \u00bb, les citoyens id\u00e9alis\u00e9s par le pouvoir dans les ann\u00e9es 1792-1794. Par ailleurs sont d\u00e9nonc\u00e9s les \u00ab <em>aristocrates, les fanatiques, les f\u00e9d\u00e9ralistes <\/em>\u00bb.<\/li>\n<li>Les aristocrates sont \u00e9videmment suspects en pleine Terreur.<\/li>\n<li>Le terme de \u00ab <em>fanatique <\/em>\u00bb \u00e9tait surtout utilis\u00e9 pour d\u00e9signer les z\u00e9lateurs d\u2019une religion, donc par exemple dans le contexte, les pr\u00eatres inserment\u00e9s et les catholiques contre-r\u00e9volutionnaires (voire tous les chr\u00e9tiens, adeptes de \u00ab l\u2019ancienne superstition\u00a0\u00bb). Les fanatiques pourraient aussi, mais c\u2019est beaucoup moins probable, \u00eatre les \u00ab\u00a0exag\u00e9r\u00e9s\u00a0\u00bb, ou h\u00e9bertistes, avec qui le Comit\u00e9 de Salut public est en conflit (et en particulier Bar\u00e8re). Ces principaux chefs du club des Cordeliers (H\u00e9bert, Ronsin, Vincent) seront arr\u00eat\u00e9s le 13 mars 1794 puis guillotin\u00e9s.<\/li>\n<li>Quant aux f\u00e9d\u00e9ralistes, il s\u2019agit des girondins. Ils sont vaincus \u00e0 Paris depuis l&#8217;envahissement de la Convention par la garde nationale conduite par la commune, le 2 juin 1793; et leurs principaux chefs sont guillotin\u00e9s le 21 octobre 1793. A Bordeaux, le d\u00e9cret du 6 aout 1793 les d\u00e9clarant \u00ab\u00a0traitres \u00e0 la patrie\u00a0\u00bb est appliqu\u00e9 apr\u00e8s l\u2019entr\u00e9e des repr\u00e9sentants en mission. Ils sont vaincus, mais ils sont encore pourchass\u00e9s jusqu\u2019apr\u00e8s thermidor: Nicolas de Condorcet est arr\u00eat\u00e9 le 25 mars 1794 apr\u00e8s 9 mois de cache. Elie Guadet est guillotin\u00e9 \u00e0 Bordeaux le 20 juin 1794. Lorsqu\u2019on habite Bordeaux qui a r\u00e9sist\u00e9 plusieurs mois \u00e0 la Convention, consid\u00e9r\u00e9e comme un foyer de f\u00e9d\u00e9ralisme au point que le nom de girondins a plus tard \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 \u00e0 ce \u00ab parti \u00bb, il est de bon ton de les condamner.<\/li>\n<li>Les droits de l\u2019homme dont il est question ne sont probablement pas ceux de la d\u00e9claration de 1789, mais sont ceux de 1793 r\u00e9dig\u00e9s en introduction de la Constitution de l\u2019an I (r\u00e9gime d\u2019assembl\u00e9e qui ressemble au r\u00e9gime suisse actuel). Cette version de 1793 mettait l\u2019\u00e9galit\u00e9 avant la libert\u00e9, mais \u00e9tait plus pr\u00e9cise que celle de 1789 sur la libert\u00e9 du commerce et de l\u2019industrie et le droit de propri\u00e9t\u00e9. Elle n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9e (elle est alors suspendue provisoirement). Cependant tous les citoyens sont invit\u00e9s \u00e0 pr\u00eater serment sur l\u2019acte constitutionnel et la d\u00e9claration des droits de l\u2019homme. Et les marins qui d\u00e9barquent \u00e0 Bordeaux apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 hors du pays sont invit\u00e9s \u00e0 promettre \u00ab <em>de les maintenir de toutes leurs forces ou de mourir en les d\u00e9fendant<\/em> \u00bb<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-62\" href=\"#post-54-footnote-62\">[63]<\/a><\/sup><\/sup>.<\/li>\n<li>L\u2019arbre de la libert\u00e9, symbole plant\u00e9 par les r\u00e9volutionnaires, doit \u00eatre prot\u00e9g\u00e9 et il faut \u00ab\u00a0<em>se serrer<\/em> \u00bb autour de lui, cela explique que la libert\u00e9 soit provisoirement suspendue car elle doit \u00eatre d\u00e9fendue. C\u2019est la justification de la suspension de la constitution le 10 ao\u00fbt 1793; il est d\u00e9cid\u00e9 que le gouvernement serait r\u00e9volutionnaire jusqu\u2019\u00e0 la paix.<\/li>\n<li>La soci\u00e9t\u00e9 populaire &#8211; le singulier est \u00e0 noter &#8211; dont il est question a probablement \u00e9t\u00e9, avec sa section, le lieu dans lequel Barth\u00e9l\u00e9my s\u2019est fait conna\u00eetre.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Langage radical certes, il faut noter cependant l\u2019absence de violence dans la lettre de Barth\u00e9l\u00e9my Domecq, nul appel aux armes ni glorification de la guillotine. N\u00e9anmoins, dans le contexte de terreur qui frappe les n\u00e9gociants, cette lettre appara\u00eet trop proche des attentes du pouvoir pour qu\u2019on ne soit pas perplexe quant \u00e0 sa sinc\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>A Bordeaux, les commissaires, repr\u00e9sentants du peuple en mission, furent surveill\u00e9s puis remplac\u00e9s \u00e0 partir du 18 mai 1794 par un jeune homme d\u2019\u00e0 peine 19 ans qui n\u2019\u00e9tait pas conventionnel: Marc-Antoine Jullien. Cet ami de Robespierre est envoy\u00e9 sp\u00e9cial du Comit\u00e9 de salut public. Il demande au Comit\u00e9 d\u2019\u00e9loigner les commissaires. Tallien<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-63\" href=\"#post-54-footnote-63\">[64]<\/a><\/sup><\/sup> et Ysabeau, adversaires de Robespierre, furent rappel\u00e9s \u00e0 Paris. La correspondance de Jullien avec Robespierre et Saint-Just montre ce que pouvait \u00eatre l\u2019id\u00e9ologie jacobine, et le regard d\u2019un jeune Montagnard sur Bordeaux. Il est scandalis\u00e9 par les attitudes envers Tallien et Ysabeau, et par ce qu\u2019ils laissent faire:<\/p>\n<p>\u00ab <em>Un grand reproche que j&#8217;ai \u00e0 faire aux Bordelais, c&#8217;est qu&#8217;ils traitent le repr\u00e9sentant du peuple comme un intendant de l&#8217;ancien r\u00e9gime. Passe-t-il dans les rues&#8230; on se d\u00e9couvre.. on applaudit\u2026 J&#8217;ai remarqu\u00e9 que c&#8217;\u00e9taient les aristocrates eux-m\u00eames qui, croyant se donner un air de patriotisme, indiquaient souvent au peuple les battemens de main qui d\u00e9shonorent \u00e0 mes yeux des hommes libres. On n&#8217;applaudit jamais \u00e0 la seule pr\u00e9sence d&#8217;un homme, mais quand il parle, aux principes qu&#8217;il exprime.<\/em> \u00bb<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-64\" href=\"#post-54-footnote-64\">[65]<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<p>Il d\u00e9teste les n\u00e9gociants. Les d\u00e9put\u00e9s du d\u00e9partement de la Gironde \u00e0 la Convention \u00e9taient presque tous soit n\u00e9gociant, soit homme de lois. Jullien craint ces \u00ab hommes \u00e0 barreau \u00bb et ces \u00ab\u00a0hommes \u00e0 argent\u00a0\u00bb. Sous sa plume, le terme de n\u00e9gociant semble \u00eatre quasiment synonyme de f\u00e9d\u00e9raliste, ou en tout cas d&#8217;ennemi de la R\u00e9volution. Voici comment il raconte les d\u00e9buts de la R\u00e9publique \u00e0 Bordeaux :<\/p>\n<p>\u00ab <em>Bordeaux est un foyer de n\u00e9gociantisme et d&#8217;\u00e9go\u00efsme; l\u00e0 o\u00f9 il y avait beaucoup de gros commer\u00e7ants, il y avait beaucoup de fripons, et la libert\u00e9 n&#8217;y pouvait gu\u00e8re \u00e9tablir son empire, dont la vertu est la base; l\u00e0 o\u00f9 il y avait beaucoup de riches, le pauvre \u00e9tait pressur\u00e9 par eux, et l&#8217;\u00e9galit\u00e9 ne pouvait de longtemps \u00eatre connue; l\u00e0 o\u00f9 n&#8217;\u00e9tait que la soif de l&#8217;or, on ne pouvait gu\u00e8re affermir dans les coeurs l&#8217;amour de la patrie\u2026<\/em><\/p>\n<p><em>Arriva bient\u00f4t la crise f\u00e9d\u00e9raliste; les hommes \u00e0 barreau, dont les hommes \u00e0 argent avaient mis le talent et l&#8217;influence \u00e0 contribution, et qui s&#8217;\u00e9taient tous coalis\u00e9s pour supplanter leurs d\u00e9funts parlemens et la noblesse, voulurent d\u00e9chirer une r\u00e9publique dont les principes naissans effrayaient leurs vues ambitieuses; ils cherch\u00e8rent \u00e0 former plusieurs principaut\u00e9s d\u00e9partementales qu&#8217;ils se partageaient d&#8217;avance entre eux, et dont il croyaient devoir \u00eatre les heureux et paisibles possesseurs. Mais l&#8217;\u00e9galit\u00e9 voulait tout abaisser sous son niveau, et les f\u00e9d\u00e9ralistes, ou les sectateurs de la tyrannie virent s&#8217;\u00e9teindre leurs esp\u00e9rances. Aussi l\u00e2ches qu&#8217;insolens et orgueilleux, d&#8217;abord ils entour\u00e8rent la repr\u00e9sentation nationale, et parurent donner au peuple le signal et l&#8217;exemple des hommages \u00e0 lui rendre.<br \/>Ysabeau eut le malheur de se laisser approcher par des n\u00e9gocians; ils lui dirent qu&#8217;il \u00e9tait un grand homme, et il le crut.<\/em> \u00bb<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-65\" href=\"#post-54-footnote-65\">[66]<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<h1><a id=\"post-54-_heading=h.17dp8vu\"><\/a> Officier municipal<\/h1>\n<p>Le 9 juillet 1794 (9 messidor II), Jullien \u00e9pure la municipalit\u00e9 et la remplace par de nouveaux membres. Le Conseil est compos\u00e9 d\u2019un maire, des officiers municipaux (sorte d\u2019adjoints qui composent le bureau municipal), et des notables. Barth\u00e9l\u00e9my Domecq est nomm\u00e9 officier municipal. Le maire, Pierre Thomas, est un pasteur.<\/p>\n<p>Que pensait Barth\u00e9l\u00e9my Domecq, n\u00e9gociant relativement prosp\u00e8re en 1789, lorsque Garnier, le nouveau repr\u00e9sentant envoy\u00e9 par la Convention, fit son premier discours \u00e0 Bordeaux devant le club national le 11 juillet 1794 ? En voici un extrait :<\/p>\n<p>\u00ab<em> Les n\u00e9gociants sont encore plus froids que l&#8217;or qu&#8217;ils manient; ils voient sans s&#8217;\u00e9mouvoir les larmes du peuple; malheur \u00e0 eux ! Le commerce a perdu Tyr et Carthage! Tel qu&#8217;il est pratiqu\u00e9 aujourd&#8217;hui, je le crois incompatible avec la libert\u00e9. Qu&#8217;on imagine pas que je veuille l&#8217;an\u00e9antir; il peut \u00eatre utile \u00e0 la R\u00e9publique, mais il doit \u00eatre fond\u00e9 sur la probit\u00e9 et l&#8217;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral. La Convention le sait, elle s&#8217;en occupera. <\/em>\u00bb<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-66\" href=\"#post-54-footnote-66\">[67]<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<p>Comme le montre l\u2019allusion \u00e0 Tyr et Carthage, l\u2019anticapitalisme des Jacobins tient parfois d\u2019avantage de la culture antique apprise dans les coll\u00e8ges que des penseurs du temps (Necker, Smith) ou a fortiori des formes ult\u00e9rieures d\u2019id\u00e9ologie communiste. On m\u00e9prise les marchands et les usuriers comme les publicains et les manieurs d\u2019argent dans la litt\u00e9rature des \u00e9lites romaines (Cic\u00e9ron, Caton). Cic\u00e9ron serait d\u2019ailleurs plus souvent cit\u00e9 que Rousseau dans les discours des R\u00e9volutionnaires<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-67\" href=\"#post-54-footnote-67\">[68]<\/a><\/sup><\/sup>. Cette base culturelle est un grand r\u00e9servoir d&#8217;histoires \u00e9difiantes.<\/p>\n<p>Le conseil de la Commune (appel\u00e9 Conseil G\u00e9n\u00e9ral) dont fait partie Barth\u00e9l\u00e9my Domecq se montre aux ordres de Jullien:<\/p>\n<p>\u00ab<em> 11 thermidor. Envoi d&#8217;une d\u00e9l\u00e9gation chez le citoyen Jullien, afin de lui t\u00e9moigner la reconnaissance dont le Conseil est p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 pour les travaux utiles et avantageux qu&#8217;il a faits dans cette commune, et l&#8217;inviter de vouloir entretenir une correspondance avec le Conseil autant que ses grandes occupations pourront le lui permettre. <\/em>\u00bb<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-68\" href=\"#post-54-footnote-68\">[69]<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<p>Mais \u00e0 la chute des robespierristes, d\u00e8s que les \u00e9v\u00e8nements du 9 thermidor sont connus \u00e0 Bordeaux, la municipalit\u00e9 s\u2019empresse de f\u00e9liciter les thermidoriens:<\/p>\n<p><em>\u00ab Adresse de la Municipalit\u00e9 \u00e0 la Convention nationale.<\/em><\/p>\n<p><em>Citoyens L\u00e9gislateurs,<\/em><\/p>\n<p><em>La commune de Bordeaux re\u00e7oit dans cet instant la nouvelle de l&#8217;\u00e9tonnante et pr\u00e9cieuse r\u00e9volution qui vient encore de s&#8217;op\u00e9rer dans votre sein, et il serait difficile de vous peindre l&#8217;enthousiasme, l&#8217;\u00e9nergie et la reconnaissance de nos concitoyens en apprenant vos efforts g\u00e9n\u00e9reux contre les nouveaux tyrans et votre r\u00e9solution sublime de sauver la Libert\u00e9 ou de vous ensevelir avec elle. Citoyens l\u00e9gislateurs, le peuple de Bordeaux, guid\u00e9 par son respect pour les loix, par son amour ardent pour la Libert\u00e9, par sa haine profonde contre les tyrans, sous quelque nom qu&#8217;ils cachent leurs projets criminels, toujours guid\u00e9 par la confiance la plus enti\u00e8re dans la Convention nationale, se f\u00e9licite de venir le premier d\u00e9poser dans votre sein les t\u00e9moignages expressifs de sa joie et de sa reconnoissance; et, dans celte circonstance, la Municipalit\u00e9 se trouve doublement heureuse d&#8217;\u00eatre l&#8217;organe de ses concitoyens et de transmettre l&#8217;expression de leurs sentiments \u00e0 des hommes s\u00e9v\u00e8res et courageux qui, pour sauver le d\u00e9p\u00f4t pr\u00e9cieux qui leur est confi\u00e9, ne balancent pas \u00e0 se d\u00e9vouer en faisant au crime une guerre \u00e0 mort.<\/em><\/p>\n<p><em>Vive la R\u00e9publique! Vive la Repr\u00e9sentation nationale ! \u00bb<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-69\" href=\"#post-54-footnote-69\">[70]<\/a><\/sup><\/sup><\/em><\/p>\n<p>\u00c7a ne doit pas surprendre. Ce genre de lettre des institutions locales pour f\u00e9liciter le pouvoir en place est tout \u00e0 fait banal (et cela continuera longtemps). Jullien avait, apr\u00e8s tout, raison de rapprocher les servilit\u00e9s envers les Intendants royaux et envers les Conventionnels. Malgr\u00e9 des vell\u00e9it\u00e9s d\u00e9centralisatrices en 1789 avec les r\u00e9volutions municipales<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-70\" href=\"#post-54-footnote-70\">[71]<\/a><\/sup><\/sup>, la France est rest\u00e9 un pays centralis\u00e9 en devenant une R\u00e9publique une et indivisible, montrant en cela une grande continuit\u00e9 avec la monarchie absolue comme les analyses de Tocqueville l&#8217;ont soulign\u00e9e.<\/p>\n<p>Et surtout les membres de la municipalit\u00e9 nomm\u00e9e le 9 juillet 1794 avaient des raisons d\u2019avoir peur. La municipalit\u00e9 ne tenait sa l\u00e9gitimit\u00e9 que de Jullien, qui ne la tenait que du Comit\u00e9 de Salut public et de Robespierre (il disposait alors d\u2019un arr\u00eat\u00e9 du Comit\u00e9 du Salut Public lui donnant plein pouvoir pour \u00e9purer la municipalit\u00e9). Le repr\u00e9sentant Garnier aussi avait peur: avant m\u00eame d\u2019\u00eatre remplac\u00e9 par Ysabeau et dans l\u2019espoir de se sauver lui-m\u00eame, Garnier fit arr\u00eater Lacombe et les membres de la Commission militaire d\u00e8s qu\u2019il connut les \u00e9v\u00e8nements parisiens. Lors de la s\u00e9ance qui suit la connaissance de la chute de Robespierre, Domecq est l\u00e0, mais certains membres du conseil de la municipalit\u00e9 manquent \u00e0 l\u2019appel, et le Conseil G\u00e9n\u00e9ral d\u00e9lib\u00e8re que \u00ab <em>les noms des membres qui ont manqu\u00e9 d\u2019assister \u00e0 la s\u00e9ance seront inscrits au proc\u00e8s verbal et qu\u2019ils soient tenus \u00e0 la prochaine s\u00e9ance de dire les causes qui les ont emp\u00each\u00e9s de s\u2019y trouver <\/em>\u00bb<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-71\" href=\"#post-54-footnote-71\">[72]<\/a><\/sup><\/sup>. Les institutions bordelaises avaient pris acte du changement. Sur proposition de Tallien, d\u00e8s le 15 Thermidor (2 ao\u00fbt) le Comit\u00e9 de Salut public ordonne \u00e0 Ysabeau de retourner \u00e0 Bordeaux. Une fois de retour, il ne manque pas de faire remarquer \u00e0 la municipalit\u00e9 l\u2019ill\u00e9galit\u00e9 qui selon lui frappe la nomination de ses membres. Mais il croit bon de ne pas op\u00e9rer de changement et rassure les membres de la municipalit\u00e9 soucieux de leur sort.<\/p>\n<p>\u00ab <em>Il observe que les changements op\u00e9r\u00e9s par Jullien ne pouvant recevoir aucun caract\u00e8re l\u00e9gal, attendu que les Repr\u00e9sentans du peuple seuls peuvent, en vertu des pouvoirs qu&#8217;il leur a confi\u00e9s, faire les changements n\u00e9cessaires dans les autorit\u00e9s constitu\u00e9es, il r\u00e9sulte de ce principe que les op\u00e9rations de la municipalit\u00e9 de Bordeaux se trouvent frapp\u00e9es de nullit\u00e9; que cependant, malgr\u00e9 l&#8217;ill\u00e9galit\u00e9 de sa nomination, comme il ne lui est parvenu aucun fait contre le civisme des membres qui la composent, et que tout les renseignements qu&#8217;il s&#8217;est procur\u00e9 constatent qu&#8217;elle est compos\u00e9e de bons citoyens, et voulant donner \u00e0 ses op\u00e9rations la l\u00e9gitimit\u00e9 qui leur manque par l&#8217;irr\u00e9gularit\u00e9 de son organisation, il d\u00e9clare approuver les mesures qu&#8217;elle a prises jusqu&#8217;\u00e0 ce jour, et l&#8217;invite \u00e0 continuer ses travaux jusqu&#8217;\u00e0 ce qu&#8217;il aie pris une d\u00e9termination ult\u00e9rieure \u00e0 son \u00e9gard.<\/em>\u00a0\u00bb<em><sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-72\" href=\"#post-54-footnote-72\">[73]<\/a><\/sup><\/sup> <\/em><\/p>\n<p>Ysabeau, pourtant le ma\u00eetre de Bordeaux depuis un an avec une courte interruption pendant laquelle Jullien et Garnier l\u2019ont remplac\u00e9, relaie la propagande thermidorienne et d\u00e9nonce le triumvirat compos\u00e9 de Robespierre, Saint Just et Couthon.<\/p>\n<p>\u00ab <em>La Convention nationale m&#8217;a envoy\u00e9 au milieu de vous pour d\u00e9truire les restes d&#8217;une faction homicide, dont son courage a d\u00e9livr\u00e9 la France, et pour r\u00e9parer les nombreuses injustices et les vexations criantes auxquelles les agents de la tyrannie se sont livr\u00e9s impun\u00e9ment.<\/em> \u00bb<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-73\" href=\"#post-54-footnote-73\">[74]<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<p>L\u2019attitude face au commerce de celui qui a contribu\u00e9 \u00e0 mettre en place le dirigisme \u00e9conomique \u00e0 Bordeaux \u00e9volue aussi, m\u00eame si le maximum n\u2019est pas tout de suite aboli:<\/p>\n<p><em>\u00ab Le citoyen Ysabeau invite de nouveau le Conseil \u00e0 faire dispara\u00eetre toutes difficult\u00e9s \u00e0 l&#8217;\u00e9gard des passeports; il fait observer que les entraves qu&#8217;on apporterait dans leur d\u00e9livrance entraineraient la cessation totale du commerce que la Convention nationale veut faire rena\u00eetre par tous les moyens possibles, et qu&#8217;en son particulier ses intentions sont de lui procurer toutes les facilit\u00e9s afin d&#8217;en retirer tous les avantages qu&#8217;on peut en esp\u00e9rer pour la prosp\u00e9rit\u00e9 de cette populeuse commune et pour les ressources int\u00e9ressantes qu&#8217;il peut procurer \u00e0 la R\u00e9publique.<\/em>\u00a0\u00bb<em><sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-74\" href=\"#post-54-footnote-74\">[75]<\/a><\/sup><\/sup><\/em><\/p>\n<p>Nous avons indiqu\u00e9 que Thomas, maire de Bordeaux, \u00e9tait pasteur. Il nous faut donc revenir sur le sujet du protestantisme, cette fois sous la R\u00e9volution. Plusieurs meneurs r\u00e9volutionnaires \u00e9taient protestants. Marat et son ennemi girondin Rabaut-Saint-Etienne l\u2019\u00e9taient tous deux. A Bordeaux, on peut citer \u00e9galement le d\u00e9put\u00e9 \u00e0 la constituante Pierre-Paul Nairac ou le d\u00e9put\u00e9 \u00e0 la l\u00e9gislative Lafon de Ladebat (tous deux n\u00e9gociants). Il y avait des protestants dans tous les camps. Il est vrai que certains ont pu d\u00e9fendre leurs coreligionnaires, tel Boissy d\u2019Anglas, ou Rabaut-Saint-Etienne qui \u00e9tait pasteur et participa \u00e0 la r\u00e9daction de la D\u00e9claration des droits de l\u2019homme de 1789 en d\u00e9fendant une version plus radicale de la libert\u00e9 religieuse dans l\u2019article 10 (\u00ab <em>Tout citoyen a le droit de professer librement son culte, et nul ne peut \u00eatre inqui\u00e9t\u00e9 \u00e0 cause de sa religion.<\/em> \u00bb<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-75\" href=\"#post-54-footnote-75\">[76]<\/a><\/sup><\/sup>) que celle qui fut finalement retenue: \u00ab<em> Nul ne doit \u00eatre inqui\u00e9t\u00e9 pour ses opinions, m\u00eame religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l\u2019ordre public \u00e9tabli par la Loi.<\/em> \u00bb (Cette version plus mod\u00e9r\u00e9e a permis l&#8217;\u00e9mergence de la la\u00efcit\u00e9 \u00e0 la fran\u00e7aise cent ans plus tard). Malgr\u00e9 cette d\u00e9fense de la libert\u00e9 religieuse, il est n\u00e9anmoins clair qu\u2019il n&#8217;y avait pas de parti protestant.<\/p>\n<p>Il en est de m\u00eame des n\u00e9gociants. On en trouve dans tous les partis. Il y a m\u00eame des n\u00e9gociants dans la premi\u00e8re liste de 125 terroristes \u00e9tablie l\u2019ann\u00e9e suivante sur la demande de la municipalit\u00e9<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-76\" href=\"#post-54-footnote-76\">[77]<\/a><\/sup><\/sup> et 11 n\u00e9gociants (Barth\u00e9l\u00e9my Domecq n\u2019y figure pas) parmi une liste de 461 \u00ab\u00a0buveurs de sang \u00bb complices de Lacombe constitu\u00e9e en 1802 dans un <em>livre rouge<\/em> cit\u00e9 par Philippe Gardey. Comme il l\u2019\u00e9crit \u00ab<em> Les milieux du commerce\u2026 ne pr\u00e9sentent pas d\u2019unit\u00e9 dans leur attitude face \u00e0 la R\u00e9volution. Les convictions personnelles l\u2019emportent sur les d\u00e9terminismes sociologiques. Il n\u2019y a que dans l\u2019id\u00e9ologie jacobine que les marchands et n\u00e9gociants forment une classe homog\u00e8ne de \u201c<\/em>riches sybarites<em>\u201d<\/em>. \u00bb<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-77\" href=\"#post-54-footnote-77\">[78]<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<p>Barth\u00e9l\u00e9my Domecq restera officier municipal pendant un peu plus de quatre mois, du 9 juillet 1794 (21 messidor II) au 30 octobre 1794 (9 brumaire III). Entre ces deux dates, celle du 2 ao\u00fbt (15 thermidor) marque un tournant quand les \u00e9v\u00e8nements de Paris sont connus.<\/p>\n<p>Les archives de la Municipalit\u00e9 concernant la p\u00e9riode o\u00f9 si\u00e8ge Barth\u00e9l\u00e9my Domecq permettent d\u2019entrevoir des actions plus ou moins anecdotiques voire cocasses. Il est par exemple question de combats d\u2019animaux, de jours f\u00e9ri\u00e9s, de distribution de nourriture, de savon ou \u2013 encore \u2013 de salp\u00eatre.<\/p>\n<p>\u00ab <em>1&#8243; fructidor. Le Conseil, consid\u00e9rant que le spectacle odieux des combats d&#8217;animaux doit \u00eatre proscrit chez un peuple libre, juste et ami de l&#8217;humanit\u00e9, et ne doit dans aucun tems \u00eatre un objet d&#8217;amusement pour des Fran\u00e7ais r\u00e9publicains\u2026 [a d\u00e9lib\u00e9r\u00e9] Que les citoyens Fulchic et Gaubric, commissaires nomm\u00e9s \u00e0 cet effet, demeurent autoris\u00e9s \u00e0 faire d\u00e9truire les vingt-six chiens, trois ours et deux loups formant l&#8217;atelier Carnivore dont Fleurichaud est conducteur.<\/em> \u00bb<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-78\" href=\"#post-54-footnote-78\">[79]<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a025 messidor. Mention d&#8217;une p\u00e9tition dans laquelle les raffineurs exposent que leurs ouvriers, ind\u00e9pendamment du repos l\u00e9gal dont jouissent les jours de d\u00e9cadi tous les citoyens fran\u00e7ais, se permettent en outre de ne pas travailler les jours des f\u00eates et dimanches de l&#8217;ancien r\u00e9gime, et que ces abus deviennent tr\u00e8s pr\u00e9judiciables aux chefs des raffineries qui demandent, en cons\u00e9quence, qu&#8217;il soit pris par le Conseil des mesures r\u00e9pressives des pr\u00e9tentions de ces ouvriers. \u00bb<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-79\" href=\"#post-54-footnote-79\">[80]<\/a><\/sup><\/sup><\/em><\/p>\n<p><em>15 fructidor. D\u00e9lib\u00e9ration relative \u00e0 la distribution de quatre-vingt-dix quintaux de morue appartenant \u00e0 un capitaine de Boston.<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-80\" href=\"#post-54-footnote-80\">[81]<\/a><\/sup><\/sup><\/em><\/p>\n<p><em>20 fructidor. \u00abVu la p\u00e9tition du citoyen Olive, tendant \u00e0 obtenir une invitation pour les municipalit\u00e9s des communes o\u00f9 il se propose d&#8217;achetter divers objets propres \u00e0 la fabrication du savon, afin d&#8217;\u00eatre favoris\u00e9 dans lesdits achats, le Conseil g\u00e9n\u00e9ral de la Commune a d\u00e9lib\u00e9r\u00e9, \u2026 qu&#8217;attendu la p\u00e9nurie o\u00f9 est la commune de Bordeaux du savon qui lui serait n\u00e9cessaire, attendu la d\u00e9claration faite par le p\u00e9titionnaire d&#8217;\u00eatre exact \u00e0 distribuer \u00e0 Bordeaux le savon qu&#8217;il pourra fabriquer avec la soude qu&#8217;il attend de Narbonne, il est instant de prot\u00e9ger le citoyen p\u00e9titionnaire et qu&#8217;en cons\u00e9quence les autorit\u00e9s seront invit\u00e9es \u00e0 favoriser le transport desdites marchandises. <\/em><\/p>\n<p><em>\u2014 les citoyens Lartigue et Larroque, envoy\u00e9s \u00e0 Paris &#8220;pour s&#8217;instruire dans l&#8217;art de fabriquer le salp\u00eatre\u201d, \u00e9tant de retour \u00e0 Bordeaux, sont d\u00e9sign\u00e9s l&#8217;un, en qualit\u00e9 de chef de l&#8217;atelier r\u00e9volutionnaire de la fabrication du salp\u00eatre, et l&#8217;autre pour la charge du lessivage des terres des ci-devant \u00e9glises, les eaux provenantes de ce lessivage devant \u00eatre travaill\u00e9es audit attelier \u00bb.<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-81\" href=\"#post-54-footnote-81\">[82]<\/a><\/sup><\/sup><\/em><\/p>\n<p>Mais attention: ces archives ont \u00e9t\u00e9 mal tenues et de nombreux documents, peut-\u00eatre plus importants, ont \u00e9t\u00e9 perdus ou d\u00e9rob\u00e9s<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-82\" href=\"#post-54-footnote-82\">[83]<\/a><\/sup><\/sup>. Il n\u2019en reste pas moins que m\u00eame apr\u00e8s thermidor, ce sont toujours les repr\u00e9sentants en mission qui exercent l\u2019essentiel du pouvoir, et prennent les d\u00e9cisions les plus importantes (Ysabeau restera jusqu\u2019en novembre 1794). Ils sont responsables de \u00ab <em>la s\u00fbret\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale et du salut public.<\/em> \u00bb Les membres de la municipalit\u00e9 ne semblent \u00eatre que des ex\u00e9cutants.<\/p>\n<p>Les d\u00e9cisions n\u2019\u00e9taient tout de m\u00eame pas seulement anecdotiques, la municipalit\u00e9 prenait des d\u00e9cisions individuelles importantes : elle d\u00e9lib\u00e9rait notamment de la d\u00e9livrance des certificats de civisme \u00e0 ceux qui en demandaient. Ces certificats de civisme \u00e9taient indispensables \u00e0 ceux qui travaillaient pour ou avec les pouvoirs publics. Ils donnaient \u00e0 leur possesseur une assurance raisonnable de ne pas \u00eatre inqui\u00e9t\u00e9s. En pratique, la r\u00e9ponse \u00e9tait le plus souvent positive; on peut supposer que ceux qui les demandaient \u00e9taient presque s\u00fbrs de les obtenir. Un individu ayant des raisons de penser qu\u2019il pouvait \u00eatre \u00ab suspect \u00bb avait probablement plut\u00f4t int\u00e9r\u00eat \u00e0 ne pas attirer l\u2019attention sur lui.<\/p>\n<p>Cette activit\u00e9 de d\u00e9livrance est tr\u00e8s importante avant le retour d\u2019Ysabeau: l\u2019agent national propose le 7 thermidor \u00ab <em>une s\u00e9ance extraordinaire depuis huit heures du matin jusqu\u2019\u00e0 la nuit, uniquement destin\u00e9 au scrutin pour la d\u00e9livrance des certificats de civisme <\/em>\u00bb.<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-83\" href=\"#post-54-footnote-83\">[84]<\/a><\/sup><\/sup> Cette activit\u00e9 se r\u00e9duit par la suite mais reste une des pr\u00e9rogatives importantes du Conseil.<\/p>\n<p>Barth\u00e9l\u00e9my Domecq, en l\u2019absence du maire, pr\u00e9side la s\u00e9ance du conseil le 3e sans-culottides an II (19 septembre 1794)<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-84\" href=\"#post-54-footnote-84\">[85]<\/a><\/sup><\/sup>.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" width=\"1240\" height=\"1754\" class=\"wp-image-105\" src=\"http:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-24.png\" srcset=\"https:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-24.png 1240w, https:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-24-212x300.png 212w, https:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-24-724x1024.png 724w, https:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-24-768x1086.png 768w, https:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-24-1086x1536.png 1086w, https:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-24-191x270.png 191w\" sizes=\"(max-width: 1240px) 100vw, 1240px\" \/><\/p>\n<p>Le pr\u00e9sident Domecq fait pr\u00eater serment \u00e0 deux ci-devant religieuses, apr\u00e8s autorisation d\u2019Ysabeau:<\/p>\n<p><em>\u00ab &#8230;Ensemble la d\u00e9claration faite par les p\u00e9titionnaires au Bureau de police administrative de la Commune laquelle il r\u00e9sulte que l\u2019ignorance seule des dispositions de la loi du 9 niv\u00f4se les a emp\u00each\u00e9es de s\u2019y conformer, et d\u00e8s qu\u2019elles furent inform\u00e9es de l\u2019expiration du d\u00e9lai fix\u00e9 par ladite loi pour la prestation du serment prescrit aux ci-devant Religieuses, elles se pr\u00e9sent\u00e8rent pour y offrir de pr\u00eater le dit Serment.<\/em><\/p>\n<p><em>Le Conseil G\u00e9n\u00e9ral, ou\u00ef le substitut de l\u2019agent national a d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 que les citoyennes Courtin et Rigaut, en vertu de l\u2019autorisation du Repr\u00e9sentant du peuple, seront admises \u00e0 pr\u00eater le dit serment,. En cons\u00e9quence le pr\u00e9sident leur en ayant individuellement prononc\u00e9 la formule, elles ont lev\u00e9 la main droite et dit \u00e0 haute voix Je le jure. \u00bb <\/em><\/p>\n<p>Nombreux furent les serments exig\u00e9s sous la R\u00e9volution, pour ceux qui pouvaient \u00eatre suspects comme pour les simples citoyens. Le d\u00e9cret du 13 f\u00e9vrier 1790 supprima les congr\u00e9gations \u00e0 v\u0153ux solennel, en accordant une conservation provisoire pour les ordres enseignants et hospitaliers. Puis en 1792, les congr\u00e9gations s\u00e9culi\u00e8res furent \u00e9galement \u00e9vacu\u00e9es et les religieuses furent rendues \u00e0 la vie civile. Les religieuses n\u2019\u00e9taient pas concern\u00e9es par le serment \u00e0 la constitution civile du clerg\u00e9 impos\u00e9 aux pr\u00eatres \u00e0 partir du 27 novembre 1790. Lors de la proclamation de la R\u00e9publique, on imposa le serment \u00ab \u00c9galit\u00e9 Libert\u00e9 \u00bb du 14 ao\u00fbt 1792 \u00e0 tous les pensionnaires ou fonctionnaires publics. En 1794, on l\u2019exigea des religieuses enseignantes et hospitali\u00e8res<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-85\" href=\"#post-54-footnote-85\">[86]<\/a><\/sup><\/sup>. Le texte \u00e9tait : \u00ab <em>Je jure d&#8217;\u00eatre fid\u00e8le \u00e0 la nation et de maintenir la libert\u00e9 et l&#8217;\u00e9galit\u00e9 ou de mourir en les d\u00e9fendant.<\/em> \u00bb Il ne fut jamais condamn\u00e9 par le pape.<\/p>\n<p>Lors de cette s\u00e9ance pr\u00e9sid\u00e9e par Domecq, il est \u00e9galement question de l\u2019adoption d\u2019une orpheline de l\u2019hospice des enfants de la patrie et de la destruction de baraques au milieu d\u2019une place.<\/p>\n<p>Barth\u00e9l\u00e9my a cependant une mauvaise sant\u00e9. Par d\u00e9lib\u00e9ration du Conseil, il a la permission de prendre cong\u00e9 et de s\u2019absenter le 13 vend\u00e9miaire (4 octobre 1794)<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-86\" href=\"#post-54-footnote-86\">[87]<\/a><\/sup><\/sup>. Il revient si\u00e9ger le 19 vend\u00e9miaire. Mais il finit par d\u00e9missionner le 9 brumaire III (31 octobre 1794), ou plut\u00f4t obtenir l\u2019autorisation du repr\u00e9sentant Ysabeau de se retirer, \u00e0 l\u2019appui d\u2019un certificat d\u2019un officier de sant\u00e9.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" width=\"1240\" height=\"1754\" class=\"wp-image-106\" src=\"http:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-25.png\" srcset=\"https:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-25.png 1240w, https:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-25-212x300.png 212w, https:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-25-724x1024.png 724w, https:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-25-768x1086.png 768w, https:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-25-1086x1536.png 1086w, https:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-25-191x270.png 191w\" sizes=\"(max-width: 1240px) 100vw, 1240px\" \/><\/p>\n<p>Avant de partir, Ysabeau \u00ab <em>\u00e9pure <\/em>\u00bb (le terme est de lui) tous les conseils et tribunaux dans un arr\u00eat\u00e9 du 16 brumaire III (6 novembre 1794), soit une semaine apr\u00e8s la d\u00e9mission de Barth\u00e9l\u00e9my Domecq.<\/p>\n<p>\u00ab<em> Le repr\u00e9sentant du peuple Ysabeau s&#8217;\u00e9tant rendu \u00e0 la s\u00e9ance du Conseil pour proc\u00e9der \u00e0 l&#8217;installation[des] membres qui doivent le composer, en conformit\u00e9 de [son] arr\u00eat\u00e9 du seize courant, a prononc\u00e9 \u00e0 cette occasion un discours analogue \u00e0 la circonstance, dans lequel il a retrac\u00e9 le malheur des citoyens sous la domination atroce du triumvirat qui, trop longtems, accabla la vertu par la terreur, et dont la tyrannie fut heureusement an\u00e9antie par la Convention nationale dans les m\u00e9morables journ\u00e9es des neuf et dix thermidor, qui ont r\u00e9tabli le r\u00e8gne des lois [et] de la justice sur les ruines de l&#8217;arbitraire le plus r\u00e9voltant; <\/em>\u00bb<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-87\" href=\"#post-54-footnote-87\">[88]<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<p>Un certain esprit de concorde thermidorien continue n\u00e9anmoins, et Ysabeau rajoute, faisant notamment allusion \u00e0 Barth\u00e9l\u00e9my Domecq:<\/p>\n<p>\u00ab <em>Plusieurs des citoyens qui composaient les Administrations pr\u00e9c\u00e9dentes, ou les Tribunaux, ayant demand\u00e9 leur d\u00e9mission au Repr\u00e9sentant du peuple, pour des raisons qu&#8217;il a jug\u00e9 valables, et les d\u00e9plac\u00e9s ne l\u2019\u00e9tant pas pour cause d\u2019incivisme, aucun des sus-mentionn\u00e9s ne pourra \u00eatre r\u00e9put\u00e9 comme suspect, ni trait\u00e9 comme tel.\u00a0\u00bb <\/em><\/p>\n<p>C\u2019est la fin de la \u00ab carri\u00e8re \u00bb politique de Barth\u00e9l\u00e9my Domecq. Au vu de ces \u00e9l\u00e9ments, ses opinions politiques peuvent sembler claires. Mais mises en contexte, elles le sont beaucoup moins. Elles ont pu varier; il faut bien mesurer l\u2019ampleur et la rapidit\u00e9 des changements de contexte politique entre 1789 et 1794. \u00catre d\u2019un parti ou d&#8217;une opinion sur un sujet peut ne plus rien signifier quelques ann\u00e9es plus tard. Et plus que les opinions, la peur ou l&#8217;int\u00e9r\u00eat plus ou moins bien compris peuvent motiver les engagements. Barth\u00e9l\u00e9my Domecq s\u2019est \u00e9lev\u00e9 socialement et a r\u00e9ussi sa carri\u00e8re de n\u00e9gociant, mais il est rest\u00e9 un n\u00e9gociant moyen. Cela ne suffit \u00e9videmment pas pour en conclure qu\u2019une volont\u00e9 de revanche sociale l\u2019aurait pouss\u00e9 \u00e0 ne pas soutenir les grands n\u00e9gociants girondins.<\/p>\n<p>Il est certainement un fervent r\u00e9volutionnaire en 1789. Il est encore fervent r\u00e9publicain \u00e0 partir de 1792, et il est montagnard et non girondin \u00e0 partir de 1793. Il serait absurde de le classer plus pr\u00e9cis\u00e9ment dans une sous-cat\u00e9gorie de parti ou de \u00ab chapelle \u00bb politique.<\/p>\n<p><a id=\"post-54-_heading=h.3rdcrjn\"><\/a> R\u00e9clamation contre l\u2019emprunt forc\u00e9<\/p>\n<p>Un dernier document permet de situer le niveau de fortune de Barth\u00e9l\u00e9my Domecq. Il s\u2019agit de sa r\u00e9clamation du 21 mars 1796 contre l\u2019emprunt forc\u00e9 de l\u2019an IV<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-88\" href=\"#post-54-footnote-88\">[89]<\/a><\/sup><\/sup>. Ces emprunts (en r\u00e9alit\u00e9 presque des imp\u00f4ts) sont les premiers \u00e0 \u00eatre directement li\u00e9s \u00e0 la fortune des individus. Barth\u00e9l\u00e9my Domecq conteste son niveau d\u2019imposition dans une lettre qu\u2019il joint \u00e0 un tableau de sa situation financi\u00e8re et \u00e0 un certificat de voisins et amis:<\/p>\n<p><em>\u00ab Libert\u00e9, \u00e9galit\u00e9. Aux citoyens administrateurs composant le Directoire du D\u00e9partement de la gironde \u00e0 Bordeaux.<\/em><\/p>\n<p><em>Citoyens administrateurs<\/em><\/p>\n<p><em>Bmy Domecq p\u00e8re et fils n\u00e9gociants rue du chay des farines n\u00b030 vous exposent qu&#8217;ayant \u00e9t\u00e9 impos\u00e9 dans la premi\u00e8re r\u00e9partition de l&#8217;emprunt forc\u00e9 \u00e0 une somme de cent vingt mille livres en assignats, ils s\u2019empress\u00e8rent d&#8217;en faire la remise dans la caisse du Receveur, quoiqu&#8217;ils eussent des raisons l\u00e9gitimes pour r\u00e9clamer une mod\u00e9ration que beaucoup d&#8217;autres citoyens ont obtenus; se flattant que cet acte de patriotisme leur tiendrait lieu de tout autre suppl\u00e9ment relatif \u00e0 cet emprunt.<\/em><\/p>\n<p><em>Cependant, citoyens administrateurs, les exposants viennent d&#8217;\u00eatre instruits qu&#8217;on les a encore impos\u00e9s dans la seconde r\u00e9partition pour une somme majeure, ce qui ne peut provenir que d&#8217;une estimation erron\u00e9e sur leur fortune actuelle. Les exposants en rendant Justice \u00e0 la puret\u00e9 de vos intentions et \u00e0 votre z\u00e8le pour la chose publique, tout persuad\u00e9 d&#8217;avance que vous vous empresserez de rectifier une erreur \u00e0 la vue du tableau ci joint de leurs moyens en 1789 et ceux qu&#8217;ils ont aujourd&#8217;hui, ce qui vous convaincra que les rapports qu\u2019on vous a faits sur l&#8217;\u00e9tat actuel de leur fortune pr\u00e9sum\u00e9, ne sont pas d&#8217;accord avec la r\u00e9alit\u00e9. Vous n&#8217;en serez pas surpris, citoyens administrateurs, en consid\u00e9rans les causes qui ont occasionn\u00e9 les pertes que nous avons \u00e9prouv\u00e9es dans diverses circonstances pendant le cours de la r\u00e9volution.<\/em><\/p>\n<p><em>1\u00b0 Celle du maximum qui nous enleva une somme consid\u00e9rable<\/em><\/p>\n<p><em>2\u00b0 Le d\u00e9part de Domecq fils pour les arm\u00e9es de la R\u00e9publique, o\u00f9 il a rest\u00e9 3 ans sans \u00eatre sujet \u00e0 aucune r\u00e9quisition<\/em><\/p>\n<p><em>3\u00b0 Celui de tous les commis de la maison [partis?] pour l&#8217;arm\u00e9e et ses comit\u00e9s<\/em><\/p>\n<p><em>4\u00b0 Domecq p\u00e8re rest\u00e9 seul \u00e0 l&#8217;\u00e2ge de 65 ans et n\u00e9anmoins s&#8217;\u00e9tant rendu utile soit dans sa section, soit dans toutes les circonstances o\u00f9 il a donn\u00e9 des preuves d&#8217;un patriotisme constant et fait tous les sacrifices p\u00e9cuniaires dans l&#8217;occasion.<\/em><\/p>\n<p><em>Tous ces faits, citoyens administrateurs, sont \u00e0 votre connaissance, et les exposants se flattant que depuis 25 ans qu&#8217;ils ont \u00e9tabli leur maison de commerce, dans cette int\u00e9ressante commune, il y ont travaill\u00e9 de mani\u00e8re \u00e0 m\u00e9riter l&#8217;estime des bons citoyens, aussi vous rendent-ils la Justice de croire qu&#8217;on n&#8217;a pas eu l&#8217;id\u00e9e de les assimiler \u00e0 ces faiseurs d&#8217;affaires, qui dans le cours de la R\u00e9volution ont fait des fortunes scandaleuses.<\/em><\/p>\n<p><em>Par ces consid\u00e9rations et autres que nous supprimons pour ne pas abuser de vos momens, les exposants attendent avec confiance que d&#8217;apr\u00e8s l&#8217;Etat actuel de leurs moyens, la premi\u00e8re taxe de cent vingt mille livres, a \u00e9t\u00e9 port\u00e9e m\u00eame au del\u00e0 de ce que la loy exigeait et qu&#8217;en cons\u00e9quence vous annuller\u00e9s les suppl\u00e9ments auxquels ils pourraient avoir \u00e9t\u00e9 comprise.<\/em><\/p>\n<p><em>Citoyens Administrateurs, dans un gouvernement libre les individus qui le composent doivent sans doute concourir aux besoins de la chose publique, mais relativement \u00e0 leur fortune. Celle des exposants n&#8217;a \u00e9t\u00e9 dans aucune tems que m\u00e9diocre, la r\u00e9volution l&#8217;a encore r\u00e9duite de pr\u00e8s de moiti\u00e9, et cette moiti\u00e9 est aujourd&#8217;hui d&#8217;une nature non disponible par l&#8217;impossibilit\u00e9 de la r\u00e9aliser, eu \u00e9gard aux circonstances critiques dans lesquelles nous nous trouvons tous engag\u00e9s, et \u00e0 la nature de nos moyens.<\/em><\/p>\n<p><em>Bmy Domecq p\u00e8re et fils \u00bb <\/em><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" width=\"755\" height=\"528\" class=\"wp-image-107\" src=\"http:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-26.png\" srcset=\"https:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-26.png 755w, https:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-26-300x210.png 300w, https:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-26-386x270.png 386w\" sizes=\"(max-width: 755px) 100vw, 755px\" \/><\/p>\n<p><em>\u00ab <\/em><strong><em>Tableau de la situation de Bmy Domecq pere et fils n\u00e9gociant \u00e0 Bordeaux en 1789, c&#8217;est \u00e0 dire avant la R\u00e9volution<\/em><\/strong><\/p>\n<p><em>\u00e0 cette \u00e9poque nous poss\u00e9dions notre maison d&#8217;habitation rue du chay des farines, et un petit domaine dans la commune de B\u00e9gle et ces deux immeubles joints aux marchandises billets en portefeuille ou d\u00e9biteurs par compte courant s&#8217;\u00e9levaient \u00e0 une somme de cent cinquante mille livres valeur m\u00e9tallique 150 000<br \/>sur laquelle somme nous devions par nos billet par comptes courants aux environs de vingt six mille livres 26 000<br \/>partant notre avoir avant la R\u00e9volution \u00e9tait de 124 000<\/em><\/p>\n<p><strong><em>Situation actuelle en 1796 (vieux style) en l&#8217;an 4eme de la R\u00e9publique au premier Germinal<\/em><\/strong><\/p>\n<p><em>Notre maison d&#8217;habitation rue du chay des farines que nous ne pourrions r\u00e9aliser aujourd&#8217;hui au del\u00e0 de vingt mille livres en num\u00e9raire et que nous portons \u00e0 trente mille 30 000<br \/>Une autre maison rue Bouquiere que nous portons \u00e9galement \u00e0 pareille somme de 30 000<br \/>une partie du domaine appel\u00e9 Laferrade acquis de la nation ayant appartenu aux ci devant [J\u00e9suites?] et abandonn\u00e9 \u00e0 de mauvais fermiers, depuis plus de trente ans par cons\u00e9quen ruin\u00e9 et ne produisant aucun revenu quand \u00e0 pr\u00e9sent, cependant nous le portons \u00e0 une valeur num\u00e9raire de vingt mille livres 20 000<br \/>Plus une mauvaise m\u00e9tairie acquise de la nation provenant de [?] pr\u00eatre \u00e9migr\u00e9 \u00e9galement abandonn\u00e9 depuis longtemps \u00e0 des fermiers bouchers pour la pacage des bestiaux et que nous portons \u00e0 15 000<br \/>Les marchandises ou d\u00e9biteurs par billets et comptes courants ou assignats au cours s&#8217;\u00e9levant valeur num\u00e9raire \u00e0 vingt mille livres cy 20 000<\/em><\/p>\n<p><em>Suivant le d\u00e9tail en l&#8217;autre part les objets y \u00e9nonc\u00e9s et port\u00e9s \u00e0 un taux au del\u00e0 de ce qu&#8217;on pouvait les r\u00e9aliser aujourd&#8217;hui s&#8217;\u00e9l\u00e8vent \u00e0 une somme de cent quinze mille livres cy 115 000<\/em><\/p>\n<p><strong><em>\u00e0 d\u00e9duire<\/em><\/strong><em><br \/>que nous devons \u00e0 divers cr\u00e9anciers am\u00e9riquains pour solde de diverses consignations ant\u00e9rieures \u00e0 la r\u00e9volution, valeur m\u00e9tallique cy 18500<br \/>\u00e0 nos correspondants d&#8217;Amsterdam et Rotterdam en num\u00e9raire dont nous payons les int\u00e9r\u00eats en attendant que les changes deviennent plus favorables et que nous estimons en livres tournois 15000<br \/>\u00e0 divers cr\u00e9anciers de la R\u00e9publique par courants valeur de 1790 environ quatorze mille six cent livres 14 600<br \/>Total 48 100<br \/>Partant notre avoir, sauf encore les \u00e9venemens \u00e0 courir sur quelques uns de nos d\u00e9biteurs, se trouve r\u00e9duit \u00e0 soixante six mille neuf cent livres en valeur m\u00e9tallique<br \/>66 900<\/em><\/p>\n<p><strong><em>R\u00e9sultat<\/em><\/strong><em><br \/>Notre capital avant la R\u00e9volution \u00e9tait de L 124,000<br \/>celui d&#8217;aujourd&#8217;hui s&#8217;\u00e9l\u00e8ve qu&#8217;\u00e0 66,900<br \/>Diff\u00e9rence 57 100<br \/>Cette diff\u00e9rence provient de pertes \u00e9prouv\u00e9es par le maximum, les faillites les d\u00e9penses indispensables d&#8217;une famille pendant 6 ans et les sacrifices que nous avons faits pour la patrie.<br \/>Bordeaux le 1er germinal l&#8217;an 4e de la R\u00e9publique une &amp; indivisible<br \/>Bmy Domecq pere et fils \u00bb <\/em><\/p>\n<p>Est-ce vraiment la baisse du niveau de fortune ou le patriotisme de Barth\u00e9l\u00e9my et de Cl\u00e9ment qui ont convaincu le jury ? Les montants devaient \u00eatre \u00e0 peu pr\u00e8s sinc\u00e8res, l\u00e9g\u00e8rement sous-\u00e9valu\u00e9s en 1796 comme on peut si attendre: dix ans plus tard, sur le contrat de mariage de Catherine, la valeur des biens mobiliers de Barth\u00e9l\u00e9my Domecq \u00e0 sa mort en 1797 sera \u00e9valu\u00e9e \u00e0 45.000 livres. On ne conna\u00eet pas le montant d\u2019imposition initiale, mais celui-ci fut r\u00e9duit \u00e0 2.000 livres.<\/p>\n<p>Les chiffres \u00e9tudi\u00e9s par Philippe Gardey permettent de situer approximativement la fortune de Barth\u00e9l\u00e9my Domecq parmi celle des n\u00e9gociants<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-89\" href=\"#post-54-footnote-89\">[90]<\/a><\/sup><\/sup>. On compte environ 800 soci\u00e9t\u00e9s de n\u00e9goces \u00e0 Bordeaux au d\u00e9but de la R\u00e9volution, donc environ 1100 individus. Avant la guerre maritime (1792), la fortune m\u00e9diane est de 150.000 livres, un peu en dessous de la fortune des Domecq en 1789 (124.000), qu\u2019ils avaient peut \u00eatre int\u00e9r\u00eat \u00e0 l\u00e9g\u00e8rement surestimer pour faire valoir leurs pertes. Si dans les ann\u00e9es qui suivent, beaucoup de soci\u00e9t\u00e9s ont p\u00e9riclit\u00e9, d\u2019autres ont prosp\u00e9r\u00e9. La situation des Domecq en 1796 (66.900 livres) les placerait donc parmi les petits n\u00e9gociants. On peut remarquer que le capital circulant en 1796 (20.000 en marchandises ou d\u00e9biteurs par billets) est d\u2019une proportion importante par rapport au capital total. Malgr\u00e9 l\u2019\u00e2ge du p\u00e8re, la soci\u00e9t\u00e9 continue donc probablement d\u2019\u00eatre active depuis le retour de Cl\u00e9ment.<\/p>\n<p>Celui qui voulait d\u00e9fendre les droits de l\u2019homme dans sa lettre \u00e0 la Convention ne manque pas d\u2019y faire r\u00e9f\u00e9rence dans la conclusion de sa lettre aux administrateurs. La version de la d\u00e9claration en vigueur est celle de la constitution du 5 fructidor III (c\u2019est \u00e0 dire du Directoire). Il est fait allusion \u00e0 cela : \u00ab\u00a0<em>Article 16. &#8211; Toute contribution est \u00e9tablie pour l&#8217;utilit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale ; elle doit \u00eatre r\u00e9partie entre les contribuables, en raison de leurs facult\u00e9s.<\/em>\u00a0\u00bb<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-90\" href=\"#post-54-footnote-90\">[91]<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<p>La lettre r\u00e9pond globalement aux accusations dont ont \u00e9t\u00e9 victimes les n\u00e9gociants pendant la terreur, \u00e0 une importante diff\u00e9rence pr\u00e8s: la premi\u00e8re cause expos\u00e9e pour expliquer les pertes est le maximum. L\u2019agiotage reste mal vu, mais le nouveau r\u00e9gime se flatte d\u2019avoir r\u00e9tabli la libert\u00e9 du commerce. Il n\u2019est donc pas interdit d\u2019exposer ou de se plaindre de ses pertes.<\/p>\n<p>Il y aurait sans doute beaucoup \u00e0 dire \u00e0 propos du comportement de quelqu&#8217;un qui fait publiquement des dons patriotiques et demande discr\u00e8tement des r\u00e9ductions d&#8217;imp\u00f4ts. Cela peut pr\u00eater \u00e0 sourire. Il a pourtant lu l&#8217;\u00e9vangile: \u00ab\u00a0<em>Quand donc tu fais l&#8217;aum\u00f4ne, ne fais pas sonner de la trompette devant toi\u2026 que ta main gauche ne sache pas ce que fait ta main droite.<\/em>\u00a0<em>\u00bb<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-91\" href=\"#post-54-footnote-91\">[92]<\/a><\/sup><\/sup> <\/em>On peut \u00eatre indulgent avec Barth\u00e9l\u00e9my Domecq, pas \u00e0 cause de la suite du sermon sur la montagne\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Ne jugez pas de peur d&#8217;\u00eatre jug\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb, mais surtout parce que les \u00e9v\u00e8nements r\u00e9volutionnaires sont tels que certains comportements sont difficilement compr\u00e9hensibles si l\u2019on ne prend pas en compte les \u00e9motions des acteurs. Comme l\u2019\u00e9crit Timothy Tackett: \u00ab<em> Pour ceux qui n\u2019ont jamais travers\u00e9 une r\u00e9volution dans leur vie, il est difficile d\u2019imaginer \u00e0 quel point il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une exp\u00e9rience d\u00e9concertante, troublante et p\u00e9nible.<\/em> \u00bb<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-92\" href=\"#post-54-footnote-92\">[93]<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<p>On peut aussi penser \u00e0 une opposition politique au Directoire et une fid\u00e9lit\u00e9 aux jacobins, ou au moins une lassitude face \u00e0 la tournure des \u00e9v\u00e8nements, qui le pousse \u00e0 ne pas vouloir donner trop d\u2019argent \u00e0 la R\u00e9publique. Enthousiasme en 1789, terreur en 1793, lassitude en 1796, c\u2019est une mani\u00e8re de caricaturer les comportements sous la R\u00e9volution que l\u2019on peut \u00e9ventuellement appliquer \u00e0 Barth\u00e9l\u00e9my Domecq de fa\u00e7on simpliste faute d\u2019autres sources nous permettant de sonder son c\u0153ur.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<h1><a id=\"post-54-_heading=h.lnxbz9\"><\/a> Mariage des enfants<\/h1>\n<p>Outre ses propri\u00e9t\u00e9s dont il est question dans la r\u00e9clamation, avant la R\u00e9volution la soci\u00e9t\u00e9 Barth\u00e9l\u00e9my Domecq et fils louait un domaine, la \u00ab\u00a0maison noble Seignans\u00a0\u00bb dans l\u2019Entre-deux-mers, appartenant aux religieux des Feuillants pour 5700 livres<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-93\" href=\"#post-54-footnote-93\">[94]<\/a><\/sup><\/sup> (somme importante). La R\u00e9volution provoque un grand chambardement dans les propri\u00e9t\u00e9s: beaucoup de biens afferm\u00e9s sont vendus comme biens nationaux. Les Domecq ach\u00e8tent le domaine de La Ferrade, \u00e0 B\u00e8gles, le 22 avril 1793. On peut imaginer qu\u2019il remplit les m\u00eames fonctions que \u00ab\u00a0Seignans \u00bb avant la R\u00e9volution et que le domaine de Coulommiers \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 ils r\u00e9sidaient \u00e0 Toulouse: production agricole (vinicole ou mara\u00eech\u00e8re) qui peut ensuite \u00eatre vendue sans interm\u00e9diaire, et agr\u00e9ment d\u2019une maison de campagne. C\u2019est l\u00e0 que Barth\u00e9l\u00e9my Domecq d\u00e9c\u00e8de le 12 fructidor an V (29 ao\u00fbt 1797).<\/p>\n<p>Avant cela, il aura le temps de r\u00e9gler la question du mariage de deux de ses enfants. Ils se marient le m\u00eame jour, le 26 brumaire an V (16 novembre 1796). Cl\u00e9ment Domecq, son seul fils parvenu \u00e0 l&#8217;\u00e2ge adulte, est revenu de son engagement dans l\u2019arm\u00e9e r\u00e9volutionnaire. Engag\u00e9 volontaire d\u00e8s mars 1792, il serait revenu, malade, en d\u00e9cembre 1795<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-94\" href=\"#post-54-footnote-94\">[95]<\/a><\/sup><\/sup>. Il \u00e9pouse Genevi\u00e8ve Lafon, fille de l\u2019ancien procureur Guillaume Lafon (d\u00e9c\u00e9d\u00e9 lors du mariage). Les procureurs sous l\u2019Ancien R\u00e9gime \u00e9taient les anc\u00eatres des avou\u00e9s. Ils n\u2019\u00e9taient pas charg\u00e9s de plaider en d\u00e9fense de leur client, mais de les repr\u00e9senter. Les charges des avou\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 rachet\u00e9es et cette profession a \u00e9t\u00e9 fusionn\u00e9e avec celle d\u2019avocat en 2012<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-95\" href=\"#post-54-footnote-95\">[96]<\/a><\/sup><\/sup>. Le terme de procureur est aujourd\u2019hui utilis\u00e9e pour \u00ab\u00a0procureur de la R\u00e9publique\u00a0\u00bb successeur du \u00ab\u00a0procureur du roi\u00a0\u00bb, qui d\u00e9fend la soci\u00e9t\u00e9 et l\u2019Etat.<\/p>\n<p>Les gens de lois peuvent se m\u00ealer aux gens du commerce, mais la m\u00e8re de Genevi\u00e8ve est d\u2019un milieu encore plus familier aux Domecq: Marie-Jeanne Boccalin est d\u2019une famille de n\u00e9gociants bayonnais install\u00e9s \u00e0 St Domingue. On a dans le contrat de mariage la confirmation de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e9tablie entre le p\u00e8re et le fils: \u00ab\u00a0<em>Barth\u00e9l\u00e9my Domecq p\u00e8re d\u00e9clare confirmer autant que de besoin l&#8217;acte de soci\u00e9t\u00e9 pass\u00e9 sous seing priv\u00e9 pass\u00e9 entre lui et son fils futur \u00e9poux le premier mai mil sept cent quatre vingt huit vieux style, ainsi que tout ce qui a pu subs\u00e9quemment se rapporter \u00e0 cette association sous le nom collectif de Domecq p\u00e8re et fils&#8230;<\/em>\u00a0<em>\u00bb (<\/em>suit la liste des biens: une maison \u00e0 Bordeaux et le domaine de B\u00e8gles.)<\/p>\n<p>On ne sait si depuis le retour des arm\u00e9es de Cl\u00e9ment, Barth\u00e9l\u00e9my Domecq s\u2019est progressivement retir\u00e9 des affaires du n\u00e9goce. Mais \u00e0 68 ans, il ne manifeste pas l\u2019intention de se retirer de la gestion des biens de la soci\u00e9t\u00e9 (notamment le domaine de B\u00e8gles): <em>\u00ab<\/em>\u00a0<em>Domecq p\u00e8re continue la gestion et jouissance de la totalit\u00e9 des sus dits biens comme par le pass\u00e9 sans \u00eatre tenu d&#8217;en rendre aucun compte au futur \u00e9poux soit que la cohabitation subsiste ou non la vie durant du dit citoyen Domecq p\u00e8re qui s&#8217;oblige seulement dans le cas o\u00f9 la cohabitation viendrait \u00e0 cesser \u00e0 payer au futur \u00e9poux une somme de quinze cent livres par ann\u00e9e valeur fixe en monnaye m\u00e9tallique de six mois en six mois \u00e0 raison de sept cent cinquante livres &#8230; aussi sans aucune retenue, pour tenir lieu audit futur \u00e9poux soit de sa demi du revenu annuel des dits immeubles soit de la pension qu&#8217;il aurait pu r\u00e9clamer sur les biens propres de ses p\u00e8res et m\u00e8res<\/em>\u00a0\u00bb<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-96\" href=\"#post-54-footnote-96\">[97]<\/a><\/sup><\/sup><\/p>\n<p>Pierre-Ignace Guichon \u00e9pouse Doroth\u00e9e Domecq, dite <em>Gracieuse. <\/em>Au jour de leur mariage, ils habitent d\u00e9j\u00e0 \u00e0 la m\u00eame adresse, au 30 rue du chai des farines, adresse du comptoir de la famille Domecq. Ce n\u2019est pas un cas unique chez les n\u00e9gociants. Pierre-Ignace Guichon \u00e9tait probablement commis. Il s\u2019\u00e9tait embarqu\u00e9 pour l&#8217;\u00eele danoise de St Thomas et pour le Cap Fran\u00e7ais (aujourd\u2019hui Cap-Ha\u00eftien) apr\u00e8s avoir obtenu un passeport le 3 mars 1793<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-97\" href=\"#post-54-footnote-97\">[98]<\/a><\/sup><\/sup>. On peut imaginer qu\u2019il a assist\u00e9 aux \u00e9v\u00e8nements de 1793 \u00e0 St Domingue. Le 21 juin 1793 Cap Fran\u00e7ais fut incendi\u00e9 lors d\u2019une guerre franco-fran\u00e7aise dans laquelle se battent r\u00e9publicains, royalistes, esclaves insurg\u00e9s et propri\u00e9taires. Le 29 ao\u00fbt 1793, le commissaire civil pronon\u00e7a l\u2019abolition g\u00e9n\u00e9rale pour les esclaves de la province du Nord dans l\u2019espoir de se rallier les esclaves insurg\u00e9s. S\u2019il est vraiment parvenu dans l\u2019\u00eele, Guichon n\u2019y resta pas longtemps. De retour \u00e0 Bordeaux, il fut signataire le 8 prairial an II (27 mai 1794) de l\u2019acte de mariage de Jeanne Domecq, la ni\u00e8ce de Barth\u00e9l\u00e9my, avec Louis Julien Labotti\u00e8re. Deux ans et demi avant leur mariage, les futurs \u00e9poux signent cet acte l\u2019un au-dessus de l\u2019autre.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" width=\"344\" height=\"138\" class=\"wp-image-108\" src=\"http:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-27.png\" srcset=\"https:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-27.png 344w, https:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-27-300x120.png 300w\" sizes=\"(max-width: 344px) 100vw, 344px\" \/><\/p>\n<p>Guichon est fils et petits-fils de marchand de Pontacq, commune voisine de Barzun. Sa famille vend notamment des capes. C\u2019est donc le fils de connaissances de Barth\u00e9l\u00e9my Domecq, avec lesquels il a probablement \u00e9t\u00e9 en relation d\u2019affaires. Voici ce que dit un auteur de l\u2019\u00e9poque des marchands de Pontacq:<\/p>\n<p><em>\u00ab<\/em>\u00a0<em>Ils y sont encore davantage tr\u00e8s industrieux et tr\u00e8s commer\u00e7ants. On y fabrique, en laines grossi\u00e8res du pays ou du moins estim\u00e9es des confins de l\u2019Espagne, des draps ou cadis, des manteaux \u00e0 capuchon, connus sous le nom de capes, des bonnets ou berrets dont en B\u00e9arn, Soule, Navarre et Labourt, les paysans se servent, au lieu de chapeaux. On y fabrique, aussi continuellement, des couvertures de lit<\/em>\u00a0<em>\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>\u00ab<\/em>\u00a0<em>On ne d\u00e9bite gu\u00e8re de ces articles que dans les provinces, que j\u2019ai nomm\u00e9es, et dans la Bigorre et le N\u00e9bouzan. Je dois excepter l\u2019\u00e9poque o\u00f9 les Anglais de l\u2019Am\u00e9rique septentrionale, form\u00e9s, aujourd\u2019hui, en corps de peuple ind\u00e9pendant, sous le nom des 13 Etats-Unis, furent en guerre avec leur m\u00e9tropole. Je me rappelle que durant le cours de cette m\u00e9morable r\u00e9volution, le produit des manufactures de Pontacq eut ch\u00e8s eux une grande vogue et qu\u2019on ne pouvait suffire aux demandes<\/em>\u00a0<em>\u00bb.<\/em><\/p>\n<p><em>\u00ab<\/em>\u00a0<em>Je crois que depuis la paix, qui a ouvert tant d\u2019autres portes du m\u00eame genre avec libert\u00e9 et suret\u00e9, Pontac a du fermer la sienne avec ce pays l\u00e0 . Son travail est n\u00e9anmoins, ass\u00e8s avanc\u00e9<\/em>\u00a0<em>\u00bb.<\/em><\/p>\n<p><em>\u00ab Presque tous les habitans, dans quelque classe qu\u2019on les prenne, ont de l\u2019aisance. Il y en a de riches, non seulement \u00e0 raison de leur n\u00e9goce, mais m\u00eame comme rentiers et cultivateurs. Ce territoire a, pour les grains, et encore plus, pour les fourrages, des fonds excellents&#8230;\u00bb<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-98\" href=\"#post-54-footnote-98\">[99]<\/a><\/sup><\/sup><\/em><\/p>\n<p>Pierre-Ignace \u00e9pouse donc la benjamine, et non l&#8217;a\u00een\u00e9e des filles. Si l\u2019alliance entre familles est \u00e9videmment \u00ab arrang\u00e9e \u00bb, on peut tout de m\u00eame y voir une inclination, \u00e0 moins que l\u2019a\u00een\u00e9e n\u2019ait \u00e9t\u00e9 promise \u00e0 un autre, sans que le mariage ne se fasse. <em>Gracieuse<\/em> \u00e9tait-elle plus avenante que <em>Titine<\/em> son a\u00een\u00e9e ? Son surnom nous para\u00eet aujourd\u2019hui plus glamour, mais il faut savoir que <em>Gracieuse <\/em>est un pr\u00e9nom traditionnel en B\u00e9arn, on ne peut donc rien en conclure.<\/p>\n<p>Si dans certaines familles la R\u00e9volution a pu rendre les codes sociaux moins pr\u00e9gnants et diminuer l\u2019endogamie, ce n\u2019est pas le cas pour ces deux mariages qui auraient pu avoir lieu avant la R\u00e9volution sans surprendre quiconque. Le d\u00e9m\u00e9nagement de la famille \u00e0 Bordeaux vingt-cinq ans auparavant n\u2019a pas non plus chang\u00e9 grand-chose: les deux \u00ab pi\u00e8ces rapport\u00e9es \u00bb ont des origines n\u00e9gociantes et pyr\u00e9n\u00e9ennes.<\/p>\n<p>Certes, Barth\u00e9l\u00e9my Domecq est un r\u00e9volutionnaire, et nous sommes en l&#8217;an V, il ne marie donc pas sa fille \u00e0 un rejeton d\u00e9sargent\u00e9 de la noblesse comme cela aurait peut-\u00eatre pu arriver sous l&#8217;ancien r\u00e9gime. Mais les nobles de la fin de l&#8217;ancien r\u00e9gime avaient une mentalit\u00e9 \u00e9trang\u00e8re au monde du n\u00e9goce, les alliances \u00e9taient assez rares et la fortune de Barth\u00e9l\u00e9my Domecq n\u2019aurait peut-\u00eatre pas \u00e9t\u00e9 assez importante pour constituer une dot suffisante et susceptible d&#8217;attirer un jeune noble \u00ab\u00a0chasseur de dot \u00bb comme il en existait.<\/p>\n<p>Sans aller jusqu\u2019\u00e0 parler de m\u00e9salliance, Doroth\u00e9e <em>Gracieuse <\/em>est plus riche que son mari: Elle \u00e9pouse un apprenti n\u00e9gociant de la r\u00e9gion d\u2019origine de son p\u00e8re, et non un n\u00e9gociant bordelais bien \u00e9tabli et aussi riche qu\u2019elle. En guise de dot, son p\u00e8re lui accorde une pension de 1000 livres par an, alors que Pierre-Ignace Guichon ne d\u00e9clare avoir pour revenu qu\u2019une somme de 500 livres annuelle, ce qui n\u2019est gu\u00e8re plus que le salaire d\u2019un quelconque travailleur. Il \u00e9pouse la fille de son patron, ce qui est plus que courant.<\/p>\n<h1><a id=\"post-54-_heading=h.35nkun2\"><\/a> D\u00e9c\u00e8s et succession<\/h1>\n<p>Barth\u00e9l\u00e9my Domecq d\u00e9c\u00e8de donc le 12 fructidor an V (29 ao\u00fbt 1797) dans son domaine de La Ferrade, \u00e0 B\u00e8gles, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 68 ans<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-99\" href=\"#post-54-footnote-99\">[100]<\/a><\/sup><\/sup>. Malheureusement pour nous, il n\u2019est pas fait d\u2019inventaire apr\u00e8s d\u00e9c\u00e8s qui nous aurait permis de rentrer chez lui. On en a l\u2019explication dans le contrat de mariage de sa fille Catherine en 1807:<\/p>\n<p><em>\u00ab<\/em>\u00a0<em>Il est reconnu par les parties qu&#8217;au d\u00e9c\u00e8s dudit feu Barth\u00e9l\u00e9my Domecq p\u00e8re, sa veuve et leurs enfants au nombre de trois, profitant de l&#8217;heureuse harmonie qui r\u00e9gnait entre eux continueront de vivre ensemble les biens en commun\u2026<\/em>\u00a0<em>\u00bb<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-100\" href=\"#post-54-footnote-100\">[101]<\/a><\/sup><\/sup> <\/em><\/p>\n<p>Pendant dix ans, la famille a continu\u00e9 de vivre en commun et la soci\u00e9t\u00e9 Barth\u00e9l\u00e9my Domecq et fils a perdur\u00e9: \u00ab\u00a0<em>sous la raison Barth\u00e9l\u00e9my Domecq p\u00e8re et fils \u00e9tait int\u00e9ress\u00e9 le dit Cl\u00e9ment Domecq qui prit la suite des affaires et les a continu\u00e9 pour son propre compte \u00e0 ses p\u00e9rils, risques et fortunes et il les continue encore sous le m\u00eame nom de Barth\u00e9l\u00e9my Domecq p\u00e8re et fils.<\/em>\u00a0<em>\u00bb <\/em><\/p>\n<p>Catherine <em>Titine<\/em> Domecq se marie \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 37 ans avec un directeur des Postes, membre de la famille de Lesseps. C\u2019est un premier mariage particuli\u00e8rement tardif pour l\u2019\u00e9poque. La moyenne chez les filles de n\u00e9gociants \u00e9tait de 25 ans, et 89% se mariaient avant 30 ans<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-101\" href=\"#post-54-footnote-101\">[102]<\/a><\/sup><\/sup>. Encore plus tardif fut le mariage de Jeanne, la ni\u00e8ce, \u00e0 42 ans. Leurs maris sont tous les deux veufs. \u00c9taient-elles malades ? On ne trouve aucun \u00e9l\u00e9ment explicatif dans les contrats. Cela ne les emp\u00eacha pas d\u2019enfanter toutes les deux.<\/p>\n<p>Catherine h\u00e9rite du domaine de B\u00e8gles. Comme son p\u00e8re elle y d\u00e9c\u00e8de, en 1815. Le mari d\u00e9clare ne pas y avoir fait d&#8217;acqu\u00eats. La maison a donc probablement peu chang\u00e9 depuis la mort de Barth\u00e9l\u00e9my. L&#8217;inventaire apr\u00e8s d\u00e9c\u00e8s qui est fait montre un luxe moyen<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-102\" href=\"#post-54-footnote-102\">[103]<\/a><\/sup><\/sup>. Le lit est le meuble ayant le plus de valeur, comme c\u2019est tr\u00e8s fr\u00e9quemment le cas \u00e0 l&#8217;\u00e9poque. Il y a une belle pendule, une cafeti\u00e8re. Il y a beaucoup d&#8217;argenterie, qui est un agr\u00e9ment et aussi un placement. La seule originalit\u00e9 sans doute propre \u00e0 une famille de n\u00e9gociants bordelais est la quantit\u00e9 de barriques de vin qui constitue une part importante des biens meubles de Catherine.<\/p>\n<p>Le nom de Barth\u00e9l\u00e9my Domecq fut utilis\u00e9 longtemps apr\u00e8s sa mort, au point que son petit-neveu et homonyme Barth\u00e9l\u00e9my Domecq, raffineur de sucre, signera encore en 1816 \u00ab\u00a0Domecq neveu\u00a0\u00bb. Son fils et son gendre r\u00e9ussiront moins bien que lui. Ils furent un temps associ\u00e9 dans la soci\u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0B. Domecq, Guichon et Pleneau\u00a0\u00bb avant de faire chacun leurs affaires de leur c\u00f4t\u00e9. Les Guichon continueront d\u2019habiter rue du chai des farines, tandis que Cl\u00e9ment Domecq habitera avec sa m\u00e8re rue de la porte St Jean. La soci\u00e9t\u00e9 Domecq fait faillite en 1813, pour un montant estim\u00e9 dans le rapport de police \u00e0 650.000 livres<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-103\" href=\"#post-54-footnote-103\">[104]<\/a><\/sup><\/sup>.<\/p>\n<p>En 1816 Cl\u00e9ment Domecq est dit \u00ab ci-devant n\u00e9gociant \u00bb dans les actes qui concernent la liquidation de la soci\u00e9t\u00e9. Il se retire dans le domaine de Listrac-M\u00e9doc qu\u2019il avait achet\u00e9 et se consacre \u00e0 la vente de vin. Il sera qualifi\u00e9 de \u00ab\u00a0cultivateur\u00a0\u00bb dans son acte de d\u00e9c\u00e8s en 1830. Sa s\u0153ur Doroth\u00e9e Domecq \u00e9pouse Guichon meurt quelque mois plus tard dans le m\u00eame domaine.<\/p>\n<p>Pierre-Ignace Guichon ach\u00e8te en viager un grand domaine \u00e0 Soussans pour 125.000 francs<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-104\" href=\"#post-54-footnote-104\">[105]<\/a><\/sup><\/sup>. Soussans n\u2019est pas loin de Listrac et touche la commune de Margaux. Dans un montage financier complexe, il s&#8217;est endett\u00e9 pour financer l&#8217;acquisition aupr\u00e8s des anciens propri\u00e9taires et doit payer des int\u00e9r\u00eats en plus de la rente viag\u00e8re. C\u2019est un achat risqu\u00e9 qui ne r\u00e9ussira pas \u00e0 Guichon.<\/p>\n<p>Il s\u2019endettera encore pour payer les dots de ses filles, Fanny en 1818 et Z\u00e9lia en 1823. Son fils Pierre-Hippolyte Guichon renoncera \u00e0 sa succession apr\u00e8s son d\u00e9c\u00e8s en 1842.<\/p>\n<p>Il serait tentant d&#8217;associer le destin de la famille avec celui du port de Bordeaux comme une m\u00eame inversion de la courbe de croissance. En effet sous la Restauration, on assiste \u00e0 un changement dans la nature des \u00e9changes commerciaux; Bordeaux et Nantes sont alors supplant\u00e9es par Le Havre et Marseille.<\/p>\n<p>La d\u00e9cennie 1780 est consid\u00e9r\u00e9e comme l\u2019\u00e2ge d\u2019or du commerce bordelais. Il a cependant \u00e9t\u00e9 d\u00e9montr\u00e9 que les d\u00e9cennies suivantes constituaient une stagnation, plut\u00f4t qu\u2019un d\u00e9clin. Il y a une \u00ab <em>grande continuit\u00e9 des structures et un \u00e9norme renouvellement des hommes<\/em> \u00bb<sup><sup><a id=\"post-54-footnote-ref-105\" href=\"#post-54-footnote-105\">[106]<\/a><\/sup><\/sup>. Sous la Restauration il y a toujours autant de n\u00e9gociants ais\u00e9s, moyens ou petits, mais ce sont rarement les fils de n\u00e9gociants de la g\u00e9n\u00e9ration pr\u00e9c\u00e9dente dans la m\u00eame position.<\/p>\n<p>C&#8217;est donc plut\u00f4t dans ce contexte qu&#8217;il faut placer le fils et le gendre qui ne sont pas les seuls \u00e0 ne pas pouvoir maintenir la position de petit notable qu&#8217;avait acquise leur p\u00e8re et beau-p\u00e8re.<\/p>\n<h1><a id=\"post-54-_heading=h.1ksv4uv\"><\/a> Sources<\/h1>\n<p>Archives d\u00e9partementales Gironde (AD33): 3 E (Archives notariales: Mailli\u00e8res), 3 L (actes des administrations d\u00e9partementales), 1 M (rapport de police), 4 E (\u00e9tat civil)<\/p>\n<p>Archives municipales de Bordeaux: D 111-112 (d\u00e9lib\u00e9rations conseil g\u00e9n\u00e9ral), <em>Inventaire-sommaire, p\u00e9riode r\u00e9volutionnaire, 1789-an 8<\/em><\/p>\n<p>Archives d\u00e9partementales Haute-Garonne\u00a0: 2 C (enregistrement), \u00e9tat civil<\/p>\n<p>Archives d\u00e9partementales Pyr\u00e9n\u00e9es Atlantiques: \u00e9tat civil<\/p>\n<p>Presse\u00a0: <em>Affiches de bordeaux, annonces, &amp;c., Journal de Guienne, Journal de commerce, de politique et de litt\u00e9rature<\/em><\/p>\n<p>Archives de la Soci\u00e9t\u00e9 Typographique de Neufchatel [robertdarnton.org]<\/p>\n<h1><a id=\"post-54-_heading=h.44sinio\"><\/a> Bibliographie<\/h1>\n<p><strong>Ouvrages de r\u00e9f\u00e9rence:<\/strong><\/p>\n<p>Gardey Philippe, <em>N\u00e9gociants et marchands de Bordeaux : De la guerre d&#8217;Am\u00e9rique \u00e0 la Restauration (1780-1830)<\/em>, PUFS, 2009<\/p>\n<p>Cornette Jo\u00ebl,<em> Un r\u00e9volutionnaire ordinaire : Beno\u00eet Lacombe, n\u00e9gociant, 1759-1819,<\/em> Seyssel, 1986<\/p>\n<p><strong>Sur l\u2019affaire Calas:<\/strong><\/p>\n<p>Garnot Beno\u00eet, <em>Voltaire et l&#8217;Affaire Calas. Les faits, les interpr\u00e9tations, les enjeux<\/em>, Hatier, 2013<\/p>\n<p><strong>Autres ouvrages et articles:<\/strong><\/p>\n<p>Bessand-Massenet Pierre, \u00ab Le survivant \u00bb, <em>R\u00e9cits des temps r\u00e9volutionnaires,<\/em> \u00c9ditions Perrin, 1984, pp. 183-250.<\/p>\n<p>Bourrachot Lucile, \u00ab\u00a0Le milieu des mariniers de la juridiction d&#8217;Agen au XVIIIe si\u00e8cle\u00a0\u00bb, <em>Annales du Midi : revue arch\u00e9ologique, historique et philologique de la France m\u00e9ridionale<\/em>, Tome 88, N\u00b0129, 1976, pp. 401-421.<\/p>\n<p>Boussoulade Jean, and G. Boussoulade, Les Religieuses Et Les Serments, <em>Annales Historiques De La R\u00e9volution Fran\u00e7aise<\/em> 25, no. 131, 1953, pp. 127-39.<\/p>\n<p>Chamboredon Robert, \u00ab\u00a0Le n\u00e9gociant h\u00f4te : une forme diffuse de sociabilit\u00e9 au XVIIIe si\u00e8cle\u00a0\u00bb, <em>Provence historique<\/em>, XLVII, 1997<\/p>\n<p>Cornette Jo\u00ebl, \u00ab La personne, l&#8217;histoire et le r\u00e9cit : le destin de Beno\u00eet Lacombe, propri\u00e9taire, n\u00e9gociant et r\u00e9volutionnaire \u00bb, <em>Revue d\u2019histoire moderne &amp; contemporaine<\/em>, 1985\/4, 32-4, pp. 561-590.<\/p>\n<p>Darnton Robert, <em>Un tour de France litt\u00e9raire<\/em>, Gallimard, 2018<\/p>\n<p>Fraenkel B\u00e9atrice, Les surprises de la signature, signe \u00e9crit, <em>Langage et soci\u00e9t\u00e9<\/em>, n\u00b044, 1988, pp. 5-31.<\/p>\n<p>Gardey Philippe, \u00ab Le mariage de l&#8217;histoire s\u00e9rielle et de la prosopographie, ou l&#8217;histoire de Guillaume Nonlabade, n\u00e9gociant bordelais ordinaire, de la Guerre d&#8217;Am\u00e9rique \u00e0 la Restauration\u00a0\u00bb, <em>Histoire, \u00e9conomie et soci\u00e9t\u00e9<\/em>, 2002, 3, pp. 303-321.<\/p>\n<p>Gardey Philippe, \u00ab Les n\u00e9gociants de la France m\u00e9ridionale \u00e0 Bordeaux entre la fin de l\u2019Ancien R\u00e9gime et la Restauration \u00bb, <em>Liame<\/em>, 25, 2012<\/p>\n<p><em>Histoire des Maires de Bordeaux<\/em>, Les Dossiers d&#8217;Aquitaine, 2008<\/p>\n<p>Houdaille Jacques, \u00ab Les pr\u00e9noms des protestants au XVIIe si\u00e8cle \u00bb, <em>Population<\/em>, 51\u1d49 ann\u00e9e, n\u00b03, 1996, pp. 775-778.<\/p>\n<p>Jullian Camille, <em>Histoire de Bordeaux depuis les origines jusqu&#8217;en 1895<\/em>, Feret et fils, 1895<\/p>\n<p>Marzagalli Silvia, \u00ab Le n\u00e9goce maritime et la rupture r\u00e9volutionnaire : un ancien d\u00e9bat revisit\u00e9 \u00bb, <em>Annales historiques de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em>, 352, 2008, 184-207.<\/p>\n<p>Marzagalli Sylvia, \u00ab Mari\u00e9e et ind\u00e9pendante ? Une femme d&#8217;affaires \u00e0 la fin du XVIIIe si\u00e8cle\u00a0: H\u00e9l\u00e8ne de Meyere, \u00e9pouse Skinner \u00bb, <em>Annales du Midi : revue arch\u00e9ologique, historique et philologique de la France m\u00e9ridionale<\/em>, Tome 118, N\u00b0253, 2006, pp. 73-84.<\/p>\n<p>Mathan, Anne (de), <em>Girondins jusqu&#8217;au tombeau. Une r\u00e9volte bordelaise dans la R\u00e9volution<\/em>, Bordeaux, \u00c9ditions du Sud-Ouest, 2004<\/p>\n<p>Minovez Jean-Michel, \u00ab Grandeur et d\u00e9cadence de la navigation fluviale : l&#8217;exemple du bassin sup\u00e9rieur de la Garonne du milieu du XVIIe au milieu du XIXe si\u00e8cle \u00bb, <em>Histoire, \u00e9conomie et soci\u00e9t\u00e9<\/em>, 1999, n\u00b03, pp. 569-592.<\/p>\n<p>Minvielle St\u00e9phane, Dans l&#8217;intimit\u00e9 des familles bordelaises, \u00c9ditions SudOuest, 2009<\/p>\n<p>Minvielle St\u00e9phane, \u00ab Les comportements d\u00e9mographiques des \u00e9lites bordelaises au XVIIIe si\u00e8cle \u00bb, <em>Histoire, \u00e9conomie et soci\u00e9t\u00e9<\/em>, 2004, 23\u1d49 ann\u00e9e, n\u00b02, pp. 273-281.<\/p>\n<p>Poussou Jean-Pierre, \u00ab Sur le r\u00f4le des transports terrestres dans l&#8217;\u00e9conomie du Sud-Ouest au XVIIIe si\u00e8cle \u00bb, <em>Annales du Midi : revue arch\u00e9ologique, historique et philologique de la France m\u00e9ridionale<\/em>, Tome 90, N\u00b0138-139, 1978, pp. 389-412.<\/p>\n<p>Sabot Thierry, <em>Les signatures de nos anc\u00eatres ou l\u2019apprentissage d\u2019un geste<\/em>, \u00e9ditions Thisa, 2012<\/p>\n<p>Tackett Timothy, <em>Anatomie de la Terreur<\/em>, Le Seuil, 2015<\/p>\n<p>Tackett Timothy, \u00ab D\u00e9noncer au d\u00e9but de la R\u00e9volution. Le cas de Bordeaux, 1791 &#8211; 1793 \u00bb, <em>Annales historiques de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em>, 2018\/2 (n\u00b0 392), p. 3-29.<\/p>\n<p>Roche Daniel, \u00ab N\u00e9goce et culture dans la France du XVIIIe si\u00e8cle \u00bb, <em>Revue d\u2019histoire moderne et contemporaine<\/em>, tome 25 N\u00b03, Juillet-septembre 1978. pp. 375-395.<\/p>\n<p>Vivie Aur\u00e9lien, <em>Histoire de la Terreur \u00e0 Bordeaux<\/em>, Feret, 1877<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" width=\"1099\" height=\"238\" class=\"wp-image-109\" src=\"http:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-28.png\" srcset=\"https:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-28.png 1099w, https:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-28-300x65.png 300w, https:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-28-1024x222.png 1024w, https:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-28-768x166.png 768w, https:\/\/vieilleshistoires.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/word-image-28-604x131.png 604w\" sizes=\"(max-width: 1099px) 100vw, 1099px\" \/><\/p>\n<ol>\n<li id=\"post-54-footnote-0\">\n<p>Beno\u00eet Garnot, <em>Voltaire et l&#8217;Affaire Calas. Les faits, les interpr\u00e9tations, les enjeux<\/em>, Hatier, 2013, p.72 <a href=\"#post-54-footnote-ref-0\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-1\">\n<p><em>Memoire du sieur Fr. Alexand. Gualbert Lavaysse<\/em>, Louis Cellot, 1765, p. 27 <a href=\"#post-54-footnote-ref-1\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-2\">\n<p>Philippe Gardey, <em>N\u00e9gociants et marchands de Bordeaux : De la guerre d&#8217;Am\u00e9rique \u00e0 la Restauration (1780-1830), <\/em>PUFS, 2009, p. 117 [Gardey] <a href=\"#post-54-footnote-ref-2\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-3\">\n<p>AN F-7-4787, carte de suret\u00e9 <a href=\"#post-54-footnote-ref-3\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-4\">\n<p>AD31, 2 C 3038, p. 169\/419 et 2 C 3019, p. 677\/819 <a href=\"#post-54-footnote-ref-4\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-5\">\n<p>Il y aurait une sous-d\u00e9claration des d\u00e9c\u00e8s de nourrissons. D\u2019apr\u00e8s St\u00e9phane Minvielle,<em> Dans l&#8217;intimit\u00e9 des familles bordelaises<\/em>, \u00c9ditions SudOuest, 2009 <a href=\"#post-54-footnote-ref-5\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-6\">\n<p>La mortalit\u00e9 infantile est de 225 pour mille chez les n\u00e9gociants. Toujours d\u2019apr\u00e8s St\u00e9phane Minvielle. <a href=\"#post-54-footnote-ref-6\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-7\">\n<p>Philippe Gardey, \u00ab Les n\u00e9gociants de la France m\u00e9ridionale \u00e0 Bordeaux entre la fin de l\u2019Ancien R\u00e9gime et la Restauration \u00bb, <em>Liame <\/em>[En ligne], 25, 2012 <a href=\"#post-54-footnote-ref-7\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-8\">\n<p>Jacques-Antoine Dulaure, <em>Description des principaux lieux de France, 3. Aquitaine<\/em>, Paris: Chez Lejay, 1789, p. 89 et 131 <a href=\"#post-54-footnote-ref-8\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-9\">\n<p>Gardey, p. 57 <a href=\"#post-54-footnote-ref-9\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-10\">\n<p>AD33, C4438 <a href=\"#post-54-footnote-ref-10\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-11\">\n<p><em>Affiches de bordeaux, annonces, &amp;c. (n\u00b012),<\/em> 20 mars 1777. <a href=\"#post-54-footnote-ref-11\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-12\">\n<p>Idem, n\u00b025, 18 juin 1778 <a href=\"#post-54-footnote-ref-12\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-13\">\n<p>Idem, n\u00b04, 25 janvier 1781 <a href=\"#post-54-footnote-ref-13\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-14\">\n<p>Idem, n\u00b041, 11 octobre 1781 <a href=\"#post-54-footnote-ref-14\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-15\">\n<p>Idem, Jeudi 31 Janvier 1782 <a href=\"#post-54-footnote-ref-15\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-16\">\n<p>Journal de Guienne, 15 mai 1787 <a href=\"#post-54-footnote-ref-16\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-17\">\n<p>Journal de Guienne, 9 Novembre 1789 <a href=\"#post-54-footnote-ref-17\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-18\">\n<p>Un Graves, devenu un premier grand cru class\u00e9 en 1855. <a href=\"#post-54-footnote-ref-18\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-19\">\n<p>C\u2019est un vin de Bourgogne. <a href=\"#post-54-footnote-ref-19\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-20\">\n<p><em>Journal de Guienne<\/em>, 10 f\u00e9vrier 1790 <a href=\"#post-54-footnote-ref-20\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-21\">\n<p><em>Journal de Guienne<\/em>, 30 mars 1790 <a href=\"#post-54-footnote-ref-21\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-22\">\n<p>Une limoni\u00e8re est la partie avant d\u2019une voiture qui entoure l&#8217;animal, et par m\u00e9tonymie, la voiture. <a href=\"#post-54-footnote-ref-22\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-23\">\n<p><em>Journal patriotique et de commerce<\/em>, 19 septembre 1790 <a href=\"#post-54-footnote-ref-23\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-24\">\n<p>Idem, 13 Octobre 1790 <a href=\"#post-54-footnote-ref-24\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-25\">\n<p><em>Journal de commerce, de politique et de litt\u00e9rature, r\u00e9dig\u00e9 \u00e0 bordeaux, de l&#8217;Acad\u00e9mie des Arts, &amp; du Mus\u00e9e<\/em>, 26 Janvier 1793 <a href=\"#post-54-footnote-ref-25\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-26\">\n<p>Jo\u00ebl Cornette,<em> Un r\u00e9volutionnaire ordinaire : Beno\u00eet Lacombe, n\u00e9gociant, 1759-1819,<\/em> Seyssel, 1986, p. 147 [Cornette], p. 118 <a href=\"#post-54-footnote-ref-26\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-27\">\n<p>Jean-Pierre Poussou, Sur le r\u00f4le des transports terrestres dans l&#8217;\u00e9conomie du Sud-Ouest au XVIIIe si\u00e8cle. In: <em>Annales du Midi : revue arch\u00e9ologique, historique et philologique de la France m\u00e9ridionale<\/em>, Tome 90, N\u00b0138-139, 1978, pp. 389-412 <a href=\"#post-54-footnote-ref-27\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-28\">\n<p>Pierre Jean-Baptiste Legrand d&#8217;Aussy, <em>Histoire de la vie priv\u00e9e des Fran\u00e7ais depuis l&#8217;origine de la nation jusqu&#8217;\u00e0 nos jours<\/em>, PHD Pierres, Paris, 1782, p.50 <a href=\"#post-54-footnote-ref-28\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-29\">\n<p>\u00ab <em>Tous les liens complexes et vari\u00e9s qui unissent l&#8217;homme f\u00e9odal \u00e0 ses &#8220;sup\u00e9rieurs naturels&#8221;, elle les a bris\u00e9s sans piti\u00e9 pour ne laisser subsister d&#8217;autre lien, entre l&#8217;homme et l&#8217;homme, que le froid int\u00e9r\u00eat, les dures exigences du &#8220;paiement au comptant&#8221;. Elle a noy\u00e9 les frissons sacr\u00e9s de l&#8217;extase religieuse, de l&#8217;enthousiasme chevaleresque, de la sentimentalit\u00e9 petite-bourgeoise dans les eaux glac\u00e9es du calcul \u00e9go\u00efste. <\/em>\u00bb <a href=\"#post-54-footnote-ref-29\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-30\">\n<p>Cornette, p. 147 <a href=\"#post-54-footnote-ref-30\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-31\">\n<p>Cornette, p. 121 <a href=\"#post-54-footnote-ref-31\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-32\">\n<p>Cornette, p. 97 <a href=\"#post-54-footnote-ref-32\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-33\">\n<p>Desgraves L., \u00ab De Gen\u00e8ve \u00e0 Lisbonne par Bordeaux: un circuit du livre clandestin en 1772-1774 \u00bb, <em>Revue fran\u00e7aise d&#8217;histoire du livre<\/em>, V, 1975, n\u00b0 9, pp. 217-219 <a href=\"#post-54-footnote-ref-33\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-34\">\n<p>Le probl\u00e8me juridique de la responsabilit\u00e9 des transporteurs existe encore aujourd\u2019hui, \u00e0 l\u2019\u00e9poque des conteneurs, et n\u2019a pas de solution simple. <a href=\"#post-54-footnote-ref-34\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-35\">\n<p>Robert Darnton, <em>Un tour de France litt\u00e9raire, <\/em>Gallimard, 2018 <a href=\"#post-54-footnote-ref-35\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-36\">\n<p>Favarger, <em>Carnet de voyage<\/em>, p. 90 [robertdarnton.org] <a href=\"#post-54-footnote-ref-36\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-37\">\n<p>Favarger \u00e0 STN #15, 1er octobre 1778 [robertdarnton.org] <a href=\"#post-54-footnote-ref-37\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-38\">\n<p>Revol \u00e0 STN, 23 mai 1779 [robertdarnton.org] <a href=\"#post-54-footnote-ref-38\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-39\">\n<p>Philippe Chareyre, \u00ab Le B\u00e9arn, terre d\u2019exp\u00e9rimentation de la R\u00e9vocation \u00bb, <em>Lengas<\/em>, 70, 2011 <a href=\"#post-54-footnote-ref-39\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-40\">\n<p>Il est \u00e9galement l&#8217;arri\u00e8re-grand-p\u00e8re du g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Empire Joseph Barban\u00e8gre, personnalit\u00e9 marquante de la commune de Pontacq. <a href=\"#post-54-footnote-ref-40\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-41\">\n<p>AD64, [PONTACQ_C_BMS_1693-1702], p 62\/84 <a href=\"#post-54-footnote-ref-41\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-42\">\n<p>Houdaille Jacques, Les pr\u00e9noms des protestants au XVIIe si\u00e8cle. In: <em>Population<\/em>, n\u00b03, 1996. pp. 775-778. <a href=\"#post-54-footnote-ref-42\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-43\">\n<p>Journal de Guienne, 15 octobre 1789 <a href=\"#post-54-footnote-ref-43\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-44\">\n<p>Quoique des catholiques pourront \u00e9videmment l\u2019approuver. <a href=\"#post-54-footnote-ref-44\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-45\">\n<p><em>D\u00e9tail circonstanci\u00e9 de ce qui s&#8217;est pass\u00e9 \u00e0 Montauban : lettre \u00e9crite \u00e0 M. Domecq, n\u00e9gociant de Bordeaux, par un citoyen de Montauban, oblig\u00e9 d&#8217;aller \u00e0 Toulouse<\/em>, 1790 <a href=\"#post-54-footnote-ref-45\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-46\">\n<p>https:\/\/www.museeprotestant.org\/notice\/les-synodes-du-desert\/ <a href=\"#post-54-footnote-ref-46\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-47\">\n<p>Bapt\u00eame de Cl\u00e9ment Domecq, paroisse de la Daurade, Toulouse, 30 juin 1767 <a href=\"#post-54-footnote-ref-47\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-48\">\n<p>Bapt\u00eame de Jean Jacques Domecq, paroisse de la Daurade, Toulouse, 10 juin 1772 <a href=\"#post-54-footnote-ref-48\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-49\">\n<p>Thierry Sabot, <em>Les signatures de nos anc\u00eatres ou l\u2019apprentissage d\u2019un geste<\/em>, \u00e9ditions Thisa, 2012 <a href=\"#post-54-footnote-ref-49\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-50\">\n<p>Aujourd\u2019hui les complotistes voient dans les points autour de signatures de dirigeants la preuve d\u2019une conspiration mondiale. <a href=\"#post-54-footnote-ref-50\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-51\">\n<p>Maurice Agulhon, <em>P\u00e9nitents et Francs-Ma\u00e7ons<\/em>, Fayard, 1968, p. 207 <a href=\"#post-54-footnote-ref-51\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-52\">\n<p>Robert Darnton, <em>La fin des Lumi\u00e8res, le mesm\u00e9risme et la R\u00e9volution<\/em>, 1984 <a href=\"#post-54-footnote-ref-52\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-53\">\n<p><em>Recueil d&#8217;observations et de faits relatifs au magn\u00e9tisme animal, pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 l&#8217;auteur de cette d\u00e9couverte, &amp; publi\u00e9 par la Soci\u00e9t\u00e9 de Guienne, <\/em>Philadelphie, 1785, p. 164 <a href=\"#post-54-footnote-ref-53\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-54\">\n<p>Journal de Guienne, 15 octobre 1789, \u00ab Remy \u00bb pour \u00ab Bmy \u00bb <a href=\"#post-54-footnote-ref-54\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-55\">\n<p>Anne de Mathan, <em>Girondins jusqu&#8217;au tombeau. Une r\u00e9volte bordelaise dans la R\u00e9volution<\/em>, Bordeaux, \u00c9ditions du Sud-Ouest, 2004, p. 51 <a href=\"#post-54-footnote-ref-55\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-56\">\n<p>Gardey, p 195 et suivantes <a href=\"#post-54-footnote-ref-56\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-57\">\n<p>C\u2019est \u00e0 dire employer tous les fourrages pour nourrir les b\u00eates, pour dire tous les moyens. <a href=\"#post-54-footnote-ref-57\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-58\">\n<p><em>P\u00e8re Duchesne<\/em>, no 279, [1er septembre 1793] <a href=\"#post-54-footnote-ref-58\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-59\">\n<p>Gardey, p. 191 <a href=\"#post-54-footnote-ref-59\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-60\">\n<p><em>Gazette nationale ou le moniteur universel<\/em>, septidi 17 vent\u00f4se, l\u2019an 2e (7 mars 94 vieux style) <a href=\"#post-54-footnote-ref-60\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-61\">\n<p>Jean-Cl\u00e9ment Martin, <em>La R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em>, Belin, 2004, p. 201 <a href=\"#post-54-footnote-ref-61\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-62\">\n<p>AM Bordeaux, D110, p.64 <a href=\"#post-54-footnote-ref-62\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-63\">\n<p>Tallien contribua \u00e0 la chute de Robespierre et fut influent parmi les thermidoriens. Il contribua aussi beaucoup \u00e0 la d\u00e9nonciation de Robespierre et de la p\u00e9riode de la Terreur, bien qu\u2019il y ait lui-m\u00eame particip\u00e9. <a href=\"#post-54-footnote-ref-63\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-64\">\n<p>Lettre de Jullien \u00e0 Robespierre, 1er flor\u00e9al (20 avril 1794) in Buchez,<em> Histoire parlementaire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em>, Paulin, 1837, tome 32, p. 412 <a href=\"#post-54-footnote-ref-64\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-65\">\n<p>Lettre de Jullien \u00e0 Saint-Just, 25 prairial II (13 juin 1794), idem, p. 421 <a href=\"#post-54-footnote-ref-65\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-66\">\n<p>Cit\u00e9 dans Aur\u00e9lien Vivie, <em>Histoire de la Terreur \u00e0 Bordeaux<\/em>, Feret, 1877, 2, p. 290 <a href=\"#post-54-footnote-ref-66\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-67\">\n<p>Timothy Tackett, <em>Anatomie de la Terreur<\/em>, Le Seuil, 2015, p. 29 [Tackett] <a href=\"#post-54-footnote-ref-67\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-68\">\n<p>AM Bordeaux, <em>Inventaire-sommaire, p\u00e9riode r\u00e9volutionnaire, 1789-an 8, <\/em>II, p. 88 [Inventaire] <a href=\"#post-54-footnote-ref-68\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-69\">\n<p><em>Inventaire<\/em>, II, p. 88; original AM Bordeaux, D 110, p. 96 <a href=\"#post-54-footnote-ref-69\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-70\">\n<p>Tackett, p. 89 <a href=\"#post-54-footnote-ref-70\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-71\">\n<p>AM Bordeaux, D 110 <a href=\"#post-54-footnote-ref-71\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-72\">\n<p><em>Inventaire<\/em>, II, p. 89 <a href=\"#post-54-footnote-ref-72\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-73\">\n<p>Idem, p. 94 <a href=\"#post-54-footnote-ref-73\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-74\">\n<p>Idem, p. 89 <a href=\"#post-54-footnote-ref-74\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-75\">\n<p><em>Discours de M. Rabaud de St. \u00c9tienne, d\u00e9put\u00e9 de la s\u00e9n\u00e9chauss\u00e9e de N\u00eemes, aux \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux : prononc\u00e9 a l&#8217;Assembl\u00e9e nationale le 29 ao\u00fbt 1789 sur la libert\u00e9 des opinions religieuses<\/em>., Montauban, Chez Vincent Teulieres, 1789 <a href=\"#post-54-footnote-ref-75\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-76\">\n<p>Tableau des hommes connus dans les sections de Bordeaux comme ayant particip\u00e9 aux horreurs commises sous la tyrannie qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 le neuf thermidor, en ex\u00e9cution du d\u00e9cret du vingt-un germinal, l&#8217;an troisi\u00e8me, in <em>Inventaire<\/em>, II, p. 125 <a href=\"#post-54-footnote-ref-76\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-77\">\n<p>Gardey, p. 219 <a href=\"#post-54-footnote-ref-77\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-78\">\n<p><em>Inventaire<\/em>, II, p. 91 <a href=\"#post-54-footnote-ref-78\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-79\">\n<p>Idem, p. 83 <a href=\"#post-54-footnote-ref-79\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-80\">\n<p>Idem, p. 94 <a href=\"#post-54-footnote-ref-80\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-81\">\n<p>Idem, p. 95 <a href=\"#post-54-footnote-ref-81\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-82\">\n<p>Idem, p. VI <a href=\"#post-54-footnote-ref-82\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-83\">\n<p>AM Bordeaux, D 110, p.97 <a href=\"#post-54-footnote-ref-83\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-84\">\n<p>AM Bordeaux, D 111, p.46 <a href=\"#post-54-footnote-ref-84\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-85\">\n<p>Boussoulade, Jean, and G. Boussoulade. \u00ab\u00a0Les Religieuses et les Serments.\u00a0\u00bb, <em>Annales Historiques De La R\u00e9volution Fran\u00e7aise<\/em>, no. 131, 1953, pp. 127-39 <a href=\"#post-54-footnote-ref-85\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-86\">\n<p>AM Bordeaux, D 111, p. 87 <a href=\"#post-54-footnote-ref-86\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-87\">\n<p><em>Inventaire, <\/em>II, p. 105 <a href=\"#post-54-footnote-ref-87\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-88\">\n<p>AD33, 3 L 239 <a href=\"#post-54-footnote-ref-88\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-89\">\n<p>Gardey, p. 375 <a href=\"#post-54-footnote-ref-89\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-90\">\n<p>Celle de 1789 \u00e9tait \u00ab <em>Article 13: Pour l&#8217;entretien de la force publique, et pour les d\u00e9penses d&#8217;administration, une contribution commune est indispensable : elle doit \u00eatre \u00e9galement r\u00e9partie entre tous les citoyens, en raison de leurs facult\u00e9s. <\/em>\u00bb <a href=\"#post-54-footnote-ref-90\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-91\">\n<p>Evangile de Matthieu, 6, 2 <a href=\"#post-54-footnote-ref-91\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-92\">\n<p>Tackett, p.18 <a href=\"#post-54-footnote-ref-92\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-93\">\n<p><em>Inventaire<\/em>, tome IV, p. 461 <a href=\"#post-54-footnote-ref-93\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-94\">\n<p>D\u2019apr\u00e8s le certificat des amis et voisins lors de la r\u00e9clamation contre l\u2019emprunt forc\u00e9. <a href=\"#post-54-footnote-ref-94\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-95\">\n<p>Il demeure cependant des avocats aux conseils, qui ont le monopole de la repr\u00e9sentation devant le Conseil d\u2019Etat et la Cour de cassation. C\u2019est une excellente situation. <a href=\"#post-54-footnote-ref-95\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-96\">\n<p>AD33, 3 E 31371, 22 brumaire V <a href=\"#post-54-footnote-ref-96\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-97\">\n<p>AD33, 3 L 179 <a href=\"#post-54-footnote-ref-97\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-98\">\n<p>Jean Gratian de Laussat, <em>Extraits de M\u00e9langes Historiques<\/em>, cit\u00e9 dans <a href=\"http:\/\/patrimoine-en-ribere-ousse.fr\/category\/histoire\/les-marchands\/\">http:\/\/patrimoine-en-ribere-ousse.fr\/category\/histoire\/les-marchands\/<\/a> (vu le 1\/3\/19) <a href=\"#post-54-footnote-ref-98\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-99\">\n<p>AD33, 4 E 1767 <a href=\"#post-54-footnote-ref-99\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-100\">\n<p>AD33, 3 E 31408, Contrat de mariage 8 avril 1807 <a href=\"#post-54-footnote-ref-100\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-101\">\n<p>Gardey, p. 407 <a href=\"#post-54-footnote-ref-101\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-102\">\n<p>AD33, 3 E 31449, 15 mai 1816 <a href=\"#post-54-footnote-ref-102\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-103\">\n<p>AD33, 1 M 330 <a href=\"#post-54-footnote-ref-103\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-104\">\n<p>AD33, 3 E 31404 <a href=\"#post-54-footnote-ref-104\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<li id=\"post-54-footnote-105\">\n<p>Gardey, p. 173 <a href=\"#post-54-footnote-ref-105\">\u2191<\/a><\/p>\n<\/li>\n<\/ol>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>par R. P\u00e9terlongo T\u00e9l\u00e9charger l&#8217;article en pdf Le nombre de documents mentionnant le nom de Barth\u00e9l\u00e9my Domecq (1728-1797) n\u2019est pas tr\u00e8s important. Pourtant la nature de ces documents et l\u2019\u00e9poque travers\u00e9e rendent possible de nombreux commentaires d\u00e9velopp\u00e9s dans les pages qui suivent. Barth\u00e9l\u00e9my Domecq est originaire de Barzun, o\u00f9 il est n\u00e9 et a \u00e9t\u00e9 &hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[1],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/vieilleshistoires.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/54"}],"collection":[{"href":"https:\/\/vieilleshistoires.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/vieilleshistoires.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/vieilleshistoires.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/vieilleshistoires.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=54"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/vieilleshistoires.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/54\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":124,"href":"https:\/\/vieilleshistoires.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/54\/revisions\/124"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/vieilleshistoires.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=54"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/vieilleshistoires.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=54"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/vieilleshistoires.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=54"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}